FRÉDÉRIC HEBBEL
bitua de bonne Éeute à “cons la vie comme :
pénible, et presque comme un châtiment; il vécut renfen lui-même, sans Ch êt, comme il di, sans ed |
éhaïssuit et je. ne pouvais pas l’aimer. Lui, une victime du ariage, rivé par des liens de fer à la dre à l'extrême soin, hors d'état, même en déployant toutes ses forces et ute son énergie, d'avancer d’un seul pas, il en était venu à ii la joie; elle était séparée de son cœur par une barrière ronces et d'épines, et il ne pouyait la supporter sur le sage de ses enfants. Le rire joyeux qui dilate la poitrine
dit à ses yeux un forfait, un affront pour lui-même: l'envie
Wjouer, un signe de légèreté, d'incapacité; le peu de goût ür le gros trayail manuel, une corruption innée, un second ché originel. Mon frère et moi nous étions des ta notre
pétit chassait le sien; rarement nous mangions un mor- .
au de pain sans nous entendre dire que nous ne le mérins pas. Pourlant mon père était la bonté et la propié îmes ; si je nen étais profondément convaincu, je n'aurais nais écrit cela; mais la pauvreté avait pris la place de son it. » La EUR de l’âme se trouva vide chez.le fils comte le père. Frédéric Hebbel souffrit toujours d’uné incapacité ner, d’une haine instinctive de la vie. Il a, dans son Journal, armes pour la mort de sa mère, de ses deux enfants, d'un es amis de jeunesse; mais sa douleur ressemble fort au kde ne pas les avoir payés de retour. Ayec les années, et le succès, les craintes farouches de son enfance dispafiffent ne Rice subsister qu'une personnalité tyrannique et hissante. Son biographe Émile Kuh le compare à un oiseau roie dévorant le cerveau de ses victimes, et il ajoute, « Ce on éprouvait vis-à-vis de lui, c'était moins l’amour ou l’enusiasme que la fascination de l'oiseau qui attend la orsure Serpent, ou le vertige qui vous saisit au bord de l’abime: » esta jusqu'à vingt-deux ans secrétaire du bailli de sa isse, qui exerçait la justice et dont il rédigeait les rapports. fagabonds et des malfaiteurs furent les premiers exemplaires humanité qu’il apprit à connaître en dehors de sa famille. lectures étaient la Bible et des contes populaires. Il écrivait Le et correspondance. — Sämtliche Werke, historisch-kritische Ausgabe re, 12 vol.; Tagebücher, 4 vol.; Briefe, 8 vol.), par R. M. Wérnér, Berlin, 907. — Hebbels Briefwechsel mit lreunden und berühmten Zeitgenossen, par mberg, 2 vol., Berlin, 1885-1887. — Choix par K. Zeiss, 4 vol., Leipzig. nsulter. — E. Kuh, Biographie Fr. Hebbels, Vienne, 1877; 2 éd. 1908. — Werner, Hebbels Leben und Wirken (dans la collection : Geisteshelden),
121905. — Paul Bastien, Hebbel dramatiste et critique , Partis, 1907. — bal, Hebbel, sa vie et ses œuvres de 1818 à 1845, Paris, 1911,
/ des lieds, ou il chantait dans des ballades les anciennes. des Dithmarses. Une femme de lettres de Hambourg; Schoppe, auteur de romans pour la jeunesse, reçut q unes de ses «pièces de vers dans un journal de mode dirigeait, et organisa une collecte en sa faveur. Hebbel ainsi des études tardives et incomplètes à Heidelberg. Il tr avec ardeur, supporta de dures privations, se rendit en Munich, où la vie était plus facile, visita les bibliothèque musées, et revint à Hambourg, en 1841. Il publia ses de dies, Judith et Geneviève, et son premier recueil de poésies ne portèrent pas sa renoïnmée au delà des bouches de pauvreté frappa de nouveau à sa porte; il tomba mala sur une démarche du poète danois OElenschlæger, ler tian VIII lui fit une pension de 600 thalers pour deux ans, lui permit de visiter la France et l'Italie. En France, l'ig de la langue et ses habitudes rustiques le génèrent; en + observa plutôt les mœurs actuelles que les monuments d d ancien. C’est à Paris qu'il écrivit son drame de Marie Ma qui fut représenté à Leipzig en 1843, et qui lui donna célébrité. A son retour d'Italie, en 1846, il s'arrêta à Vien peu à peu, il s’y fixa. Il épousa une des actrices les plu: guées de la Hofburg, Christine Enghaus, qui avait lutté lui contre la mauvaise fortune, mais qui avait sauvé de la sérénité de son âme !. Elle fat la Minervé qui lui avait jusqu'alors; elle procura l’aisance à ses dernières années elle ne put ‘+ rendre les forces perdues. Les privations qu endurées dans sa jeunesse furent ie doute une des. la maladie qui dn en 1863, mu: de FE an
tation re et immédiate d’une puissante © dualité, homme de talent peut bien, pensait-il, exprimer une idée q conque, Siénne ou étranpète. sous.une forme plus ou moins P faite ; Rome de génie ne Se se Jon lui-mé n
