WALTHER DE LA VOGELWEIDE
Walther de la Vogelweide mérite une place à part dans le loupe des Minnesinger, non seulement par la supériorité du alent, mais par tout le caractère de sa poésie. Le premier, mesque le seul parmi ces poètes, il a su étendre le cercle de la ourtoisie banale. Les fêtes brillantes, la beauté des dames, 'éclat du printemps, rien de tout cela ne le laisse froid. Mais il e préoccupe aussi des intérêts de l'Allemagne et de son influence uw dehors; il suit d’un œil inquiet la rivalité des seigneurs, les impiétements du clergé, tout ce qui compromet la sécurité de Æmpire. Il y a dans ce chanteur ambulant, presque toujours à drecherche d’un gîte, un cœur de patriote. Même la poésie @urtoise, dans le sens étroit du mot, prend chez lui un accent lus personnel. Le mince recueil de ce qui nous est parvenu de ui donne une idée assez complète des sentiments divers qui Jouvaient agiter l'âme d'un Allemand du xni° siècle. La réflexion
à Il est vraisemblable que « le poète de Haguenau » dont il est question dans oT tatan (v. 4777) n’est autre que Reimar.
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“un moule plus étroit. Il revient, à certains égards, à la simplicif
y tient autant de place que l'imagination; les sentences alterner avec les chants lyriques. La langue de Walther est appropriée. son genre de poésie; elle est plus concise que celle de ses pré décesseurs immédiats. Jusqu'ici, les Minnesinger cherchaient à développer la phrase poétique, à lui donner de l'ampleur et de l'harmonie; Walther semble vous, au contraire, la serrer dan
du chant épique, et, d’un autre côté, 1l prépare la poésie popur laire, le Volkslied, qui prendra son essor vers la fin du moyen âgei,
On a cherché son lieu de naissance tour à tour en Autriche, en Souabe, en Franconie, et dans le canton de Thurgoyie en Suisse. C’est le Tyrol qui réunit aujourd’hui le plus de suffrages. Il existait, au xur° siècle, dans la vallée de l’Eisak, sur le versant iéridonal du Brenner, un petit domaine, ou une ferme, qui portait le nom de Yégnl bide. et qui payait aux ducs de Tyrol une redevance annuelle de trois livres 2. La ferme a disparu ; dé nom est resté à une forêt. Ce qui est certain, c'est que Walther, quelque pauvre qu'il fût, était de naissance noble. Il apprit Ÿ art du chant à la cour d'Autriche, où il passa les plus belles années de sa jeunesse. Mais le duc Fredérie, son protecteur, mourut en 4198, et l’empereur Henri VI, poète lui-même, venait de le pré ne dans la tombe. Ce fut sans doute alors que Walther com mença ses courses vagabondes, qui, selon une de ses poésies, le
hospitalière du landgrave Hermann de Thuringe; il se press lui aussi, dans la foule des invités. « Je m'y suis poussé, » ditsl
«entendre sa voix. Aussi, le landgrave est si généreux, qui | « dépense tout son avoir avec ses hôtes, nobles seigneurs, il es « vrai, et dignes de toute considération. J'ai été témoin de sot
1. Éditions de Lachmann (1%, revue par Müllenhoff, Berlin 1907), de Pfei (6e, revue par Bartsch, Leipzig, 1880), de H. Paul (Halle, 1882; 3° éd., 1905} de Wilmanns (Halle, 1883). — Traduction en allemand moderne de Simrock(8eét Leipzig, 1894) — A consulter : Wilmanns, Zeben und Dichten Walthers 00 der Vogelweide, Bonn, 1882; — A. E. Schœnbach, Walther von der Vogelwet (dans la collection : Geis/eshelden, Berlin) ; — K. Burdach, Walther von der\Voÿt weide, Philologische und historische Forschungen, Leipzig, 1900; — A. Lang Un trouvère allemand, Paris, 1879. ce
2. Voir l'introduction de l'édition de Pieitffer. — Le mot Vogelweide désigne un lieu où l'on entretient des oiseaux, soit un lieu où les oiseaux se rassemble littéralement, la Pature-aux-oiseaux.
