‹ Histoire de la littérature ancienne et moderne, Volume 2Chapitre 11 sur 15 · LL1 HIST0II\E · texte numérisé non relu

LL1 HIST0II\E

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remeut dé&voraïUe à la f>o4ti$; il tue l'imagina* tion». Quiconque g' été convaincu par les doctrines d'Helvétius, doit renoncer à ton» les prestiges et à toute la magie de la poésie.

D'im autre côté, l'amour de la liberté et la divinisation de la nature, teb qu'ils résultèrent chez lessucce$$eurs de Rousseau de la philosophie nou» vellq, étaient dans une contradiction frappante avec la régularité de l'ancien art poétique français du dix-septième siècle. De là résulta aussi une lutte intérieure secrète et une tendance pon* tinuelle à se soustraire au joug rigoureux de cette régularité; tendance qui amena une révolution formelle dans le goût, et enfin une anarchie lit* téraire complète, quoique passagère, avant même que l'a%archie politique éclatât. De là la grér dilection pour la poésie anglaise. Vpltaire. luimême eh fit un fréquent usage dans les détails, tandis qu'il la dépréciait en général et qu'il s'é* levait même souvent ouvertement contre elle.

Cette influence , exercée par les Anglais jusqu'à notre époque, est visible dans .tous les efforts qu'a faits la haute poésie! La tentative de donner à la tragédie une liberté plus grande et plus d'étoffe historique, sans cependant renverser entièrement pour cela l'ancien système, n'est restée jusqu'à présent qu'un simple essai sans résultat

précis. Les derniers ouvrages de haute poésie, considérés CQipme classiques dans la langue, sopt des poèmes descriptifs du genre particulier aux Anglais. C'est pour cela que le roman devait devenir le genre favori de cefexdont l'enthousiasme produit par les beautés de la nature nfe pouvait point ^'exprimer daps le$ forrpes anciennes; car cette forme, si toutefois on peut l'appeler ainsi, était libre de toutes les entraves qu'on était nécessairement obligé d'accepter dans la poésie proprement dite. Lorsque Voltaire voulut donner à son esprit et à sa philosophie la forme du roman, que Rousseau y déposa son. enthousiasme et son éloquence , quand Diderot s'en servit pour donner Un libre cours à sa mauvaise humeur, le roqpan devînt tout ce qu il plaisait à ces hommes de génie d'en faire*. Rousseau et Voltaire étirent des imitateurs qui ne cherchèrent qu'à revêtir la même genre d ? esprit d'une exposition narrative plus régulière, basée sur ty vie actuelle. Je né paft lerai point de ces romans d* Voltaire qui spnt pleins de son esprit , de Candjde, par exeipple. D'autres imitèrent davantage Rousseau. Du inôina, pénétrés d'un semblable enthousiasme excité en eux par l'aspect de la belle nature , Bernardin dfe Saint-Pierre et Chateaubriand transportèrent leur imagination et jteurs tableaux dans les déserts de

l'Amérique, où ils n'avaient désormais plus rien à redouter d'Aristote et de Boileau, ces impitoyables tyrans de la mère-patrie.

Ainsi Voltaire, Rousseau et Diderot se servirent souvent du roman au gré de leur caprice et comme d'une simple forme pour y déposer certaines idées à eux propres * qui n'auraient pu s'adapter aussi bien à aueune autre forme» Mais si Fon considère le roman comme formant un genre particulier en poésie et comme une narration régulière en prose d'événemens de la vie sociale actuelle , les écrivains français ont été assez souvent obligés de prendre dans ce genre les Anglais pour modèles , et jamais ils ne purent les y égaler. Dans ce genre* Richardson occupe peut-être le premier rang pour l'invention et pour l'exposition ; et si lui-même a vieilli; s'il a échoué dans ses efforts pour atteindre l'idéal de la haute poésie, si sa trop grande clarté devient pénible et fastidieuse, c'est bien plutôt une preuve qu'il y a quelque chose d'insoluble et de manqué' à vouloir rattacher la poésie aussi immédiatement à la réalité et à lui donner une forme prosaïque. Parmi les imitateurs de Cervantes y Fielding et Smollet sont encore les plus habiles. Sterne a le premier créé cet autre genre qui Jû'exposç plus ou qui du moins n'obéit qu'au caprice, et qui fi-

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nit par se résoudre en un jeu de l'imagination , de l'esprit et du sentiment.

S'il fallait juger les ouvrages d'esprit à la mode et dans les besoins journaliers, comme d'autres objets de mode, il me semble qu'encore sous ce rapport,. en ce qui concerne le fini du travail, les romans anglais ordinaires mériteraient la préfé: rence sur les romans français.

