‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 364 sur 534 · Acte V, scène In · texte numérisé non relu

Acte V, scène In

3. La tragédie de Sapho, lorsqu'on la rapproche de ce qu'on sait d du caractère de Grillparzer, devient comme un chapitre d'autobiograp 11 a toujours eu une crainte instinctive de se lier, de s'engager, ce qu empêché ses amis de lui être très fidèles. Même vis-à-vis des femmes sait jamais les premiers pas. Voici ce qu'il dit dans uné lettre à un par Laube, dans sa biographie de Grillparzer) : « Plüt à Dieu que m « capable de cet oubli et de cet abandon de soi-même, de cet effaceme « devant un objet aimé! Mais — je ne sais si cela tient à une exa « sentiment personnel, ou au culte exclusif que j'ai voué à l'art =t0 « n'appartient pas à l'art peut bien me frapper et me saisir momen « mais ne peut m'attacher d'une manière durable. En un mot, je ne « capable d'amour. Je n'aime, dans une femme, que l'image que mon esp « formée d'elle, et la forme réelle devient alors à son tour comme une Cr « de l'art, qui me charme aussi longtemps qu'elle est conforme à mon « qui me repousse dès qu'elle s'en écarte. Peut-on appeler cela de l'amour « moi, et plains-la, elle qui aurait vraiment mérité d'être aimée pour el Elle, c'était la troisième des quatre sœurs Frœæhlich; elles étaient L:

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Toison d'or, une trilogie, a moins d'unité que Sapho. La mposition, dit Grillparzer dans uné préface, a été interrompue ar des malheurs, par des voyages, par de cruelles déceptions ». 1819, il assista à la dernière maladie et à la mort de sa mère. Smédecins lui ayant conseillé ensuite un séjour dans le Midi. risita Venise, Rome et Naples. Une poésie sur le Campo Vaccino, 41 déplorait la ruine de la civilisation antique et païenne, plut à la cour de Bavière et à celle de Vienne, et fut cause de Mpremier démélé avec la censure. Commencée au mois de téembre 1818, la trilogie ne fut terminée qu'en janvier 1820, élle ne fut représentée à la Hofburg que l’année suivante. e constitue, dans son ensemble, une aventure mythique mal brouillée et dont le symbolisme reste obscur. La première rtie, une tragédie en un acte intitulée l’Hôte (der Gastfreund), une sorte de prologue. Phrixus, un chef thessalien, chassé de domaines par un usurpateur, s'est réfugié dans le temple de Iphes. Il a reçu en songe l’ CE de prendre la Toison, qui est sée sur une image sacrée, et de la transporter sur le rivage le 1S reculé du Pont-Euxin, en Colchide.

e-m'embarquai, raconte-t-il au roi de ce pays, et, comme un illon d’or, —:la: Toison flottait au haut du mât et bravait la tem: €e.— Les vagués écumaient, les tonnerres grondaient:; — la mer et vent et les Enfers se conjuraient — pour m’engloutir dans la tombe mide.— Mais on ne me toucha pas un cheveu, ct sain et sauf — Jordai à cette côte hospitalière — que le pied d'aucun Grec n’a lée avant moi. — El maintenant je m'adresse à toi en suppliant : ueille-nous moi et les miens dans ton pays; — sinon, je prendrai session moi-même, — me fiant à l’assistance des dieux, qui — m’ont nné ce gage de victoire et de vengeance 1.

nnes distinguées, et ce fut la musique qui créa leur premier lien avec le poète. llparzer et Catharina Frœhlich passèrent trente ans de leur vie à se tourmenter

Mautre. Ils furent sur le point de s’épouser en 18%; la jälousie de Catharina *

na une rupture; elle en fit une maladie, et la réconciliation ne fut jamais nplète. Ce furent les sœurs Frœhlich qui soignèrent Grillparzer à son lit de M Les lettres de Catharina Frœhlich à ses sœurs ont été publiées ‘par ler au 4° vol. du Jahrbuch der Grillparzer-Gesellschaft. — Voir aussi un article Mine, Grillparser und Katharina Frôhlich, au 5° vol. du Jahrbuch.

