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LE DRAME LITURGIQUE

Les comiques latins, et par aventure les tragiques grecs, étaient la lecture des clercs; ils étaient étrangers à la société laïque, aux seigneurs comme aux vilains. Or, un théâtre n’est pas une création savante, ni une fantaisie de lettrés; il n’est pas le divertissement de quelques-uns, il ne peut être que l’organe de tous. Ce n'est donc pas de l’imitation antique que pouvait sortir un drame réellement populaire. .

Il n'y avait qu'une voix, au moyen âge, qui trouvât de l’écho dans toutes les âmes: c'était la voix du prêtre qui annonçait le

salut. Un seul lieu réunissait tous les hommes, de quelque condi- |

tion qu'ils fussent : c'était l’église. Le chevalier avait son manoir, le manant avait son taudis; chacun avait la maison de Dieu. L'un yyvenait expier ses brigandages, l’autre y cherchait l'oubli de ses misères, et pendant un instant une même pensée de paix les unissait. Le théâtre du moyen âge, comme autrefois le théâtre grec, sortit du culte; mais la ressemblance s'arrête là. L'origine fut la même, l'esprit et le but furent différents.

Le but qu'on se proposait en ajoutant des intermèdes figurés aux cérémonies du culte ne fut d’abord que d'augmenter l'effet de la parole et du chant. La messe que le prêtre disait devant

Pautel n’était-elle pas déjà une sorte de drame symbolique? Quoi

de plus naturel que de dégager le symbole et de reconstituer le fait qui lui avait donné naissance? Cela pouvait même sembler d'autant plus nécessaire, que les paroles latines n'avaient en elles-mêmes aucun sens pour le peuple. En frappant son imagination, on venait en aide à son ignorance. C'était surtout aux

1. Éditions et traductions. — Jid, de Conrad Celtès, Nuremberg, 1501. — Éditions

modernes de K. A. Barack (Nuremberg, 1858), de J. Bendixen (Lubeck, 1858) de P. de Winterfeld (Berlin, 1902). — Éd. de Ch. Magnin, avec traduction ne çaise, Paris, 1845. — J. Aschbach (Æoswitha und Conrad Celtes, Vienne, 1867) considère Conrad Celtès comme l'auteur des six comédies. — Un curieux essai do représenter les pièces de Hrotsuith sur un théâtre de marionnettes a été fait à “Paris : voir Anatole France, La Vie littéraire, 3 série, Paris, 1891. «Autres ouvrages de Hrotsuith. — Hrotsuith a composé, en outre, plusieurs Poèmes latins : un Panégyrique des Ottons, empereurs de la maison de Saxe; une Histoire de la fondation de l'abbaye de Gandersheim, de la Nativité de la Vierge, de l'Ascension du Sauveur. Elle a, enfin, versifié plusieurs légendes de saints.

grandes fêtes de l’année qu'on illustrait ainsi l'office divin. Le jour du vendredi saint, par exemple, une croix était dressée dans le chœur. Le service fini, on l'enveloppait d’un linceul, et on à déposait solennellement à côté de l'autel. La veille de Pâques, on l'enlevait, et, pendant l'office du lendemain, un frèré revêtu de l'aube et tenant une palme dans sa main allait s'asseoir près dù linceul vide. Trois autres frères, couverts de leur froc et portant des ‘encensoirs, s’approchaient de lui lentement, et le dialogue

suivant s'engageait : « Qui cherchez-vous dans ce tombeau 1? = « Jésus de Nazareth, le Crucifié. — Il n’est pas ici, il est ressus

« cité, comme il l’a prédit. Allez, dites aux disciples qu'il est sorti « du tomleau. » Et, se tournant vers le chœur, les trois frères répétaient : « Allehal Le Seigneur est ressuscité! » D'autres fois, on faisait paraître les saintes femmes, et l'ange qui gardait le sépulcre leur demandait : « Qui cherchez-vous ici, ô chré- «tiennes? » Et il soulevait le linceul, pour montrer que le tom beau était vide. Enfin le Sauveur lui-même apparaissait à Marie

Madeleine, qui épanchait ses plaintes devant lui : ce fut plus tard, quand le drame eut pris une certaine liberté, un beau + à développements lyriques ?. .

Une scène semblable se jouait à Noël, avant la messe de l'aurore. Une crèche était placée derrière Tauiel à côté d’une image de la Vierge. Un enfant apparaissant dans un lieu élevé et figurant un ange annonçait la bonne nouvelle aux bergers: Ceux-ci s'avançaient à travers le chœur, tandis que du haut dela voûte retentissait le Gloria in excelsis. Un prêtre leur demandait « Que cherchez-vous dans l’étableÿ — Le Sauveur, le Christ, «le Seigneur, »répondaient-ils, et, après avoir salué la Fe ils s’éloignaient en chantant : « Alleluia! » |

Si l’on cherchait à donner de l'éclat à ces spectacles, la conception en était fort simple. Non seulement on ne se mettait pas en frais d'invention, mais on se serait fait scrupule d'altérer un texte considéré comme sacré. Tel fut du moins l'esprit primitih du drame ecclésiastique. Les paroles qu'on mettait dans là bouche des personnages costumés étaient littéralement trans”

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