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S RÉ ALRS e TR \ EN

Du jour où le drame se transporte sur la place publique, son dernier lien avec la liturgie est rompu. Les Jeux de Noël ou de la Passion se jouent alors indifféremment à toutes les époques de l'année: et comme la représentation a lieu en plein air, on choisit

de préférence la belle saison. Une partie des rôles est confiée à

des laïques, quoique le clergé garde toujours la direction générale. Le peuple remplit la place au milieu de laquelle se dresse la scène à trois étages, figurant le ciel, la terre et l'enfer, il: va et vient, et prend la part qu'il lui plaît d’un spectacle dontuil connaît le programme. Alors aussi les sujets deviennent de plus en plus encyclopédiques, et bientôt la journée ne suffit plus pour les épuiser. La Passion de Francfort, dont on à conservé le plan, embrasse l’histoire sacrée depuis les patriarches et les prophètes jusqu’à la Résurrection; elle durait deux jours, et elle était jouée par deux cent soixante-cinq personnages *. Le Jeu d’Alsfeld dam: la Hesse, celui d'Eger en Bohême, prenaient trois jours; le pre: mier contenait tout un sermon, d’abord en prose, plus tard mis en vers, qui amenait la conversion de Marie-Madeleine. On né faisait pas moins de frais pour une simple légende; une Inventior de la Croix de la fin du xv° siècle est partagée en deux journées On pourrait croire que les développements qu'on ajoutait a anciens textes aient eu pour but de relier, d'expliquer, de motive les incidents : il n’en est rien. On s’attarde sans raison, on mi plie les détails insignifiants. Des messagers se transportent cesse de l’un à l’autre des compartiments de la scène, et récitén de longs discours. Quand, par exemple, dans la Passion d'Eger Pilate se lave les mains*après avoir livré Jésus-Christ aux phari siens, il faut qu’un soldat reçoive l'ordre d'aller chercher de l’ea qu’il se déclare prêt à accomplir cet ordre, qu'il se déplace p dant quelques instants, et qu'il revienne avec un bassin; il fau ensuite qu'un autre soldat présente au gouverneur une serviett non sans prononcer, lui aussi, quelques vers. Le drame du mo âge se perd ainsi dans la superfluité et dans la niaiserie; etqu arrive le moment où, avec le progrès de la langue et des lum unthéâtre national pourrait en sortir, il est déjà usé et décr

« mesure des vers; mais qu'ils les prononcent d'une voix ferme, et que toutes lt « choses soient dites dans l’ordre où elles doivent l'être. Quand on nommel 2 « paradis, on aura soin de l'indiquer de la main. » (Voir L. Moland, Origines litténair\ de la France, Paris, 1862; Petit de Julleville, Les Mystères, Paris, 1880, 1° vol! 1 Les rôles de femmes étaient toujours tenus par des hommes. . “er > Collections. — Hoffmann von Fallersleben, Fundgruben für Geschichte deutsch

FA s 2. — LES ORIGINES DE LA COMÉDIE. — LES JEUX DE CARNAVAL. La comédie remonte sans doute, par ses origines, aux premiers :mps du moyen âge. Le drame sérieux était sorti de l’église : le rame burlesque naquit dans les carrefours des villes, ou peuttre déjà dans les grandes salles des manoirs. Bateleurs et ngleurs parcouraient le pays, offrant leurs divertissements aux :gneurs et aux bourgeois!. Ils mêlaient à leurs tours d'adresse es chansons et des monologues, Se trouvaient-ils en nombre, s ébauchaient un dialogue, en brodant sur un incident quelonque de la vie des plaisanteries qu’ils accommodaient au goût e leur public. Il est même permis de croire que ces rudiments 8 comédie ne furent pas sans influence sur le drame sacré, du ur où celui-ci adopta la langue vulgaire. Les soldats IYrognes,

Smoines libertins, les escrocs et les charlatans de toute sorte, w

wwiennent égayer par moments les Jeux dé la Passion, n'avaient it sans doute que passer du champ de foire au parvis de sglise,

Ges scènes improvisées, sujets de grosse gaieté pour le peuple, aient dédaignées des clercs, et élles ne se conservaient d'abord le, dans la tradition orale, Ce n’est qu'au xv® siècle qu’on immença à les mettre par écrit, Un historien moderne a pris la ‘ine de les recueillir ?, et, vues dans l'ensemble, elles donnent surément l’idée la plus complète, ne disons pas des mœurs, ais de l'esprit et du goût qui régnaient en Allemagne à la fin Wumoyen âge. La comédie, pas plus que la tragédie, n’est le iroir fidèle d'une société; l'une montre seulement ce qui a fait ‘êles hommes à une certaine époque, l’autre ce qui à excité ur admiration ou leur sympathie, On pourrait juger trop sévènent les mœurs allemandes du xv° siècle, si l'on ne se disait

@les personnages qui apparaissent dans les comédies de ce

rache und Litteratur, au 2 vol., Breslau, 1837. — Mone, Altdeutsche Schauspiele, edlinburg, 1841 ; Schauspiele des Mitlelulters, 2 vél., Karlsruhe, 1846. — Les jeux és du moyen âge se sont conservés dans certaines régions jusqu'à nos jours. On e encore les Trois Rois en Bretagne, et les représentations d'Oberammergau Bavière attirent chaque année une foule de curieux.

