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nençaient à se ralentir; les jeux brillants du tournoi étaient référés aux hasards de la lutte sanglante ; la valeur n’avait tout on prix que lorsqu'elle s’alliait à la courtoisie. Les poètes, se
dans le style. Pour le fond des sujets, ils ont un procédé unis
Ils semblent ignorer qu'il y à un art de grouper les parties d’u
dans l’art comme dans la vie.
hypothèse, a cru pouvoir restituer le texte primitif de l'Énéide en dialecte
LA LITTÉRATURE PÉODALE pu MOYEN AGE
peintres !. Leur originalité, dans les longs poèmes, at toute
forme : ils font choix d’un poète français, qu'ils suivent pas à pas, dont ils invoquent même l'autorité pour donner plus dë créance à leurs récits. Ils se permettent rarement d’ajouter ou retrancher; c'est à peine s'ils osent intervertir l’ordre des ave tures. La popularité des sujets chevaleresques, l'intérêt presque historique qui s'y attachait, leur faisaient un devoir d'être ava \t tout exacts et complets; et il faut avouer qu'ils acceptent. ce
devoir avec une résignation qui fait souvent douter de leur gémies
tout en vue d’une impression générale. Leur faculté d’inventio s'exerce uniquement sur le détail. Ils veulent parler avec grâce, sentir avec délicatesse. Ils font profession de n’admettre que les expressions consacrées par l'usage des cours. La courtoisie, ce mot qui revient souvent dans leurs écrits, exprime pour eux Ja perfection littéraire. La courtoisie était aides FE vertu suprêm ,
Le fondateur de l’école nouvelle fut Henri de Veldele. So langage trahit une origine bas-allemande. Il passa une grand Fe de sa vie àla cour de Glèves, et c’est là qu'il commença son
1. Die nahiegalen und die värwære; voir le Tristan de Gotfrit de Strasbourg, 4619 et suivants.
2. Benoît de Sainte-More paraît avoir eu sous les yeux le texte même ni gile. — Voir Alexandre Pey, Essai sur li romans d'Eneas (Paris, 1856), e article du même dans le Jahrbuch für romanische und englische Lilteratur a 1860). — L'Ænéide de Henri de Veldeke à été publiée avec ses poésies lyriques pi Ettmüller; Leipzig, 1852. — Le texte que nous possédons est en haut-allemani avec un mélange d'expressions bäs-allemandes. « Ou Henri de Veldeke, » € J. Grimm, « a écriten bas-allemand et ses œuvres ont été transcrites après lui « haut-allemand, ou lui-même a adopté le haut-allemand, tout en gardant certaint « particularités de son dialecte natal. » (Deulsche Grammatik, X, 453.) La dernië) explication est la plus probable. Cependant un éditeur, se rangeant à la premiè
rhénan (Otto Behaghel, Æeinrichs von Veldeke Eneide, Heilbronn, 1882). — Vo Carl Kraus, Heinrich von Veldeke und die mittelhochdeutsche Dichter sprache, Fall 1899. — Henri de Veldekce est aussi l'auteur d’une Zégende de saint Servais, prol blement antérieure à l'Énéide, et écrite dans-une langue moins mélangée : éd: Bormans (Maëstricht, 1858) et de P. Piper (Hôfische £pik, T, dans la coll +ction
Deutsche National-Litteratur, de Kürschner).
di.
lines accomplies. Pour les hommes de ce temps, la féodalité, avec toutes ses conséquences, était d'institution divine ; le monde ancien et moderne ne se reflétait dans leur imagination que comme une longue chevalerie. Lavinie a été promise én mariage
à Turnus; sa mère l'instruit dans la courtoisie : « Si tu veux Le w faire et te rendre heureuse, tu aimeras Turnus. — Comment & l’aimerai-je? — De ton cœur et de tes sens. — Comment puis-je & donner mon cœur? comment vivrai-je, après cela? — Ce n'est © pas ainsi que tu dois le donner. — Et comment donc? — La & Minne te l'apprendra. La Minne est, depuis l’origine des choses, € toute-puissante sur le monde;,.et elle Le’sera de plus en plus jus- € qu'au dernier jour. Personne ne lui résiste; on est vaincu par « elle, avant qu'on la voie, avant qu’on l’entende !. » Ce marivaulage se répétera sous ee les formes pendant un siècle; c'était à grande nouveauté du jour.
