‹ Histoire de la littérature allemandeChapitre 55 sur 534 · DIETMAR D'AST. — KÜRENBERG · texte numérisé non relu

DIETMAR D'AST. — KÜRENBERG

Un des premiers noms que l’on rencontre en suivant la longue iste des Minnesinger, est celui de Dietmar d’Ast. Il vivait au ailieu du xne siècle; on le croit originaire de l'Autriche. Ses idésies sont fort courtes; elles se bornent à l'expression naïve l'un sentiment, à une image rapidement esquissée. La phrase, oute simple qu'elle est, a parfois un tour gracieux. La rime n’est as encore dégagée de RES Voici, comme exemple, une

hanson de Dietmar, une de ces bebe l’un des genres habiuels des Minnesinger :

“Dors-tu, mon bel ami? Déjà l'oiseau qui se balance sur la branche annonce le jour. » — « Je sommeillais doucement : pourquoi n’ap-

pelles- tu, enfant? Amour sans peine n’existe pas; mais ce que tu com-.

| manderas, je le ferai. » — La dame se prit à pleurer : « Ton coursier

Vattend; tu me laisses seule. Quand reviendras-tu? Toute joie, avec toi, s’en va 1. »

D Dore appartient, comme Dietmar d’Ast, au milieu du siècle, et il était probablement Autrichien comme lui; maï nne sait rien de précis sur sa vie. On a de Kürenberg quelques + « Släfst du, friedel ziere?

te « wan weckt uns leider schiere

« ein vogellin sô wol getän, | « daz ist der linden an daz zwî gegän. —

« Ich was vil sanfte cntslâfen,

« nu ruofestu, kint, wâfen!

« lieb âne leit mac niht gesin.

« Sswaz du gebiutst, daz leiste ich, friwendin. —

3 « Dic fruwe begunde weinen :

, « Du rîtst und lâst mich eine:

3 « wenn wilt du wider her zuo mir?

« owê, du fuorst mîn froude samet dir. »

(Éd. de K. Bartsch.)

00 \ iron hos de quatre vers, semblables aux des ibenbe mais d'une versification moins parfaite et d’une constractio moins régulière. Chez lui, comme chez Dietmar d'Ast, la ri a alterne encore avec l’assonance. Des critiques modernes on si posé qu'il pouvait être l’auteur des Nibelungen, mais la forme de ges poésies prouve seulement que l’ancien chant lyrique était dans des rapports étroits avec le poème héroïque. Kürenberg déroule souvent en quelques vers une petite scène dramatique. Voici deux strophes de lui; la première est dite par une dame, la seconde contient la réponse du chevalier : l

« J'ai le cœur oppressé, et je répands des larmes; — car il faut que « je me sépare de mon compagnon. — Des menteurs en sont la cause,

«-que Dieu les che — Celui qui nous unirait l’un à l’autre r me ren- « drait heureuse. » — 4 ë « L'étoile du soir se couvre d’un voile : — fais comme elle, ma bielt

« aimée. Quand tu me verras, — laisse errer ton regard sur un autre « homme; — et personne ne saura ce qui se passe entre nous f. »

2. — FRÉDÉRIC DE HAUSEN — L'EMPEREUR HENRI VI. HENRI DE MORUNGEN. — REIMAR LE VIEUX. 4

À mesure qu’on avance dans le xn® siècle, la prosodie des M nesinger se perfectionne. Dans Frédéric de Hausen, la strophe € déjà plus compliquée; il connaît et il imite l’octave italienne

évite l’assonance. Frédéric de Hausen était probablement or naire des contrées du Rhin. Il accompagna l’empereur Fréd Barberousse en Italie. Il prit part à la croisade de 1189, et y trou la mort. Lancé à la poursuite des Turcs, il tomba en voulan in | franchir un fossé, et il fut écrasé sous s nique rapporte que l’armée fut tellement affligée de sa mo rt qu’elle interrompit le combat pour le pleurer. Ses poésies furé écrites en partie pendant ses courses lointaines; voici une stropl €

De

FE, « Ez gât mir vonme herzen, daz ich geweine. « ich und mîn geselle muozen uns scheiden.

« daz machent lugenâre : Got der gebe in leit! « der uns zwei versuonde vil wol, des wâre ich gemeit. —

« Der tunkele sterne, sich, der birget sich.

« als tuo du, frouwe schône : sô du sehest mich,

« sô là du dîniu ougen gên an einen andern man:. |

« sone weiz doch lutzel ieman, wiez under uns zwein ist getân.

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Qui est consacrée au souvenir de sa dame, après qu'il a passé les Alpes : |

Je croyais autrefois lui être bien étranger, — et maintenant je voudrais vivre près d’elle. — Je sens maintenant — combien éloignement fait souffrir, —et combien mon cœur est fidèle. — Si je pouvais retourner

vers le Rhin, — j'y entendrais sans doute une parole — que, malheureusement, je n’ai jamais pu entendre — depuis que j'ai franchi les montsi,.

