CHAPITRE VII FISCHART
Rapports littéraires entre les nations: étude des langues: goût des traductions. — Jean Fischart; ses Voyagés : variété de ses connaissances. — Le Till Eulenspiegel versifié. — Les ouvrages satiriques de Fischart. — Le Bateau fortuné. — Fischart et Rabelais; le Gargantua allemand.
La Renaissance n’étendit pas seulement le domaine des études en reportant l'attention vers l'antiquité; une de ses conséquences les plus heureuses fut de rattacher entre elles par un lien nou-
“veau toutes les nations civilisées. Dans cette ardeur de recherche
et.d’innovation qui s'était emparée des esprits, on s’entendaitet
l’on se comprenait d'un bout de l’Europe à l’autre. On ne se for-
mait pas seulement sur les anciens, on s’instruisait également les
uns chez les autres, et il en résultait des échanges d'idées qu
fécondaient les litiéracates, . Les conditions de la vie scientifique étaient changées; Au moyen ie âge et sous le règne de la scolastique, on embrassait assez faci- 2 lement l’universalité des connaissances, en se pénétrant de cet ensemble de doctrines qui s’enseignait dans les écoles et qui était consigné dans les encyclopédies latines. Maintenant, il fallait, ie avant tout, posséder à fond les langues classiques, et il se trouvait ; des hommes qui voulaient y joindre au moins quelques-unes des “ langues modernes. Jean Wessel, un précurseur de la Réforme, qui avait voyagé en France et en Italie, avait déjà coutume de … dire, au siècle précédent, lorsqu'on lui opposait l'autorité ë saint Thomas d'Aquin : « Thomas était docteur et je le suis aus « mais Thomas savait à peine le latin, et il ne parlait qu "une «langue, tandis que moi je parle trois langues et je lis + . « le grec »,
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FISCHART. dn 207
a : 7 $ | Mean Fischart! était un des hommes les plus instruits d’une ‘poque où l'instruction ne s'acquérait que par de longues études
même par des voyages. Il était jurisconsulte et théologien; il ,/
onnaissait l’antiquite grecque et latine ; il savait plus ou moins vien le français, l'italien, le hollandais, peut-être l'anglais ?, enfin Pdisposait en maître de toutes les ressources de sa langue
naternelle. Ses écrits touchent à toutes les grandes questions de /
on temps; il fut vraiment un organe de la vie et de la pensée
lemandes dans la seconde moitié du XVIe siècle. Il ne lui a
nanqué, pour être un très grand écrivain, que d’être mieux mtouré et de pouvoir s'adresser à un public plus littéraire. On erait curieux de connaître les voyages de Fischart, ses relations vec les pays étrangers; on s’expliquerait alors bien des détails
le, ses ouvrages. Malheureusement, nous ne savons que peu de.
hose sur sa vie. Il s'appelle lui-même le Mayencçais. Il paraît voir reçu sa première instruction à Worms. Plus tard, il s'établit Strasbourg, où furent imprimés la plupart de ses écrits, et qu'il onsidère comme sa vraie patrie. Il remplit encore, sur la fin de es jours, diverses fonctions Juridiques à Spire et à Forbach; il ourut probablement en 1590. C’est sur le conseil de son maitre aspard Scheit, de Worms, qu'il entreprit son premier travail itéraire : c'était un remaniement de la légende populaire de ill Eulenspiegel. Cette légende, originaire de la Basse-Allemagne, vait été rédigée en prose haut-allemande au commencement UXVI® siècle ; Fischart la mit en vers. Till est un fils de paysan, ue sa paresse et son humeur récalcitrante font chasser de la aison paternelle, et qui exerce tour à tour sa malice dans us, les métiers qu'il entreprend. Son esprit consiste surtout prendre à la lettre les ordres qu'il reçoit de ses maîtres ; et il avrésulte des quiproquo qui amusent d’abord, mais qui lasni
lÉditions des œuvres. — Johann Fischarts Sämtliche Dichtungen, par H. Kurz, Vol: Leipzig, 1866-1867. — Dichtungen, par Gœdeke, Leipzig, 1880. — Werke, ne Auswahl, par À. Hauffen, 3 vol., Stuttgart, 1895 (dans la collection : Deutsche ational-Litteratur, de Kürschner). — A consulter : P. Besson, Ætude sur Jean schart, Paris, 1883. — On trouvera beaucoup de remarques curieuses sur Fihart dans : Fischart-Studien des Freiherrn K. Æ. G. von Meusebach, Halle, 1879. 2 Pour le français, sa connaissance était très imparfaite : il l’a prouvé luième Par sa traduction de Rabelais. Il se trompe même sur les noms de nombre, traduit quatre-vingts par vier und zwanzig, Sans parler d'autres contre-sens en antité. — Voir Frantzen, Xritische Bemerkungen zu Fischarts Uebersetzung von belais' Gargantua (Alsatische Studien), Strasbourg, 1892.
Mentzer, Moguntinus. Il est né vers 1550.