. « Ein schifft’ ich mich, un:' hoch als goldne Wimpel « Flog mir das Vliess am sturmumtobten Mast,

« Und wie die Wogen schäumten, Donner brüllten

« Und Mecr und Wind uwd Hôlle sich verschworen, « Mich zu versenken in dâs nasse Grab,

« Versehrt ward mir kein Haar, und unverletzt

# « Ram ich hierhor au diese Rettunysküsto,

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tion qui se présente sous une forme aussi impérieuse. Au mé r des lois de l'hospitalité, il tue l'étranger et ravit ses trésors. Ma aussitôt Médée, la tille du roi, voit les Furies s'élever du fond d

Enfers : fs Elles viennent, elles approchent, — elles m’enlacent, — moi, nous tous! — Malheur à toi! — à toi! à nous! — malheur. 1!

La malédiction des Furies s’accomplit dans la seconde pièce. une tragédie en quatre actes, les Argonautes, et se répercu même sur la troisième. Jason a reçu, on ne sait de qui, la. mi: sion de venger Phrixus et de reprendre la Toison d’or, quie confiée à la garde d’un monstre ; il y réussit, grâce au Secou: que lui prête Médée. Mais la Toison, qui était d’abord un gas de victoire, va devenir entre ses mains un emblême de malheu une fatalité inéluctable s’y attachera désormais. On pourta croire que le Souvenir du trésor des Nibelungen était présent l'esprit du poète, si lui-même ne nous affirmait le contraite. L'intérêt de la pièce est dans le caractère de Médée, chasseréss infatigable, subtile magicienne, douée d'une énergie “brutale q cédera devant la volonté intelligente, personnifiée dans Jasor Sa passion éclate avec la violence d’une force de la nature? mai on aimerait mieux ne pas la voir analyser ce qu ’elle éprouvé : Ê

On dit, et je sens qu'il en est ainsi, — On dit qu’il y à quelque cho: dans la nature de l’homme, — qui, indépendamment de sa propr volonté, — attire et repousse avec une aveugle puissance, — Comm de l'éclair au métal, comme dé Paimant au fer, — une attraction, un

« Die vor mir noch kein griech’scher Kuss betrat. « Und jetzo geht an dich mein bittend Flehn :

« Nimm auf mich und die Meiïnen in dein Land, « Wo nicht, so fass’ ich selber Sitz und Stätte, | « Vertrauend auf der Gôtter Beistand, die FN « Mir Sieg und Rache durch dies Pfand verliehn! » .

1. « Sie kommen, sie nahen, + pe « Sie umschlingen mich, AS M à « Mich, dich, uns alle! Farre 3: 1 « Weh über dich! Fe « Ueber dich, übe® uns!

« Weh! Weh! » :

liche Wexke, 19° vol.).

we:

iystérieuse attraction va — de l'homme à homme, de la poitrine à

poitrine. — Il n’y a ni charme, ni grâce, ni vertu, ni droit — qui Que ou dénoue ces fils magiques. — Le penchant est un pont invisible téenchanté, — que beaucoup ont foulé, que nul n’a aperçu. — Une

hose plait parce qu'il faut qu’elle plaise t.

-Médée a suivi Jason. Après une odyssée de quatre ans, ils bordent à lolchos, dans le royaume de Pélias, qui a dépouillé ason de son héritage. Pélias meurt; Jason est accusé d’avoir dté sa fin, de complicité avec la magicienne Médée. Ils sont bligés de fuir, et Médée garde la Toison, que Pélias a en vain ssayé de lui arracher. Ils demandent un asile à Créon, roi de orinthe, auquel le père de Jason était uni par les liens de l’hospialité : ici s'ouvre la troisième tragédie, en cinq actes, Médée. Créon ccueille Jason; mais il hésite à ouvrir sa porte à l’étrangère, ui a un mauvais renom en Grèce. Cependant Médée s'efforce de aire oublier son origine barbare; elle prend le costume, le lanage, les mœurs du monde civilisé. Elle se met à l'école de réuse, la douce et aimable fille de Créon, et il faut que ses oigts, habitués à lancer le dard, s’exercent à faire vibrer les ordes de la lyre. Bref, elle se donne à grand'peine un vernis de ulture hellénique, lorsqu'un hérault du conseil des Amphictyons éprésente au palais et prononce le bannissement contre elle et ontre Jason, accusés tous deux du meurtre de Pélias. Créon se orte garant pour Jason, à qui il offre sa fille en mariage. Quant étrangère, elle reste seule, abandonnée même de son époux. ason lui conseille « de retourner dans les lieux sauvages qui furent son berceau, chez le peuple sanguinaire à qui elle appartient et à qui elle ressemble ». Il trouve même une vilaine antihèse pour indiquer par quel moyen ils pourront sortir tous deux une situation pénible : « N'essayons pas de braver le destin; prenons chacun notre châtiment, toi en fuyant quand tu ne peux

