‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 298 sur 534 · À. — BRENTANO ET ACHIM D’ARNIM. — BETTINA. — GOERRES · texte numérisé non relu

À. — BRENTANO ET ACHIM D’ARNIM. — BETTINA. — GOERRES

Ce qui caractérise le groupe de Heidelberg, c’est la tendan: à rafraîchir la langue et la littérature à la source populair Jusqu’alors on n’avait proposé aucune solution précise du pr blème qui préoccupait toute l’école romantique. On voulait q ‘la littérature eût un caractère national; on reprochait aux, -cla siques de trop s'appuyer sur bee et on leur opposait moyen âge et la Renaissance chrétienne. Mais c'était le moye 1 À des seigneurs et des clercs, c’est-à-dire une culture qui n'ét pas elle-même sans ete chose d’artificiel, et qui n'ava jamais pénétré profondément dans. le peuple. Quand Tieck voul remonter aux origines de la poésie allemande, c’est aux Mim singer qu’il s’adressa. Arnim et Brentano suivirent une autre woi ils eurent l’idée de recueillir tout ce qui, à quelque époq: ce fût et même en pleine période classique, portait cette” indéfinissable qu'on appelle le caractère populaire, tout poésies qui, selon Riu. de bé ne sont Fe

saine de Le nation. 4

Achim d’Arnim disait, dans un article publié en moment où il venait de rassembler ses documents : « Les Ê « se sont usés à créer une langue spéciale, distinguée, | « servi qu’à exclure le peuple, pour un long temps, detot

ception élevée. Mais il leur a bien fallu reconnaître qu

ture. Il faut que la langue soit éternellement fluide, si. « se plier à tous les mouvements de la pensée qu'elle st

fes acquisitions nouvelles, sans que personne ait besoin d'y mettre la main. Si nous n’avons plus de poésie populaire, c’est juon à cantonné la langue, et qu’on s’est aliéné ainsi la partie jaime et poétique du peuple!. » Si les romantiques n'avaient ais parlé autrement, si Arnim et Brentano eux-mêmes wäient jamais professé d'autres principes, ils auraient pu porter un utile correctif à l’œuvre de leurs grands prédécesrs de l’école classique.

cafamille Brentano était originaire des bords du lac de Côme L

etradition la faisait descendre des Visconti. Pierre-Antoinc ntano, le père du poète, était à la tête d’une grande maison commerce à Francfort. Veuf d’une Hollandaise qui l’avait rihi, et dont il avait eu cinq enfants, il épousa, en 1774, ximilienne de Laroche, qui avait vingt-deux ans de moins que il en eut encore sept enfants, dont deux, Marie-Clément 18) et Élisabeth ou Bettine (1785), devinrent célèbres. Le nage ne fut point heureux, et fournit, à ce qu’on prétend, traits à Gœthe pour peindre les rapports entre Charlotte et jért dans lé roman de Werther ?. Clément eut une enfance tésil devint frondeur et sarcastique; il se créa « un monde éerique, planant au-dessus de la réalité comme un ciel étoilé dessus d’une grenouillère », Il était destiné au commerce, il épuguait, et son instruction fut des plus irrégulières. Après impassé une année à Heidelberg, dans une institution dirigée Mun ancien jésuite, il fut rappelé à la maison. Il fit encore éannée d'études à l’université de Bonn, puis on le plaça chez liquoriste à Lângensalza. Il se consolait de ses ennuis par Mépigrammes et des caricatures. Enfin la mort de son père, 1797, lui laissa la libre disposition de lui-même. Il se rendit éna, où il resta, avec de courtes interruptions, jusqu’en 1803, oil fit la connaissance des frères Schlegel. Son début littéraire une parodie du Gustave Wasa de Kotzebue, mêlée de plaisante- Ssans esprit sur l'école de Weimar, et qui fut blâmée des roman-

nes eux-mêmes. Une année après, il commença la publica- 64 - . x

Von Volksliedern, dans le Journal musical de Berlin, édité par Reichardt; le réimprimé au 146° vol. de la collection : Deutsche Nalional-Litteratur, de schner.

Voir plus haut, p. 420.