1. Pour épouser Christine Enghaus, Hebbel abandonna la mère de enfants, Élise Lensing.
pe
à bientot deux mille ans — qu’un magister romain, — qui n'était ) écisément un Apollon, — mais bien son meilleur sacristain, — ce, a dit: « Laisse ton poème — séjourner sept ans dans ton jitre, ch gi, après cela, l’amour-propre te chatouille, — laisse-le ndre son vol dans le monde. » — Mais nous savons avec une entière üde — que zette règle ne s’est jamais imposée à un esprit — qui était ment fait pour l’art — et qui a travaillé pour l'éternité. — Nous iSque le même souffle — qui éveille l’homme pieux pour là prière taussi, dans une âme de poèle, — naître la poésie spontanément. us savons que le rossignol — ne change jamais sa mélodie en sement, — et que toute la question est de savoir — à quelle sorte ’äu on à affaire. — Nous savons que rien ne peut l’inspirer, — “le vrai printemps avec son parfum et son éclat, — et qu’il ne e pas en hiver, — dans une chambre bien chaufée. — Et pourtant maxime creuse — se maintient toujours comme un dogme, — et
manque pas de tètes plates — pour la louer comme sagesse pro- 1,
bbel ne traite pas mieux les lois et les convenances du re. Voici ce qu'il dit dans la préface d’une de ses comédies, is : « On m'a souvent demandé pourquoi je ne cherchais Bd porter mes pièces sur la scène : je répondrai par un
« Es sind nun fast zweitausend Jahr, - «Da sprach ein rômischer Magister, £ « Der freilich nicht Apollo war, È « Doch allerdings sein bester Küster, Z « Es sprach Horaz : « Lass dein Gedicht " « Im Pulte sieben Jahre liegen, à Z « Und wenn dich dann der Kitzel sticht, ° « So lass es in die Weite flicgen! »
Wir wissen nun zwar ganz gewiss, ÿ» « Dass sich kein Geist danach gerichtct, = Dcr sich mit Recht:der Kunst beñfliss 3 « Und für die Ewigkeit gedichtet; Wir wissen, dass derSelbo Hauch, « Der zum Gcbet erweckt den Frommen, « Aus oiner Dichtérseele auch « Die Licder lockt, se yic sie kommen ; :
s « Wir wissen, dass dic Fachtigall « Ihr Singén nice in Éricézon wandelt, Und dass es sich in jedem Fall « Nur um die Art des Vogèls handelt; « Wir wissen, dass sie nichts erregt, « Als echten Lenzes Duft und Schimmer, « Und dass sic nicht des Winters schlägt de. « In cinem wohlgeheizten Zimmer; - « Und dennoch hält der hohle Spruch . « Sich dogmengleich noch immer oben …. « Und platter Küpfe giebt's genug, « Die ïhn als tiefe Weisheit loben. »
Dossenr. — flist. de la littér. allemande. 31
demanda, d'un air embarrassé et d’une él « déposer ses armes s’il voulait aller plus loin. Le ae
« hardie et d’un ton plus impéricux? qu il état son arm « fit. À la troisième porte enfin, un compagnon tout à fait
« les mains derrière le dos. Alors, à bout de patience : «8 « continue, » s'écria-t-il, «on voudra, dans a |
« tout à fait, ou ul on emo son armure, « ses armes et revenir complètement “A ë ee ce qu “€ SAIS. » |
Le chevalier reviendra, cela dsl PEMRES ‘il reviendra,
est revenu plusieurs fois. ; AUtINE Hébbel DOS d'indifférence pour la forme,
