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CHAPITRE III POÈMES CHEVALERESQUES

Différence entre les poèmes héroïques et les poèmes chevaleresques. — 1. Version allemande de la Chanson de Roland. La légende d'Alexandre; le poème du curé Lamprecht. — 2. L’Énéide de Henri ‘de Veldeke; la courtoisie dans la littérature. Les poèmes de Hartmann d’Aue; introduction des sujets de la Table ronde; Vlvain et l’'Érec; Grégoire ou le Bon Pécheur. Le Tristan de Gotfrit de Strasbourg; la passion substituée à la courtoisie. — 3. Essai de renouveler le contenu de la poésie chevaleresque; le Parzival de Wolfram d’Eschenbach et la légende du Saint Graal.

Les poèmes héroïques, même sous leur forme rajeunie, ne ‘éprésentaient plus le véritable esprit du xuie siècle. Les transôrmations qu'ils avaient subies dans le cours des âges ne leur Waient pas fait perdre entièrement leur caractère primitif. Les sentiments qui s’y exprimaient ne répondaient pas toujours à idéal chevaleresque. Même le christianisme n’y régnait pas sans Jartage. D’anciens mythes, dont l’imagination populaire n'avait ou se détacher, avaient trouvé là leur dernier refuge. Aussi la poésie héroïque, sans être complètement abandonnée, fut relézuée à l’arrière-plan, et la faveur publique se porta vers d’autres sujets, qui étaient plus en harmonie avec les mœurs nouvelles réées par la féodalité.

Les plus célèbres des héros chevaleresques, Arthur, Lancelot, Pristan, Perceval, sont d’origine celtique. Les Celtes, qui, antétieurement aux Germains, avaient possédé la plus grande partie le l'Europe, ne conservaient plus, à la fin du xne siècle, que la Presqu'ile armoricaine et le pays de Galles. Leurs voisins, les Normands, alors maîtres de l’Angleterre et de l'Ouest de la France, eurent connaissance de leurs légendes nationales, les traduisirent

en français, et les firent connaître à l’Europe entière. Arthur

les chevaliers de la Table ronde furent bientôt chantés dass

toutes les langues, dans celles du Nord comme dans celles di

Midi, même en grec moderne : car les poèmes francais avaier

trouvé des imitateurs jusqu'à Constantinople, où ils avaier pénétré à la suite des croisés. Les compagnons de la Table ron furent considérés désormais comme les.yrais représentants d l'esprit chevaleresque, et tout héros poétique, ancien ou moderne fut obligé de se façonner sur leur modèle. | Les poèmes héroïques diffèrent des poèmes chevaleresque autant par le fond que par la forme. Les premiers respirent Ie sentiment de la communauté; on y voit des peuplades entières se mettre en campagne, soit pour défendre leur territoire, soi pour conquérir une patrie nouvelle. Dans les seconds, c'est l'espr individuel qui domine. Le chevalier cherche aventure pour lui même ; il attend que le hasard des combats lui fournisse un

“occasion de se signaler; il n’a d’autre dessein que de se couvri

de gloire et de faire arriver jusqu'aux oreilles de sa dame Î f Q x . ont Se , renommée de ses exploits. Les poèmes héroïques consacrent de

souvenirs nationaux; les poèmes de la Table ronde plaisent sur

tout par les qualités personnelles de leurs héros, par ce mélange de fierté et de douceur, de vaillance et de courtoisie, qui for: 16 le fond du caractère chevaleresque. 20

Les poèmes nouveaux adoptèrent dès l'abord une forme pif légère que l’ancienne forme épique. Le vers est plus court, d’un rythme plus léger et moins savant: on voit qu’il a été fait pour être lu et non chanté ou déclamé. Quelques poètes ont su donne à ce vers beaucoup de vivacité et de grâce; d’autres ont abus d'un art facile, et se sont perdus en de longues descriptions.

On distingue ordinairement, dans l'épopée chevaleresque, tr cycles : le cycle antique, le cycle carolingien et le cycle breton Cette distinction est plus apparente que réelle; elle ne repos

* que sur la différence des sujets. Au fond, c’est le même espr 1] SP

qui anime partout la poésie chevaleresque. Alexandre et En prennent, sous la main des poètes du xtme siècle, la même Ps nomie que Lancelot et Tristan. Nous nous attacherons donc unk quement à l'ordre chronologique, qui a l'avantage de suivre et reproduire le mouvement même de la littérature du moyen âge, el de montrer le point précis où elle touche à son apogée po marcher ensuite vers sa décadence,

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POÊMES CHEVALERESQUES. #1

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