CRITIQUE DE LA RAISON PURE
Le but de la Critique, comme on l’a déjà vu, n’est pas de diséditer la recherche métaphysique, mais de la ramener dans SNoies. La métaphysique, autrefois la reine des sciences, dit nt dans sa préface, a perdu son prestige, parce qu’elle s’est nionnée, comme dans une forteresse, dans un système d’affirtions gratuites, journellement contredites par l’expérience. ea fini par trouver en face d'elle d’abord le scepticisme, puis différence. « Cette indifférence, » continue-t-il, « qui se manieste au moment de l'épanouissement de toutes les sciences, qui affecte précisément celle qu'on tiendraitle plus à acquérir 1 On le pouvait, n'est-elle pas un phénomène qui mérite au US haut point notre attention? Elle n’est évidemment pas ‘effet de la légèreté, mais du jugement réfléchi d’un siècle qui
lëVeut pas se laisser duper plus longtemps par une apparence
le savoir. Elle est pour notre raison une invitation pressante reprendre la tâche qu’elle trouve la plus difficile, celle de la onnaissance de soi-même ; à instituer un tribunal qui lui garanse ses revendications légitimes et qui la condamne dans ses rétentions arbitraires, non pas au nom d’une autorité quel-
« Insoferne ist die Metaphysik eine Wissenschaft von den Grenzen der
enschlichen Vernunft, und da ein kleines Land jederzeit vielGrenzen hat, über- ‘upt auch mehr daran liegt, seine Besitzungen wohl zu kennen und zu behaupten, S blindlines auf Eroberungen auszugchen, so ist dieser Nutzen der erwähnten isSenschaft der unbekannteste und zugleich der wichtigste, wie er denn auch ir Ziémlich spät und nach langer Erfahrung erreicht wird. » 2 Mundi sensibilis atque intelligibilis forma et principiis.
"2 ais he JOUE UE AA LA LITTÉRATURE CLASSIQUI AE
« conque, mais d’après ses propres lois, éternelles et immuabll « Ce tribunal n’est autre que la Critique de la raison pure. » 77 Kant appelle raison pure la raison en elle-même, com faculté, avec son contenu propre, avant que l'expérience y fait entrer aucun élément étranger. Il distingue trois facullé trois pouvoirs de l’âme. La première est la faculté de connaîtr qui est d’abord sensibilité ou faculté dé percevoir, ensuite inf --ligence ou faculté de juger, enfin raison où faculté de group: les jugements d’après des idées universelles. La seconde e 7 | J'appétition, ou la faculté de vouloir; la troisième, le sentiment : plaisir et de déplaisir !. La première à pour domaine le vrai: seconde, le bien; la troisième, le beau. À la première est cons : crée la Critique de la raison pure, à la seconde la Critique de raison pratique, à la troisième la Critique du jugement *. L. Que puis je connaître? telle est la première question que philosophe doit se poser. Toute connaissance commence par > sensation. Or, dans toute sensation, il faut distinguer deux él ments :la matière que les sens nous fournissent, et là forme, qi l'intelligence ne tire pas du dehors, mais qu’elle trouve en ell * même, et qu’elle applique aux choses. Il y à dans notre esp: : ‘ des intuitions pures 3, qui sont comme les formes primitives : notre intelligence. Parmi ces formes, antérieures à toute exp a rience, et sans lesquelles nulle expérience n’est possible, il Ê est deux que Kant décrit avec un soin particuher et ‘avec | * gagacité remarquable : ce soni les notions d'espace et de tem Ces notions ne correspondent à aucun objet réel, ou, pour par avec Kant, elles n’ont aucune réalité objective, et notre con sänce, fondée sur elles, n’en a pas davantage. Il n’y a, en de de nous, aucun objet perceptible que nous puissions appel 2 temps, aucun que nous puissions appeler l’espace; ce ne sont € des manières de percevoir qui nous sont propres. C’est | mi * un double miroir qui nous reflète le monde; et ce quiln présente, ce n’est pas le monde tel qu'il est, mais le ra pp
1. Ærkenntnisvermügen; Begehrungsvermôgen ; Gefühl der Lust und Unl 2. Kritik der reinen Vernunft, 1181; Kritik der praktischen Vernunft, 1788
der Urteilskraft, 1790.
