‹ Histoire de la littérature ancienne et moderne, Volume 2Chapitre 10 sur 15 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Productions légères des Français et imitation des Anglais. — Ottyrages de littérature à la mode en France et en Angleterre. — Du roman moderne. — Bernardin de Saint -Pierre et Chateaubriand. — Prose de Rousseau et de Buftbn. — • La Martine.

— Chants populaires d'Angleterre. — Walter Scott et Byronv

— Nouveau théâtre italien. — Critique et art historique des Anglais. — Philosophie sceptique et foi morale. — Retour eif France à une époque meilleure, et plus haute philosophie. — Bonald et Saint-Martin. — La Mennais et le comte de Maistre. •*- William Jones et Burke.

Depuis Louis XIV, la langue française fut cotfstamment riche en productions légères de l'esprit et de l'imagination. Cependant , encore sous ce rapport, les temps anciens furent les plus favorisés. Il n'y a pas de poète comique qui ait pu égaler Molière. La grâce particulière de La Fontaine, dans ôi> genre de narration poétique oit règne un abandon plein d'art , est demeurée inimitable. Voltaire, qui, comme philosophent par sa manière de penser ,- appartient entièrèinent à Fépoq\*e nouvelle et qui lui fraya la voie, se rat-

tache , en poésie et en littérature, presque entièrement à l'époque ancienne, et forme ainsi la transition , le point de réunion entre les temps anciens et les temps modernes. H réussit beaucoup moins dans la comédie que dans la tragédie ; mais il l'emporte sur tous les autres poètes de son temps par la variété qu'il sait répandre dans ses poésies légères. En France , le génie des poésies légères et des chansons prit alors cette direction principale; l'esprit et le ton de la société y devinrent toujours de plus en plus dominans; tandis qu'au contraire, la pensée et le sentiment de la nature se manifestant par de fréquentes descriptions, devenaient de plus en plus communs dans la poésie lyrique des Anglais.

Plus la poésie se dirige vers le présent et vers la vie sociale^ plus elle devient locale et sujette à la mode. Beaucoup de comédies, de romans ou d'autres poèmes de société de la fin du dix-septième ou du commencement du dix- huitième siècle, qui par eux mêmes sont pleins d'esprit et qui de leur temps étaient très-renommés en France , ont complètement vieilli avec les mœurs , l'esprit et le temps qu'ils représentaient et pour lesquels ils étaient destinés. Si l'art poétique d'une nation se bornait uniquement à ces genres et à ces sujets tout-à-fait modernes, à des tableaux dramatiques

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tte mœurs sans poésie , à des narrations tirées de la vie sociale et à de spirituels impromptus poétiques^ peine serait-il possible où nécessaire d'en donner une histoife ou une critique ; pas plus que l'on ne peut faire des éphémères d'une soirée d'été le sujet d'investigations anatomiques ; car la poésie n'aurait alors d'autre but que de remplir les loisirs de la vie sociale et les heures consacrées au plaisir ; et quand même , pour atteindre ce but et pour éviter des répétitions, elle s'adresserait parfois au sentiment et aux passions, ou produirait quelques pensées neuves et profondes, cependant son but principal , qui serait de faire passer agréablement le temps, demeurerait toujours le même ; ; et ce but pourrait être atteint aussi bien et même mieux sans le secours de la versification.

Il est vrai qu'il existe dans le genre des poésies mélangées et légères des créations qui portent l'empreinte du génie autant que les premiers ouvrages de l'art poétique plus élevé. Seulement leur beauté est rarement aussi générale , et ne consiste souvent que dans l'expression et dans certaines délicatesses qui se sentent mieux qu'on ne les définit. Un poème héroïque, une tragédie peuvent aussi être sentis dans une langue étrangère; peut-être même souvent regrettera -t- on

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peu l'original , suivant qu'il sera pins parfait. Je doute qu'un étranger, alors même que par une étude approfondie la langue française soit devenue pour lui une seconde nature, puisse jamais? partager l'admiration sans bornes que beaucoup de Français accordent à La Fontaine. Chacun reconnaît en lui de la naïveté, une certaine grâce toute particulière, l'empreinte du génie; mais, dans tout cela , un Français sentira et admirera beaucoup plus de choses qu'un étranger, parce que celui-ci ne saurait jamais parvenir à connaît ire à fond les propriétés dé la langue. Les meilleures pièces à caractère de Molière sont même aujourd'hui déjà complètement vieillies pour le théâtre et la représentation * et ne sont plus guère admirées qu'à la lecture. Mais, à quelque hauteur qu'on les ait placées, peut-être avec raison , dans l'art poétique français, les comédies de Molière, considérées comme ouvrages à part, n'ont cependant pas produit de résultats heureux comme genre et comme modèles pour les successeurs de ce poète. Les caractères de La Bruyère ou de Théophraste , pour être présentés sous une forme dramatique, ne sont pas de la poésie. De même que la rhétorique des passions, alors qu'elle domine seule dans la tragédie, est bien loin de satisfaire à sa haute destination, de même'

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l'analyse psycbplogkpie des câKàctèfes et des passions dans la comédie peut encore 'moins heureusement remplacer la poésie et l'esprit Ce goût pour l'analyse psychologique fut beaucoup reproché à la haute comédie française, dans le dixhuitième siècle. De là aux traités de morale sous formç de comédies que Diderot a imaginés pour notre- malheur, la transition était bien facile.

Le caractère primitif français \és% bien aussi lê : ger et aussi joyeux qu'on le représente communément \ mais je ne saurais nullement trouver ce caractère de gaîté dans les productions françaises du dix-huitième siècle, pas même là on il serait parfaitement à sa place. IL font attribue* cela à ^esprit philosophique et politique <jui deveriait toujours plus dominant; car le poursdef événement explique toutnçLturellem.eht.cpaiment une rhétorique passionnée l'emporta iôujoufe davantage sur. cette ancienne poésie françaià&si pétillante de gaîté ; et il n'est pas moins incontestable que dfltns le dix-huitième siècle le caractère de la nation à essenlîëHeHient changé. A la vérité r la philosophie dominante d** sensualisme répondait bien à la poésie légère et railleuse de quelques poètes ;mais elle en conduisit plusieurs beaucoup trop loin, et même au-delà des limites de la poésie, Le matérialisme est par lui - même singnHèn. *6

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