SEE
herbe à se rendre compte de certaines formes de style qui rencontrent souvent dans l’Intermezzo. C'est au chant popula
/que Heïne a emprunté ces mé‘aphores d’une naïveté enfant:
«Je tabouret sur lequel reposent les pieds de la bien-aimée! » et quan
qui font fleurir les lys et les roses sur le visage d’ une jeune fil mais ce sont les premiers romantiques qui lui en ont ensëig l'abus. On pourrait dresser toute une flore du Livre des chanso pour en orner un nouveau pays du Tendre. Les roses chuchote entre elles, et se content des histoires. Le sapin, qui se dre: sur une montagne du Nord, enveloppé d’un manteau de gla rêve d’un palmier, qui, dns l'Orient lointain, se désole Sur rocher brûlant. La lune est une orange gigantesque: ailleurs e
est l’amante du lotus, qui rougit en la regardant. Les yeux de
bien-aimée sont tantôt des violettes, tantôt des saphirs: ses lèv sont des rubis, et elles enchâssent un collier de perle | cœur et celui a poète brûülent d’une seule flamme, ét dan flamme tombe le torrent de leurs larmes. Ces mièvrériés si du programme que Henri Heine s'était tracé: elles n'ont, rien plastique ; ce ne sont pas des choses vues. On des supporte g à la simplicité du style, à la brièveté des morceaux, à la légère du rythme, et aussi grâce à la passion vraie qui ÉCHAs mêr sous les ornements de mauvais goût 1, É.-
La Nordsee forme l'apogée du lyrisme de Henri Heir À tous les sentiments s'élèvent; le goût s'épure, en même que la main s’affermit. Le Te amoureux se borne à étoiles qui représentent les yeux de la bien-aimée. « A la voû « azurée du ciel, où scintillent les belles étoiles, je voudr « coller mes ne dans un ardent baiser. » Mais ce n’est qu'une note passagère qui se répète de distance en distance comme pour marquer l'unité du poème. Le fond du sujet, c’E la mer elle-même, avec sa grâce et sa furie, ses sourires ét s colères, la vie qui s’agite à sa surface et sur ses M les supe
1. C'est, par exemple, du pur mauvais goût quand la tête dit: « Que
dit : « Que ne suis-je la pelote sur laquelle elle pique ses aïguilles! » et chanson dit : « Que ne suis-je le chiffon de papier dont sie se Sert pour fi ; “ papillotes! » 3
< 7 dl À 7 re =! rs
tions qu ‘elle engendre, les mythes dont elle s'embellit. Ce sont s scènes d'intérieur, peintes avec la précision d’un tableau holidais, comme la Nuit sur la plage. « Le père et le frère sont sur amer, ettoute seule dans la cabane est restée la fille du pêcheur. ille est assise près du foyer, et écoute le bruissement sourd et antasque de la chaudière. Elle jette des ramilles pétillantes au eu, et souffle dessus, de sorte que les lueurs rouges et flam- : oyantes se réflètent magnifiquement sur son frais visage, sur = es épaules qui ressortent blanches et délicates de sa grossière
