‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 239 sur 534 · Conversations, 6 mai · texte numérisé non relu

Conversations, 6 mai

événements qui S’accomplissaient autour de lui. Schiller sit donc pratiquer l’abstention volontaire. Guillaume Tell ne use pas de saluer le chapeau de Gessler; il ne le voit qu'après dir traversé la place, étant distrait par sa conversation avec n fils. S'il l'avait aperçu plus tôt, il aurait sans doute fait comme ui le monde : il aurait salué. « Patienter et se taire, » dit-i Siauffacher, « c’est tout ce qu'il y a à faire maintenant. @STAUFFACHER. — Faut-il supporter ce qui est intolérable? “TELL. — Ce sont les maîtres violents dont le règne est le plus court. Quand le vent d'orage sort de ses cavernes, on éteint les feux, les bateaux gagnent précipitamment le port, et le puissant génie de la tempête passe sur la terre sans causer de dommage et sans laisser de trace. Que chacun vive tranquille chez lui : à l’homme pacifique on laisse volontiers la paix lo» Mais alors, de Stauffacher qui agit ou de Tell qui s’abstient, qui raison? Le spectateur est quelque peu déconcerté, et ne sait porter sa sympathie ?.

Ce qui obsédait Schiller, pendant qu'il écrivait le Guillaume léc'était le souvenir de la Révolution française, qu’il avait bord saluée avec enthousiasme, dont il s'était détaché ensuite, dont il ne voyait plus enfin que les débordements et les vioices. «Quand les forces brutales se divisent et se combattent, » “il dans deux Strophes qui accompagnaient l'envoi de sa pièce Jalberg, « quand une aveugle fureur attise le feu de la guerre, and la voix de la justice se perd dans la bruyante mêlée les partis, quand tous les vices se déchaînent sans honte, Jüand la licence porte une main audacieuse sur les choses

. Acte I®r, scène mr.

Louis Bœrne a prononcé un jugement sévère sur le caractère de Guillaume “en Se mettant à un point de vue qu'on peut ne pas partager, celui de la ‘OCratie militante à laquelle il appartenait : «Tell, je regrette de le dire, est grand philistin. Il pèse ses actions et ses discours à la petite balance, comme Ja/vie et la mort étaient une question du plus ou du moins. Sa conduite mesu- &»en regard d’une si profonde misère et d'un Paysage si grandiose, est presque Pugnante... C'est plutôt un petit bourgeois qu'un homme des champs... Il a le Mage du tempérament, que donne le sentiment de ia force physique ; il n’a 8416 beau courage du cœur, celui qui, ne connaissant pas de limites, ne sait 5 Calculer les risques. Il a le bras courageux et la langue timide, la main OMpte et la tête lente : et c'est ainsi que Ses honnêtes scrupules l'amènent fin à commettre un honteux assassinat derrière un buisson, quand il pouvait Complir une action d'éclat avec une noble arrogance. » Bœrne blämait aussi ‘ène de la pomme, au point de vue de la vraisemblance morale : « Tell doit user de tirer, lors même que Son refus entraînerait la ruine totale de la erté suisse. » (Gesammelte Schriften, t. IV.)

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