‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 166 sur 534 · D. 3. — LES POÈTES PRUSSIENS. — EWALD DE KLEIST · texte numérisé non relu

D. 3. — LES POÈTES PRUSSIENS. — EWALD DE KLEIST

de L'école saxonne, établie au centre de l'Allemagne, r 1 au nord et au midi. S'appuyant sur une grande Re recrutait facilement dans la jeunesse studieuse. Les écrn débutaient dans les Contributions de Brême, et que leurs fon dispersaient ensuite dans les provinces limitrophes, répan partout le culte des lettres et gagnaïent de nouveaux adhé

/ L'absence de pédantisme, ‘une sage imitation de l’étran ‘ mélange discret d'érudition et de goût, le respect du bo de la morale, étaient faits pour intéresser la classe bourged l’on peut dire, en somme, que l'école saxonne, avec cet en

1. Œuvres complètes, publiées par Kœærte; 7 vol., Halberstadt, 1811= vol. de suppléments, 1841. — Preussische Krieyslieder, nouvelle édi A. Sauer, Heilbronn, 1882.

9. Jacobi dirigea, de 1774 à 1776, une revue trimestrielle ititoléox Jrist unes des poésies qu'il publia dans cette revue furent d'abord attribué à l'une d'elles (/m Sommer) a même été revendiquée par Gæœthe et fig recueil de ses Lieder. — Les œuvres complètes de J.-G. Jacobi ont par à Halberstadt, 1770-11%4; 2e édit., 8 vol., Zurich, 1807-1822. — Choix

Leipzig, 1894. + SEE

COMMENCEMENT DE RENAISSANCE POÉTIQUE. 299 e qualités moyennes qui la distinguaït, représentait assez fidèlement l'esprit dominant du public lettré.

-Le Brunswick, le Hanovre, le Holstein, et en général toute la région du nord-ouest, frsnt bientôt entraînés dans le mouvement. La Prusse, se trouvait dans des conditions moins favorables. Elle avait été à peine entamée, un demi-siècle auparavant, par la propagande de l’école de Silésie. Le Grand Électeur avait eu ses poètes attitrés; mais ses successeurs immédiats n’eurent d'autre pensée que de faire servir toutes les forces vives de leurs États à la réalisation de leurs projets ambitieux. Pour Frédéric- Guillaume [®, la poésie était un luxe dangereux. Quant à Frédéric IE, il fournissait par ses victoires des sujets de poèmes aux beaux esprits de son royaume; mais il dédaignait d’être chanté par eux, et il ne manquait aucune occasion de le leur faire savoir. Lorsque Gleim arriva à Berlin, en 1740, il s’y trouva dans un isolement complet : nul homme avec ue il pût échanger une idée : nul intérêt pour les nouveautés qui venaient de Leipzig. Les fbbilles périodiques qui s'y publiaient étaient plutôt morales que littéraires ; la première (Das moralische Fernglas) date de 1732; une seconde parut en 1741. L'année 1748 en vit naître deux autres, ce’qui faisait dire à Spalding : « Comment la ville de Berlin a-t-elle eu tout d'un coup assez d'esprit pour nourrir deux revues 1?»

Gléim apprit qu'un jeune officier, mal vu de ses compagnons d'armes à cause de ses goûts littéraires, venait d’être blessé dans unduel. Il se rendit chez lui, et il s'établit entre eux une amitié qui dura. C'était le gentilhomme poméranien Ewald-Christian de Kleist. Toute la vie de Kleist montre combien la poésie était diflicile à acclimater dans un pays qui luttait encore pour l'existence. Pauvre comme il était, et comptant peu sur la protection de Frédéric-Guillaume, il chercha une situation en Danemark, où iMavait des parents. Il prit d’abord des fonctions civiles, assez ingrates, paraît-il, car il s’engagea presque aussitôt dans l’armée danoise. Il revint en Prusse, sur l’ordre de Frédéric II, qui le fit entrer comme lieutenant au régiment du prince Henri. Il fit la tampagne de Bohême, en 1744 et 1745, et prit part ensuite à la guerre de Sept Ans. Blessé à Énerodunl il reste sur le champ débataille après la déroute des siens. Dévalisé par les Cosaques, abandonné au bord d’un marais, il ne fut relevé que le lendemain

Voir L. Goiger, Vorträyge und Versuche, Dresde, 1890.

