CHAPITRE IV
“a langue vulgaire appliquée à des sujets religieux. — 1. La Prière de Wessobrunn et lé Muspilli; mélange d’idées chréliennes et de souvenirs païens. — 2. Le Heliand; le Livre des Évangiles d’Otfrid de Wissembourg; différence des deux poèmes, au point-de vue du style et de la versification. — 3. Poèmes divers sur l'Ancien et le Nouveau Testament.
Si la langue latine, qui survivait dans les hymnes de l’Église, “et les idiomes vulgaires, dans lesquels s’exprimait la poésie “nationale, étaient restés invariablement attachés à un même. “ordre de sujets, un abîme aurait séparé la société ecclésiastique et la société laïque du moyen âge; mais il ne pouvait en être longtemps ainsi. Les deux sociétés, quelque différentes que fussent leurs habitudes intellectuelles, éprouvaient un besoin instinctif de se rapprocher et de se comprendre. Nous avons vu le “latin appliqué, par la fantaisie de quelques moines, à un récit - profane : de même les dialectes de la Haute et de la Basse-Alles “magne firent bientôt mvasion dans, le domaine de la légende “sacrée. Si le clerc continuait de s'intéresser aux souvenirs guerriers qui lui restaient de ses aïeux, le laïque, de son côté, cher- * chait à fixer les enseignements de l’Église dans la langue qui lui “était familière; et le clergé lui-même comprenait que, pour faire “descendre les vérités religieuses dans le cœur de la nation, il était “important de les traduire dans une forme qui les rendit accessibles à ltous. 7
À. — LA PRIÈRE DE WESSOBRUNN. — LE « MUSPILLI ».
Les frères Grimm ont publié, en 1812, une prière en dialecte, haut-allemand mêlé de formes saxonnes, . avait été découverte | dans le cloître de Wessobrunn ou Weissenbrunn, en Bavière. Elle date probablement de la fin du vuie siècle, et se compose d'une quinzaine de vers allitérants, comme ceux du Chant de Hildebrant, si du moins la fin n’est pas écrite en simple prose; ce qui est certain, c’est que l’allitération est moins sensible dans la
dernière partie. Le commencement est une définition poétique : de l'éternité et de la toute-puissance de Dieu : « Quand la terre
. « n’était pas encore, ni le ciel au-dessus de nous, avant qu'il ny” __ «eût aucun arbre ni aucune montagne, quand le soleil ne brillait
« pas encore et que la lune ne donnait pas sa lumière, quand 1a : « mer n’était pas et qu'il n’y avait rien qui eût une limite ou un :
« contour, alors était le Dieu unique et tout-puissant, » L'auteur :
de ces vers se souvenait-il de certains détails de la cosmogonie | germanique? Jacques Grimm l’a pensé‘; . en tout cas,
l'inspiration chrétienne domine.
Les traces de réminiscences païennes sont plus visibles dans un autre texte presque aussi ancien, qui date probablement du . “milieu du ixe siècle. C’est le Muspilli?, un fragment d'une cen- | taine de vers, qui retrace la fin du monde. Le Muspilli est la . région du a éternel; de Ià sortira l’Antéchrist, lorsqu'il livrera .
son dernier combat contre le ciel; la terre s’embrasera sous ses
pas; les étoiles tomberont du firmament, et le Christ apparaîtra
pour juger toutes les créatures. Le poème est écrit en haut-alle-
mand pur; la forme est celle de l’allitération.
OR
2. — LE « HELIAND ». — LE « LIVRE DES ÉVANGILES » D’ OTFRID DE WISSEMBOURG.
Du moment que la doctrine était interprétée par des poètes et | non plus par des théologiens, elle devait se fonder principale- | - ment sur les récits de la Bible, et en particulier sur ceux du .