‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 205 sur 534 · CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE

La raison pure est pratique, en tant qu elle règle notre à il He raison dire comme la raison théorique, tire ses .

science; elle n’est pas te fruit d'une deco Lan 11 besoin fe s'appuyer sur aucun raisonnement. Elle s’impos elle-même; sa forme est celle d’un commandement abso L “impératif ce gorique.. La loi morale est l'expression de la supérieure de l’homme; elle s'élève et se purifie dans individu, à mesure que le sentiment de sa: supériorité sc Joppe en lui. La moralité est la conformité de nos actes morale, et, lorsqu'elle devient un état habituel, elle s'ap vertu.

Telles sont les idées fondamentales de la. phitosopiié pi

dé Kant. Il a essayé de réduire tout le contenu de la À À

une formule unique, qui renfermerait ainsi la substance de

s nos devoirs. Il y revient à plusieurs reprises dansses écrits, et, à part quelques variantes de peu d'importance, il l’exprime dinsi : « Agis toujours de telle sorte que tu puisses désirer que «Je principe qui te guide devienne loi universelle. » C’est: l’ancièénne maxime : «Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit », avec cette différence que celle-ci ne considère que les re individuels de l’homme avec son semblablé, tandis que la maxime de Kant met l’homme en présence de

lävsociété entière. Si le bien peut jamais être réalisé sur la-terre,

c'est par un effort combiné de tous les hommes, agissant sous

l'empire d'une même loi, et avec la conscience de leur nature supérieure.

“Ayant ainsi défini la loi morale et la notion du devoir, Kant élève sur cette base toute une métaphysique nouvelle, où la liberté, l'immortalité de l'âme, l'existence de Dieu retrouvent leur place, que la spéculation théorique avait laissée vide. Si la loi morale s'impose à l’homme, si elle est pour lui d'une obligalion absolue, c'est qu’il est Pnbabte de l’accomplir; donc l Hérne est libre. La liberté: découle directement de la conscience; elle est postulée par la raison pratique. Kant appelle postulat une proposition théorique qui ne peut être démontrée comme telle, mais qui est indissolublement liée à une loi pratique ayant une valeur ab: ülue. La liberté ne peut être démontrée théoriquement, mais

elle participe de la certitude de la loi morale, qui, sans elle, ne.

pourrait se concevoir. Il en est de même de l’immortalité de l'âme et de l'existence de Dieu. La raison pratique nous porte invinciblement vers un idéal de perfection qui serait le souverain bien ; or cet idéal n'est réalisable que par une continuité d'efforts, qui suppose une continuité d'existence personnelle; donc, ou la x “norale avec toutes ses conséquences est une hr ou l'âme est immortelle, D'un autre côté, si le souverain bien à pour premiè ère condition la vertu, il suppose également la félicité; il

suppose môêmé l'union intime et la dépendance réciproque de -

c2s eux éléments. Il faut, par conséquent, à moins de renoncer ia recherche du souverain bien et de considérer la loi morale

cé nine chimérique, admettre un ordre de choses supérieur, :

fondé sur l'harmonie de la félicité et de la vertu; 1l fautadmeltre, Tr une cause Fate du monde et de la loi morale, qui

Fe Ainsi, la raison. die ne sans preuve ce que la ra théorique n’a pas su prouver. Mais pourquoi, se demande Kar la fin de son livre, pourquoi ce dissentiment entre deux de no:

> facultés? La nature ne nous a-t-elle pas traités en marâtre, er

frappant l'une d’elles d’impuissance? Supposons, ajoute tal qu'elle nous ait servis à souhait, et qu’elle nous ait donné en par. lâge ces lumières que nous one bien posséder, et que

__ quelques-uns croient posséder en effet: qu’en résulterait-il:

| Dieu et l'éternité, avec leur majesté redoutable, seraient san

cesse devant nos yeux. Nous éviterions sans doûte de transgresser la loi, mais nos actions seraient dictées par la crainte, dénuées de téûte moralité. « La conduite de l’homme Aécenérerail en ur

« pur mécanisme, où, comme dans un jeu de marionnettes, tout

__ «gesticulerait er mais où l’on chercheraïit en vain la vie sur les

: « figures. » tite ant au contraire, mainténantque le maître d

monde nous laisse seulement entrevoir sa majesté, et que la loi

- morale, de son côté, sans nous faire aucune promesse certaine

- sans nous menacer d'aucun châtiment, exige de nous un resp

: « désintéressé, la vraie moralité est possible, et nous pouvons nou

= : reñdre divhes du souverain bien. « Ainsi la Sagesse imp ,

« trable par laquelle nous existons n’est pas moins digne de vént-

«ration dans ce qu’elle nous a refusé que dans ce qu "elle nou

| «a donné en partage. » k

« En fin de compte, tout l’ordre surnaturel est fondé sur L

‘morale. Si Dieu existe, si l’âmé est immortelle, c'est parce que

me sens libre, et que, sans Dieu et l’ immortalité, ma liberté s

une illusion. Le vrai Dieu de Kant, comme on l'a dit, c'es

liberté, dont le Dieu de la religion n’est que le premier En

C'est aussi au point de vue des garanties qu'elles donnent à

morale que Kant juge les religions positives. La morale, pour

est supérieure à la religion; le culte le plus agréable à Dicus c'es

- Ja pratique du bien # Ces idées sont devenues le credo de l'éc

rationaliste allemande, et elles se Sont perpétuées eq

jours dans la doctrine dé la morale indépendante.

1. La Religion dans les limites de la simple raison the Religion inmerhalh Grenzen der blosen Vernunft, 1793).

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