«Les premiers successeurs de Veldeke furent Hartmann d'Aue Gotfrit de Strasbourg. Hartmann était un chevalier au service es seigneurs d’Aue, en Souabe. Il prit part à une croisade, pro- ‘ Jäblement celle de 4195, conduite par l'empereur Henri VI. Il lait instruit; il lisait beaucoup, et il s’en vante. Il reprit l’Érce it l’Ivain de Chrestien de Troyes, et, d'après un autre original rançais, la légende du pape Grégoire ou du Bon Pécheur; enfin Lraconta, d'après une tradition locale, ou peut-être d’ après un #4 exte hr l'histoire du Pauvre Henri. Hartmann. le premier, ou * ‘un des premiers, rendit populaires en tirs les aventures le la Table ronde. L’Ivain débute au milieu des enchantements le la forêt de Brocéliande. Le héros, après avoir triomphé d'un jéant, gardien d’une fontaine merveilleuse, et avoir subi encore lautres épreuves, devient l'époux de la Dame de la Fontaine, laudine, et possesseur d’un riche domaine. Ayant reçu la visite lArthur et de ses compagnons, il part avec eux, en promettant | sa dame de revenir dans-un an. Mais le délai passe, sans
le « Diu Minne sal dichz lêren. —
| « Dorch Got, wer is diu Minne? — 1 Siis von aneginne « gewaldich uber die werit al :
« und iemer mêre wesen sal « unz an den jungesten tach, e daz ir nieman ne mach « « «
neheine wis widerstän wande si is sô getän, - 6 daz mans ne hôret noch ensiht. » (Eneide v. 9633-9642),
. Bosserr, — Hist. de la littér. allemande. 3
qu'il ait songé au retour. Alors Laudine set fait redemande l'anneau qu ‘elle lui a donné au départ. Il éprouve un tel remords d'avoir manqué à sa parole, qu'il perd la raison. Ses derniers exploits, qui lui font obtenir le pardon de sa dâme, ne sont pas les moins extraordinaires; il y est assisté par un on, qu'il a délivré de l’étreinte d’un serpent, et qui le suit dès lee comme un lévrier. Les scènes où est peint le désespoir d’Ivain pourraient figurer dans le Roland furieux de l’Arioste. Érec a, lui aussi, une faute à racheter. Il « amollit son corps, par amour pour sa damës « Énite »; en d’autres termes, il cède à la tentation du repos. Les ac dliers. ses compagnons, en conçoivent de l'humeur. Énite elle-même lui en fait un reproche. Alors, soit pour la punir, soit - pour trouver un encouragement dans sa présence, il la force à l'accompagner dans de nouvelles aventures, faisant fonction d'écuyer, et sans proférer une parole. La patience d’Énite est plus intéressante que les coups d’épée de son farouche seigneur, Dans tout cet ensemble de récits, Hartmann ne montre pas vivacité de Chrestien de Troyes; mais il est plus soigneux, plus réfléchi. Il cherche davantage à enchaïîner les faits, à les explé quer, à les motiver. Il a des scrupules qui sont presque déplacés en pareille matière. On dirait qu'il veut mettre de la logique dans l'extravagance et faire rentrer le merveilleux dans les limites di naturel. se Dans ses deux autres poèmes, Hartmann vise D à inté resser qu'à instruire et à édifier. Le pape Grégoire le Gra avant d’être élevé au trône pontifical, passe dix-sept ans sur un : vocher solitaire au bord de la mer, pour expier ses péchés et ceux: de ses parents; car il est le fruit d’un inceste, et il a lui-même, comme OEdipe, épousé sa mère sans la connaître. Il se fait mettre au pied une lourde chaîne; une source jaillissant du rocher. nourrit. Enfin une voix