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DÉCADENCE DE LA POÉSIE CHEVALERESOBE

«On ne saurait avoir, disaient encore les sages, joie et contentement de cœur qu'en aimant, à l’égal de soi-même, une dame dis- «tinguée par ses vertus : ainsi avaient fait les glorieux chevaliers &d’autrefois. J'étais un enfant alors, de peu d’esprit, comme sont « les enfants, et m'amusant à chevaucher sur les bâtons; mais, © malgré mon inexpérience, je faisais cette réflexion : Puisqu'il n’y ca que les dames qui puissent rehausser un homme, je veux, quoi CQuil arrive, passer ma vie dans leur service. »

Il choisit donc une dame, la plus belle et la plus chaste dont 1 eût entendu parler. Il ne la nomme pas, mais il faut croire qu'elle à existé, puisqu'il la servit de longues années, d’abord ‘omme page, puis comme chevalier, et qu'il ne la quitta enfin (après avoir reçu d’elle des marques non équivoques d'indifféence. Il s’adressa ensuite à une autre, qui, dit-il, le fit moins ainguir. Ce qu'il accomplit de plus merveilleux, ce fut de repréenter en personne la sortie de la déesse Vénus du sein de la mer ‘driatique à Venise, et de la faire voyager en grande pompe jusuen Bohême, où un tournoi fut donné en son honneur. Il rétalit aussi la Table ronde, en 1240; il prit le nom du roi Arthur, t ses amis ceux des Compagnons du roi. i

Ulric de Lichtenstein fut un de ces hommes qui veulent réaliser ‘ur idéal et l'introduire dans la vie. Certains d’entre eux ont ayé leur erreur de leur vie; le werthérisme et le romantisme rent plus tard des victimes célèbres. La folie d’Ulrie lui coûta ‘ins cher; elle ne -fit que le ruiner. Tandis qu'il courait les ’ands chemins sous le costume de Vénus, ses voisins, autrefois S meilleurs amis, dit-il, surprenaient et démantelaient ses anoïrs ; le château de Lichtenstein fut détruit en 12682.

« Dô ich ein kleinez kindel was, de « dô hôrt ich ofte daz man las,

‘4 « und hôrt ouch die wisen sagen, daz niemen wol bi sinen tagen erwerben mühte werdekeit,

Wan der ze dienest wær bereit guoten wîben sunder wanc :

die heten hôhen habedanc…

Édition de K. Lachmann : Utrich von Lichtenstein, Berlin, 1841; — Vrouwen test, P. 3, v. 5 et suiv.

Le Frauendienst fut terminé en 1255; deux ans après, Ulric de Lichtenstein

1poSa le Livre des Dames (Der vrouven buoch), une suite ‘de conversations

à entre un chevalier et une dame.

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Pa A 3. — HADLAUB. — LES POÈTES D’ARMOIRIES.

Ulric de Lichténstein trouva un vrai disciple, un demi-siècle plus tard, dans le poète lyrique Jean Hadlaub. Né à Zurich, et d’origine bourgeoise, Hadlaub consacra sa vie aux louanges d’une dame noble, qui ne voulut jamais l’admettre en sa présence. Ces! un poète de décadence, dans toute la force du terme; il ne fai plus qu’aligner des mots. Mais quelques strophes de lui sont inté ressantes, parce qu'il y est question du fameux collectionneur d Zurich, Roger Manesse. Bodmer, le premier éditeur des Minne

singer, s'est fondé sur le passage suivant, pour attribuer à Manessi

la rédaction du beau manuscrit dont il s'était servi et qui appar tenait alors à la Bibliothèque Royale de Paris. à

Où trouverait-on, dans tout l'Empire, autant de chansons réunie qu’on en peut voir, soigneusement copiées, dans la seule ville d Zurich? Aussi la poésie y est-elle florissante. Que d’efforts a coûtés Roger Manesse la collection de chansons qu’il possède ! Tous les chat teurs devraient se donner rendez-vous dans sa demeure pour chante ses louanges; car, chez lui, la poésie prend racine et fleurit. Qu'on lt indique encore aujourd'hui quelque œuvre de poète, il n’épargnei rien pour la recueillir. NES