Une autre comparaison , qui n'est pas moins défavorable aux romans français dans leur.littéT rature propre, et qui s'oppose aux progrès de ce genre, c'est la richesse extraordinaire de l&Francq en mémoires historiques, en confessions ou rçcueils d'anecdotes et "de lettres, piquantes, qui tous se rapprochent plus ou moins de la nature dj? roman. Je ne sache point qu'aucun conte de Mar: montel ait jamais inspiré un intérêt tuissi général que ses mémoires \ et quel est le roman français qui pourrait produire une impression semblable à celle des Confessions de Rousseau ! .

E41 général, ait dix-huitième siècle, la poésie fut obligée en France de céder le pas à la prose, xjui se développa avec beaucoup de richessçet avec la plus grande énergie dans les premiers écrivains % nonobstant quelques déviations et aberrations grossières. Le style de Voltaire dans ,La pçqffi.ft&t spirituel et vif comme lui-même ; il lui çonvienjt

parfaitement, ainsi qu'à s&i génie. l)u reste, lès critiques français les plus rigides ne conseillent point, que je sache, de l'imiter pour là langue; et quant au style historique, il ne mérite éërtàiriemettt pas de servir de modèle. Le génie et 1e Style de Diderot bht quelque éhose de séduisant pbiir beaucoup d'Allemands* parce qu'il possède quelque chose de ce sentiment esthétique des beautés de la sculpture et dfe l'architecture^ qui lié se trouve point, ou du moibs très-rarement , dans les autres écrivains français ', mais sort fctjrle est capribieux, iriéoiréct, ïi'a rien 4e fcette grâce naïve à laquelle on s'attend datis lies productions d'ësjmt des bëns* écrivains" français. Bùffon et $busseau sorit les aateurs français qti'à juste tit^e on admire ïe plus pour lé style et pouMe talent èe réxpôsitidh. Le premier est peut-être plus habile que le second dans lès détails et dans l'art de construire de§ périodes ; seulement il est ameriê par la nature dé son ouvrage à placer partout des épisodes t>etire*riettre ses pensées «u $A rhétériqi*é^ là ttiême où elles sont tout-à-fait inutiles On pourra, à là Hguetirv trouver ii&itteï qu'il ait eiptfeê fcâ théorie de Tâmour à l'article qu'il coh- , sabre aux pigeons;, mais on nç s'attendait pâsà trouver, dans lé chapitre Où il parle du lièvre, dés considérations sur leà migrations des peripifes

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très étendues et exposées avec tout le luxe de la rhétorique. Comme peintre de la nature, Àristote ne se fiurt'çertainement pas permis de semblables licences, Unissant dans le style scientifique la convenance la plus rigoureuse à la clarté la plus parfaite > l'auteur grec a un avantage que l'ambition de Buffon était cT égaler. Je me rangerai par conséquent de l'avis de ceux qui accordent la préfé#*nfee à Rousseau, parce que chesc lui l'art est moins sensible dans les détails que chez Bu£ foi> r et pjfcrce qu'il y a dans aesouvrages beaucoup plus d'unité. S'il ne s'y trouve point un ordre trèsxigoureux, du moins la marche en est-elle originale et très-éloquente; c'est là ce qui le rend entraînant. Mais si je suis entièrement de l'avis de ceux qui considèrent Rousseau comme le premier des écrivains du dix-huitième siècle pour l'art et l'énergie du style , je ne puis cependant pas , d'un autre coté, refuser mon assentiment à ceux qui trouvent qu'il existe encore un grand intervalle entre cette éloquence, tout entraînante qu'elle soit, et le grandiose de Bossuet. Si jamais le rapport actuel venait à changer, si cette prépondérance de la prose dans la langue et dans la littérature française venait à diminuer , ou si du moins la poésie pouvait plus tard refleurir à côté d'elle, je serais porté à penser que cela n'arrive-

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rait et ne pourrait pas arriver par l'imitation des Anglais, comme on a fait jusqu'à présent poUr soutenir la poésie chancelante, ni par l'imitation d'aucune autre nation ; mais bien par un retour à l'esprit poétique en général, et en ramenant la poésie française aux temps anciens. L'imitation d'une autre nation ne conduit jamais au but ; car toutes les productions de cette nation; à l'époque où elle a atteint le développement moral et intellectuel dont elle était susceptible, et la perfection de l'art, doivent toujours demeurer étrangères à celui qui l'imite; aussi bien il suffit à chaque nation de revenir à sa poésie et à ses traditions propres et originales; Plus on est-près de la source, et plus on y puise profondément, plus on voit apparaître ce que toutes les nations ont de commun. La pure source de l'inspiration religieuse est ouverte à tous les esprits; c'est de sa profondeur que sort toujours une poésie nouvelle et convenable à tous les temps. C'est là qu'a puisé Lamartine, dont les poésies sont le commencement d'une nouvelle ère poétique pour la France. En Angleterre, là poésie penchait encore au commencement du dix -huitième siècle vers le goût français, dont l'influence est visible dans Ja correction vétilleuse de Pope, ainsi que dans Fessai que fit Adisson pour créer une tragédie régu-