. Le fils de Frédéric Ir, l'empereur Henri VI, a laissé quelques Strophes, qui-forment le plus étrange contraste avec son caractère et sa vie. C’est sur son ordre que Richard Cœur-de-Lion, revenant de Terre-Sainte, fut retenu en Allemagne. A l'exemple de son père, il essaya de soumettre l'Italie: mais il voulut lui imposer un joug encore plus rigoureux. Il ensanglanta la Sicile, On soupçonne qu'il mourut de mort violente. Quel rôle la poésie t-elle pu jouer dans un tel règne? Mais toute l’histoire du moyen âge n'est-elle pas pleine de contrastes? La courtoisie Mavait pas pénétré assez profondément dans les âmes pour idoucir les mœurs barbares. C'était, avant tout, une forme de langage et une convention de société. Henri VI connut, tout feune, et avant qu'il fût empereur, des chanteurs de toute nation, qui formaient la Cour de son père; et, vivant au milieu d’eux, il se sentit poète à ses heures. Voici une pièce qu’il composà pour # dame, au milieu de ses expéditions guerrières :

Je salue par mon chant ma bien-aimée, — que je ne veux pas perdre,

it que je ne peux pas fuir. — Depuis le temps où je pouvais la saluer levive voix, — de longs jours, hélas, se: sont passés. — Je souhaite Jue toute personne qui chantera ces vers — devant celle dont l'absence ne fait souffrir, — que ce soit un chevalier ou une dame, lui offre hommage de ma foi.

d’, « Ich wânde ir ê vil verre sîn, « dà ich nu vil nâhe wûâre.

L « alrêrste hât daz herze mîn « von der fremde grôûze swâre.

« ez tût wol sîne trouwe schîn.

« wâre ich iender umb den Rin, « sô friesche ich lihte ein ander mère, « des ich doch leider nie vernam, « sit daz ich uber die berge kam. »

La strophe des Minnesinger, une fois constituée, se compose de trois parties. :S deux premières ont même rythme et mêmes rimes. La troisième, qui formo me,sorte de conclusion, à un rythme différent et le plus souvent des rimes difféentes. C’est la forme poétique des Troubadours et des Trouvères.

Strasbourg le juge digne de « porter la bannière des rossignols à

92— LA LITTÉRATURE FÉODALE pu OYEN AGE.

Les États et les provinces m A di — aussi longtemps que je demeure chez ma bien-aimée. — Mais dès que je suis séparé. d’elle, — c'en est fait de ma fortune et de ma puissance; — un cuisant regret forme toute ma richesse. Aussi ma joie augmente et diminue tour tour, — et les alternatives où me jette son amour dureront, je co

jusqu’à ma mort.

Je nourris pour elle un amour tendre et be, — et, sans failli je la porte en tout temps — dans mon cœur et dans ma pensée, — non sans me plaindre de ses rigueurs. — Car comment récompense- t-elle ma fidélité? — Mais la moindre de ses faveurs m'est si douce, — ques renoncerais à ma couronne plutôt que de renoncer à elle.

Oui, on aurait tort d’en douter, — je pourrais vivre des jours hédrel — sans porter ma Couronne, — mais non sans l’amour de ma dame __ Que serais-je sans elle? — Je ne peurrais plus saluer d’un cœuw joyeux ni les dames ni les chevaliers; — car toute joie serait pan

de ma vie {.

Un poète postérieur d’une vingtaine d'années, Henri de Morungen, retourne la pensée de l'empereur Henri VI, ets écrié à son tour : « Sans porter la couronne, sans régner sur dt « monde, je me sens l’égal d’un empereur : c’est dans mon cœW « que réside mon empire; je le dois à celle dont je suis aimé. ) Ainsi, dans ce vaste concert de la poésie chevaleresque, rois î seigneurs, souverains et sujets se rencontraient dans un mému sentiment, dont l'expression variait seulement selon la personn! du Rec: Henri de Morungen composa son épitaphe : « Je vew « qu'on écrive, » dit-il, « sur la PIERRE de mon tombeau, que j'a « aimé une dame et qu’elle ne m'a pas été assez reconnaissante « Le passant lira quelle a été ma peine, et ma dame verra a *elli «a. eu des torts envers son ami, pendant qu'il était en vie.»

Des chevaliers comme Henri de Morungen, des princes comm

- Henri VI, étaient poètes par occasion. Pour leur contemporail

Reimar, la poésie était, au contraire, l'occupation de sa vie; | paraît même avoir eu, dans son temps, l'importance d'un che d'école. On l'appelle Reïmar le Vieux, pour le distinguer d Reimar de Zweter, qui appartient à la période suivante. Gotfrit d

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