‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 33 sur 534 · PER MT RE PRO E 2 À · texte numérisé non relu

PER MT RE PRO E 2 À

Lu LA LITTÉRATURE FÉODALE DU MOYEN AGE.

Le second messager, Frute, est un marchand, négociateu l'occasion, subtil et adroit. Horant, enfin, est un chanteur inco! parable, . c'est lui qui contribue le plus au succès de l’entre prise. 4

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Il arriva un soir cette heureuse aventure, — que le seigneur de Danemark, le vaillant guerrier, chanta — d’une voix si magnifique, que tout Je monde — en fut charmé, et que les oiseaux se turent pour l’e tendre. L

Le roi et tous ses hommes prétèrent l’oreille, — et Horant gagna ce soir-là beaucoup d'amis. — La reine aussi l’entendit bien; — car le chant montait jusqu’à la haute fenêtre où elle était assise.

Et la belle Hilde dit : « Qu’ai-je entendu? — La plus belle mélod « est venue à mon oreille, — la plus belle qui jamais en ce monde soit « sortie de la bouche d’un homme. — Plüt au ciel que mes gens la con- « nussent! »

Elle fit venir le beau chanteur, — et lorsqu'il fut devañt elle, ci le remercia beaucoup — de la douce soirée qu’il lui avait fait passer: — et les suivantes de la reine lui prodiguèrent les marques de leur bienveillance. 4

La reine lui dit : « Répétez-nous — la mélodie que vous nous ave « fait entendre ce soir. — Promettez-moi que chaque soir — je vous «* entendrai chanter ainsi, et je saurai vous en récompenser. » k

Il répondit : « Noble dame, si cela peut vous plaire, — je vous ferai « entendre en tout temps de si douces mélodies, — que ceux qui auront! « des soucis les oublieront, — et que ceux qui auront de la SOUS « seront consolés.…. »

Comme la nuit s’en allait et que le jour commençait à paraître, - + Horant se mit à chanter, et, tout à l’entour, dans les bosquets, — 18 oiseaux se turent, charmés par son chant; — et les gens qui ae aussitôt se levérent.

Sa voix retentissait, toujours plus belle, plus haute et plus pure. — Le roi Hagen lui-même, assis auprès de la reine, l’entendit. — ll sortirent de la chambre et s’avancèrent sur le balcon. — L’étrangèr savait bien pour qui il chantait, car la jeune reine l’entendaït aussi.

La fille du sauvage Hagen et ses compagnes — étaient assises et écoutaient. Elles remarquaient comm les oiseaux — oubliaient leur chant dans la cour du château. — El les héros aussi entendaient le Danois qui chantait d’une voix si belle.

Il avait fini de chanter, et il s’en alla. — Jamais la jeune reine in

« Des erlachte iûte diu minnecliche meit.

« siu sach wol daz im wære bî schœnen frouwen leit. « dâ von wart des schimphes mêre in der selde..… » (Ve Aventure, str. 343 et suiv., éd. de K. Bartsch.)

La strophé de Gudrun se distingue de celle des Mibelungen en ce que le second hémistiche du dernier vers compte un accent de plus. 4

de PE. à Mig, JE x ” CHE ARRETE no nm Ps 2 0 VAE TR ee: NOR TRE AC ï Ve er « PET D

gäiement que ce matin — n'avait mis ses beaux vêtements; — elle envoya aussitôt un messager auprès de Hagen.

Im Et le roi, sans tarder, vint la trouver, — et, d’une façon aimable, la jeune fille porta sa main — au menton de-son père, et elle le supplia ainsi — et dit : « Cher père, fais-le chanter encore à notre cour... »

Elle le pria encore, et le roi s’en alla. — Horant trouva une mélodie nouvelle, — et chanta plus vaillamment que jamais, — et tous, même les malades, furent captivés par son chant.

