SCHLEIERMACHER
ducation de Schleiermacher. Sa crise religieuse. — Les Discours sur la religion et les Monologues. — La religion individuelle. — Caractère de Schleiermacher. :
Schleiermacher est le théologien de l’école; il lui appartient par ssraffinements de son idéalisme et par l'élégance légèrement bprêtée de son style. La religion a été son domaine propre, le seul ans lequel il fût réellement compétent. Son Jugement littéraire a ujours été très incertain, souvent déterminé par des considéra-
onSpersonnelles!; le sentiment artistique lui manque tout à fait. :
Nésà Breslau, en 1768, Frédéric Schleiermacher était fils et titfils de pasteur. « La religion, » dit-il, « est le sein maternel qui a nourri mon enfance. » Deux traits qui semblent s’exclure unissent en lui et lui constituent de bonne heure une originalé d'un côté, un sentiment profond et délicat, et, de l’autre, esprit inquisiteur ét presque sceptique, un besoin de se ndre un compte absolument exact des choses. A douze ans, les bancs du collège, il se plaint de devoir s’escrimer contre L'auteur latin, qu’il peut bien traduire, dit-il, mais non com- ‘endre, et il se demande si toute l’histoire ancienne, telle qu'on lui enseigne, n’est pas apocryphe. Il ne s’agit, pour le moment, de l’histoire profane; mais l’histoire sacrée, avec le dogme mbelle est le support, lui inspirera bientôt les mêmes scrupules. Ilfut envoyé, en 1785, au séminaire des frères moraves à Barby, : régnait une discipline étroite, systématiquement hostile à
Eh ce qui explique les Lettres intimes sur Lucinde, une sorte d'appendice
4e prolongement justificatif du roman de Frédéric Schlegel, ou, comme on "a MUR beai commentaire sur un vilain texte ». . | AUS
4 2 <a ni RER TEE TOUTE
vi)
- critique romantique a le plus maltraités. Il passa une année enco
‘sont que le développement ou l'application des idées 0 exprimées là. Sa Dogmatique ‘ est un exposé de la doctr
toute curiosité scientifique. Alors éclata la crise qui se pré en lui depuis quelque temps, cette crise de là foi que. penseurs sincères ont éprouvée avant et après lui. Chez Schleie macher, nature calme et méditative, elle n'eut rien de violen elle ne fut accompagnée d'aucun déchirement intérieur. I immédiatement la part de ce que sa conscience lui commande d'admettre ou de rejeter, mettant d’un côté le sentiment religiet et le sentiment moral, qui portent leur nécessité en eux-mêm et qui se suffisent à eux-mêmes, et de l’autre le dogme, résult d'une intervention malencontréuse de la philosophie dans
domaine de la foi. « Ce sont des sophistes, » dit-il dans ui lettre à son ami Brinkmann, « qui ont fait du christianisme «système dogmatique, et qui l'ont mêlé ainsi à toutes les vicis: « tudes de la philosophie. Sans eux, il serait resté ce qu'il a été « l'origine, un guide dans la vie, une règle de perfectionnement. Ses deux années d’études à l’université de Halle (1787-4789), Tale turé de Kant et de Spinosa, le confirmèrent dans ces idées. Mo taigne et Lucien étaient alors ses livres de chevet. Parmi les auteu allemands, sa préférence était pour Wieland, l’un de ceux. que
dans une retraite studieuse, auprès d’un oncle, pasteur dans Nouvelle-Marche, « cherchant à formuler dans sa petite tête à
«idées qui ne pouvaient être formulées quê là, et qui peut
« n’en étaient pas thoins dignes d'intérêt». A la veille de pass 's
examen final à Berlin, il écrivait : « Je ne crains qu'uné «c’est que mon bon génie ne secoue ses aïles aude «moi et ne m'abandonne au moment décisif, quand! je dev « répondre sur des subtilités théologiques dont je me ris aù foi « de l'âme. » Il fut agréé, malgré ses opinions connues et en co sidération de son Savoir, comme candidat au saint ministère (1791 |
‘Après avoir été précepteur dans là famille Dohnä, il fut no: ni
iprédicateur adjoint à Landsberg (1794), ensuite prédicaténr | | titre à l'église de la Charité à Berlin (1796). M Schléiermacher est tout entier dans deux écrits qu'il comp vers sa trentième année, à l'époque de sa pléine matui Discours sur la religion et les Monologues. Ses autres ou
“ 1. Der christliche Glaube nach den Grundsätzen js erangelischèn. K'
Zusammenhange dargestellt, 2 vol.; Berlin, 1891.
ds
SCHLEÏERMACHÉR. 643
nne, ramenée à ce qu ‘elle contient, selon lui, d’essentiel, c'estlire au sentiment religieux , Ses Sermons sont de belles étice ions morales, où parfois le rhéteur fait tort au penseur.