hémise grise, et sur la petite main soigneuse qui noue solide- \ nent le jupon court sur la fine cambrure de ses reins 1. » D’autres s,.c'est l'antique Poséidon qui s'élève au-dessus des flots, la * é couronnée d’ajoncs, pour railler les douleurs de « son cher 0étereau ». Ou c’est une ville légendaire qui a été couverte / les eaux, et dont, par un temps calme, on apercoit les tours ‘ lon entend sonner les cloches. Ou enfin, c’est tout l'Olympe impar une nuit claire, défile parmi les nuages blancs au bord Phorizon, Zeus en tête, tenant à la main sa foudre éteinte, et ion, qui a dû se retirer devant une autre Reine du ciel, « car es dieux se succèdent dans l'empire comme les hommes... Et es pâles simulacres me regardèrent comme des mourants ransfigurés dans leur douleur, et disparurent. La lune venait & é.se cacher derrière les nuées qui s'épaississaient. La mer éleva 3 dwvoix sonore, et sur le ciel s’avancèrent victorieusement les ternelles étoiles ?. » La mer est, chez Henri Heine, un être /
Le « Vater und Bruder sind auf der See,
o- « Und mutterseélallein blieb dort re « In der Hütte die Fischertochter, « Die wunderschüne Fischertochter. e « Am Herde sitzt sie, & « Und horcht auf des Wasserkessels è « Ahnungsüsses heimliches Summen, « Und schüttet knisterndes Reisig ins Feuer,
NY « Und bläst hinein, k « Dass die flackernd roten Lichter
/ « Zauberlieblich wiederstrahlen à
« Auf das blühende Antlitz, ol
» Auf die zarte, weisse Schulter, « Die rührend hervorlauscht
« Aus dem groben, grauen Hemde : < 51 ) « Und auf die kleinro, sorgsame Hand, Ë LL « Die das Unterrôcxchen fester bindet : à «Um die feine Hüfte. »
« Und sichtbar errôteten il \ « Droben die blassen Wolkengestalten,
TR t'y ART
ET TEE TEEE
vivant, qui à une âme et une voix, et il s'identifie avec el elle est ondoyante et changcante comme lui, et elle a, comm son ironie. La forme s'adapte merveilleusement aux sujets; n'est plus la petite strophe de quatre vers courts à trois ou quai accents, c'est le rythme libre, où le vers s'allongé et se rétréc sclon l'objet qu'il doit peindre, ct où toutes les sonorités loulés les cadences sont calculées avec un art d'autant pl délicat qu'il se dérobe à l'analyse. Ici, dans le fond comme da la forme, Henri Heine a été créateur 1. RC
On a voulu savoir quels étaient les yeux de violette do
s'émailient les strophes de l'Intermezzo et du Retour, quelle ét
l'étoile qui scintille dans le ciel de la Nodsee. Henri Heine a to jours été sobre de renseignements sur les femmes qu'il a aimée Il parle cependant, dans le fragment qui est resté de se Mémoires, de la petit rousse appelée Josépha (das rote Sefchen la fille du bourreau de Dusseldorf, l'héroïne des Nocturnes q ouvrent le Buck der Lieder. Elle était réprouvée à cause d famille, comme lui à cause de sa religion : cela créait entr unesympathie. Elle lui chantait des chansons macabres, en rapp avec le métier de son père : « Ses grands yeux bruns décelaier « une énigme, et le pli dédaigneux de sa bouche disait : 1 | « la devineras pas. » C'était le rêve passager, avant l'amour pr. fond, Rosalinde avant Juliette. La vraie passion de Henri Heï et qui ne s’éteignit qu'après de longues années, fut celle 4 éprouva pour la troisième fille de son oncle Salomon, Amél Molly. C’est elle qu'il a chantée dans l’Intermezzo. Elle étai belle, très courtisée, et très futile: elle se moquait dés vers
« Und schauten mich an wie Sterbende,
« Schmerzenverklärt, und schwanden plôtzlich; « Der Mond verbarg sich eben
« Hinter Gewülk, das dunkler heranzog ;
« Hoch aufrauschte das Mecer, :
« Und siegreich traten hervor am Himme]
« Die cwigen Sterne. ».