1, « Man sagt — und ich fühle, es ist so — « Es gibt ein Etwas in des Menschen Wesen, « Das, unabhängio von des Eigners Willen, « Anzieht und abstüsst mit blinder Gewalt; « Wie vom Blitz zum Metall, vom Magnet zum Eisen, « Goht ein Zug, ein &eheimnisvoller Zug « Vom Menschen zum Menschen, von Brust zu Brust, « Da ist nicht Reïz, nicht Anmut, nicht Tugend, nicht Recht, « Was knüpft und loskaüpft die zaubrischen Fäden : « Unsichtbar geht der Neigung Zauberbrücke,

ke. à « So viel sie betraten, hat keiner sie geseha!

s « Gefallen muss dir, was dir gefällt. »

Gewaltigen Glück und Ende. Grillparzer nou$ apprend qu'en traçant la.

« rester, moi en restant quand je voudrais fuir!. » Alors M

se redresse sous l’outrage; elle reprend son attirail de. mag cienne pour préparer sa vengeance: elle rentre, terrible, dans & barbarie native. Elle envoie son présent de noces à Créuse, ur robe qui se transforme en un tissu enflammé et qui embrase to: le palais. Puis elle tue ses propres enfants, pour empêcher qu'i ne tombent aux mains de ses ennemis. Une dernière! scène a lie entre les deux époux; Jason part pour l'exil: Médée s'apprête rapporter au sanctuaire de Delphes la Toison, qui n'aura jamais dû en sortir. «-Reconnais-tu, » dit-elle, « l'emblème por « lequel.tu as lutté, qui était ta gloire, et qui semblait être to « bonheur? Qu'est-ce que le bonheur du monde? une ombr« « Qu'est-ce que la gloire du monde? un rêve. Pauvre homm. « qui as rêvé d'une ombre, te voilà à la fin de ton rêve, mais no « pas de ta nuit. » La Toison serait donc finalement le symbol de la vaine gloire. La conclusion est inattendue: ce n'est pas assurément, le souci de sa gloire qui dicte à Jason sa conduit envers Médée. Il à le bras fort, il n’a pas l'âme d’un héros: Ces presque un personnage de comédie. Ce sont les caractères d: femmes qui sauvent la pièce, et qui l'ont maintenue au réper toire. Grillparzer dit, dans les observations qu'il a laissées su ses propres ouvrages : « Voici, je crois, ce dont il s'agit dans.

1 & Toison d'or, La Toison peut-elle être considérée-commele sign

« visible de ce qui est désirable, de ce qu'on recherche ave « ardeur et de ce qu'on acquiert injustement? Ou plutôt, est: « elle bien présentée comme telle? Si cela est, ce poème drama « tique sera classé avec le temps au nombre de ce que l’Alle. « n'apparaît pas clairement comme le centre symboliqu le « toute l'action — ef c'est ce que je crains — le poème ne’subsisterc «pas dans son ensemble, mais les parties. n’en garderont pa: « moins leur valeur. » On ne saurait mieux se Juger soi-même.

La Toison d'or eut, selon l'expression française employée par l’auteur dans son Autobiographie, un succès d'estime, Il n'en fu pas de même de la tragédie qui a pour titre l4 Haute Fortune et le Fin du roi Ollokar ?. « Un poète national, un sujet national, » dit

€ magne a produit de meilleur en ce genre. Mais si la Toisor

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