et transporté à à Francfort-sur-l’ ‘Oder, où à il mourut le 24 avril 47 9. H n'avait que quarante-quatre ans. 2e Forcé de vivre dans une société où, comme il le dit dans un lettre, la poésie était considérée comme une occüpation honteuse, Kleist profita du moins des marches de son régiment pour nouer

partout des relations plus conformes à ses goûts. L'occupation de Leipzig par l’armée prussienne, en 1757, lui fit faire la connais: sance de Lessing. En Suisse, où il fut envoyé comme officier de recrutement, il s'arrêta auprès de Bodmer. A Berlin même, pendant les années tranquilles qui suivirent la paix de Dresdé il fut en rapport avec Ramler. Son plus grand regret fut toujours de ne pouvoir donner que de rares instants de loisin à des travaux auxquels il aurait voulu consacrer sa vie. Il fut at soldat par devoit

et sans.enthousiasme. On ne trouve dans ses œuvres qu'un seul chant de guerre; mais, le jour où il l’écrivit, c'était bien le dieu des combats qui l’enflammait. Il semble que lés amères réalités de sa carrière aient du moins servi à le tenir éloigné des vaine pompes de.style auxquelles s’adonnaient quelques-uns de ses contemporains. Kleist s'adresse à l’armée de Frédéric :

Invincible armée, la destruction et la mort — pénètrent avec toi dan: les légions ennemies. — La joyeuse Victoire étend sur toi ses ailes d’or — armée prête à vaincre ou à mourir! es

Vois! Des ennemis dont la masse fait fléchir les collines — et trem bler la terre solide — marchent ver$ toi. Derrière eux est le deuil Le nuit éternelle. — L’eau manque où leurs chevaux ont bu.

La postérité te regardera comme un prodige; — les héros à veni diront ta gloire. — Tu seras préférée aux Romains; Frédéric sera plu grand que César, — et les rochers de la Bohême seront les éternel trophées de ses victoires.

Mais continue d’épargner, dans le cours de tes Sploits,. — le laboureu qui n’est pas ton ennemi. — Compâtis à sa peine, quand tes peines: son soulagées. — Laisse le pillage aux lâches et aux Croatesi,.

E.=7, « Unüberwundnes Heer, mit dem Tod und Verderben

« In Legionen Feinde dringt, Ne :

« Um das der frohe Sieg die güldnen Flügel schwingt, « O Heer, bereit zum Siegen oder Sterben!

« Sieh! Feinde, deren Last die Hügel fast versinken, D: | « Den Erdkreis beben macht, ne « Zichn gegen dich und drohn mit Qual und ew’ gor Nacht; = « Das Wasser fehlt, wo jihre Rosse trinken… :

« Die Nachwelt wird auf dich, als auf ein Muster, sehen; « Die künft'æen Helden ehren dich;

Ziehn dich den Rôümern vor, dem Cäsar Fricderich,

« Und Bühmens Felsen sind dir ewige Trophäen.

@ COMMENCEMENT DE RENAISSANCE POÉTIQUE. 301 Le sentiment d'humanité qui se traduit dans la dermère trophe, et qu'on aime à trouver chez un poète soldat, trahit le

secret penchant de son âme. Ce qu'il a le mieux et le plus souvent

‘hanté, c’est la campagne, où il aurait voulu trouver une retraite, /

mais qu'il voyait désolée par la guerre, et qu'il aidait lui-même \dévaster. Celui de ses ouvrages où il a mis le plus de lui-même ‘st un poème intitulé le Printemps :

Recevez-moi, s’écrie-t-il, saints ombrages, délicieux asiles, — hautes oûtes de feuillage assoupies dans un demi-jour caressant, -- vous qui souvent, devant l'œil du poète solitaire, avez déchiré les voiles de avenir, — qui lui avez ouvert les portes d’azur du radieux Olympe — t lui avez montré des héros et des dieux : recevez-moi! remplissez mon ime — de douce mélancolie et de repos! Oh! si le ruisseau de ma vie, —né parmi les écueils, pouvait se perdre dans vos sombres retraites 1!

Le Printemps est une suite de tableaux, quelques-uns très veaux, la plupart trop longs et mal enchaînés. Le poème, tel qu'il st, ressemble à un fragment. Lessing assure qué Kleist avait “ntention de le reprendre ét d'y mettre plus d'unité ?. Peut-être va-t-il manqué à ce poète que la liberté de l'esprit et ce repos quil a toujours demandé en vain, pour marquer une trace pro- ‘onde dans la littérature de son temps #.

Karl-Wilhelm Ramler, le compatriote et l’ami de Kleist, prolesseur à l'École des Cadets de Berlin, fut surtout un habile irtisan de vers. Il y a chez lui comme un ressouvenir d’un autre

Ne « Nur schone, wie bisher, im Lauf von grossen Taten ; « Den Landmann, der dein Feind nicht ist!

« Hilfseiner Not, wenn du von Not entfernot bist;

« Das Raubcn überlass den Feigon und Croaten. »

1 « Empfangt mich, heilige Schatten, ihr Wohnungen süsser Entzückung, « Ihr hohen Gewülbe voll Laub und dunkler schlafender Lüfte, « Die ihr oft einsamen Dichtern der Zukunft Fürhang zerrissen, « Oft ihnen des heitern Olymps azurne Tore geôütfnet . « Und Helden und Gôütter gezeigt! Empfangt mich, füllet die Seele « Mit holder Wehmut und Rub'!.

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