Les Discours sur la religion s'adressent aux contempteurs de la igion, non ne à tous, non surtout à ceux qui la repoussent par volité et qu'on peut dédaigner, mais à ceux qui la jugent illie, incompatible avec la culture actuelle ‘. Schleiermacher ut, en s’éclairant avec eux sur le vrai caractère de la religion, er ou du moins préparer une renaissance intellectuelle du cle. Il a spécialement en vue les adhérents de l’école à laquelle venait de se rattacher. Leur ennemi à tous n’est-il pas le ratiolisme, qui, avec sa manie de vouloir tout expliquer et sa tennce à tout rapetisser, est la négation même de la religion? Le maine du rationalisme est ce qui est sensé, pratique, fini; or me de la religion est l'infini. Un monde où le rationalieme minerait serait un « désertsans science, sans mœurs, sans art, ans amour, sans esprit ». Mais pourquoi la religion est- elle: connue des gens cultivés, même de ceux qui n'ont pas subi atteintes du rationalisme ? C’est qu'elle n’est plus faite que de abeaux mal cousus de métaphysique et de morale. De même e Kant avait proclamé l'autonomie de la conscience morale, même Schleiermacher veut que la religion soit enfin constitiién ar elle-même, qu'elle soit séparée de ce qui n’est pas elle. Elle st ni une Maphyairrne ni une morale ;elle ne cherche pas, nme la première, à expliquer le Drctèee du monde; elle Spire pas davantage, comme la seconde, à continuer lanete créateur par l’activité libre des créatures. Elle est pure coniplation ou intuition de |’ univers, cognitio Dei intuitiva, comme ait Spinosa. « L'activité morale est un art, la spéculation métahysique est une science : la religion est MRC EAN sens et oùtide l'infini. » En tant que contemplation, elle n’a rien de cursif, comme-le raisonnement; elle ne progresse pas, et elle : conclut j Jamais, elle se répète indéfiniment. et elle coule d’une rce inépuisable. Et comme toute contemplation revient, en initive, à une action exercée par l’objet contemplé sur l'esprit Contemple, la religion est l’action de l'infini sur nous. chleiermacher, à force de maintenir la religion dans sa pure
C'est le sens du titre complet : Ueber aie Religion, Reden an die Gebildeten
r ihren Verächlern, Berlin, 1799 ; réimpression de la première édition, par 6 Ditipte, 1899.