c'est le + Certains personnäges de Hebbel re ë même plusieurs symboles à la fois? alors il les tourne en to sens, pour que l’idée apparaisse sous toutes ses faces. C plus des êtres en chair et en os, ce sont des automates do un machinisie tient les fils. Eux-ihêmes s’analysent et quent devant le spectateur, commé s'ils craignaient ‘de pas compris; et quand l’explication paraît insuffisante, se tient dans la coulisse pour la compléter. « Un vrai dit-il encore, « peut se comparer à un grand bâtiment « presque autant d’allées sous le sol qu’à la surface, « ordinaire ne connaît que celles-ci, l'architecte cases « celles-là. » | SES |
LA LITPÉRATURE AU MILIEU DU XIx SIÈCLE. 983 La première pièce de Hebbel est une de celles qu’il a le plus eusées. « La Judith de la Bible n’a pas pu me servir, » dit-il; c'est une yeuve, qui emploie la ruse pour surprendre Holopherne; elle se réjouit lorsqu'elle tient sa tête dans un Sac ; ét, pendani trois mois, elle chante des cantiques devant tout (sraël : cela est commun... Une âme virginale peut seule élever son courage au niveau d’une entreprise aussi extraordinaire. D'un autre côté, une âme virginale ne peut pas se sacrifier ellemême, car sa force tombérait avec sa pureté. » En vértu de ce sonnement, il faut que Judith tienne à la fois de la vierge-et de femme ; elle est mariée, mais le mariage n’a pas été consommé ;
lorsqu’ elle à sacrifié Son honneur, ce qu'elle venge sur Holo erne, ce n’est pas l'oppression de son pays, mais l’outrage elle à subi. La tragédie patriotique s’est transformée ainsi en “drame passionne] très subtilement nuancé. Ce n’est pas tout : te première allée souterraine est croisée par une seconde. üdith ‘est le sommet vertigineux du judaïsme, de ce peuple qui se croyait en contact immédiat avec la divinité; Holophérne, est le paganisme qui se précipite à sa ruine, après avoir voulu nfanter la divinité dans son propre sein; et le judaïsme et le aganisme ne sont, à leur tour, que les deux termes d'un üalisme qui partage l'humanité depuis l’origine des choses. » us voilà, en effet, aux portes de l'absolu. Le style est celui Ki période Sturm-und-Drang. Holopherne se compare à-ün lagan. « L’ouragan coupe l'air en mugissant; il veut savoir il a un frère. Mais les chênes, qui semblent le braver, il les léracine ; il renverse les tours, et il soulève le globe terrestre ors de ses gonds. Il coraprend alors que son pareil n'existe as, et, de dégoût, il s'endort. » Lorsqu'on lui Ange Judith,
LA « J'aime à voir toutes les femmes du monde, Nl'exteption lune seule que je n'ai jamais vue et que je ne verrai jamais.
= Un officier : Laquelle? — Holopherne : Ma mère. Je n’ai jamais Wplus envie de la voir que de voir mon tombeau. Ce qui me éjouit le plus, c'est de ne pas savoir d’où je suis venu. Des lässeurs m'ont pris comme un vigoureux gars dans une
ayerne de lions; une lionne m'a allaité. Et qu'est-ce donc
wune mère pour son fils? Un miroir de-sa faiblesse d'hier et :
8 demain. » Judith aussi est un être surnaturel; tout homme Väpproche est frappé de démence ou de note Holopherne serait digne d'elle, s’il n’était l'ennemi de Dicu; elle l'aime M :
et elle l'a en horreur, et, à la fin, elle demande la mot, pour ne pas donner une postérité au monstre !. < |
Hebbel écrivit assez rapidement, dans les quinze ‘années qu suivirent, une série de tragédies et de comédies, en vers où el prose. Les tragédies en vers sont : Geneviève (1840-1841) ?, Hérod et Marianne (1847-1848) et l'Anneau de Gygès (1866), chacune er cinq actes.