1. On peut dire que Henri Heinc a introduit dans la littérature allem nd noësie de la mer. Ilcrder fit, en 1769, une longue traversée de Riga à jon se demande, en lisant son Journal, s'il a jamais regardé la mer. Gæ à Venise en 1786, a vu l'Adriatique, et l'on sait comment il en parle : « « dais un grand bruit : C'était la mer, et je la vi: bicntôt. Elle s'élançait « rivage, en même temps qu'elle se retirait : c'était le milieu du reflux. J’a « vu la mer de mes yeux, et je l'ai suivie sur la belle plage qu’elle aband « se retirant. » Et plus loin : « La mer est un grand spectatle; je veux y fe « promenade en canot. » A Pr à SCIE
PT OM CR GR pen | 7, SE SL MT JON PERSAN re RER D NN D A De LR mue Ne ee
résentait. La poésie n'était pas, du reste, très prisée dans la rille. Le banquier lui-même disait, en parlant de son neveu » ice sot garçon avait voulu apprendre quelque chose, il n’auaitpas eu besoin de faire des livres. » Amélie épousa, en 1821, riche propriétaire des environs de Kænigsberg 1. Henri Heine evit deux ans après à Hambourg, et il écrivit à son ami Moser : avieille passion éclate encore une fois dans sa violence. Je aurais j’aurais dû venir à Hambourg; au moins il faut que j'en inte aussi vite que possible. De mauvaises pensées me viennent; Commence à croire que je ne suis pas organisé comme les itres hommes, qu'il y a en moi plus de profondeur. Une sombre olère, comme une couche de métal brûlant, s'étend sur mon me, » Il n’y avait pas deux mojs que ces mots étaient écrits, md déjà «sur l’ancienne sottise il en greffait une nouvelle ? ». wait revu aussi une sœur d'Amélie, appelée Thérèse, qui avait ans de moins et qu'il avait connue tout enfant. Il crut ouver en elle « les yeux qui l'avaient rendu malheureux ». Ce en quelque sorte un amour par réminiscence. Il fit sur elle Iques-unes de ses plus gracieuses poésies %, Mais Thérèse aitpas moins orgueilleuse que sa sœur, et elle était déjà très idaine. La première fois qu'il osa s'ouvrir à elle, « elle se mit rire à gorge déployée et lui tira une brusque révérence. » Il >xprime son dépit dans une chanson qu'il lui adresse et qui érmine par ces mots : « Ne crois pas cependant que je me ‘ûle la cervelle, quelque fächeuse que soit mon aventure. Tout la/ma douce amie, m'est déjà arrivé une fois {. » JL se réfugiait s l'ironie. L'amour de Henri Heine.est d’une nuance particu-
Henri Heine composa à cette occasion le sonnet suivant :
abvu én rêve un petit homme, un joli petit homme tiré à quatre épingles —marchant sur des échasses à .pas longs d’une aune; — i] portait du linge éclatde blancheur et un habit fin, — mais au dedans il était grossier et sale. était au dedans un être pitoyable et nul, — mais au dehors plein de dignité; parlait de bravoure au long et au large, — et prenait même des airs d'arroice et de défi. à
#Sais-tu qui c'est? Viens ici et vois! » — Ainsi parla le dieu des songes, et ‘usé me montra — les images mouvantes dans le cadre d’un miroir. eVant un autel se tenait le petit homme: — mon amour était près de lui; tous
iXdirent oui! — et mille démons crièrent en riant : Amen! »
-Cttres à Moser, du 11 juillet et du 23 août 1898.
hibist wie eine Blume, so hold und schün und rein... | « Glaub’ nicht, dass ich mich erschiesse, « Wic schlimm auch die Sachen stehn!
« Das alles, meine Süsse,
: « ist mir schon einmal geschehn, »
hr av
rl
ve 6 - LE - RONANTISME, ;
robe c'est un amour à la fois ardent et resTEné tions seul déçu, mais qui va au-devant de la déception et qui Pac d'avance. C’est là une-des raisons qui expliquent ces chutes ñ tendues, ces surprises qu'il inflige au lecteur, ces fins de stro où il tourne son propre enthousiasme en ridicule. L'autre rai est dans le monde où il vivait, qu'il méprisait et dont 2 ne vait se détacher.
