‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 451 sur 534 · LE ROMAN EXOTIQUE · texte numérisé non relu

LE ROMAN EXOTIQUE

Le roman exotique, qui décrit les pays lointains et les peupl étrangers, et même étranges ou qui nous paraissent tels, 4 avantage sur le roman historique: c’est un genre simple et“frar Il ne connaît que deux sortes de documents, les hommes et nature; il n'a qu'un procédé, l'observation. Plus les sujets so Houveaux et inattendus, plus l'impression que l'auteur en re est vive, et, pour peu qu'il soit capable de faire partager ds lecteurs son étonnement ou son émotion, il sera intéressant même éloquent. Re

En 1827 parut à Londres un livre sans nom d'auteur, intitu l'Autriche telle qu'elle est (Austria as it is), où le système auti cratique et clérical de Metternich était vivement attaqué livre, aussitôt traduit en allemand, fut interdit en Autriche nie territoire de la Confédération. Il était d'un prêtre défroqu qui revenait d'Amérique, et qui adopta plus tard le. pseud: nyme de Charles Sealsfield. Son vrai nom n'a été connu qu'apri sa mort, par son testament. Il s'appelait Karl Postl, et il éta né, en 1793, aux environs de Znaïm, en Moravie. Après avoir fa ses études au gymnase de Znaïm, i entra comme novice, pot obéir au vœu de sa mère, chez 1 Bethléhémites de Prague ; reçut la consécration cotisation et devint même secrélair de l’ordre. Ayant été chargé, en 1822, de conduire un religieu à Carlsbad, il prit la fuite, s'arrêta rueline temps en Suisse, se rendit ensuite aux États-Unis, où il acquit le droit de cité. fut frappé d’abord de l’esprit d'indépendance qui régnait, dans | Nouveau Monde, du besoin d'activité personnelle qui animait riche et le pauvre, et qui devenait peu à peu le trait commun, | lien entre des hommes de nationalité diverse, indigènes ou étrar gers. Cétte impression lui resta toute sa vie. Il revint en. Alle magne, en 1826, mais repartit presque aussitôt, parcourut Je États du Sud de V Union et le Texas, et prit la direction du Cow rier des États-Unis, journal Fan de New-York. Sa san ramena en Europe; il vécut pendant quelques années à Lo et an comme correspondant de journaux. américain

ee Jui phiaient un sa prie d’ adoption, mais

LA LITTÉRATURE AU MILIEU DU. xIX° SIÈCLE. 987

x resta la patrie de son esprit. Il traversa plusieurs fois ôre l'Atlantique. En 1859, il devint possesseur de sa villa ous les sapins », aux environs de Soleure, où il mourut en k Les écrits de Sealsfield touchent à la politique et à la relin, à la culture, à l'industrie et au commerce, à tout ce qui éresse la colonisation du Nouveau Monde. Son premier roman, feah ou la Rose blanche, d'abord rédigé en anglais, plus tard luit et remanié en allemand, est un épisode de la lutte entre blancs et les Indiens 1; Le Virey et les Aristocrates se rapporte insurrection du Mexique contre le gouvernement espagnol ?. “ont des compositions d'un tissu très lâche, coupées de ressions, et qui intéressent surtout par le détail pittoresque. talent de Sealsfield ne se montre tout entier que dans ces ères esquisses où l'ancien et le nouveau monde se coudoient Sun pêle-mêle d'originaux et d'aventuricrs de toutes sortes *. iSfield à au plus haut degré ce qu'on pourrait appeler le sens n0graphique. Non seulement l'Anglais, le Français, l'Espagnol, créole, l'Indien, se distinguent nettement chez lui lun de ire; mais chaque groupe de colons a pris, sous l'influence du natou des nécessités sociales, une physionomie dont il marque iëtement les nuances. Son idéal est l’homme de constitution ste et de tempérament calme, assoupli et fortifié par un mcice régulier, maître de son corps comme de son esprit. En tale et en politique, son principe est l'activité libre, la pensée téix Les peuples, » dit un des Américains qu’il met en scène, dissent comme des individus, car ce ne sont que des groupes individus ; ils grandissent, arrivent à l’âge viril et dépérissent nsuite. Il faut qu'un peuple devienne majeur. Dans les temps meiens, les Grecs et les Romains le sont devenus; dans Îles emps modernes, les Anglais et nous. Les Français essayent de e devenir maintenant; ils ont beaucoup fait dans les dernières nmnées pour ôter du chemin les vieux décombres. C'est un reuple magnifique que les Français! C’est nous, ce sont eux et Mb. - | | 1 ,

“okeah or the White Rose, 2 vol., Philadelphie, 1828; en allemand sous le

%de Der Legitime und die Republikaner, 3 vol., Zürich, 1833.

Der Virey (vicé-roi) und die Aristokraten oder Mexkco im Jahre 1812,2 vol., ich, 1835.