esprit. Au lieu de discuter avec les autres, ils conversai
essence, de tenir loin d'elle tout élément étranger qui p la ternir, la réduit enfin à quelque chose d’insaisissable et ñ
nommé, à un mouvement de l'âme pour lequel le mot.de sen
ment même devient trop précis. Il l'appelle quelque part @u
« musique intérieure qui accompagne l'homme dans toutes. « manifestations de sa vie ». C’est à peu près ainsi que Tieck Novalis définissaient la poésie. Une telle religion n’a be d'aucun formulaire, d'aucun témoignage écrit. « L'homme re «gieux, » dit Schleiermacher, « n’est pas celui qui croit àu « Écriture sainte, mais celui qui sait s’en passer, et qui pourrait « besoin en faire une. » La religion est tout individuelle: chac la trouve au plus profond de son être, à son point de contact ai l'infini. Les communautés religieuses, les religions positives, sont que le pis-aller de ceux qui ne portent pas Dieu en «à mêmes. Le jour où chacun se sera élevé à la parfaite intuiti de l'univers, l'Église visible sera inutile. Alors le monde s transformé en un « pos TÉAAUE où Dieu n'aura qu'à d «un mot magique, n'aura qu'à presser un ressort, pour que at « sitôt tout ce qu'il commandera soit réalisé ». Une féerie, : c aussi sous cet aspect que Novalis voyait le monde transfig par la poésie. On reconnaît, dans l’école romantique, la pare) des esprits à trois ou quatre images qui reviennent sans ce et qui ne sont que diversement appliquées. NS Les Monologues, qui furent écrits en quelques semaines Jde
l'année même où parurent les Discours, ne devaient être d'ab
qu'une réponse indirecte aux objections que l’auteur prévoy ou qui lui avaient déjà été faites, même par ses amis. On pour s'étonner qu'un ministre d’une Église établie se fit l'apôtr > d' doctrine qui n’aboutissait à rien de moins qu'à la dissolution toute communauté religieuse. D’un autre côté, quel profit po uvai y avoir pour la science ou pour la vie à dresser des barriè | les facultés de l’âme, à mettre des compartiments isolés à 1 de l’unité du moi? Schleiermacher montra, pour toute répo comment sa théologie s'était formée et avait müri dans
même : c'était son habitude de tout ramener au dedans1bn examen de conscience : le renouvellement de l’année et d
ve SCHLEIERMACHER. 613
riva peu à peu à mettre le public dans la confidence des prin- 3 qui dirigeaicnt sa vie, à exposer sa philosophie pratique. chleiermacher, comme on s’y attend, est individualiste en 10rale, aussi bien qu'en religion. Il avait cru longtemps, dit-il, vec Kant, qu'il n'y avait qu'un devoir pour tous. Mais il découribbientôt, et il s’'applaudit de cette découverte, « que là où luimême agissait d’une certaine manière, son imagination, comme pour lui donner une preuve manifeste de sa liberté, lui Sugsérait plusieurs autres manières dont on aurait pu agir dans le même cas, sans offenser la morale ». Être ce qu'on est, être le plus complètement possible, tel est le but. Chacun porte
nlui son idéal. Mais, en attendant que cet idéal soit devenu une
falité pour tous, en attendant que le bien règne sur toute la re, les loir doivent s'associer, former « une conspiration pour. le bien », une petite église, qui gagnera de proche en roche. La ER de Schleiermacher se termine, comme sa \éologie, par une perspective sur l'avenir. Kant avait trouvé eux : une règle pour le présent.
La morale individualiste n’était ee nouvelle dans la littérature lemande. Jacobi avait déjà dit : « Les lois. de la morale se fondent sur la conscience, mais ne ent anAS la remplacer. ll est impossible d’ oshiques ces lois à toutes les circonstances dela vie; celui-là seul aura fait ce qu’il doit faire, qui aura con- ‘amment agi d’après le sentiment intérieur du en et qui, toujours d'accord avec lui-même, jouira de sa propre approbation. » Mais ce qui sera toujours intéressant dans les Monologues 8 Schleiermacher, ce sont les révélations qu'ils contiennent sur . personne, sur ses habitudes, ses goûts, sa manière de comrendre la vie. Il appelait ses Monolontes l'extrait lyrique de son uPnal intime ; il s’y peint avec une sorte d'enthousiasme juvéile qui était encore, chez lui, un trait de caractère. Schleierma- 1er était un mystique d’une espèce particulière, doué d’une vive ariosité scientifique et possédé d’un grand besoin d'action, ne nature expansive et tendre, n'ayant le complet sentiment elle- =même que par un perpétuel contact avec l'humanité. La ‘litude, ce refuge des penseurs, lui était un fardeau quand elle Ê : prolongeait. ne être passionné, il recherchait la société des mmes. « Il y à en moi, » écrit-il un jour à sa sœur, « tant de choses que les Are ne comprennent pas! » Dans les lettres M IS avec ses correspondantes, les « riens aimables de
« la vie quotidienne » ,auxquelsil tenait me alterne . des affaires de conscience, qu'il discute philosophiquement av = elles!. Appelé, en 1803, à l'université de Halle, il se sentit d’abo dépaysé au milieu de ses collègues, qui ne savaient trop da: quelle école théologique il fallait le classer; mais l'effet que parole abondante et chaleureuse et tout ce qu'il y avait de cor municatif dans sa personne produisaient sur les étudiants, réconcilia bientôt avec ses fonctions. La bataille d'Iéna disper son auditoire. Il revint à Berlin, fut attaché à l’église de la Trimit è et entra dans l’université nouvellement fondée en 1810, à co à de Wolf, de Savigny et de Fichte. Dans les années suivantes, à se rattacha au parti des patriotes, fut chargé de plusieurs mi o sions périlleuses, et devint suspect au gouvernement du mar | chal Davout. Plus tard, il désapprouva le zèle catholique de ph sieurs de ses amis. Îl ne cessa d'agir, d'enseigner, de prêche jusqu’à sa mort,en 1834. Il appelait la vieillesse un préjug Le l'illusion de ceux qui s'imaginent que le corps peut quelq chose sur l'âme. Elle émousse la sensation, disait-il, elle ralent l'activité, mais elle n'atteint ee la pensée; 0r la perse c'e - Fhomme?. EAN .