Poëte dans une société mercantile, pauvre au milieu d famille riche, fier et vivant de l’aumône d’un parent, aristoc par goût et fnocrat par principe, Allemand de naissance Français d'éducation, rêveur et sceptique, amoureux et liber il semble que Henri Heine ait réuni en lui tous les contrastes pourtant il allait introduire dans sa vie une contradiction
” plus: le juif allait se faire chrétien. Ses études de droit n’étai
Éoioouie
m4 ; é, Ver , *
-Jait son zèle : « Il faut que mon dîner me soit servi sur un
: l’auteur observe et décrit les pays ui xl traverse ; une “conf
pas terminées ; il retourna donc à Gœttingue, au mois de il vier 4824. I] dE dans une lettre à Moser, ce qui, cette fois, tir
« plateaux de la balance de Thémis: ;-je ne veux plus vivre «miettes qui tombent de la table de mon oncle. » Le 2j lèt 14825, il prit son grade de docteur. Il espérait s'ouvrir Tac des fonctions publiques, entrer plus tard dans la diplomatie; mn sa religion était un obstacle insurmontable. nt qu
d'assez mauvais goût sur le christianisme. Mais il était à las, di
de son métier de juif-errant. Au reste, Sa conversion ne lui pr | pas; elle lui fut reprochée par ses anciens coreligionaires com une apostasie, et elle ne désarma pas les ennemis que jui bientôt la pubhcation des Reisebilder. |
puisqu'il nous entretient de lui-même, de ses rêves, dés rations et surtout de ses haines; une satire, puisqu'il
ae 8 Ce MST APTE k +
ce qui le gêne et qu'il raille tout ce qui lui déplait; mais
t avant tout un livre humoristique, où le comique et le
eux, la critique et, la fantaisie, la prose et la poésie se mélent.
forme est aussi variée que le fond; le ton change d’une /
8à l'autre; mais la phrase garde toujours quelque chose léet qui se prête aux mille métamorphoses du sujet. Çà et surtout dans les forêts du Harz, on croit entendre comme un du Livre des Chansons : « L'eau coule en filets argentés sous sspierres et: baigne les racines et les fibres dénudées des bres. Quand, on se penche et qu'on prête l'oreille, il semble von entende battre silencieusement le cœur de la montagne. plusieurs endroits, l’eau jaillit avec plus d'abondance entre spierres et les racines, et forme de petites cascades. C’est là lilfait bon s'asseoir. Des sons et des murmures étranges ennent de toutes parts; les oiseaux chantent d'amoureuses élodies, comme entrecoupées par le désir; les arbres chuiofent comme avec mille langues de jeunes filles: et, avec ille yeux de jeunes filles, les fleurs rares de la montagne nous gardent, et elles étendent vers nous leurs larges feuilles pricieusement découpées. Les rayons du soleil se Jouent.et intillent joyeusement autour de nous. Les petites herbes se ntde verdoyants récits. Tout est comme enchanté, tout prend air de mystère. Un rêve lointain revit dans l'âme; la bienmée apparaît... { »
1 1827, Henri Heine commença ses voyages lointains, qui \èrent peu à peu les deux derniers volumes des Reisebilder. la d'abord à Londres, et s'y ennuya beaucoup. L’Angleterre
mspira peu de sympathie; il la jugeait trop avec ses pré- d
ions napoléoniennes. Il vécut ensuite à Münich, comme colrateur des Annales politiques, visita la Haute-Italie, Gênes, Flo-
‘ Hier und da sieht man, wie das Wasser unter den Steinen silberhell hineltund die nackten Baumwurzeln und Fasern bespült. Wenn man sich nach sem Lreiben hinab beugt, so belauscht man gleichsam das ruhige Herzklopfen Berges. An manchen Orten sprudelt das Wasser aus den Steinen und WurbStärker hervor und bildet kleine Kaskaden. Da lässt sich gut sitzen. Es rmeltund rauscht so wunderbar, die Vôgel singen abgebrochene Sehnsuchtsie,die Bäume flüstern wie mit tausend Mädchenzungen, wie mit tausend ichenaugen schauen uns an die seltsamen Bergblumen, sie strecken nach
‘aus die wundersam breiten, drolliggezackten Blätter, spielend flimmern hin :
her die lustigen Sonnenstrahlen, die sinnigen Kräutlein erzählen sich
ne Märchen, es ist alles wie verzaubert, es wird immer heimlicher und mlicher, ein uralter Traum wird lebendig, die Geliebte erscheint.., »
«dergleichen gedrückten Volkes, sondern es ist die Emancipation d
818 ja a. ROMANTISME.
