‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 19 sur 534 · Hæc quicumque legis, stridenti ignosce cicadæ · texte numérisé non relu

Hæc quicumque legis, stridenti ignosce cicadæ

A « Raucellam nec adhuc vocem perpende, sed ævum,

« Utpote quæ nidis necdum petit alta relictis. » {Waltharius, v. 1473-75.)

mêlé à la vie guerrière de son temps, et qu'au besoin il aurait pus être l’un des acteurs du drame qu'il retrace. 4

Le moine Eckhart nous apprend d'abord qu’Attila, ayant ur une grande partie de léope résolut d'attaquer ” royaume des: Francs, dont la capitale-était Worms.Les Francs, ne croyants pas, Re leur valeur, pouvoir tenir contre l'immense armées des Huns, aiment mieux fournir des otages que d'affronter une défaite certaine. Parmi ces otages se trouve un jeune guerrier, nommé Hagen, « issu de la race troyenne ®. Les Huns continuent leur marche vers le pays des Burgondes, entre Saône et Rhône. . -« La terre gémissait sous le pas de leurs chevaux. Le bruit des «leurs boucliers retentissait contre la voûte du ciel. Une forêt de’ « lances s’avançait dans la plaine et reluisait au soleil !. » Les Bur« sondes ne se jugent pas plus capables que les Francs de résister aux Huns. Le roi Herric envoie au camp d’Attila sa fille, Hilde=

gonde, « la perle de sa maison ? ». Les Goths, qui occupent l'Aquitaine, se soumettent à leur tour, sans coup férir. « À quoi servi= « se dit le roi Alpher, de faire des préparatifs de guerre? Je. « donnerai des trésors, je donnerai mon fils : ce ne peut être un « déshonneur de suivre l’exemple des Francs et des Burgondes 3.

Il livre son fils Walther, encore jeune ‘, mais déjà fiancé à Hi degonde; car les deux rois voulaient, en mariant ensemble leurs enfants, unir leurs peuples en un seul royaume.

Cette marche victorieuse d’Attila à travers la Gaule n’est qu “un. prologue. Le poète nous transporte ensuite en Pannonie. Le, farouche conquérant devient le plus doux des princes. Il traité ses prisonniers comme ses enfants. Les jeunes gens, en grandis-. sant, sont formés au métier des armes; on les instruit même. dans les arts de la paix ?. Quant à Hildegonde, elle gagne la faveur de la reine, qui lui confie les clefs du trésor raies « et peu s'en

Ds. be

1. « Quadrupedum cursu tellus concussa gémebat; « Scutorum sonitu pavidus super intonat æther; « Ferrea silva micat totos rutilando per agros. » (V. 67-69.)

2. « Pulcherrima gemma parentum ». (V. 96.) 3. « Nec jam spes fuerat sævis defendier armis. « Quid cessamus, ait, si bella movere nequimus?

« Exemplum nobis Burgundia, Francia præbent.

« Non incusamur, si talibus æquiperamur., » (V. 107-110.)

4, « Primævo flore nitentem. » (V. 101.)

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Qui simul ingenio crescentes mentis et ævo, « Robore vincebant fortes animoque sophistas. » (V. 125-196.

. LE POÈME LATIN SUR WALTHER D'AQUITAINE. 13 - « faut qu'elle ne soit reine elle-même!. » Tous trois, cependant, - ne songent qu'à recouvrer leur liberté. Hagen en trouve le pre-

mier l’occasion. Le roi des Francs est mort, et son successeur, Gunther (dont le nom se retrouvera dans les Nibelungen), refuse - de payer plus longtemps le tribut; dès lors Hagen se croit dégagé * de toute obligation, et il retourne à Worms. Walther a déjà pensé à suivre son exemple, mais il ne veut pas abandonner Hildegonde.

Un jour, revenant d’une expédition où sa vaillance a décidé la

victoire, il entre au palais. Il y trouve Hildegonde seule, et il lui

demande à boire. Elle lui présente une coupe d’or, remplie de vin.

