LA « CHANSON D’ANNON
Annon avait été chancelier de l'Empire sous Henri IIL, et il fut régent pendant la minorité troublée de l'empereur Henni IV. Plus tard, il se retira dans son diocèse, à Cologne, où il mourül en 1075. Il avait montré de la fermeté daté ses luttes contre 1és adversaires de l’Empire et dans ses démêlés avec les bourgeois de Cologne; mais il s'était fait remarquer surtout par la discipline sévère qu’il avait imposée à son clergé. Il fut canonisé en l’année 1183 : c’est la date approximative de la composition du poème. Peut-être même ce poème remonte-til un peu plus haul dans le xne siècle, eta-t-il été écrit pour préparer la canonisatior de l’évêque. Un manuscrit de la Chanson d’'Annon fut retrouvé at xvite siècle, par le poète silésien Opitz, qui le publia peu de ter
RS een De CT POËMES RELIGIEUX.
Avant sa mort; le manuscrit a été brûlé avec les papiers du poète 1.
| L'évèque Annon est présenté, dans le poème qui porte son nom, ÿomme un des principaux soutiens du christianisme. Il a sa place lans l’économie générale de l’histoire; il est l’un des artisans du lan de Dieu pour le salut des hommes. Pour faire comprendre importance de son rôle, l’auteur ne craint pas de remonter usqu’à l’origine des choses.
“Quand le monde commença, — quand la lumière fut et que la arole retentit, — quand, sous la main du Créateur, — la nature prit tes formes variées, — alors Dieu fit deux parts de ses œuvres, — l’une our le monde visible, — l’autre pour le monde spirituel. — Car il y Podeux mondes, — celui où nous vivons, — et celui où vivent les Sprits. — En même temps, la sagesse divine — forma une œuvre énant à la fois des deux mondes : — c’est l’homme, à la fois corps et Sprit, — la première des créatures après l'ange. — L’homme est le ésumé de la création, — comme l’affirme l'Évangile. — Nous devons ous considérer comme le troisième monde : — ainsi l’enseignaient léjà les Grecs. — Ce fut là le noble apanage d’Adam : — que ne la- -il conservé!
Quand Lucifer se livra au mal, — et qu’Adam transgressa la loi ivine, — Dieu fut d'autant plus courroucé — qu’il voyait ses autres réalures suivre leur droit chemin. — Les soleils et les lunes — donnt joyeusement leur lumière; — rien ne dérange la marche des toiles, — foyers intenses de chaleur et de froid; — le feu monte vers Ciel ; — la foudre et les vents prennent leur vol; — le nuage déverse bpluie, — et l’eau coule sur les pentes; — les fleurs parent la terre; = le feuillage couvre la forêt, — et sous son ombre courent les anitaux — et chantent les oiseaux : — toute chose observe encore la loi que Dieu lui donna au premier jour, — excepté les deux créatures =qu'il forma comme les meilleures. — Celles-ci se tournèrent vers ce uk leur était nuisible : — ce fut l’origine de tous les maux 2.
le Incerti poetæ rhythmus de Sancto Annone. Martinus Opitius primus ex memrana veteri edidit et animadversionibus illustravit. Dantisci, 1639. — Bezzenberger, lære von Sente Annen, Quedlinburg, 18148. — Nouvelle édition par Max Rœdiger, ans les Aonumenta Germaniæ historicu : Deutsche Chroniken, Hanovre, 1895. — fœdiger place la rédaction du poème eutre 1077 et 1081, — Traduction en alleand moderne par Albert Stern (Leipzig, Reclam). |
(OR « In der werilde ancginna,
à « duo liht ward unde stimma,
« duo diu vrône Godis hant « diu spêhin werch gescuoph sô manigvalt,
« duo deilti Got sîniu werch al in zuei :
« disiu werlt ist daz eine deil,
« daz ander ist geistin :
« dannini lisit man, daz zwû werilte sîn,
« diu eine, dà wir inc birin,
Apres ce ae le DO ue / d'après Je > roc li | Daniel, la succession des grands empires dans l'antiquité. Le ders nier, De bhe romain, passe de la maison de César à la dynast des rois francs, sans sortir de la lignée troyenne. Cologne, l’une 4 dus plis florissantes cités de la Germanie, devient une importante #2 métropole du christianisme. Elle a une Ru série d’ évêques juss qu’à Annon. « Sept d’entre eux furent des saints vénérables ; ils « luisent dans le ciel comme la constellation des sept étoiles, et « l’astre d'Annonse distingue entre tous par son viféclat. ut Annon est près de mourir, il a une vision du paradis; on Mi montre un trône, qui est préparé pour lui, mais il ne peut encore l'occuper, « parce qu'il reste une tache sur-son cœur ». Annon comprend ce qui lui reste à faire : ilse réconcilie avec ses ennemis,
# Vo
= Lorsqu'il monta vers Dieu, — vers la péattals éternelle, — il fit, dans son grand courage, — ce que fait l’aigle avec ses petils, — lors: qu’il leur enseigne à prendre leur vol. — L’aigle s'élève avec majesté,
— plane sur les hauteurs, — et les aiglons le suivent des yeux. — Annon nous a précédés dans la voie — où nous devons marcher après luis = il nous a montré ici-bas — comment on vit dans le ciel!.
Tout ce récit a une large envergure ; les faits sont nettement groupés; les transitions sont brusques, mais l'idée générale n'est jamais perdue de vue. Le style a de la fermeté et de l’ ampleur: i il y à toute apparence que l’auteur était un lettré, formé à l'école des poètes et des historiens anciens ?. «5
« diu ander ist geistin. FR « duo gemengite der wise Godis list a ne | « von den zuein ein werch, daz der mennisch ist, | ; « der beide ist, corpus unte geist : rise 5 # « dannin ist her nà dim engele allermeist. « alliu gescaft ist an dem mennischun, « sÔiz Sagit daz evangelium.
« wir sulin un cir dritten werilde celin, es De « sô wir daz die Criechen hôrin redin.
« cen selben êrin wart gescaphin Adäm, « havit er sich behaltan. » :
(Annolied, str. II, éd. de Max Rædiger
… « Que dites-vous de ce poème? de sa composition, > A8 sa énirrer de son étendue) «de là proportion de ses parties, de sa beauté morale, de la fleur de sa diction — « Si chaque saint avait eu un tel panégyriste, chaque monastère un tel poète, qu « nous serions riches et avec quelle ardeur nous vénérerions nos saints ! » (Andenke an einige ältere deutsche Dichter, Briefe, 1793), — La Chanson d'Annon a été te duite par Eichhoff (Tableau de la littérature du Nord au moyen âge, Paris, 1891) . ai