Les animaux de la forêt laissèrent leur pâturage. — Les vers de

terre qui rampent sous le gazon, — les poissons qui courent sous le flot, — s’arrêtèrent. Horant jouissait du prix de son art. “ Quoi qu'il chantât, on ne se lassait point de l’entendre. — Le prêtre elevait en vain sa voix dans le chœur; — les cloches ne sonnaient plus aussi doucement. — Tout ce qui entendait Horant était épris de lui, »

De tels chants ne vont pas sans récompense. Horant recoit de là jeune fille une ceinture qu’elle a portée elle-même. « Si quel- & qu'un me blâme de l'avoir acceptée, » dit-il, « qu'il songe que je «la porterai à mon maître : nul message ne pourra lui être plus « agréable. — Et quel estton maître? » demande-t-elle. « Porte-t-il & couronne? A-t-il une terre à lui? Pour l'amour de toi, je lui suis favorable. » Horant confie alors à Hilde que c’est pour elle que lui et ses compagnons sont venus, que Hettel est un prince puissant, qu'il a douze autres chanteurs à sa cour. « Mais, » ajoute-t-il, & quelque douce que soit leur mélodie, mon maître les surpasse &tous. » Le lendemain, Frute invite les dames de la cour à Venir voir ses marchandises; mais à peine la jeune fille est-elle montée sur un navire avec son escorte, que, sur un signe de Wate, on lève l'ancre, et que toute la flottille gagne la haute mer, Hagen se met à la poursuite des ravisseurs, et les atteint sur la côte de Vaalis, à l'extrémité du royaume des Frisons. Là, après avoir échangé force coups d'épée, on se réconcilie.

Des surprises, des enlèvements, des pillages de villes, tels sont les tableaux ordinaires que nous présente la légende maritime

“1. « Diu tier in dem walde ir weide liezen stên.

% « die würme, die dà solden in dem grase gên,

4 « die vische, die dà solden in dem wâge vliezen,

X « die liezen ir geverte. jà kunde er siner fuoge wol geniezen.

+3 « Swaz er dà d@nen mohte, daz dûhte niemen lanc. l'a « sin unmärt in kœren dà von der phaffe sanc. « die glocken niht enklungen sô wol alsam ëê. a allez daz in hôrte, dem was nâch Hôrande wé. » (VIe Aventure, str. 389, 390.)

46 LA LITIÉRATURE FÉODALE | pu MOYEN AGE.

des Germains du Nord. Mais on tend facilement la main à. “ba E nemi de la veille, pourvu qu'il soit de bonne naissance, et qui n'ait pas failli à l'honneur. On se bat surtout par envie de & battre, et ce que le plus vaillant demande avant tout, c’est d’ avoir, un A digne de lui. Une femme ne se conquiert pas autre” ment que les armes à la main. Gudrun, fille de Hettel et de Hilde, est fiancée à Herwic, roi de Sélant, qui est venu la réclamer à la tête de trois mille hommes. « L’épée de Herwic, en s’abattant sur « les casques des Frisons, faisait jaillir des gerbes d’étincelles, et. « la belle Gudrun en était témoin; elle ne pouvait détacher les. « yeux du combat; le héroslui bétail vaillant, et elle en éprous « vait à la fois de la joie et de la peine. » Mais pendant que Hettelk et Herwic, devenus alliés, sont occupés à une expédition lointaine, Gudrun est enlevée avec toutes ses suivantes par Hartmut, prince de Normandie. Les Frisons accourent, sont battus, et laissent une grande partie des leurs sur le champ de bataïlle. Ils attendent qu'une nouvelle génération d'hommes ait renforcé leur armée, Alors ils donnent à leur tour l’assaut à la citadelle des Normands, défendue par de fortes murailles. Pendant sa captivité, qui dure treize ans, Gudrun demeure fidèle à Herwic, malgré les sollicita® tions de son ravisseur et les mauvais traitements d'une marâtre Elle est soumise, à la fin, aux plus durs travaux domestiques, Quand son frère et son no qui ont précédé l’armée, s’approz chent du château, ils la trouvent, avec une de ses compagnes, lavant le linge au bord de la mer, « C'était au temps où l'hiver « commence à se rétirer. Les oiseaux essayaient leurs premiers « chants, à l'entrée du mois de mars. Les deux orphelines mars « chaient pieds nus sur le sol glacé. Quelque beaux que fussent les ‘1 iraits de leur visage, le vent agitait leurs cheveux en dsrar « car, par la pluie ou la neige, nul abri ne les protégeait:1. A La Le. résignation de Gudrux est un trait original et a dans la vieille épopée g2rmanique. En général, les femmes jouent un rôle particulier dans ce poème. Elles interviennent fréquems / ment comme médiatrices dans les querelles des hommes; elles,