Walther, après avoir bu, lui rendit la coupe vide. Alors tous deux

. se souvinrent qu’ils avaient été fiancés ensemble, et Walther adressa

ainsi la parole à Hildegonde : « Voilà bien longtemps que nous suppor*

« tons le même exil; nous savons tous deux les projets que nos parents

« avaient jadis formés sur nous : pourquoi nous imposer un plus long

« « silence? » La jeune fille se tut, ne croyant pas qu'il parlât sérieuse-

ment; enfin elle répondit : « Pourquoi vouloir me persuader ce que tu

- « ne penses pas? pourquoi prononcer des paroles que ton cœur désap-

« prouve? Comment puis-je croire que tu veuilles descendre jusqu’à

“ « épouser une captive ? » Walther reprit aussitôt : « Loin de moi la pensée

” « de t’abuser! Nous sommes seuls ici; si je savais que tes intentions

* « répondent aux miennes et que tu m'as gardé ta foi, je lV’ouvrirais à

- « l'instant même le mystère de mon cœur. » Alors Hildegonde se laissa

tomber aux genoux de Walther et dit : « Appelle-moi où tu voudras,

« mon seigneur et mon maitre! lien ne me sera plus doux que d’accom-

« plir tes ordres. — Eh bien, » reprit Walther, « l’exil me pèse, et le

- « souvenir de la patrie absente se présente souvent à mon esprit. Je

» « veux fuir secrètement, sans tarder. J'aurais déjà pu le faire, mais je

- « n'ai pu me résoudre à partir sans toi. — Ta volonté sera la mienne!»

- s'écria Hildegonde. « Que mon seigneur commande! Pour son amour, » « je suis prête à tout entreprendre et à tout souffrir 2. »

L « Modicumque deest quin regnet et ipsa. » (V. 136.)

F 2. « Si nossem temet mihi promptam impendere mentem, « Atque fidem votis servare per omnia Cautis,

« Pandere cuncta tibi cordis mysteria vellem. —

« Tandem virgo viri genibus curvata profatur :

« Ad quæcumque vocäs, mi domne, sequar studiose, Nec quicquam placitis malim præponere jussis. — Ille dehinc : Piget exilii me denique nostri,

Et patriæ fines reminiscor sæpe relictos :

Idcircoque fugam cupio celerare latentem :

Quod jam præmultis potuissem forte diebus,

Si non Hilgundem solam remanere dolerem. — Addidit his imo virguncula côrde loquelas :

Vestrum velle meum : solis his æstuo rebus. Præcipiat dominus seu dextera sive sinistra,

Ejus amore pati toto cum pectore præsto. » (V. 267-281.)

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14 or LES ORIGINES.

Ils profitent d'un festin, « où règne une ardente ivresse, où les .

- « langues balbutient et où les plus fermes héros ettient D. À pour sortir du palais sans être aperçus. Walther est à cheval, tout :

armé, prêt à repousser une attaque, car ils craignent d'être poursuivis; Hildegonde tient la bride. Ils atteignent aïnsi les Vosges. Ici, ce ne sont plus les Huns, mais les Francs qu'ils ont à redouter. Le roi Gunther a entendu dire que le cheval portait, outre le. cavalier, deux écrins attachés aux deux côtés de la selle, et rem- . plis d'objets précieux. « Walther me rendra, » s'écrie-t-il, «letribut « que mon père à payé jadis au roi des Huns. » Il met en campagne douze de ses meilleurs guerriers; Hagen lui-même est obligé, par la loi du vasselage, de servir contre son ancien ami, Walther se place à l'entrée d'un défilé, assez étroit pour que deux hommes n’y puissent combattre de front; ses adversaires sont donc obligés de l’aborder isolément. Il en résulte douze combats, que l’auteur décrit en homme du métier, et dont Walther sort victorieux. Les deux fugitifs continuent leur route vers l’Aquitaine f.

Le sentiment patriotique qui anime tout ce récit, le respect de la personne du souverain, même l'amour du gain et l’esprit de conquête, sont des traits qui distinguent par excellence l'ancienne épopée, et qui s’affaibliront de plus en plus dans les ouvrages postérieurs. Le moine de Saint-Gall, malgré la langue savante dont il s’est servi, a tous les caractères d’un chanteur populaire. Loin de lui He un reproche de son style barbare, .

Ÿ nous pensons qu'il faut le louer avant tout d'avoir su garder intacte la franche et rude poésie de son sujet.

1.-Hagen, avant de combattre Walther, déjà presque épuisé, feint de se retirer devant lui, et cherche à l'attirer dans la plaine, afin qu'ils puissent l'attaquer - ensemble, Gunther-et lui; il montre ainsi un trait peu chevaleresque de Son caractère, auquel nous le reconnaîtrons dans les Mibelungen; car c'est lui qui no non: Sifrit traîtreusement, par derrière,

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