rence, Bologne, Venise, et, à la fin de L lé 1829, il fut Te à Hambourg. Dans ies deux derniers volumes des Reisebilder souvenirs d'enfance et de jeunesse, qui faisaient le pr charme des livres précédents, disparaissent Pour faire place satire politique et religieuse, et quelquefois à des polémic personnelles. C'est surtout par cette partie de son œuvre
! Henri Heine est de la Jeune Allemagne. Chaque siècle, dit-il,
tâche, par l’accomplissement de laquelle il contribue au. pro, de l'humanité. « Mais quelle est la grande tâche de n « temps? C’est l'émancipation, non pas seulement celle. « Irlandais, des Grecs, des juifs de Francfort, des noirs d'A
; « rique et autres Dopa Lions également opprimées, mais Fo ! « du monde entier, et spécialement de l’ Europe, qui est deve.
« majeure, et qui rejette aujourd'hui les lisières de fer des } « vilégiés, de l'aristocratie. Quelques renégats philosophiques « la liberté ont beau forger les chaînes des syllogismes les F « subtils, pour nous démontrer que des millions d’ ‘hommes s « créés pour être les bêtes de somme de quelques mille chevali « privilégiés ; ils ne pourront nous convaincre, tant qu ils né pr « veront pas, comme dit Voltaire, que ceux- Ja sont nés avec. « . sur le dos et ceux- ci ne des DEEE aux pieds
Çais et allemand avait hérité du xvur siècle. Henri Heine était encore à Hambourg , quand la nouvelle la révolution de Juillet arriva en Allemagne. Les ae
1. « Was ist die grosse Aufgabc unserer Zeit? Es ist Emencipatioil “Ni «die der Irländer, Griechen, Frankfurter Juden, westindischen Schw.
« Welt, absonderlich Europas, das mündig geworden ist, und sich jetz von dem eisernen Gängelbande der Bevorrechteten, der Aristocrati immerhin eiuige philosophische Renegaten der Freiheit die foinsten et schlüsse schmieden, um uns zu beweisen, dass Millionen Meénschen gescha: sind als Lasttiere einiger Tausend privilegierter Ritter ; sie werden uns
nicht davon überzeugen kônnen, so lange sie uns, wie Voltaire. nachweiïisen, dass jene mit Sätteln auf dem Rücken ane diese mit den Füssen zur Welt gekommen sind. »
lançais, servant d’intermédiaire entre deux pays, de traitunion entre deux littératures, Ce fut, dit-on, Loève-Veimars udlui donna l’idée de traduire certaines parties des Reisebilder Our la Revue des Deux Mondes. Il eut bientôt autour de lui tout groupe de collaborateurs, dont le plus ingénieux fut Gérard de erval et le plus appliqué Saint-René Taillandier, C’est ainsi que
drurent simultanément, à Paris et à Hambourg, les deux
uvrages semblables, : De la France et Franzôsiche Zustände (1833). elivre De l'Allemagne fut écrit en français pour la Revue 25, Deux Mondes (1834), avant d'être traduit en allemand. enr Heine se prenait-il réellement pour un écrivain français, oUP un successeur de Voltaire, comme l'appelaient complaiimment ses amis? Cela est douteux. Son français, sans manuër d’allure, a une teinte exotique, comme celui de certains Manciers suisses. En Allemagne, les Reisebilder et le Buch der ieder l'avaient mis hors de pair; mais il n’en attirait que davan- 8e l'attention des gouvernements. Il fut compris dans le décret a Diète fédérale qui proscrivait tous les écrits de Ja Jeune Temagne; il répondit par une lettre singulière, insérée au urnal des Débats (30 janvier 1836), et qui semblait dictée par 'Spoir de faire revenir l'auguste assemblée sur sa décision. On mse bien qu’elle n’en fit rien, et le poète, atteint dans ses ténêts, eut recours à la « grande aumône que le peuple français: distribuait aux étrangers que leur zèle pour la Révolution avait compromis dans leur patrie 1 ».