Satiren und poetische Spiele von Maria: erstes Bändchen, Gustav Wasa:

xig, 1800; nouvelle édition, par Minor, Heïlbronn, 1883. — Lie second volume

arut jatnais.

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620 ; tion d’un roman en deux volumes, Godwi, qu’il appelle Iniune sauvagerie, et dont il n’a gardé qu'un fragment dans, œuvres complètes'. Cest une imitation du William Lovell

Tieck; certaines parties trahissent l'influence de la Lucinde

Frédéric Schlegel. On y trouve des aphorismes comme celui « Nous aurons un État quand les lois se dissoudront d'el « mêmes; nous aurons l'amour quand nous nw’aurons plus « mariage. » Brentano avoue, dans la préface, que le roman

plein de fausse sentimentalité, qu’il y a trop mis de lui-mê

qu'il se sent incapable d’en corriger les défauts, « n'étant. « ericore initié au grand art ». Ge qui est rassurant pour Paye c'est qu’à une histoire des plus décousues il a su mêler quelq jolies ballades, qui passèrent ensuite dans le recueil du merveilleux ?. Il épousa, en 1803, Sophie Méreau, collaboratr de Schiller dans la Nouvelle Thalie et dans les Heures, et, à. la de l'année suivante, il s'établit avec elle à Heidelberg, où äl rejoint, quelques mois après, par Achim d’Arnim®: : Un même amour de la littérature populaire unissait les d poètes, quelque différents qu'ils fussent d’ailleurs par leur te pérament et toute la tournure de leur esprit. C'étaient le À et le Nord qui s’associaient; d’un côté, une imagination natu lement ardente et folle, avec un fort penchant au mysticist de l’autre, une fantaisie turbulente, mais qui se rendait ‘compte ses écarts, et qui ne couraitles aventures que parte qu ‘elle le v

1. Godwi oder das steinerne Bild der Mutter, ein verwilderter Romañ von Ma: Brême, 1801-1802. — Voir A. Kerr, Godwi, ein Kapitel deuischer Romantik, lin, 1898. -

2. Telle est la ballade de Loreley, première trace de la légende qui tout illustrée par Henri Heine. — Une jeune fille est citée. devant un évi Elle est accusée de sorcellerie; tout homme qui la regarde dans les yeux est: Y à la mort, L'évêque l'envoie dans un couvent; mais auparavant elle veut mo sur un rocher, en face du château qu'habite son bien-aimé ; trois chevali Ts | compagnent. : e.

« Les trois chevaliers attachent leurs chevaux — au bas du rocher, « tent après elle, — et la suivent jusqu’à la cime.

« La jeune fille dit : « Là-bas — un bateau passe sur le Rhin, : — us celui conduit le bateau — doit être mon amant. 26

« Mon cœur en est tout joyeux: — oui, il sera mon amant: mel « sur le bord — et se précipite dans le Rhin. à

« Les chevaliers durent périr; — ils ne revinrent pes — ils data « trois, — sans-prêtre, sans tombeau. »

3. Sophie Schubert venait de faire casser son mariage avec Charles-Ern professéur à la faculté de droit d'Iéna; elle mourut en 1806. Ses poési Berlin, 1800-1802) ont été louées par doi par Schiller, par Re collaboré au Cor merveilleux.

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ibbien. Si les grands ouvrages d'Arnin sont extravagants et mul imposés, c'est tantôt par négligence, tantôt par esprit de sysme. On lui a trouvé une ressemblance de figure avec lord mon, et il avait quelque chose de sa morgue aristocratique. Il toujours paru indifférent à la gloire littéraire, et peut-être tait-1l en effet. Né en 1781, il appartenait à une des plus éiennes familles de la Vieille-Marche; son père avait été recteur des spectacles sous Frédéric IL. Pendant ses années études, à Halle et à Gœættingue, il s'était occupé surtout de iences naturelles, et sa première publication avait été un traibsur l'électricité. Il fit ensuite un long voyage en Allemagne, en

lisse, en France, en Angleterre et en Hollande. À Francfort,

retrouva Brentano, dont il avait fait la connaissance à Get. igue, et ils racdrirent ensemble le Rhin jusqu'à Dusseldorf, cueillant partout les légendes et les chansons locales. Arnim blia, en 1802, son premier roman, la Vie amoureuse de Hollin, ble imitation de Werther, et, deux ans après, les Révélations Ariel, une des productions les plus incohérentes de l’école mantique , qui contenait cependant quelques jolies poésies 1. nrôle littéraire ne commença réellement que le jour où il s unitravec Brentano à Heidelberg (1805), et où ils mirent en

mmun les trésors que depuis des années ils amassaient chacun

son côté.