lière. Cependant ces deux auteurs tirèrent de l'oubli Shakespeare et Mil ton. La traduction que Pqpe fit d'Homère, encore qu'elle ne répondît point à la noble simplicité de l'original, augmenta cependant la prédilection générale pour le gçand poète de la nature et du passé, et en est ellemême une preuve. Dans les poèmes originaux de Pope, on remarque déjà ce penchant dominant pour la pensée, qui fit du poème didactique le genre de poésie favori des Anglais, et qui fit naître en ce genre de si nombreux essais. Nous avons déjà fait précédemment observer à nos lecteurs,, que ce genre a quelque chose de froid et d'an ti-poé tique, et l'exemple des Anglais a montré tout récemment qu'il ne peut fournir une longue carrière. Toutefois leurs pensées et leurs méditations se présentaient souvent accompagnées de passion et de mélancolie, comme on peut le voir dans les Nuits d'Young. Thomson exprime ses sentimens avec plus de beauté et de modération dans le poème descriptif, qui est un genre propre aux Anglais et qui a aussi trouvé tant d'imitateurs chez les autres nations ; ce fut encore le goût- pour la belle nature qui valut à Ossian tstfit de partisans; et si l'on ne trouve pas toujours une mélancolie ossianique et des méditations de la nature de celles de Young dans les

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poésies lyriques aagfUises du dix-huitième siècle, l'esprit philosophique y domine cependant beaucoup plus que dans les poésies françaises. Percy et le goût pour Slakespeare firent aussi renaître de bonne heure lamoUr des vieilles ballades ^t fies vieilles chansons populaires : plu» on eà a trouvé, en Ecosse surtout, plus le gôôt qite Ion y prit semble avoir banni tout autre geûre de poésie, à l'exception des romans et des pièces de théâtre qui sont devenus un besoin de tottfc. les joprs. Ainsi à la fin du dix-septième siècle et dans le dix * huitième, la haute poésie française coromeâça par des règles sévères et tant soit peu arbitraires, et finit par se perdre toujours davantage dans un certain eiprit de société. Ete Angleterre, elle débuta par des méditations sérieuses et graves, par de poétiques descriptions de la nature, et finit par le goût général des chansons populaires, échos partiels de la poésie d'une époque plus reculée qui s'était perdue. Dans ces dernières années où lés rapports avecTAngletetre ont été rétablis, la réputation de deux nouveaux poètes s'est répandue des îles britanniques, sur le continent; et tous deux caractérisent d'une manière différente le moment actuel et son esprit poétique» I^a poésie de Walter Scott ne vit que dans le 6ou venir des anciens temps et de la

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vieille Ecosse, et n'est elte-metne que l'écho d'une rustique poésie qui n'test plus. C'est encore, si L'ion veut, une espèce dé mosaïque formée defragmens divers de la tradition romantique et de l'époque de la chevalerie, industrieusee*ent réunis et façonnés d'après lés moeurs écossaises avec une scrupuleuse exactitude et une grande donnais* sancfe, à peu près de mérile que dans nos ttiodehnés habitations rurales On réunit avec gtand soin des fragniens de peinture sur verre tirés des ê$i* ses gothiques pour produire une impression pittoresque. Au contraire, la poésie de Byroh s'élance, non des souvenirs et dé l'espérance , mais de la profondeur d'une inspiration tragique et du dés-» espoir de l'athée : elle se développe dans un es» prit supérieur luttant contre l'irréligion et lé dé£ espoir : daris sa noire imagination, elle ne divinise, parmi tant de formes diversement sauvages, que l'héroïsme de la perdition, et lui prête les couleurs les plus terribles de la passion. Cette inspiration athée ne fut pas tout -à-fait étrangère à une époque antérieure à la poésie allemande; maïs elle n'a pas tardé à s'élever dans une sphè. re plus fière; et pendant que les nuages d'une fausse grandeur tragique n'apparaissent plusque sur les limites extrêmes de la scène, on sent clairement dans les régions plus élevées de notre

Digitizèd by

art, que la nouvelle poésie, avec son brillant éclat, ne peut point sortir du sombre gouffre du désespoir, mais seulement de la pure lumière de l'espérance, comme l'arc»en-cièl se déployant dans les cieux après l'orage, ou comme l'aurore qui dissipe les ombres de la nuit. Considérés comme poètes du désespoir et de l'espérance, Byron et Walter Scott sont plutôt le dernier retentissement d'une poésie ancienne qui périt, que le commencement d'une nouvelle qui n'a pas encore paru.