PS Traductions françaises. — Critique de la raison pure, par Tissot (8° éd e Paris, 1864), et par Barni (2 vol., Paris, 1869). — Critique de la raison
par Barni (Paris, 1848), et par Picavet (avec un avant-propos,sur la phi ‘de Kant en France de 1773 à 1814; Paris, 1888). = Crilique du jugemen des Observations sur le sentiment du beau el du sublime, par Barni (2 vol., P 3. Reine Anschauungen. >
RAR CEE, Da HE D RAN EME
t DA
onde à notre esprit sous les conditions du temps et de l’espace. M d'autres termes, notre savoir est fait d'apparences; il azune ertitude plus ou moins grande, suivant que notre observation sbplus ou moins parfaite ; mais il n’a de certitude que pour nous; n'a rien d’absolu. Qu'il puisse y avoir, dans d’autres planètes, Pautres intelligences qui voient le monde autrement que nous bisous un angle plus favorable, cela est possible, ajoute Kant,
bmême probable. Mais, pour nous, notre domaine est le relatif,
phénomène: et la réalité qui se cache derrière le phénomène era pour nous un mystère, aussi longtemps que les conditions enotre intelligence ne seront pas changées.
Cest là le point fondamental de la philosophie de Kant, du .
rois de sa philosophie théorique; et c’est-ce qu'il appelle
idéalisme transcendental, c'est-à-dire s’élevant au-dessus de. idéahsme ordinaire, qui nie simplement la réalité du monde
xtérieur, et supérieur en même temps au matérialisme, en ce ue; tout en reconnaissant que toutes nos perceptions viennent esssens, il admet, dans notre connaissance, un élément supéieur à la sensation.
De même que la sensibilité, ou faculté de percevoir, est liée ,
ux conditions de l’espace et du temps, de même la faculté de 18er, ou l'intelligence, agit au moyen des catégories : ce sont les mes de nos jugements, formes innées aussi bien que les otions de temps et d'espace, et antérieures à toute connaisince: Kant en distingue douze, qu'il décrit minutieusement, et wWil groupe trois par trois, dans un ordre qui semble dicté par n besoin de symétrie plutôt que par la simple logique. Puis il asse à la raison, qui est la faculté de grouper nos jugements, eules réduire en système, de les ramener à l'unité scientifique. araison a, comme la sensibilité et l'intelligence, ses principes irécteurs. Ce sont les idées proprement dites, l’idée de l'âme, idée de l'univers, l'idée de Dieu, sur lesquelles se fondent la Sychologie, la cosmologie, la théologie rationnelles: idées qui inposent à notre esprit, mais dont la réalité objective est indé- 10Ntrable. « Si nous prenons ces idées comme constitutives, C'est-à-dire si nous croyons qu’elles peuvent étendre nos connais- Sances au delà du domaine de la recherche expérimentale, nous nous laissons séduire par une vaine apparence, nous sommes dupe de notre imagination, et nous nous engageons dans un üssu de propositions contradictoires. Si, au contraire, nous les
encore, di qu d’un ordre supérieur; trois orne sans cor réel : voilà tout ce que la raison théorique. peut nous don + Henri Heine, dans son livre De l'Allemagne, suppose que le } losophe, après avoir. prononcé cet arrêt, vit derrière lui : vieux domestique Lampe, qui pleurait. Lampe n'avait plus
- Dieu! « Il faut que le pauvre Lampe ait un Dieu, dit Kant, ‘ « aide il n La aurait ie pour lui de bonheur à au mondé.
- est vraie, si au nom de Lampe on subite celui du philo ts lui-même. Kant avait besoin d’un Dieu : sa raison avai