Herder avait déjà publié, dans les Voix des peuples, un choix Chants populaires de toutes les nations; mais l'Allemagne occupait la moindre place, et Schlegel pouvait encore dire, 803, dans ses conférences de Berlin : « Ce qui nous manque, est une collection comme celle que Percy a faite pour l’Angleterre et l'Écosse, se bornant aux productions indigènes, et rassemblant tout ce qui offre un réel intérêt, même de simples fragments. » Cés mots contenaient lout le programme d’Arnim de, Brentano. Le premier volume du Cor merveilleux parut 1806; il était dédié à Gœthe: Il avait été précédé d’une nonce, où les deux auteurs s’exprimaient ainsi : « Nous donnons ces romances el ballades comme nous les avons reçues de la bouche du peuple, comme nous les avons prises dans les livres et dans les manuscrits, comme nous les avons classées

L. Holin's Liebeleben, Gættingue, 1802. — Ariel's Offenbarungen, Gœttingue, 1801. Hollin fut plus tard remanié et inséré dans la Comtesse Dolorès ; la premitr ion a été reproduite par Minor Hs 1883). Ariel n'a jamais été réimprimé.

encore moins une édition critique, mais une sorte d’adap

qu'ils prétendaient offrir au public. Ils ne se faisaient aucun C -pule d'ajouter, de retrancher, de composer des morceaux enti et les communications qu'ils recevaient de leurs amis n ‘étai pas toujours de bonne provenance. Ce n'était pas aux sava qu'ils s’adressaient, mais au peuple allemand tout entier, spécialement aux poètes, qui trouveraient |là, pensaient: une ample matière. Gæthe accueillit favorablement le liv le recommanda chaudement et l’analysa presque en ent dans la Gazette littéraire d'Iéna. Il approuva les libertés que auteurs avaient prises avec les textes : « Qui ne sait, » disait « à quoi un lied est exposé, quand il passe pendant un cert: « temps par la bouche du peuple cultivé ou non cultivé? Po « quoi celui qui le reçoit en dernière instance, qui le met « écrit et le collectionne, n’aurait-il pas sur lui les mên « droits? » Mais il ajoutait : « Nous souhaitons que les auté « dans leur prochain volume, se mettent en garde contre « rapsodies des Minnesinger, contre les rimailleries grossièr € « plates des maitres chanteurs, enfin contre toute. a : « et jours a LE » Le danser n FEES pas, à vrai i dire,

troisième (1808) portaient simplement : Wunderhorn, Alte deutsche Lied. du premier volume s’appliquait spécialement à la pièce qui OUyREs dont l'auteur était Achim d’Arnim : È « Un enfant, sur un coursier rapide, — galope vers le château de l'in « — Le coursier vers la terre se penche, — l'enfant s incline avec grâce. « Belles, aimables-et gentilles, — comme les dames se regardent! | tenait un cor, — et le cor portait quatre rubans dorés. -« Mainte belle pierre — était enchâssée dans l'or; : — et des perles e « — attiralent les yeux. A « Le cor était d'ivoire, — de l’ivoire le plus grand — - et le plus « puisse trouver, — etil était suspendu à un anneau. À « Le cor étincelait d'argent, — etcentclochettes y étaient attachées « l'or le plus fin, — retiré du fond de la mer. « C'était une sirène elle-même — qui l’envoyait à Y'impératries « récompense de sa pureté, — parce qu'elle était belle et sage. - « Le bel enfant disait : — « Telle est la propriété aus cor : — une. « votre doigt, — une seule pression, 2 « Et toutes ces clochettes — sonneront doucement, — comme jamais harpe — ou chant de dame n'a sonné. È « Aucun oiseau du ciel, — aucune vicrge marine, — ne font rien « pareil. » — Et l'enfant galope vers la moe

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