#Une chronique blâme l'empereur IHenri III d'avoir laissé repartir sans gratiton des comédiens et des jongleurs qui s'étaient rendus à Ingelheim, en 1043, iles fêtes de son mariage.

À, Keller, Fastnachtspiele aus dem X V. Jahrhundert, Stuttgart, 1853; supplén6(Wachlese), 1858. — Keller donne, en tout, cent trentc-deux jeux.

- Bossert. — Hist. de la littér. allemande, 6

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de Carnaval, comme on les appelait, étaient peu variés; c'étaien

-Une seule lui appartient authentiquement : c’est le Mariag

temps étaient, après tout, des exceptions; et c'est sans do pour cela qu’on en riait. Les sujets de ces comédies, ou des JX

des scènes de ménage, des incidents de marché, des dispute:

/'entre parents ou voisins, et plus tard des épisodes de la littéra:

ture romanesque. Le sy est d’une grossièreté qu’une imagin tion moderne a péine à concevoir; les images sont ordinairemen

-empruntées à ce qu'il y a de plus trivial dans la nature; mêm ‘ nos vieilles farces françaises sont très loin de ce genre d'ésphl

Les Jeux de Carnaval étaient représentés par des jeunes gen. de la bourgeoisie, qui s’associaient momentanément dans ce but sans former üne confrérie. Les représentations avaient lieu dan des salles sans décors, où les acteurs se trouvaient de plain pied avec les spectateurs. Une espèce de régisseur, Præcurso ou Exclamator (en allemand, Einschreier), annonçait le sujet en saluant l'assemblée. Puis chaque personnage, après s’êtr nommé, débitait sa tirade. Le régisseur reparaissait à la fin et demandait au public d’excuser les fautes de la pièce et, pou la forme, les inconvenances du langage ?. Comme épilogue, 0 dansait et on buvait. Les rôles de femmes étaient tenus, comm dans les Jeux de la Passion, par des hommes; mais les femme assistaient à la représentation, comme le prouvent certains dis cours du Præcursor, et. c'était déjà trop. :

La plupart des auteurs sont restés inconnus. Il en est deu cependant, qui avaient une grande notoriété dans la second moitié du xve siècle : ce sont Hans Rosenblüt et Hans Folz;i vivaient tous les deux à Nuremberg, le centre principal de ce école de poètes.

Hans Rosenblüt, fondeur en cuivre (t armurier, est comm ancêtre poétique de Hans Sachs, une incarnation de la vie mun cipale au moyen âge. On lui attribue cinquante-quatre piè

roi d'Angleterre, dont le sujet est assez insignifiant, mais do le style est, par exception, d’une décence relative. Les chevalie qui se comportent le mieux pendant les fêtes du mariage,

1. Un historien allemand définit les acteurs et leur langage par cette form concise : «Jeder Sprechende ein Schwein, jeder Witz eine Unfläterei. » (G Grundrisz zur Geschichte der deutschen Dichtung, X, p. A