=. hâtent la conclusion de la paix, elles intercèdent pour les vaincus.

Elles opposent les droits de la faiblesse aux abus de la force. Hartmut peut emmener Gudran, il ne peut pas la contraindre à l'épouser, car, dit le poème, « il était d'usage qu'une femme n!

], XX Ve Aventure.

éprîit un époux que par sa libré volonté : ainsi l’exigeait l’hon- &neur. » À la fin, Gudrun sauve Hartmut, qui va tomber sous les coups de Wate. Un sentiment d'humanité se mêle, discrètement encore, à la fureur guerrière; la poésie se rapproche peu à peu de l’idéat chevaleresque.

© à 4, — « BITEROLF ET DIETLEIB ».

- Les deux causes principales qui amenèrent peu à peu la décadence de l’ancienne poésie nationale furent les progrès du chris lianisme parmi les tribus germaniques et l'esprit d'aventure et de galanterie qui s'était introduit avec la société chevaleresque. Qu'on se représente une religion monothéiste implantée sur le sol où fleurirent les traditions homériques : que deviendront l'Ilinde 2t l'Odyssée? L’épopée allemande du moyen âge, placée entre deux influences contraires, la prédication chrétienne et les souvenirs païens, perdit de Fine heure cette unité morale qui est la gondition indispensable d’une grande œuvre poétique. D'un autre côté, la chevalerie tendait à faire prévaloir un idéal nouveau, peu compatible avec les sujets mêmes qui faisaient le fond de la poésie héroïque. Cette poésie ne pouvait se maintenir qu’en se transformant, mais elle ne pouvait se transformer que dans une certaine mesure, et elle n’apparut bientôt plus que comme l'hériäge d’une époque barbare.

Ce furent surtout certaines traditions secondaires, ayant par lles-mêmes moins de consistance, qui subirent, dès la seconde moitié du x11° siècle, des HdMéa tions profondes. C’est ainsi que Biterolf, un héros du cycle légendaire des Goths, fut transformé un vrai chevalier d'aventure. Biterolf est roi d’Espagne ; mais

lquitte son royaume pour se rendre à la cour d’Attila. Il yreste ‘

Hix ans, et ses sujets le croient mort. Son fils Ditleib, encore tout ‘eune et connaissant à peine l'équipement d’un chevalier, se met la recherche. Après avoirtraversé mainte aventure, après avoir incu en combat singulier Hagen et les rois Burgondes et d’aures guerriers encore, il arrive, lui aussi, à Etzelbourg. Le père le fils prennent part à une expédition d’Attila contre les Poloaais ; ils se rencontrent dans une mêlée et se combattent sans jé connaître. Heureusement, Attila les sépare, et la reconnaissance a lieu. Mais avant que les deux héros retournent en Spagne, il faut encore que les Huns et leurs nombreux alliés

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“reçu une en Les dernièrès Re qui se passent environs de Worms, rappellent les Nate et trahissent pesnde de tra ation récentef,

1. Édition de Oscar Jänicke (Peutsches I bé tas K. | Müllenho 5 vol., Berlin, 1866-1873 ; au 1# vol.), — Des analogies de forme et de fond a la Plainte des Nibelungen ont fait supposer que les deux poèmes avaient eu même auteur; mais il est probable que le Biterolf est plus récent. ‘

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