En général, pendant le dix-huitième siècle, la' poésie déclina considérablement chez la plupart des nations européennes, si on la compare à celle des temps antérieurs si riches; là même où la poésie est une image constante de la vie réelle, comme en Espagne, et où le génie de l'art fait partie du caractère de la nation , comme en Italie. Mais si au dix-huitième siècle l'Italie ne produisit en haute poésie rien qui pût être comparé aux anciens ouvrages poétiques , le théâtre s'y développa en revanche d'une manière plus variée. Dans Métastase, Goldoni, Gozzi et Alfieri, nous trouvons individualisés tous ces élémens d'un théâtre poétique qui chez nous aussi remplissent la. scène, et qui le plus souvient sout accompagnés d'un certain mervcilleu*. Dans Me-

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tastase, le langage est porté au plus haut degré de perfection musicale. Nous voyons dans Goldoni la vie commune, mais traitée avec légèreté et amabilité, des caractères, des masques, et, d'après les usages italiens, de véritables masques, et non, comme chez nous, prenant toutes sortes de travestissemens. Il y a dans les contes populaires fantastiques,, et dans les pièces féeries et magiques deGozzi, une force d'invention vraiment poétique, mais dénuée de cette perfection musicale, de cet éclat de l'imagination par lesquels la poésie qui s'y trouve pourrait seulement paraître dans toute sa beauté et dans tout son éclat. Enfin , il y a dans Alfieri une tendance à atteindre ï'élétation antique qu'on a l'habitude ;de louer, lors même qu'elle n'a pas de résultats fort importans.

Je ne sais si l'on ne peut pas dire des pièees modernes du théâtre anglais, cdmparées à celles des Français, ce que nous avons dit des romans : que sous le rapport de la fabrication poétique, elles méritent la préférence, à cause du soin exact, du poli et de l'élégance du travail. Le théâtre italien est plus rapproché de nous à cause de l'analogie qu'il offre avec notre théâtre, du moins dans la forme extérieure et dans les dévelopjtemens qu'il a. pris plus tard.

v La critique des Apglais et qjielques-uns de leurs ouvrages sqr la poésie et même sur l'architecture et la sculpture étaient plus libres, plus originaux , et la plupart plus $avarç$ sous le rapport de la connaissance de l'aptiquité, que ceux des écrivains français dans ce genre, et répondaient par conséquent davantage à l'esprit allemand. M ai 5 la critique allemande n'a reçu que la premier impulsion des Anglais, de H^rris* de Hume, de Hurd et de Warton par exetypte, et $'*e?t bientôt développée par elle même, peut-être plus qu'aux cune autre branche dfl notre littérature.

£.e$ grands modules fam l'art décrire rfeistQire que l'Angleterre a produits au dix-huitième §ièçjfl , sont beaucoup p}i>$ jnjpprtans que tout ce qui appartient k la. littérature consacrée à l'étude du beau. En ce genre les Anglais ont surpasse tw* tes les autres nations, du Hipins parce qqlls le traitèrent le» premiers, fit c'est apsçi pqpr cela qu'Us ont servi de modèle aux historiens des autres nation*. Si je ne itfe trompe, HuTpe occupe maintenant la première place parmi les trois historiens anglais lès plus distingués du siècle Auh tant le doute est bon h l'historier* pour l'ipye^ tigation des faits ( squs ce rapport il i»e saurait jamais être poussé trop loin), autant cette manière de penser, quand le scepticisme a. attaqué,

ébranlé ci fait disparaître tous les principes religieux et moraux, convient peu à celui qiji veut être l'historien d'une grande nation et produire» un effet général durable.

Delà partialité, des vue$ feusses même, sorçj; $q Sfccaspréférableaet plus fécondes^ résultats ejufl l'absence de tout principe fixe^ et que* le manque de plan, de chaleur et d'enthousiasme; il ne reste plus alors que la tendance à l'opposition contre l'opinion dominante et auparadoxe^uip^iaiseféT pandre quelque intérêt sur un ouvrage historique conçu dans cet esprit Cette tendance à l'opposition ne saurait être méconnue dans Hume. Quelque digne d'éloges qu'il soit et quelques services qu'il ait rendus en embrassant le parti des Torys^ et en exposant une partie importante de lTris-î toire d'Angleterre, avec un intérêt touchant ppur le sort funeste des Stuarts , et une partialité visible pour les principes dés Tory s, à une époque où l'esprit républicain du parti des Wighs den minait trop généralement dans la littérature anglaise, pour que l'avenir de la nation n'en fût pas compromis oemme il Test encore aujourd'hui j il n'en reste pas moins un historien trop partial , quoique d'ailleurs il soit au premier rang pour son genre et sa manière d'envisager les événemens; trop partial, dis-je, pour que son ouvrage

