CHAPITRE VII
4. La langue vulgaire s’introduit dans le drame liturgique, alternan d’abord avec le latin, et s’y substituant peu à peu. Les Jeux dede Passion de Benedictbeuren et d’'Innsbruck. Les Miracles de la Vierge
Les Vierges sages et les Vierges folles. Extension des sujets; nombr croissant des personnages. — 2. Les origines de la comédie. Scène: improvisées. Premières rédactions. Les Jeux de Carnaval; grossiè
reté du fond et de la forme. Hans Rosenblüt et Hans Fois Jeu: anonymes ; l'Empereur et l’ Abbé; le Rusé Valet.
4. — INTRODUCTION DE LA LANGUE VULGAIRE DANS LE DRAME.. LES JEUX DE LA PASSION. ‘
Nous avons vu se constituer, dans la période précédente, 4 vastes sujets comme celui des Prophètes du Christ. Arrivé àc point de son développement, le drame religieux s’est déjà sépar de l'office divin, qu’il aurait gêné par sa longueur. Il s’est transport sur le parvis de l’église, où il peut s’étaler plus à l’aise. La form aussi a changé. Des tirades versifiées se sont ajoutées à la pros liturgique. Puis, à l’hexamètre et au pentamètre antiques s’es
très court; il affecte les sons pleins et sonores, etil ne dédaign pas, à l’occasion, la rime riche. Un dernier pas reste à faire langue vulgaire se mêle peu à peu au latin, que bientôt elle à placera. Seules, les indications scéniques sont toujours en latin
Le premier exemple connu du mélange des deux langues est
fin du x siècle !. Il s'étend depuis l'entrée de Jésus à Fi
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LA LA POÉSIE DRAMATIQUE. 147 e
squ'à son énsevelissement par Joseph d’Arimathie, La partie la is longuement traitée est la vie pécheressée et la conversion de rie-Madeleine. Celle-ci est entourée d'un groupe de jeunes ns et de 1eunes filles. Elle célèbre d’abord, dans une chanson ine, les plaisirs du monde; puis elle se rend chez un marchand ur acheter du fard. « Donne-moi », chante-t-elle en allemand, lonne-moi ce fard — qui rendra mes joués roses, — afin que les eunes gens, — bon gré mal gré, soient forcés de m’aimer. » Un ge la réprimande en songe; elle se réveille, répète sa chanson se rendort. L’ange lui apparaît une seconde fois. La voilà saisie repentir, elle se couvre d’un manteau noir, retourne chez le iwchand, et prend des parfums, qu’elle va répandre sur les ds du Sauveur. Elle chante, en allemand : « Jésus, consolation le:mon âme, — reçois-moi en grâce, — et absous-moi du péché que le monde m'a fait commettre. » Les scènes suivantes tracent les incidents de la Passion. L'allemand reparaît encore n$ la bouche du soldat qui perce le flanc de Jésus-Christ avec lance, et dans la plainte de la Vierge, qui adopte désormais int Jean comme son fils.
Dans le drame de Benedictheuren, l'introduction de la langue Igaire n’a d'autre but que de rendre le jeu des acteurs plus lligible pour le peuple. Rien n’est changé au fond du sujet; ton sérieux de l’ancien drame liturgique persiste. Peu à peu, pendant, à l’aide des nouvelles formes de langage, plus souples, IS variées, plus excitantes pour l'imagination, l'esprit populaire,
Moristique, sarcastique, parfois dévergondé, se glisse dans la”
jende pieuse, Un drame de la Passion, originaire d’'Innsbruck, dont le manuscrit porte la date de 1391, fait alterner l’alleind avec le latin, sans que le choix de l’une où de l’äutré igue soit toujours déterminé par le contenu de la scène ou le ractère du personnage qui parle. De même, le style passe, sans Sition, du sérieux au burlesque. Il semble que les acteurs qui titaient certaines tirades, prêtres ou laïques, aient dû prendre dèle sur des chanteurs ambulants. On assiste d’abord à une libération du sanhédrin, où le mélange du latin, de l'allemand
es Vierges folles, et dans deux des trois drames composés par Hilaire, disciple bélard. Dans lé drame d'Adam, de la Séconde moitié du xne siècle, lés chœurs les chants prophétiques sont seuls en latin; encore sont-ils accompagnés de ‘aphrases françaises.
Mludus paschalis sive de passione Domini, publié par Bartsch, datis la revue mania, VIII, 973.
foire; 1l est accompagné d'un valet, une espèce de clown,
äpparence de régularité, et aboutissant à une fin quelcon
et du dialecte judaïque produit un horrible jargon. Le mar qui vend des aromates à Marie-Madeleine est un charlatan
finit par lui enlever sa femme. Quand Jésus retire de l'enfer âmes damnées, le diable demande une compensation, et on livre un savetier, un boucher et un moine, qui récitent chacu leur verset comiques A la fin, saint Jean recommande aux spé tateurs de penser à leur salut, mais aussi de ne pas oublier Je acteurs : « Celui qui leur indie un rôti, — Dieu le pourvoi « dans l'éternité, — et celui qui leur offrira une tartine, — Die « l’invitera au banquet céleste. » Puis, sans transition, on ‘entonn l'hymne : « Christ est ressuscité. » | 4 D'autres drames, de la même époque, ou même antérieurs, sor déjà écrits complètement en allemand. On a retrouvé au mon tère de Saint-Gall un Jeu de la Passion et un Jeu de Noël, du xive siècl d’une rédaction fort sommaire et sans grande originalité. Ü Jeu de sainte Catherine, du x siècle, et un: fragment sur sain! Dorothée, du xive, montrent qu'on faisait aussi des empruntsa martyrologe. Les Miracles de la Vierge constituaient un gen particulier, dont Les types les plus caractéristiques sont le dram de Dame Jutte, et le Theophilus. Le sujet de Dame Jutte n'est aut que celui de la papesse Jeanne, qu’un ecclésiastique de Mühihaus en Thuringe, nommé Théodoric Schernberg, dramatisa, ‘san malice aucune, en 1480; Hieronymus Tilesius publia son ouvr en 1565, croyant sans doute par là servir les intérêts d Réforme !. Le PAPAS s'est conservé dans trois versions d rentes, qui n'ont qu'un rapport éloigné avec la rédaction franc as de Rutebeuf?. Theophilus, le prêtre simoniaque, qui vend: âme au diable, est sauvé, aussi bien que Dame Jutte, par lix cession de la Vierge Marie. À À côté de ces ouvrages, l’ancien drame liturgique, purér latin, se maintenait, sans toutefois s'enrichir beaucoup. Il ne. drait pas, en général, se représenter la littérature dramatique moyen âge comme un développement continu, ayant quel
Dans la tragédie grecque, à laquelle on l’a trop souvent parée, une forme définitive, classique, se dégage peu à pe
]. Ein schôn spiel von fraw Jutten, Eisleben, 1565. — A. Keller, Fasénachts aus dem XV. Jahrhundert, Siuttgart, 1858.