Geneviève a quelque chose d’enfantin; c'est un conte, qu’ or ne lit pas sans déplaisir, malgré les longueurs, mais quon, ni se figure pas sur un théâtre, à moins que ce ne soit un théâtre de marionnettes. Une sorcière mène l'intrigue ; les” événe ments sont à peine motivés. Golo expose ses intentions cri minelles et ses scrupules de conscience dans de petits monologues. Peut-être y a-t-il une idée mystique au fond, à en juge: par ces paroles prononcées par un esprit : « Dieu a fait, dès « l'origine des choses, ce serment de miséricorde, de nepa «extirper le genre humain, pourvu qu'un seul juste se lève tou « les mille ans. En. ce moment, son œil est sise sur Geneviève « Elle souffrira pendant sept ans tout ce qu’un être humain peu « souffrir ; puis elle entrera dans la félicité, et en même temp «un sentiment de confiance pénétrera le cœur de tous le: « CHonEnes. » Mais ce sentiment ne se manifeste pas dans la pièce
Le sujet d'Hérode et Mariamne est de concret. Voltaire déjà composé une Muriamne, après Alexandre Hardy et Tr Lhermite ; Es fut si Ds reçue, dit-il je ne ce ‘qe peir
« Varus le rendit méprisable. » Chst la critique du Ne elle s'applique également à l'œuvre. de Hebbel, malgré là 4 clusion biblique qu'il y a ajoutée. (à est une scène originale qu
lequel une étoile les : conduits A par des ‘chemins Hifi rents. Mais Hérode fatigue par la monotonie de. sa bassesse ( |
1. Hebbel, malgré son mépris des conventions, a essayé d'approprier, sa au théâtre: il a modifié la scène la plus scabreuse; Judith sauve son b mais dès lors l'idée de la pièce n'existe plus. |
2. Les dates que porte la collection des œuvres complètes sont cell composition, aon de la publication. Judith cst de 1839-1840.
Te De D ERT ASS MES CE € ; À
S Romains, et deux fois il met à l'épreuve la vertu de Mariamne, lui reste fidèle, tout en le haïssant.
Avec l'Anneau de Gygès, nous retournons au pays de la fable; l'action se passe, » dit Hebbel, « aux temps préhistoriques et mythiques. ?. C'est un conte oriental qui plaît dans le vieil rodote, mais qui devient choquant et presque ridicule sur une ne moderne. Cela est si vrai que les trois personnages prinäux, le roi Candaule, sa femme Rhodope et Gygès veulent écessivement se donner la mort, comme s'ils avaiént conscience Ja situation fausse où le poète les à mis.
Gygès est la mieux écrite des tragédies en vers de Hebbel. En néral, son vers est terne, traînant, même incorrect. Sa prose plus de force et de mouvement. Agnès Bernauer, « tragédie illemande », en cinq actes et en prose (1851), est peut-être la illeure de ses pièces. Le sujet est intéressant. Agnès est la d'un chirurgien d’Augsbourg. Albert de Wittelsbach, fils du c régnant Ernest de Bavière, la voit dans un tournoi, auquel Lété convié par la noblesse et la bourgeoisie; il est ébloui par sa iuté, et il l'épouse secrètement. Mais il publie son mariage and son père veut l’unir avec Anne de Brunswick. Le dué de ière, n'écoutant que la raison d'État, déclare Albert de Witsbach déchu de son héritage et même de son rang de chevail lui interdit l'entrée de la lice au tournoi de Ratisbonne ; in il fait condamner Agnès comme sorcière, la fait surprendre is son château et précipiter dans le Danube. Albert, pour iger sa femme, met le pays à feu et à sang. Mais ensuite, nacé d'être mis au ban de l'Empire et excommunié, il se inet, s'humilie, et accepte implicitement la flétrissure jetée son mariage. Cette conclusion est conforme à l’histoire ; maïs Stoire a une ressource qüi manque au poète dramatique, le 1ps, qui change les sentiments des hommes, et qui fait sucler les conseils de la sagesse aux entraînements de la passion. théâtre n'admet pas les conversions trop rapides. Le caractère gnès, qui aime mieux mourir que de reconnaître l'arrêt qui la Ppe, a de la noblesse. L'action a des sauts trop brusques, le te n'ayant voulu se priver d'aucun épisode caractéristique; IS les situations principales se détachent avec vigueur.
leébbel symbolise dans ses tragédies historiques, il moralise .
ns, ses tragédies bourgeoises. Deux pièces appartenant: à ce nier genre, Marie-Madeleine (1844) et Julia (1846-1847), cha-