devînt vraiment national , d'im esprit et d'un mérite tout-à-fait générai. Il ne satisfait aucunement pour les temps anciens, parce qu'il ne les aimait point et qu'il ne savait point s'y transporter. Pour ce qui est du style, Robertson est l'auteur le plus séduisant; ses expressions sont choisies; et quoique continuellement orné, il est cependant clair. et sans afféterie. Il est plus faible sous un autre rapport qui devrait être 1$ plus important, c'est-à-dire comme investigateur. Aujourd'hui Ton reconnaît assez généralement, même en Angleterre, combien il est négligé, superfioiel et en grande partie plein d'erreurs, quant aux faits; bien que la décadence et l'altération du goût dans le style, rendent nécessaire de le citer comme un modèle. Sous ce rapport, selon moi, son style est trop riche en expressions d'éclat et en antithèses, La beauté du style et la tendance à traiter l'histoire d'une manière tout-à-fait scientifique et oratoire, me paraissent quelque chose de toukà-fait manqué et de propre à égarer. Que si l'on veut * traiter le style historique comme im art, ilarriyera difficilement qu'une nation moderne atteigne jamais la perfection des anciens en ce genre , ou même en approche. Mais peut-être no\*s est-il donné de les surpasser d'une autre manière, c'està-dire, en traitant davantage l'histoire comme

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poésie; et pour cela nous possédons des secours, des instrumens et des travaux préparatoires infiniment plus nombreux que les leurs. Quand on se propose un semblable but, un style simple est celui qui convient le mieux; pourvu qu'il soit soigné, convenable partout, rapide, clair, sarîs termes superflus, sans recherche et sans affectation de tournures oratoires et de morceaux d éclat. Gibbon est très-riche en pensées, son style paraîtra presque toujours très-pur dans les détails ; mais il est trop étudié et devient fatigant par sa monotonie dans tout le cours de son ouvrage. Il abonde en expressions et en tournures latines et françaises. La langue anglaise étant d'une nature mixte, n'a point de ligne de démarcation bien fixe sous le rapport des mots et des tournures qu'elle prétend tirer du latin et du français, pour les ajouter à tant d'autres qu'elle a adoptés trèsanciennement et qui font partie de l'idiome national. Cette manière recherchée d'écrire à moitié latine, p^ laquelle Gibbon se distingue, fut principalement accréditée par le critique Johnson; maintenant il semble que l'on en est revenu, du moins pour les principes, et que l'on considère cette manière d'écrire comme vicieuse et comme une aberration contraire au génie de la langue. L'ouvrage de Gibbon , quelque instructif et quelii. M

que attrayant qu'il soit par la richesse des faits et des pensées, ne satisfait cependant pas sous le rapport du plan ; car on n'y trouve point d» système arrêté. On y voit dominer l'esprit de Voltaire et une tendance à se moquer de tout ce qui a un caractère religieux; tendance indigne d'un historien, et qui dans le style élégant et recherché de Gibbon n'est point de l'esprit léger et naturel, mais seulement un effort pour en faire; Quoique j'aie signalé à mes lecteurs quelques défauts dans ces trois grands historiens anglais dont le mérite n'en est pas moins suffisamment reconnu, cependant si on les compare à leurs successeurs, on les trouve d'autant plus remarquables , et on les déclare les premiers dans leur genre. Que l'on prenne la peine de comparer Gibbon, Roscoe, cet historien sec et lourd* quoique d'ailleurs son esprit soit orné de toute la richesse de la culture italienne ; Robertson , Coxe, qui est attrayant et agréable, mais moins noble .et moins classique, et qui est prOftpie toujours aussi peu satisfaisant pour l'investigation historique; ou bien le politique Fox à Hume, et l'on trouvera toujours qu'en Angleterre l'art d'écrire l'histoire est plutôt en décadence qu'il ne, semble faire des progrès. La cause en est peut-être daûs l'absence dune philosophie ferme et satisfaisante;