Son fils, le marguillier, est animé du même zèle; l’art du chante également redévable à tous deux. Mais, en recueillant les œuvres poètes, ils s’honorent eux-mêmes. Ils n’ont pas eu besoin de const dans leur entreprise; ils n’ont eu qu'à s'inspirer de leur propre C@i et des hautes qualités dè leur esprit. Ils n’ont pas voulu que des cha sons, toutes consacrées à la louange des dames, périssent 1. *

La poésie chevaleresque, avant de s’éteindre, revêtit une de nière forme, celle des, Poèmes d'armoiries, si toutefois l'on pe “A | 1 « Wa vund man sament sô mänic liet? F.

« man vunde ir niet ue « im künicriche, « als in Zürich an buochen stât.

« des prüeft man dik dà meistérsanc.

« der Maness ranc dar nâch endeliche :

des er diu liederbuoch nu hât.

« gein sim hof mechten nîgen die singære, sin lob hie prüeven und anderswà :

wan sanc hât boun und wurzen dà, und wisse er wà & guot sanuc noch wære, er wurb vil endelich dar nà.…. »

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__ fditions de L. Ettmüller (Johann Zladloubes Gedichte, K. Bartsch (Schweizer Minnesänger, Frauenfeld, 1886).

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onsidérer les auteurs de ces poèmes comme des successeurs de fartmann d’Aue et de Gotfrit de Strasbourg : c'étaient des chaneurs ambulants, qui, sous prétexte de décrire des armoiries, élébraient les hauts faits des seigneurs dont ils recevaient l’hosïitalité. Les plus remarquables d’entre eux furent Pierre Suchen-

ürt et Hans Rosenblüt. Heureusement que l’un et l’autre ont

icore d'autres titres de gloire. Suchenwirt, dans ses pièces didaciques et satiriques, gourmande parfois avec éloquence la corrupion de, la noblesse et même les vices naissants de la bourgeoisie. luant à Rosenblüt, il fut l’un des plus anciens écrivains dramaques de l'Allemagne; il était maître chanteur à Nuremberg, et, omme tel, l’un des réprésentants d’une école nouvelle qui remlaça celle des Minnesinger!.

lHugo de Montfort et Oswald de Wolkenstéin. — Parmi les dermiers disciples ilécole des Minnesinger, deux seigneurs du Tyrol méritent au moins une courte ention : ce sont Hugo de Montfort et Oswald de Wolkenstein. Ils vivaient à “fin du x1v° siècle et au commencement du xv°. Ils étaient amis, et leurs poésies rent beaucoup d'analogie. La versification est négligée; mais l'expression a iuvent de la vivacité et de l'éclat. Hugo de Montfort nous appfend que c'est tout à cheval et en se promenant dans la forêt qu'il composait ses vers. Il itbien qu'il ne saurait atteindre les vrais Minnesinger. « Mais, » ajoute-t-il, « le coucou chante bien après le rossignol : pourquoi ne chanterais-je pas? » Les deux Jètés prennent volontiers le ton populairé, et c'est cé qui leur donne quelque iginalité. — Éditions : Les poésies d'Oswald de Wolkenstein ont été publiées par “da Weber (Innsbruck, 1847) et par Schatz (2 éd., Gœttingue, 1904); celles de 180 de Montfort par K. Bartsch (Tubingué, 1879):

La poésie se rapproche de la vie réelle; mélange d'éléments lyriqu et didactiques. — 1. Reimar de Zweter! éloge des vertus bou geoises. Frauenlob; son lai en l’honneur de la Sainte Vierge, ses poésies en /’ honneur des dames. Le poète forgeron Regenboge 9, Les maitres chanteurs. Rapport du Meistergesang et du # nesang. Les écoles des maîtres chanteurs; leur influence & l'éducation du peuple. — 3. Le chant populaire ou le lied; S ancienneté; son riche épanouissement à la fin du moyen âge: s intérêt pour la connaissance des mœurs. La ballade historiqu les poètes suisses Halbsuter et Veit Weber.