Transatlantische Reiseskiszen, 2 vol., Zürich, 1831; deuxième série, sous le de Lebensbilder aus den beiden Hemisphären; ensemble, 5 vol., Stuttgart, 31837. — Das Kajütenbuch oder nationale Charakleristiken, 2 vol., Zurich,

« les Anglais qui, en ce moment, régissent le monde, qui « garde de la civilisation et de la liberté Tousles autres sont res « mineurs, dépendent de nous trois. Léur histoire ne vaut pas « peine qu'un homme libre la lise; ilne ferait ques ‘irriter de: v « tant de millions d'êtres marcher, sans intelligence ets: « volonté, comme des brebis, derrière le mouton sonnailler qui «« mène l » Le style de Sealsfield estcomme sa philosophie, déd gneux de la beauté et de l'harmonie, soucieux avant tout de précision et de la force, un style heurté, coloré à l'occaëi parfois trivial à dessein. de langue est Hé ge de mots angl et espagnols. Mais toute sa manière de penser, de sentir et s'exprimer à quelque chosé de vigoureux et de sain; c’est com un souffle d'air pur qui passe à travers l'atihosphèrs déjà . guée et alourdie de la littérature allemande 2.

Sealsfield disait : « Je n’écris que pour les gens. cultivés Frédéric Gerstæcker, qui a été longtemps considéré commé s émule, s'adresse à tout le monde, et on peut le lire sans effo si tant est qu'il ait encore des lectetre. Il se borne à recueil les menus faits de la colonisation américaine ét dé l'émigrati européenne, et, comme ces faits varient peu, il se répète. seul mérite est d’être un témoin oculaire. Né à Hämbourg enA8! et n'ayant aucun goût pour le hégoce auquel où le destinäit,

s'embarqua pôur l'Amérique, et, après avoir dépensé ses écon mies, il fut tour à tour HfStéIOE chauffeur, fermier, bûchero même orfèvre et maître d'hôtel. Il visita les deux Amériqui l'Australie et les îles de la Sonde, et mourut à Brunswick en 18° Ce qui est moins banal que les aventures plus ou moins étrang qui remplissent ses romans, ce soft les simples pages où raconte les destinées des émigrés allemands qui sRe chercli là misère au delà de l'Océan #. 3 rt

\1. Das Kajütenbuch, 8. cf |

2. Œuvres complètes, 15 vol., Stuttgart, 1845- 1846. — Meissner a ne 1 roman posthume de Sealsfeld, Die Grabesschuld, Leipzig, 1873. — À consulte) Kerthëny, Erinnerungen an Seulsfield, Leipzig, 1864; — Smolle, Charles Sealsfiel biographisch litterarisches Charakterbild, Vienne, 1865 ; — Hamburger, Sealsfiel Postl, Briefe und Mittheilungen zu seiner Biôgrabhie, Vienne, 1879; Fau Charles Sealsfield, der Dichter beider Hemisphären, Vienne, 1896. ©:

3. Der deutschen Auswanderer Fahrten und Schicksale, Leipzig, 1847 — - Na Amerika, ein Volksbuch, 6 vol., Leipzig, 1855. = Les œuvres complètes de Ge stæcker ont été publiées à Tén3, en deux séries, l’uné dé 22 vol. Le 1875); l'au | de 21:vol. (1875-1878).

est encore dans le genre exotique que l’on peut classer les its c où Charles-Émile Franzos décrit les mœurs de cette région itrophe entre l'Europe et l’Asie, qui comprend la Galicie, la Kowine, la Roumanie et la Russie méridionale, et qu'il RTE Demi- Asie. Ce sont des études intéressantes de psychologie nparée. Franzos est né en 1848, dans une maison forestière la Podolie, sur la frontière galicienne. Il fréquenta le g gymnase Grernowitz, les universités de Vienne et de Gratz; mais ce ‘ent les impressions de son enfance qui PART le cours ses idées. Ses parents étaient juifs; la population au milieu de quelle il grandit était mêlée d’Allemands et de Slaves, de holiques et de grecs orthodoxes, qui se détestaient réciproement, et qui ne sentendaient que par leur haine contre le f. Ons "explique ainsi comment ses regards se sont tournés de nne heure vers l'Allemagne, où il voyait sinon l'unité, du ïins l'aspiration vers l'unité. Son recueil de nouvelles, Les fs de Barnow, l’a fait connaître dans toute l’Europe. En 1887, onda à Berlin la revue Deutsche Dichtung, qu'il dirigea jusqu'à mort, en 1904.

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di

Æ roman philosophique a pour but de démontrer une thèse, ectement ou indirectement; directement, par les discours que Meur met dans la bouche des personnages; indirectement, par “enseignements qui ressortent de leurs actions et de leurs iinées. À vrai dire, tout roman, toute œuvre d'art, est philohique dans ce dernier sens.

Ææ meilleur roman philosophique est celui qui est philoso- Que à l'insu de l’auteur. Que d'enseignements n’a-t-on pas sde Don Quichotte, auxquels l’auteur de Don Quichotte n’a us pensé! Cervantes n’a cherché qu’à peindre la vie, et la nlure est devenue instructive comme ja vie elle-même. Mais,

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