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absence que l'on remarque même dam les écrivains du premier ordre* Quand on ignore en général d'où vient l'homme et où il va , il est impossible de juger de la marche des événemens, du développement des temps, des destinées des nations* et même d'avoir à cet égard une opinion et une manière de voir arrêtées. L'histoire et la philosophie devraient d'ailleurs autant que possible marcher toujours de front. Entièrement séparée de l'histoire, et tans le génie de 4a critique qui ne peut être que le résultat de cette alliance, la philosophie ne peut guère devenir qu'une affaire de vaines formules ou de parti. Sans l'esprit vivifiant de la philosophie, l'histoire n'est qu'une collection morte de matériaux inutiles, sans unité in* té rieur e, sans but proprement dit et sans résultat. Le manque de convictions et de principes sâtisfaisans ne se montre nulle part d'une manière aussi frappante que dans les prétendues histoires de l'humanité, dont on s'est beaucoup occupé surtout en Angleterre , d'où on les a transplan* tées en Allemagne. On tira de la grande collection des voyages les traits nécessaires pour composer un tableau dû pécheur, du chasseur et des hordes errantes, des peuples agricoles et de ceux qui vivent dans les villes et se livrent au commerce : tout cela fat décoré du nom d'histoire de l'huma-

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nité. Ces essais contenaient toutefois beaucoup d'observations de, détails -aussi bonnes qu'utiles, alors même que l'on considérait l'homme principalement dans sa constitution corporelle et naturelle, sous le rapport de la division de l'espèce en races blanche, noire, rouge et jaune. Mais qu'en résultait-il pour cette grande question dont la solution mériterait seule le nom d'une véritable histoire de l'humanité, celle de savoir ce que l'homme est réellement > comment il était originairement constitué, comment il vivait, et comment il est tombé dans l'état de misère où nous le voyons maintenant? La philosophie et la religion peuvent seules répondre à cette question qui est tout-à-fait du domaine de l'histoire, et par laquelle commence et finit toute histoire : et j'entends parler ici de cette philosophie dont tous les efforts ont pour but l'intelligence de, la religion. Dès que l'histoire sort du cercle étroit de quelques traditions et événemens donnés , et qu'elle considère l'ei\temble de l'humanité, une philosophie basée sur la révélation peut seule en donner la solution véritable et indiquer la voie convenable. Il sera toujours à craindre sans. cela que l'hutàanité ne soit comprise dans son développement que comme une simple manifestation de la nature. L'ordonnance sublime et divine du monde dans

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la succession des temps et des époques historiques ne saurait même être bien comprise et trouvée que dans la profondenr de la connaissance spirituelle. En un mot, le rapport nécessaire de l'histoire de l'humanité avec ce qu ? il y a de divin dans son commencement , son milieu et sa fin, provient du spiritualisme de cette notipn chrétienne. Au contraire, dans cette fausse histoire de l'humanité, digne produit de cette philosophie matéf ielleet uniquement basée sur les sensations, que fit éclôré le dix-huitième siècle, on voit toujours dominer cette pensée que l'homme est né dans le monde comme un ver, avec cette seule différence qu'il a été doué de la faculté dé se mouvoir et d'une conscience ; cependant, d'après ce système il n'a reçu cette conscience -dé lui-même que passagèrement Le chef-d'œuvre de ces histoires de l'humanité consiste au fond à faire naître graduellement le raisonnement et Pesprit avec tous les arts et toutes les sciences, de l'animalité ; en sorte que plus on parvient à assimiler l'homme à l'orang-outang, cet animal favori de tant de , philosophes du dix-huitième siècle, plus on est censé vçrsé dans les mystères de la j philosophie. Environnés comme nous sommes d'une immense quantité de richesses et de sources historiques, de documens sur l'antiqui

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té, de tant de trésors sur la géographie et l'ethnographie, pouvant jeter les yeux en arrière sur tant de siècles, nous nous trouvons aujourd'hui au point où l'histoire du monde pourrait devenir une' véritable science , dans laquelle l'histoire politique apparaîtrait sous un jour tout nouveau. Mais, pour achever cet édifice, il faudrait que les immenses matériaux que possède notre siècle fussent ramenés à l'antique base théologique et bien coordonnés entre eux ; ce qui n'a point été fait jusqu'à présent. Les histoires de l'humanité qu'on nous a données ont été construites sur le sable mouvant d'hypothèses rationnelles qu d'observations superficielles , et détruites avec la philosophie sensyaliste alors dominante. Mais l'art historique, comme les Anglais l'ont pratiqué les premiers dans Ifs jtemps modernes, et auquel ils ont fait faire tant de progrès, ne nous a encore donné que des chçfs-d'œuvre de rhétorique sans .science véritable.