Tandis que maître Jean Hadlaub, oubliant son origine bou geoise, se nourrissait d'illusions chevaleresques, quelques-u de ses contemporains, mieux avisés, chantaient simplement monde où ils vivaient. Ces poètes, vrais organes d’une socié où l'élément bourgeois dominait de plus en plus, opposaient

? la fausse chevalerie de leur temps les humbles vertus qui #

saient la prospérité des villes, la fidélité, la concorde, le trava Ils eurent une heureuse influence : ils ramenèrent le natui dans la poésie. Ils gardèrent de leurs prédécesseurs l'élégan du style et l'harmonie du vers; mais, pour le fond des sujets, ne relèvent que d'eux-mêmes. Ils trouvent dans leur zèle po. le bien public une nouvelle source d’éloquence, mais ils save! aussi orner une simple scène de la vie, et ils ont souvent à grâces familières 1e n’ont jamais connues les anciens Mint: singer. ‘

originaire des bords du Rhin, qu'il fat élevé en Autriche, et qu'il passa une partie de sa vie à la cour de Bohême. Il ajoute, faisant allusion au jeu des échecs, qu’en Bohême « il n’a que le roi pour «lui, que cavaliers, tours, fous et paysans, tous lui sont hostiles ». [retourna dans les pays du Rhin, et mourut vers 1260 !. Il est probable que c'était la franchise de sa parole qui lui avait fait

les ennemis. Il flétrit sans ménagement les vices de la cheva- :

erie, la passion du jeu, l’ivrognerie, la débauche. Il recommande surtout le respect du mariage, comme une des garanties de ‘ordre public. « Je trouve l’ordre du mariage, » dit-il, «préférable «à tous les autres ordres. Franciscains et bénédictins, moines egris, noirs ou blancs, frères porte-croix ou porte-épée, men-

diants ou prêcheurs, nesont rien auprès de cet ordre-là. L'homme

oqui soutient l'ordre du mariage accomplit à la fois la loi du «monde et la loi de Dieu : le reste n’est que mensonge. » Ailleurs compare la femme au Saint Graal, et il ajoute : « Celui qui veut MConquérir ce nouveau Graal doit être chaste comme l’étaient les chevaliers de Monsalvat. » 11 n'est pas moins sévère pour le

lérgé que pour la noblesse ; il s'élève contre les moines qui por-

ent les armes, contre les papes qui lancent l’anathème. Il est artisan de l'autorité impériale. Une seule chose lui paraît supéiéure à toutes les puissances de la terre : la pensée libre. « On peut réprimer là parole, » dit-il, « mais la pensée ne reconnaît pas de loi; elle rejette les entraves qu'on veut lui mettre. Il n’y a ni empereur ni roi qui soit assez puissant pour empêcher qu'on ne voie et qu’on ne pense. »

Reimar a le ton sentencieux, quoiqu'il garde la forme de la -/

‘rophe lyrique ; il a dans le style quelque chose de la-concision 8e Walther de la Vogelweide. Frauenlob, qui appartient à une 20que un peu postérieure, lui ressemble pour le fond des idées, lis il a une langue plus fleurie et même parfois maniérée. Il appelait, en réalité, Henri de Meissen, d’après son lieu de nais- ‘nce. Son surnom, qui peut se traduire par Louange des dames Apar Louange de Notre-Dame, lui fut donné soit à cause de son ien l'honneur de la Sainte Vierge, soit à cause d’une suite de | où il glorifiait les dames bourgeoises. Il prétendait, -en |

fet, qu'une bourgeoise avait autant de droits qu'une châtelaine ré

loir l'édition des Sprñche, de Gustave Rœthe, Leipzig, 1887.

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vertus bourgeoises. H nous apprend, dans une strophe, qu'il était

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