LA POÉSIE HÉROÏQUE. LE CHANT DE HILDEBRANT
Le sujet du Chant de Hildebrant est emprunté à l'histoire légen- daire des Goths. Le roi Théodoric (Dietrich) a été dépossédé par Otaker1; il passe trente ans dans l'exil; enfin il triomphe de ses ennemis par le secours d’Attila. Les guerriers qui lui sont restés fidèles rentrent avec lui dans leur patrie. Ils étaient partis jeunes; ils reviennent blanchis par l’âge. Leurs mères sont mortes, leurs femmes abandonnées; léurs fils ne les connaissent plus. Hil- - debrant et Hadebrant, le père et le fils, se sont provoqués au combat : ainsi débute le fragment. Au moment où ils s’avancent l’un vers l’autre, Hildebrant, « le plus sage », prend la parole; il demande à Hadebrant quel est son père :
« De quelle race es-tu? — Dis-moi un seul des tiens, — et je te * nommerai les âutres, — enfant, dans le royaume; — je connais tous «“ les hommes de la nation. »
Le fils de Hildebrant, — Hadebrant dit : — « Les hommes de mon + pays, — les anciens et les sages, — qui vivaient autrefois, — m'ont « appris — que mon père s'appelait Hildebrant; — moi, je m’appelle « Hadebrant. — 11 émigra un jour vers l’orient, — fuyant la colère …« d’Otaker; — il s’en alla avec Théodoric — et un grand nombre de ses … « guerriers. — Il laissa dans son pays, — abandonnés dans sa demeure, . « — sa jeune femme — et son enfant en bas âge, — dépourvus d’héri- “« tage, — et il chevaucha vers l’orient..… C'était un vaillant guerrier. -« On le voyait en tête des combattants; — il n’aimait rien tant que la .« guerre; — il était connu — de tous les vaillants. — Je ne crois pas -« — qu'il soit encore en vie... »
… Hildebrant dit : « Par le Dieu du ciel — et de la terre, — jamais “. encore — tu ne l’es battu — contre un si proche parent! » Alors il ôta de son bras — des anneaux tordus, — faits de monnaie
Etor impériale, — que le roi des Huns — lui avait donnés : — « Je te : « les offre comme un gage de paix.»
… Le fils de Hildebrant, — Hadebrant dit : — « C’est la lance en main
“« — qu’on reçoit des dons, — pointe contre pointe. — Tu es trop rusé, . — vieux Hun; — tu m’allèches par tes paroles, — tu veux me frapper m« avec ta lance. — Tu n’as vieilli — que pour apprendre à mentir. —- . Des marins, — qui avaient navigué vers l'occident, — m'ont dit — « qu'il avait péri dans la bataille; — il est mort Hildebrant, — le fils - « de Herebrant. » i … Le fils de Herebrant, — Iildebrant dit... : — « Hélas! Dieu tout- …« puissant! — un destin funeste s'accomplit! — J'ai erré trente ans, — « été comme hiver; — j'ai toujours été placé — au premier rang des
À 1. Le nom d'Otaker rappelle le roi des flérules, Odoacre, qui ae pendant quelques années à Théodoric l'empire de l'Italie. Attila, dans l'histoire, n'est pas
contemporain de Théodoric; il mourut quarante ans avant la conquête de l'Italie.
Mais la poésie héroïque ne tient pas compte de la chronologie; elle rapproche les
légendes d’après la simple analogie des sujets.
« combattants; — jamais devant aucune ville — la mort n’a pu m'at « teindre; — et maintenant il faut que mon propre fils — me frapp « avec son glaive, — m’abatte avec sa hache, — ou que je le mette à.
« mort.
ILs comb averti d'abord — avec les lances — aux pointes aiguës, … — qui s’enfoncèrent dans les boucliers. — Puis ils s’abordèrent, — les forts combattants, — et frappèrent sans relâche — les boucliers Ë blancs, — tant que le bois de tilleul — tomba en morceaux — sous les coups 1... | ?
Ici le fragment est interrompu. Nous apprenons la suite par Gaspard Von der Rœn. Le vieillard l'emporte sur le jeune homme, : l'ancienne génération sur la nouvelle. Hadebrant reconnaît, à la vaillance de son adversaire, le chef de sa race ?. 2 0
Après le Chant de Hildebrant, écho fidèle du vieil esprit germanique, nous perdons de vue la poésie héroïque pendantun espace . de plusieurs siècles. Nous la retrouverons au temps des Hohen- .
-Staufen, se déployant en de longs poèmes, mais profondément
modifiée par l'influence du christianisme et de la chevalerie à.
(Zudwigslied) est écrit en dialecte franconien. Le manuscrit, qui a été retrouvé à .
1. « Dô lêttun sê ærist askim scrîtan Ci « scarpên scûrim, dat in dem sciltim stônt. Fit « dô stôpun tô samane sfaimbort chludun, 1 « heuwun harmlicco Avîttê scilti, 4 EL.
« unti im iro lintûn luttilo wurtun PRIE « glwigan miti wäbnum.… »
2. Voir le Livre des Héros de Von der Hagen et Primisser, 2% partie. 3. Les poètes célébraient aussi des événements contemporains. On possède un | chant lyrique en l'honneur de la victoire que Louis IXE, roi d'Austrasie et de Neustrie, remporta sur les Normands à Saucourt, en 881. Le Chant de Louis …
Valenciennes par Hoffmann de Fallersleben, est probablement l'œuvre d'un . moine de Saint-Amand en Flandre. Le vers est accentué de la même manière que È celui du Chant de Hildebrant; mais l’allitération disparaît, et e ARE hémistiches é sont relié; par une rime : 4
« Einan kuning weiz ih, heizsit her Hludwig, « ther gerno Gode thionôt; ih weiz, her imos lônôt. » . (K. Müllenhoff et W. Scherer, Denkmäler deutscher .
Poesie und Prosa.) :
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