La philosophie de la sensation à laquelle Bacon donna naissance sans qu'il y ait de sa faute, que Locke systématisa et analysa le premier, et dont toutes les conséquences immorales et désorganisantes se développèrent en France où elle fit secte et finit par amener un ^théisme complet et général, prit une toute autre marche en Angle*

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terrçe. Elle ne pouvait point produire les mêmes résultats dans ce pays, parce qu'elle étiît repoussée par le sentiment généralement répanda du bien-être et de ses exigences, du bien-être, qui eût été à jamais paralysé, se cm système désastreux s'était développé en Angleterre avec la même force qu'en France. Les Anglais étaient d'ailleurs portés par la nature de leur esprit à' saisir plutôt le coté paradoxal ot sceptique de cette philosophie, que son cèté matériel et athée. Le système de Ijocke conduisit Berkeley à la théorie philosophique la plus bizarre, pafrce qu*èn adoptant la philosophie de Locke , il ne voulait point renoncer à sa croyance religieuse, mais au contraire les concilier toutes deux; car sa croyance avait jeté dans son c«&nr de trop profondes racines pour qu'il lui fit possible d*y renofïcer. La philosophie de cette époque* ne poavait pas concevoir, et en effet il était impossible qu'elle conçut comment les objets extérieurs entrent dans notre esprit, de telle sorte qu'il puisse s'en former des idée»; car toutes les perceptions, toutes les sensations dont ils sont là cause pour nous, ne sont en réalité que des impressions que nous en recevons, des modifications qu'elles nous font éprouver. De quelque manière que nous suivions les objets de nos sensations, nous n'en obtien-

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drons cependant que des impressions, sans jamais pouvoir atteindre les objets mêmes qui semblent nous échapper continuellement. Si nous considérons la nature comme ayant une vie propre, comme, étant animée, ou du moins comme le moyen, comme l'instrument et le mot de la vie, Tembarras disparaît et tout s'éclaircit. Il n'est ' pas inconcevable qu'entre deux natures intellectuelles vivantes et agissant Tune sur l'autre, H s'en trouve une troisième morte en apparence, qui puisse servir de moyen terme et d'instrument de parole et de langage, ou même aussi être la limite et le mur de séparation ; car nous l'éprouvons à chaque instant, parce que nous ne vivons ni n'agissons autrement, parce que même au dedans de nous-mêmes nous ne sommes jamais seuls, et parce que nous ne pouvons ni agir ni demeurer d'accord avec nous-mêmes, sans instrument et sans langage. Mais cette idée simple que le monde des sens n'est que la prison de l'esprit, un moyen et un instrument de division et de jonction pour l'esprit, avait été perdue avec la connaissance et la notion du monde intellectuel, et la conviction vivante de son existence. C'est ainsi que la philosophie des sens donna d'une erreur dans une autre relativement à ses premiers principes, ses demandes et ses réponses essentielles» Berkeley

pensait qu'il n'y avait point d'objets extérieurs, mais que Dieu était la cause immédiate de toutes nos idées et de toutes nos sensations. Des doutes semblables firent adopter à Hume un tout autre système : le scepticisme stationhaire dans ses doutes insolubles, et qui va jusqu'à nier la certitude de toute connaissance. C'est lui qui , par son scepticisme pénétrant partout et bouleversant tout, a décidé la marche de la philosophie anglaise; car depuis Hume, on s'est borné à en* traver par toute sorte de moyens l'influence pratique funeste de ce scepticisme, et à maintenir, par divers appuis et une foule d'auxiliaires, l'édifice de toutes les convictions morales, si nécessaires au bonheur de l'espèce humaine. Ainsi l'idée du bien-être national est non -seulement dans Adam Smith, mais dans toute la philosophie anglaise, la notion fondamentale, le centre et le dominateur de l'ensemble. Quelque digne d'éloges et quelque bienfaisante que soit cette théorie qui consiste à ramener tout à ce point central, cependant la notion du bien-être national ne saurait servir d'oracle décisif en toute connaissance et en toute science. Ces appuis sont faibles et faciles à ébranler, et l'on ne peut même pas y compter pour long-temps en ce qui concerne la vie pratique, parce que sa marche est

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déterminée et dominée tôt ou tard par la conviction interne, ainsi que parle développement de l'esprit. A défaut de la certitude dans nos connaissances qui ne saurait être atteinte, nous avons pour la remplacer le bon sens ordinaire ; et pour remplacer la certitude morale, te sentiment et le consentement moral. L'esprit naturel, alors mêpie qu'il serait en réalité aussi général et aussi sain qu'il croit l'être communément, trancherait bien plus la question de la philosophie, qu'il ne la résoudrait et n'y répondrait par ses décisions, s'il n'était pas permis d'en appeler et qu'elle ne dût point être examinée davantage; mais l'ardeur de savoir, qui est inhérente aux hommes, ne saurait être entravée, et la question concernant le véritable principe ou fondement de nos connaissances et de toute vérité se représente toujours, quoiqu'elle ait été tant de fois écartée. Le sentiment moral est une chose trop fragile pour la morale, s'il ne s'y JQint une loi de justice éternelle qui ne saurait point émaner de l'expérience ni du sentiment pur, mais seulement de la raison ou de Dieu. Pour cela il faut une conviction ferme, une croyance bien arrêtée; mais la croyance que les philosophes anglais fondent sur les oracles de la saine raison, et sur les principes inoraux reconnus vrais, ainsi que sur les