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Ses MN | LA POÉSIE LYRIQUE. 9%
« magnifique train de vie. Quand la mesure de bon vin vaudrait e mille livres, jamais cependant, chez lui, la coupe d'un chevalier ne serait trouvée vide. »
- Ce qu'on connaît le mieux de la vie de Walther, c’est la part qu'il prit aux événements politiques de son temps. Il était tttaché aux empereurs, non par reconnaissance pour les maigres lons qu'il en recevait, mais par un patriotisme éclairé, dont le émoignage éclate dans ses pièces satiriques et sentencieuses. Il tait persuadé que le respect de l'autorité impériale pouvait seul lonner à l'Allemagne la tranquillité intérieure et la puissance lu dehors. Dans une strophe adressée à Philippe de Souabe, il ui recommande de maintenir ses droits et d'enseigner l’obéisance aux grands vassaux. « Peuple allemand, » s’écrie-t-il, « où est “la loi qui te gouverne? Le moindre insecte reconnaît une autosrité; mais tes honneurs à toi sont déchus. Reviens de ton égarement! Tes princes sont trop orgueilleux, tes roitelets s’agitent “irop. Philippe, pose la couronne sur ta tête, et qu'ils s’humilient
devant toi! »
“Philippe était en guerre avec Otton de AGE OH il fut assasiné ; mais Otton trouva un nouvel adversaire dans fs Jeune Fréiéric, fils de Henri VI. Les UE luttaient sans cesse contre ès compétiteurs aussi puissants qu'eux. Mais leurs adversaires ès plus dangereux étaient les papes, qui cherchaient à les occuper mn Allemagne, pour les tenir éloignés de l'Italie. Aussi, les plus ives attaques du poète sont dirigées contre la cour de Rome. près qu'Otton de Brunswick et Frédéric II eurent été succesement couronnés par le pape Innocent III, il avertit ainsi ses Ompatriotes :
Que le pape doit rire chrétiennement de nous, — en disant à ses liens ce qu’il fait ici, — en disant ce qu’il n'aurait même jamais dû enser : — « J'ai coiffé deux Allemands de la même couronne; — ils vont, à eux deux, fatiguer l'Empire, tout brûler et détruire. — En ältendant, nos caisses $s ’emplissent. — Les Allemands sont mes tributâires ; leurs biens sont à moi. — La bonne monnaie allemande glisse dans le tronc italien. — Messeigneurs, mangez de la volaille! buvez de bons vins! — Les Allemands jeûnent pour vous {. »
Es « Ahî wie kristenliche der bâbest unser lachet,
« swenne er sinen Walhen seit, wie er’z hie habe gemachet. « daz er dà redet, er’n solte es niemer hân gedäht :
« er giht : « ich hân zwên’ Alman under eine krône brâht, « daz siz rîche stœren, brennen unde wasten.
« al die wiîle fülle ich mîne kasten.… »
Las
Un trait du génie de Walther, c'est la netteté de sa vision à po tique. Dans un de ses lais, où il se met en scène, méditant sur les destinées de l’Empire, il commence par décrire la position de son corps, et il trace tout un dessin, qui a été fidèlement repros duit dans une vignette du manuscrit attribué à Manesse : «J'étais « assis sur un ro :her, les jambes croisées ; mon coude était appuyé « sur mon genou; mon menton et l’une de mes joues reposaient « dans ma main. Et je me demandais avec anxiété quel était le «but de la vie, et comment on pouvait concilier trois choses «également nécessaires, l'honneur, la fortune et la grâce de « Dieu. » Il parle souvent de l’impôt que les Allemands, sous diverses formes, payaient à la cour de Rome, et, dans une strophe, il personnifie le tronc qui va d’une paroisse à l'autrés recueillant l’offrande pour la croisade : .
Dites-moi, seigneur Tronc, le pape vous a-t-il donné mission — de lenrichir et de nous réduire à l’indigence? — Quand les caïsses du Vatican seront pleines, — il emploiera encore une ruse qu’il a déjà employée. — L'Empire est dans le deuil, dira-t-il, — jusqu’à ce que le Tronc se soit empli aux dépens de nos paroisses. — Je soupçonne que la moindre partie de notre argent est dépensée pour la Terre sainte; + car la main des prêtres aime à garder ce qu’elle tient. — Seigneur Tronc, vous êtes un mauvais ambassadeur : — vous venez voir combien nous sommes de sots en 1 HERrARnS 1, E
Walther demeura fidèle au parti de Frédéric I; il le suivit en Italie, peut-être même à la croisade. Lodel lui donna un petit fief, situé probablement aux environs de Wurzbourg. Le revenu était évalué à trente marcs; mais ces trente marcs, dit le poète, « il était difficile de les voir et de les saisir, et, lorsque on croyait les tenir dans sa main, le clergé en réclamait une par » Il reprit sa vie nomade. C’est sans doute en revoyant s son pa) natal qu’il composa la pièce suivante : x
Hélas! où sont allées toutes mes années? — Ai-je rêvé ou af vécu? — Ce que j'ai pris pour la réalité, était-ce bien réel? — J'ai dorm depuis, et j’ai perdu le souvenir. — Aujourd’hui, je me réveille, et
\ Sagt an, hêr Stoc, hât iuch der bâbgét her gesendet, daz ir in riîchet und uns Tiutschen’ermet unde pfendet? swenn’ im diu volle mâze kumt ze Laterân, sô tuot er einen argen list, als er ê hât getan : er seit uns danne, wie das riche stè verwarren, unz in erfüllent aber alle pfarren.… »