LA POÉSIE DRAMATIQUE. 153 écompensés par des prix; le moins vaillant est placé sur un âne ichement harnaché. En général, les Jeux attribués à Rosenblüt ont aussi dépourvus d'art que les autres; mais on y trouve quelues allusions intéressantes aux mœurs du temps. Dans le Pape, Cardinal et l'Évéque, les différents ordres de l'État s’accusent Sciproquement devant le souverain Pontife. Le Comte, appelé se justifier de ses brigandages, termine son plaidoyer par ces tots : « Laissez donc faire le bon Dieu! Le paysan deviendrait trop fier, si on lui laissait la paix. » Et un chevalier ajoute : « Si la paix régnait toujours, les bourgeois chasseraient bientôt les seigneurs. Ils deviendraient si arrogants, que nous n’aurions plus qu’à mettre en vente nos manoirs et nos domaines. Le paysan veut faire figure de bourgeois, veut aller de pair avec le seigueur. Il n'y à que la guerre qui puisse nous garantir d’eux : sans elle, ils nous dévoreraient. » Le fou s’avance à la fin, et Ex La noblesse veut rompre des lances dans les tournois ; elle veut s honorer dans le service des dames : pour cela, il lui faut de l'argent. Alors le seigneur met son manoir en gage, et, pour être quitte de l'engagement, il suscite une guerre. C’est pourquoi, vous autres bourgeois, n’achetez pas les châteaux des Seigneurs, et ne leur prêtez pas d'argent : c’est le conseil du fou. » Dans le Jeu de carnaval du Turc, le Sultan, après avoir mquis la Grèce et pris Constantinople, arrive en Allemagne, eéun sauf-conduit que lui a délivré le bourgmestre de Nurem- :8; et il est témoin de la corruption qui règne dans la chrété. L'Empereur et le Pape l’expulseraient volontiers, si la llende Nuremberg ne le couvrait de sa haute protection. Un mseiller du Grand Turc lance cette. tirade, qui devait faire fléchir les bourgeois : « Vous avez des faux-monnayeurs et des administrateurs infidèles, des juifs qui vous rongent par l'usure, 4 des prélats qui caracolent sur des chevaux de luxe au lieu de combattre pour la foi, des juges prévaricateurs et des seigneurs lranniques, et vous les nourrissez tous par votre travail. » La nelusion comique de la pièce est une sorte d'alliance entre le Jtan et le bourgmestre, formée sans doute pour le plus grand en de la chrétienté. Quelques sujets sont empruntes à la légende eYaleresque. Deux pièces qui semblent se faire suite, le Jeu de rnaval de la Couronne et le Manteau de Lunète, se rapportent à tte idée familière aux conteurs du moyen âge, d'éprouver par ecte symbolique la vertu des époux; le manteau ne sied

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qu'aux femmes fidèles, la couronne fait pousser des cornes sû le front des maris qui ne sont pas dignes de la coiffer; le sujé se retrouve, sous une autre forme, dans la Coupe enchantée d La Fontaine. ie + L'authenticité des pièces de Hans Folz, barbier et chirurgie de Nuremberg, est mieux établie. Il en a composé sept; il avai toujours soin de mettre Son nom dans l'épilogue. Il remplissai sans doute lui-même le rôle de régisseur. Folz est plus savant qu Rosenblüt, mais il à moins de verve. Ses Jeux de Carnaval n . sortent guère de la banalité lubrique. Dans une pièce qui ad plus hautes visées, dans le Jeu de l’Ancienne et de la Nouvell Alliance, il établit une dispute entre la Synagogue et l’Église entre les docteurs juifs et chrétiens. Dans Salomon et Morol emprunté à un poème du xiv® siècle, il oppose le rude bon sen du paysan à la sagesse orgueiNeuse du roi. Hans Folz a écr aussi des contes et des sentences, et il fut un des maîtres chanteur les plus renommés de son temps. ; e..

Il serait trop long d’énumérer tous les Jeux anonymes qui ci culaient dans les communes allemandes. Les meilleurs traiter des sujets qui étaient sans doute déjà familiers aux spectateur: et qui se retrouvent sous d’autres formes. De ce nombre est | Jeu de l'Empereur et de l'Abbé. L'abbé est bien en cours.dt seigneurs jaloux le rendent suspect à l’empereur. Celui-ci h pose, pour l’éprouver, trois questions captieuses, le menaçant d sa disgrâce s’il ne parvient à les résoudre. L'abbé y perd so latin, et il faut qu’un meunier, avec son simple bon sens, le tin d'embarras. Le meunier revêt le froc, se fait donner la tonsur) et se présente devant l'empereur; il répond pour l'abbé, mais lui prend aussi son abbaye. L'une des trois questions était celle-c «Que vaut un émpereur? — Vingt-huit deniers, » répond, meunier. — « Eh quoi! » s'écrie l’empereur, «suis-je fait d'une pa « si commune?— Notre Sauveur a été vendu trente deniers, 0 le paysan, « je vous estime haut en vous mettant à deux denie « au-dessous. » Le sujet a été repris par Bürger dans une des meilleures ballades. C'est encore le bon sens populairé triomphe dans le Jeu du Rusé Valet, qui semble imité de M Patelin. L'auteur avait-il la pièce française sous les yeux, où : avait-il qu'une connaissance indirecte? Ce qui semble confifm cette dernière hypothèse, c'est que les traits les plus caractér) tiques de Patelin sont perdus dans le Rusé Valet; le style a

trè inférieur. La tion . éllemande est de la seconde itié du xy° siècle. % us ces Jeux référent. pendant le siècle suivant, le Tia ne nt de la bourgeoisie. Le genre lui-même se modifia, sous ence des polémiques religieuses. Le style devint plus viont plus agressif. Mais l’art ne s’introduisit pas plus dans les " de Carnaval que dans les Jeux de la Passion, ct les deux de s restèrent stériles pour l'avenir du théâtre allemand.

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