‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 305 sur 534 · ERNEST SCHULZE · texte numérisé non relu

ERNEST SCHULZE

L'atmosphère littéraire du temps était imprégnée de romantisme, On ayait beau s’en défendre, on en subissait la contagion. Ge fut le cas du jeune poète Ernest Schulze, un classique, un disciple de Wieland, que le romantisme effleura, presque malgré lui. Peut-être son romantisme n'’était-il, après tout, qu'un défaut de, maturité, le vague d'un esprit qui n’avait pas eu le temps de sé reconnaître lui-même et de dégager sa personnalité.

Il était fils du bourgmestre de Celle, dans la principauté de Hanovre, et né en 1787. Il fut d’une précocité peu ordinaire .: à onze ans, il faisait déjà des vers. A Gœttingue, où il arriva en 1806, il trouva un utile conseiller dans Bouterweck, qui publiaitalors sa grande Histoire de lu poésie et de l’éloquence modernes?. Ce fut Bouterweck qui fit paraître, en 1808, dans la revue intitulée luNouvelle Vesta, les deux premiers chants de l'Amour et Psyché, conte grec, où Schulze s’essayait sur les traces de Wieland, et où montrait déjà un grand talent de versificateur. Il avait la poitnne délicate, et il s'éprit de la fille du professeur Tychsén, malade comme lui, nature distinguée du reste, ayant du talent voùr la musique et la peinture. Cécile Tychsen mourut, en (812, à l’âge de dix-huit ans. Aussitôt l'imagination du poète s'enflamme à l'idée qu’il doit être pour elle ce que Pétrarque L été pour Laure, Dante pour Béatrice. Il se persuade qu'il la tuivra bientôt dans la tombe. Alors il répète pour son compte le toman que Novalis avait rêvé pour Sophie de Kühn, et son roman, :oïime celui de Novalis, a une suite inattendue. Il se sent attiré

atune douleur commune vers la sœur de Cécile. En vain &

@proche-t-il d'abord ce sentiment comme une infidélité: il s'ima- \inebientôt que Cécile lui a laissé, en le quittant, une image terestre d'elle-même, et les deux sœurs se confondent pour lui dans

1. Éditions. —Fouqué a donné un choix de ses œuvres en douze volumes (Halle, 1841). - Un vol. est consacré à Fouqué et à Eichendorff, par Max Koch, dans la collection \ürschner. — Ondine a été d'abord traduite en français par la baronne Albertine 2 La Motte Fouqué, troisième femme de l’auteur (Leipzig, 1857).

DE “Geschichle der neuern Poesie und Beredsamkeit, 12 vol., Gœttingue, 1801-1819; A ouvrage qui a eu de l'influence sur la littérature du ‘emps, et qui est encore ‘ile à consulter,

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une seule figure idéale. Telle est l'étrange situation qu'il d dans son Journal poétique. Ge qui n’est pas moins étrange, le plan du poème destiné à immortaliser Cécile et qui porte s nom. Nous sommes au temps de l’empereur Otton [e; une troupi chevaleresque s'apprête à conquérir le Danemark et à établir Je christianisme sur les ruines de l'antique temple de Freya. Cécile est l’inspiratrice de la guerre sainte, une sorte de Jeanne d’Arc. À la fin, son âme est portée au ciel par lès anges, et le chanteur qui nn, et dans lequel le poète se personnifie, reste sur la terre Pons garder son tombeau. Mais où n'atteint ce dénouement qu'au bout de vingt chants, tout remplis d'aventures merveilleuses, attribuées à des personnages dont le caractère est vaguement tracé ét auxquels on ne s'intéresse pas; et Pon se demande si les regrets du poète n’ont pas été traversés çà et là par le souvenir des romans et des drames de La Motte Fouqué. La rédaction du poème fut interrompue par les événements de 1813. L'enthousiasme patriotique était moindre dans le Hanovre, domaine héréditaire des rois d'Angleterre, que dans le reste de l'Allemagne. Schulze ne partit qu'à la fin de l’année, avec la Jandwehr; il fut enrôlé dans un bataillon de chasseurs, chargé d'opérer contre la ville de Hambourg, où Davout tenait encore. Il envie, dans un passage de Cécile, la fin glorieuse de Théodore Kærner; lui-même ne rapporta de sa courte campagne qu ‘une santé affaiblie. Cependant il ne cessait d'écrire, sentant que bientôt la plume lui tomberait des mains. En 1816, le libraire Brockhaus proposa un prix pour un ouvrage en vers, destiné à la revue Urania, dont il était l'éditeur. Schulze envoya un poème en trois chants, la Rose enchantée, qui fut couronné; il mourut ‘peu de jours après que le résultat du concours fut publié” 18171. La Rose enchantée a sur Cécile l'avantage d’un Fos plus

l. Le comte de Platen appréciait beaucoup la Rose né dl à cause de La ver. sification. « C’est un divin poème, plein de grâce et de douceur, » dit-il dans son Journal, «un aimable jeu de l'imagination ; desoctaves comme on nena pas encore « vu dans la littérature allemande, quoique monotones par moments, à Cause du « retour incessant de certaines rimes féminines, et déparées par quelques | $ « faibles. » — Les autres ouvrages de Schulze profitèrent du succès dela ose; Cécile fut imprimée en 1818, Psyché et les Poésies en 1820. — Édition des œuvres : Sämtliche poetische Werke (avec une introduction de Bouterweck), 4 vol, | 1818-1820. La 3e édition (1855) s'augmenta d’un 5° volume, contenantuneb phie détaillée, d'après le Journal du poète, par Margoraff. — Des supplémen été publiés par K. E. Franzos, principalement dans la revue Deutsche Dich mg — Die besauberte Rose et Poetisches Tagebuch, par J. Tittmann, Lelpaers

ane ue princesse a été nn en voix d’un chanteur rompt le charme qui la tenait cap- . ct monotonie, le défaut habituel de la poésie de Schulze, ici | moins sensible, vu la petitesse du cadre. Les sentiments exprimés avec délicatesse; le paysage à de la fraîcheur, ent de l'éclat. C’est Wieland, moins la variété et l'imprévu, k avec un accent see ému et un style plus coloré. |

« CHAPITRE IX LES DERNIERS ROMANTIQUES | LA POÉSIE PATRIOTIQUE DE 1813 .

LS

les benrés de poésie. Ses romans : les Épigones; Honor dE 3. Bichendorff, « le dernier des romantiques ». Sincérité inspiration. Retour discret à os classique. — 4. La pe

tiques; la Lyre et l’Épée. Schenteidoet Arndt.

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