‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 43 sur 534 · ET: LS · texte numérisé non relu

ET: LS

| POÈMES CHEVALERESQUES. Gent

Rierve Hermann de Thuringe; il est l'un des héros de la Lutte des chanteurs à lu Wartbourg. Il ne savait ni lire ni écrire; il se faisait lire les poèmes français, et dictait sa traduction. Il a laissé, outre le Purzival, deux fragments sur Titurel, sujet appartenant au même ordre de légendes pieuses, et un poème inachevé sur Willehalm, ou Guillaume d'Orange, emprunté aux traditions héroïques de la France, et célébrant la défense de Narbonnr contre les armées müsulmanes.

Wolfram appelle l’auteur qu'il a suivi Kiot le Provençal. On n'a retrouvé jusqu ici, dans notre vieille littérature, aucun écrivain de ce nom. On à pensé à Guyot de Provins : que le nom de Guyot fût devenu méconnaissable dans la bouche de Wolfram, ce ne serait pas étonnants mais rien non plus n’autorise à croire que Guyot de Provins ait composé un poème sur Perceval. Nous en Sommes donc réduits, pour Kiot, à ce que Wolfram veut bien nous apprendre. Un seule chose est certaine : c'est que les mots français semés dans le récit allemand appartiennent à la langue d’oïl, et que, par conséquent, le modèle de Wolfram n’était pas un tout provençal, mais un trouvère de la France du Nord. Kiot, dit Wolfram, avait connu à Tolède, en Espagne, un RTE nommé Plégelanis descendant de

Salomon par sa mère, et qui « adorait un veau comme si c'était

@son dieu ». Ce païen « avait lu dans les étoiles qu'il y avait un « objet nommé le Graal, que des anges avaient apporté du ciel et «dont ils avaient Faith la garde à une troupe élue, vivant dans

Qune chasteté parfaite. » Averti par Flégétanis, Kiot s'était mis à *

fouiller dans les chroniques de tous les pays, de la Bretagne, de la France, de l'Irlande, et avait enfin trouvé la vraie RER au Saint Eat à nat te En attendant que ces données puissent être contrôlées sur des documents certains, si toutefois elles méritent de l’être, il faut admettre que les assertions de Wolam étaient un de ces artifices que les conteurs d'aventures employaient pour donner du crédit à leurs PRPTAions

Quoi qu'il en soit, voici le sujet du poème.

Parzival, fils de Gamuret d’ Anjou, est encore tout jeune quand son père’est tué dans une expédition en Orient. Sa mère, Herzéoïde, pour préserver les jours de son unique enfant, |’ ét dans le solitude et l’occupe aux travaux des champs. Parzival grandit;

“|: Parzival, IX, v. 623 et suiv., éd. de K. Bartsch,

mais Parzival, prenant trop à la lettre les conseils de Gurnema

lendemain, Parzival trouve le château désert et son cheval se

RO

Fe LITTÉRATURE FÉODALE DU MOYEN AGE.

il devient fort et courageux, mais il reste simple et naïf. D'u naturel bon, tendre et loyal, il est en même temps lourd e embarrassé, et il ignore jusqu'à son nom. Un jour, ayant mi quelques chevaliers passer sur la route, 1l veut être comme eux et, sur leur conseil, il se rend à la cour d'Arthur, malgré les sup plications de sa mère. Le sage Gurnemanz, son oncle, l'instruit. dans les vertus chevaleresques, lui enseigne la courtoisie, la fidé= lité, la discrétion. « Réponds à tout après avoir réfléchi, » Jui dit-il,

« mais ne questionne pas à tout propos. » Cette éco mne SU mal comprise, sera plus tard la cause principale des malheurs de Parzival. En attendant, il se tire vaillamment de ses premières aventures; 1l délivre la reine Condviramur de ses ennemis, lui rend son héritage, et l'épouse; puis, prenant congé d'elle, il arrive. au château de Montsalvat, où était conservé le Saint Graal.

Le Saint Graal était la coupe dont Jésus-Christ et les apôtres sè servirent pendant la Sainte Cène, et dans laquelle Joseph d’Arimathie, au jour de la crucifixion, recueillit le sang qui coulait de la He du Sauveur. Transportée dans l'Occident, elle fut con fiée à la garde d’une milice spéciale, dont l’organisation rappelle celle des Templiers. Le neveu de Joseph d’Arimathie est le pres mier roi du Saint Graal; il a pour successeur Alain le Pêcheur ainsi nommé d’une pêche miraculeuse qu'il avait faite, symbol des bénédictions répandues sur le monde par la coupe sainte: La race des rois Pécheurs allait s'éteindre lorsque Parzival fut amen par la volonté divine dans le château où il devait régner après eux,

