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CHAPITRE PREMIER LA FÉODALITÉ DANS LA LITTÉRATURE

. La Renaissance poétique du xr1° siècle. — Les cours des souverains

| et des. seigneurs; les Hohenstaufen. — Influence des croisades. — Popularité des ouvrages français. — Genres de poésie traités dans cette période.

Il y eut, dans l’histoire du moyen âge, une période d'éclat, qui embrasse la seconde moitié du xn® et la première moitié du x siècle. Ce fut, dans tous les États de l'Europe, comme uné première Renaissance, anticipant sur la grande Renaissance du - xyvi° siècle. La féodalité venait de se constituer d’une manière définitive, et il semblait que le monde chrétien eût enfin trouvé * Ja forme politique vers laquelle il tendait depuis l'invasion ger- … manique. Au-dessous des souverains et des grands vassaux se . rangeait le groupe des petits feudataires. Les rapports entre sei- * gneurs de différents degrés étaient exactement définis; et lorsqu'une guerre ou une croisade entrainait au loin ce monde toujours armé, chaque chevalier prenait sa place sous la bannière bde son suzerain immédiat. Mais, au retour, de longs loisirs les * attendaient dans leurs manoirs. C'était alors le moment des joutes

cé

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paisibles dans les tournois : c'était aussi l’occasion des réunions

‘ brillantes, égayées par l’art du jongleur et du poète.

Les seigneurs se plaisaient à faire régner autour d'eux une.

certaine élégance; parfois ils cultivaient eux-mêmes la « gaie +

« science ». Chaque manoir pouvait devenir le centre d’un petits ‘ groupe littéraire. Les cours des rois donnaient l'exemple; on y

lisait à haute voix des poèmes et des romans. Comme linstruc-* tion était peu répañdue, la lecture solitaire était le privilège d'un : petit nombre. C’est par l'oreille plutôt que par les yeux que la poésie entrait dans les âmes, et cé fut peut-être une raison de

lus pour qu’elle se présentât sous une forme vivante, constam-

ment appropriée au caractère de la société au milieu de laquelle -

elle se produisait. En France, la cour de Philippe Auguste se

distinguait par son éclat. Les rois normands d'Angleterre, qui avaient la plus belle partie de leurs possessions sur le continent, gardaient le culte des lettres françaises ; un dé ces rois, Henri II,

fit rédiger les premiers de ces romans de la Table ronde qui : se répandirent bientôt dans toute l’Europe. En ‘Allemagne, les . empereurs de la maison de Souabe s’entouraient d’un cortège de jongleurs et de poètes; l’un d'eux, Henri VI, a laissé de gracieuses |

chansons dans les recueils des Minnesinger. Frédéric I entra

lui-même dans la légende populaire; on personnifia en lui la.

puissance impériale ; on se le représenta, après les troubles de l’Interrègne, assis au fond d’une caverne, entouré de ses chevaliers, et attendant le moment où l’Allemagne aurait encore besoin de son épée. Ainsi le mouvement littéraire se communiquait de proche en proche. Un même essor des intelligences soulevait partout le monde féodal, et l’achemiñait vers une civilisation nouvelle, formée des souvenirs dé l'antiquité, des ensei-

gnements du christianisme et des idées RUE apportées par.

les peuplades germaniques.

Les croisades, et même les guerres entre les États chrétiens, en -mélant les hommes de différentes nations, favorisèrent les lettres.

Nous trouverons dans la littérature allemande du xt siècle plus P

d'ouvrages traduits que de créations originales. Ce furent surtout les poètes et les conteurs français qui servirent de modèles. . Tel auteur nous apprend, par exemple, qu'il eut l’idée de mettre une aventure par écrit après l'avoir entendu raconter par ün … page français; tel autre reçoit un manuscrit de là main d'un chevalier jrisonnier. On éprouvait une vive curiosité pour tout

is où moins librement du français; des aie SRE «quelles se rattachent quelques poèmes didactiques; enfin un d nombre de poésies lyriques, l’une des parties les plus ori-

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