1. Ses relations avec Henriette Herz furent d’une espèce te 1 intimes et nullement passionnées. Dans les premiers temps de son séjoùr à Berli il la voyait presque chaque jour; ils lisaient ensemble les nouveautés littéraire: = elle lui apprenait l'italien ; il lui donnait des leçons de grec et lui faisait. comntt D Platon. Ce fut elle qui lt la première les Discours sur la religion. te ; 2, Œuvres et correspondance. — Les œuvres de Schleiermacher ont été publié en 30 vol. (Berlin, 1835); sa correspondance générale en 4 vol. (Aus Schleierm chers Leben, in Briefen, Berlin, 1860-1863). Satraduction de Platon, dontAl a don: trois parties de deux volumes chacune, est restée inachevée. — A consulter W. Dilthey, Leben Schleiermachers, 1* vol., Berlin, 1870 ; et l'article du mêm l la Allgemeine deutsche he aies XXXI. 2 ÿ
io CHAPITRE VIII
LE SECOND GROUPE ROMANTIQUE
scole romantique partagée en petits groupes. — 4. Clément Bren- “tano et Achim d’Arnim. Trait distinctif du groupe de Heidelberg. “Collaboration de Brentano et d’Arnim au Cor merveilleux. Leurs romans et leurs drames. Bettina; ses rapports avec la chanoinesse de Günderode et avec la mère de Gœthe. La Correspondance de Gœthe avec une enfant. Gœrres et son symbolisme mystique. — 2. Chamisso et Varnhagen. Continuation du romantisme à Berlin. L'éducation littéraire de Chamisso; désaccord intime de sa nature; l'Histoire de Pierre Schlemihl. La Motte Fouqué; ses “drames héroïques et ses romans chevaleresques, — 3. Ernest “Schulze sous l'influence de Wieland et de Novalis ; son poème de la Rose enchantée. br Le premier groupement des romantiques à Iéna et ensuite à in ne dura guère qu'une huitaine d'années, de 1796 à 1803. 81802, Frédéric Schlegel quitta Berlin pour se rendre à Paris, lämême année Tieck alla s'établir aux environs de FrancfortlPOdèr: L'année suivante, Wilhelm Schlegel commença ses Yages avec Mme de Staël. Enfin, en 1804, Schleiermacher fut pelé à l’université de Halle, où il enseigna jusqu'au moment
Minvasion française. Quant à Novalis, la mort l'avait enlevé
S le mois de mars 1801. C’est dans cette courte période de 164 4803 que l’école se constitua, qu’elle affirma ses prines, qu'elle étendit son influence. |
La Seconde génération des romantiques offre moins de cohéque là première. Elle se partage en plusieurs petits groupes, MConservent plus ou moins fidèlement la tradition de l'école. ment Brentano et Achim d’Arnim ont leur centre d'activité à idelberg, où ils fondent le Journal des Ermites (4808). A Berlin, poète La Motte Fouqué, l'écrivain dramatique Zacharie Werner
- 648- LE ROMANTISME. ace et le philosophe Fichte se rattachent à l’A/manach des de Chamisso et Varnhagen; au même groupe appartient, conteur Hoffmann, quoiqu'il ait toujours eu ses allures par Culières. Enfin Immermann, dans la région du Rhin, et Eiche dorff, en Prusse, continuent chacun de son côté à propag l'esprit romantique, tout en gardant l'originalité de leur nat