Pendant le festin qui lui est offert, un valet lui présente la lance, symbole de l’Église militante; puis une jeune fille. apport le Graal, dont la vertu est telle que la table aussitôt se couvre de mets. D’autres mystères encore se produisent devant ses yeu

néglige d'en demander la raison. Or les gardiens du Graal atte daient sa question pour reconnaître en lui le roi prédestiné. dans la cour; il s'éloigne. Il faut que l’ermite Trévizent achèv ve son Pation. et l’initie aux lois de la chevalerie sainte, comme Gurnemanz lui a fait connaître les usages de la chevalerie pro fane. Il revient alors à Montsalvat, conduit, comme la premièr fois, par une main divine; il y est rejoint par Condviramur, À arrivé au terme de ses épreuves, il prend possession de sa royaut spirituelle.

ns , : vs »

| POÈMES CHEVALERESQUES. 08 “ Wolfram a beaucoup occupé les théoriciens de l’école roman- “tique, qui, dans la ferveur de leur zèle rétrospectif, n’ont pas “craint de comparer le Parzival à la Divine Comédie de Dante et au Fuust de Gœthe. Il est vrai que le sujet est un des plus beaux qui se rencontrent dans la poésie du moyen âge, mais ni Wolfram ni son prédécesseur français n’ont su en profiter. Le Parzival a ‘quatre fois l'étendue de l’EÉnéide de Virgile : les écrivains du xue siècle, aussi bien que les chevaliers de ce temps, aimaient à reculer le terme de leurs travaux. On y trouve çà et là une pensée élevée rendue dans un style inculte et prolixe; mais ce

qui frappe le plus dans un ouvrage de cette étendue, c’est que

l'idée générale se dérobe sans cesse sous une masse d'aventures

incohérentes. Wolfram d’Eschenbach pèche, comme tous ses

contemporains, par l’absence de composition, mais il n’a même

pas les qualités par lesquelles plusieurs d’entre eux rachetaient

ce défaut. Gotfrit de Strasbourg n’est sans doute que l'interprète

du public lettré de son temps, lorsque, faisant allusion à l’auteur

du Parzival, il parle des « braconniers du champ poétique, qui « éblouissent les esprits faibles par des beautés trompeuses, et qui .« donnent de la poussière pour des perles 1 ».

… L. Tristan, v. 4663. — Le Willehalm se rapporte aux luttes des Francs contre les -Sarrasins. Willehalm, ou Guillaume, comte d'Orange, a enlevé Arabèle, femme du -roi païen Tybalt,; il l'a épousée, après qu'elle a reçu le baptême et pris le nom de

Gyburg. Le premier époux d'Arabèle amène, pour la reconquérir, toute la gent

sarrasine. Après deux batailles meurtrières, l’une aux champs d’Aliscans, l'autre “devant Narbonne, les infidèles sont obligés de reprendre la mer. Le poème est si

mal composé, que les opinions se partagent sur la question de savoir s'il est terminé ou non.

Éditions. — Les œuvres de Wolfram d'Eschenbach ont été publiées par

Bachmann (Berlin, 1933; 5° éd., 1891); le Parzival et le Titurel, par Bartsch -(3 vol., Leipzig, 1870-1871 ; 2 éd., 1875-1877). — Traductions : Le Parzival a été

traduit en allemand moderne par San-Marte {3° éd., Halle, 1887), par G. Bœt-

“ticher (3° éd., Berlin, 1905) et par W. Hertz (4° éd., Stuttgart, 1906); le Parzival

et le Ziturel par K. Simrock (5° éd., Stuttgart, 1876); le Willehalm par San-

Marte (Halle, 1873).

Poëtes secondaires. — Des poètes de moindre talent se groupent autour des

“maîtres ; il nous suffira de les citer. Herbort de Fritzlar raconta la Guerre de Troie, “d'après Benoît de Sainte-More. Ulric de Zazikhoven se servit, pour écrire son Lancelot, d'un poème français, appartenant à un seigneur, Hugues de Morville,

qui était resté en Allemagne comme otage de Richard Cœur-de-Lion. Wirnt de “Gravenberg reçut de la bouche d’un écuyer le récit des aventures de Wigalois.

Conrad Kléck, dans Æloire et Blanchefleur, tout en suivant un auteur français, qu'il nomme Robert d'Orbent, prit Gotfrit de Strasbourg pour modèle. Un poète appelé maître Otton, qui traduisit l'Æ/éraclius de Gautier d'Arras, imita également, sans “pouvoir l'atteindre, le style passionné du Tristan. Enfin Henri ou Æeinrich von

em Türlin, écrivit, d'après Chrestien de Troyes, la Couronne des aventures, où “il chanta dans un style prolixe le roi Arthur et toute la Table ronde.

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