du ciel le désigne comme pape, et un ambassade venue de Rome lui annonce son élection. Hartmann recommande à ses lecteurs de ne pas suivre en tout l’éxemple dé Son héros, et surtout de ne pas croire qu’il suffise d’avoir péché pour être pardonné; et cette seule recommandation montre combien le sujet était faux. a} Le Pauvre Henri est le plus original et en même temps le mieux, écrit des ouvrages de Hartmann. Le seigneur Henri d’Aue étai riche, puissant, honoré. Au milieu de sa fortune, il apprend to à coup, dit le poète, à connaître la fragilité des biens de la terre,
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n est atteint d’une lèpre, qui éloigne de lui tout le monde. Abandonné, humilié, il quitte sa cour et se met en quête d’un médecin qui puisse le soulager. Il se rend d’abord à Montpellier, ensuite à la célèbre université de Salerne, Un maître de la Science lui déclare enfin qu'il ne pourra être guéri que par le sang d'une jeune fille qui se dévouera pour lui. Le seigneur Henri revient en Souabe, plus résolu que jamais à se retirer du monde. Mais la fille d’un de ses fermiers lui.offre de mourir pour lui. Henri refuse, et la santé lui est rendue par un miracle. Il épouse la jeune fille, et, convaincu désormais de l'instabilité des choses humaines, il se consacre avec elle à l'exercice des vertus chrétiennes. Totte la poésie de Hartmann a une teinte religieuse et morale. Il célèbre de préférence les vertus les plus douces de la société du moyen âge, la générosité, l'abnégation, le dévouement, et son style est approprié aux sentiments qu’il exprime : style simple et uni, un peu incolore, presque toujours élégant. Gotfrit
de Strasbourg loue le charme de sa parole, « qui s'insinue au,
«Cœur comme un ami »,et le désigne ainsi indirectement comme son maître; mais il faut ajouter tout de suite que le maître a été dépassé par le disciple !.
Hartmann d’Aue avait introduit dans la littérature chevaleresque le merveilleux des aventures; Gotfrit de Strasbourg, à son tour, y apporta deux choses qui, au fond, étaient toute la poésie : les mouvements de l'âme ét le sentiment de la nature. Il substitua la passion à la courtoisie; son Tristan est ce qu'il y a de plus moderne, ou, pour mieux nes de plus éternellement vrai dans la littérature Mistnande du moyen âge. Gotfrit étaitencore plus letiré que Hartmann ; c'était un homme de goût et d’un certain esprit critique. Le Fe de maître, qui précède ordinairement son nom, indique qu'il appartenait à la classe bourgeoise; mais c’est tout ce.que l’on sait de sa vie. Ayant résolu de chanter les aventures de Tristan, il fit de longues recherches, dit-il, dans des ouvrages français et latins, et découvrit enfin « la vraie relation » dans le ème français de Thomas de Bretagne. On a conservé quelques
7 sa Éditions. — Le Pauvre Henri a été publié dès l'année 1815 par les frères Grimm, et depuis il a été souvent réédité; c'est un des ouvrages les plus populaires de l'ancienne littérature allemande ; il a été traduit en allemand moderne par Simrock is 1830; 2° éd. refondue, Heïlbronn, 187%4)et par Hans von Wolzogen (Leipzig,
0): Les œuvres de Hartmann d'Aue ont été publiées en dernier lieu et dans né. édition complète par Fedor Bech (3 vol., Leipzig, 1867-1869; 2 éd., 1881). consulter : F. Piquet, Étude sur Hartmann d'Aue, Far 1898.