It encore, en 1843 et 1844, deux voyages en Allemagne,
mtles résultats furent les deux poèmes satiriques, Atla Troll À
l'Allemagne, conte d'hiver ?. Atta Troll, l'ours danseur, mais danse sans grâce, semble personnifier à la fois les faux mocrates, les mauvais poètes, et parfois l'Allemagne entière ; sb un personnage fantastique, dans lequel il ne faut. pas chercher l'unité de conception. L'important, pour le poète,
- Le ministère Thiers fit à Henri Heine une pension de 4800 fr., qui Ini fut itinuée par le ministère Guizot jusqu’en 1848. + Appclé Germania dans l'édition française.
reste, il ne faisait qu'user de représailles 4. Le décor de cet
c'est le détail, ce sont les vérités et les paradoxes, les inv et les non ones qu'il jette à ses ennemis. Les plus traités sont les écrivains de l’école souabe, envers lesquel
comédie aristophanesque, où les bêtes jouent les princi rôles, est grandiose; ce sont les Pyrénées, tantôt « fières co « des: rois, quand le soleil couchant les revêt de pourpre et d’or : tantôt « frissonnantes sous leurs peignoirs blancs que soulève ] « brise matinale », tantôt « dressant leurs murs abrupts sur le pas « sage de la hate infernale ». Ge fut, dit Heïne, le dernier char forestier de la muse romantique; il ajoute qu'il écrivit « pou « son propre plaisir, dans le goût capricieux et fantasque d « cette école où il avait passé les plus charmantes années de s « jeunesse, et dont il avait fini par rosser les maîtres? »L Conte d'hiver, presque aussi capricieux qu’Atta Troll, n’a d'auti unité que clé d’un récit de voyage, où l’auteur se permet totte les digressions ; c'est commé un chapitre poétique des Reisebilde Le voyageur sème sur sa route beaucoup d'esprit et beaucoup d malice, mais il faut avouer que la malice est souvént grossièr et que l'esprit n’est pas toujours spirituel. Dans les Me à parties, la fatigue est visible. Sn.
Le Conte d'hiver, qui avait passé à la censure à à Hambotth fi interdit en Prusse; un mandat d'arrêt fut même lancé. contr l'auteur, qui résolut dès lors de finir ses jours dans l'exil. A mois de janvier 1845, il eut sa première attaque de paralysie, € il est probable que la crise fut déterminée én partie par lesdil ficultés qu'il eut avec sa famille après la mort du. bn 3 Salomon *. À partir du mois de mai 1848, il résta cloué sur s
1. L'origine de la querelle fut le jugement de Henri Heine sur Uhland. dan livre De l'Atlémagne, suivi d’un article de Gustave Pfizer dans le le volume : el Deuische Vierteljahrsschrift (Heine's Schriften und Tendenx); Pfizer reprochaït Heïine « de manquer de caractère ». Heine à complété et corrigé son jugemer sur Uhland dans le Schwabenspieyel.
2, Préface. — Comparer les jugements de Henri Heine sur Wilhelm Schlegt dans le livre De l'Allemagne avec les trois sonnets qu'il lui adresse dans. “ ‘à mière partie du Buch der Lieder.
3. Salomon Heine était mort le 13 décembre 1844, laissant à son neveu un
somme de 10000 francs. Le poète, se fondant sur une promesse . de. son oncli
réclama la continuation de la pension que celui-ci lui avait servie, et qui semo! tait à 4 800 fr. Il menaça d’un procès lé légataire universel, Charles Heine, fils \ successeur de a La négociation traina jusqu'en 1847, et ce fut che |