WERNHER. — CONRAD DE FUSSESBRUNN
Les meilleures légendes écrites en vers allemands datent de lafin
lu x1ie siècle. Un ecclésiastique nommé Wernher composa, en
l'année 1172 (c'est lui-même qui nous fournit cette date), une Vie
L . U f le la Vierge Marie, dont on a conservé un fragment d’une cenaine de vers; mais le poème entier existe dans un remaniement
postérieur d’une vingtaine d'années. Le poème de Wernher con- -
ient de gracieux détails, et l’on y sent l'émotion religieuse. Le “écit du mariage de la Vierge a un certain mouvement dramatique. Marie se voue d’abord au célibat; mais « l’évêque des Juifs » lui dit : e Renoncez à ce projet : Le conseil que je vous donne est conéforme à ce que lés saints livres nous révèlent. Le mariage est cagréable à Dieu. Lui-même n’a-t-il pas donné Ëve pour compagne à Adam ? Si tous, jeunes et vieux, nous n’étions pas sortis du sein cd'Eve, qui est-ce qui adorerait Dieu? » L'évêque convoque dans etemple tous les hommes non mariés; chacun dépose un bâton ur l'autel, et l’on voit fleurir celui de Joseph : Dieu Jui-même a lésigné l’homme qu'il juge digne de devenir l'époux de la Vierge ; ble prêtre s'écrie : « Joseph, enfant de Dieu, les anges te sont “propices, ce sont eux qui t'ont choisi! Réponds à leur appel; "nous remettons en tes mains la Vierge sainte. »
À la Vie de Marie de Wernher se rattache, par l’analogie du sujet et aême par certaines ressemblances de style, l'Enfañce de Jésus de Onrad de Fussesbrunn, qui date du commencement du xme siècle ?. fais, chez Conrad, la naïveté se traduit trop souvent par des uérilités sentimentales. Le récit commence au mariage de la liérge et s'étend ensuite sur la fuite en Égypte, où se révèle “äbord le pouvoir miraculeux du Sauveur. Pendant que la Sainte ‘amille traverse le désert, les lions et les serpents viennent jouer vec l'enfant. Joseph veut en vain les éloigner; ils n’obéissent
l° Éditions de Œtter (Nuremberg et Altorf, 1802) et de Hoffmann (Fundgruben für ‘eschichte deutscher Sprache und Litteratur, 2 vol., Breslau, 1830-1837; au 2e vol.) …L'éd. de Feifalik (Vienne, 1860) contient un remaniement plus récent.
2° Éditions de K. À. Hahn (Gedichte des XIT. und XIII. Jahrhunderts, Quedlinurg; 1840) et de Kochendærffer (Strasbourg, 1881). :
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qu'au commandement de Celui qui sera 1 maître de toute. cré ture. Un arbre gigantesque, chargé de fruits, abaisse ses brans ches vers les voyageurs et les préserve de la faim; un ange vient même détacher de l’arbre un rameau, qui fleurira dans le paradis. La femme d'un brigand, à qui Joseph et Marie avaient demandé l'hospitalité, baigne l'enfant, et l’eau du bain devient un baume qui guérit les blessures. En Égypte, cent quarante idoles s’écroulent devant Jésus; le roi du pays l’adore, et le pro= clame devant ses sujets comme le vrai Dieu. Un ange annonce la mort d'Hérode, et la Sainte Famille prépare son retour, sans que l’auteur pense à nous expliquer pourquoi celui devant qui les idoles tombent à dû se dérober à la colère d’un roi. Il ne faut pas appliquer à ces récits une logique trop sévère ; l'invraiseme blance est leur moindre défaut; on leur pardonne même d’ être longs et décousus, pourvu qu’un sentiment réel les anime. ñ
De la naïveté, parfois de la grâce, c’est ce que l’on rencontré chez Conrad et Wernher. Une certaine ferveur enfantine, un tou calme et recueilli, tel est le caractère de l’ancienne Écende. Elle ne vise pas à l'éhbadenes: la haute inspiration lui fait défaut, Il existe cependant un ouvrage du xne siècle où la pensée reli gicuse s'élève jusqu’à des considérations générales sur les destinées de l'humanité : c’est la Chanson d’Annon, un des monuments les plus curieux de la littérature allemande au moyen âge.