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sentimens dignes d'estime, est, comme sa base même, d'une nature trcs-chancelante. Ce n'est point ce que nous appellerions une croyance, une conviction et une connaissance ferme et inébranlable, comme les connaissances puisées dans la raison et dans l'expérience sensible ; mais une connaissance et une conviction puisées à une source toute différente, obtenues d'une toute autre manière, par le moyen de la perception intérieure, d'une révélation plus haute et d'une tradition divine. Bien plus, cette prétendue croyance, fondée sur le bon sens des hommes, est chez les philosophes anglais une croyance forgée à plaisir, qui n'a rien de solide et qui ne peut guère mieux subir l'épreuve du danger, que la croyance aveugle et routinière dès indifférens. C'est ainsi que cette nation, si énergique et si libre dans toute son existence et dans toute sa vie, qui même en poésie aime mieux la profondeur que les frivolités extérieures, s'est posé elle-même, d'une manière toute particulière, dès limites en philosophie; de sarte que, dans les temps modernes, son esprit s'est développé d'une manière moins originale dans ce domaine de l'esprit humain , et y paraît moins satisfaisant que quelques-uns des meilleurs écrivains français. »Si, en Angleterre, quelques philosophes

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ont suivi des méthodes à eux, et se sont ainsi séparés de ce système général , ils n'ont produit aucun résultat important ni universel. Les essais en ce genre qu'on connaît d'eux ne sont même ni très-remarquables ni très-distingués.

On peut donc comparer la manière de penser des Anglais en philosophie, à un homme qui a l'air tout-à-fait sain, mais qui a une prédisposition intérieure à une dangereuse maladie, parce que le premier accès de % cette maladie n'ayant été repoussé que par des palliatifs qui n'ont pu l'arrêter tout-à-foit , le mal n'a pas été attaqué dans sa racine. De même qu'en politique les troubles révolutionnaires intérieurs, dont le germe n'a jamais pu être étouffé en Angleterre, sont incessamment contenus par le contrepoids artificiel de l'admirable constitution de ce pays; de même, dans le domaine de l'intelligence, le matérialisme complet et prononcé, l'esprit destructeur d'une philosophie entièrement sceptique , est contenu dans de certaines limites par les caïmans moraux, ou du moins a été empêché jusqu'à ce jour d'en venir à un éclat dont les suites ne pourraient être que funestes à toute la communauté. Mais le mal qui résulte des erreurs philosophiques et de l'incrédulité ne saurait être entièrement extirpé sans une guérison radicale

intérieure. Je considère par conséquent comme très -vraisemblable et presque comme certain, que la manière de penser en philosophie, et nécessairement aussi celle de penser en morale et en religion , seront encore exposées en Angleterre à de grandes crises.

Si Ton ne prend pas en considération les résultats pratiques les plus immédiats , mais uniquement la marche extérieure de l'esprit, on serait peut-être porté à regarder l'erreur complète et qui se montre à découvert, comme moins dangereuse que celle qui se cache et à laquelle se mèle^juelque vérité; car alors l'illusion naturelle n'aperçoit point le danger. Au contraire, l'esprit tombé dans les erreurs les plus graves revient plus facilement à lui-même, et ne sort de l'abîme où il était plongé qu'avec d'autant plus de force et d'énergie.

. C'est surtout en France qu'a eu lieu ce retour éminemment remarquable à la vérité et à la vraie philosophie. Quandlesautels,surlesquels naguère encore ét^it adorée la déesse du siècle, la raison, mieux représentée qu'on ne le pensait peut-être dans la personne d'une comédienne , eurent été purifiés et rendus à la religion ; lorsque cette nouvelle église, qui n'avait aucune croyance arrêtée, la théophilanthropie, eut été anéantie, de

tous cotés s'élevèrent les voix de la vérité trop long-temps étouffées. Je n'entends pas parler ici exclusivement de cet écrivain célèbre qui consacra entièrement h 1? religion sa brillante et féconde éloquence; car autant il était méritoire, autant il était opportun et nécessaire pour l'effet immédiat, dans la France de cette époque, que Chateaubriand présentât le christianisme principalement sous son aspect aimable et daus ses résultats bienfaisans. Cependant cet orateur s'est plus occupé de la manifestation extérieure de la religion et de son éclat , qu'il n'a pénétré dans son esprit, dans son essence et dans sa profondeur. La Mennais y a pénétré bien plus avant ; avec un rare bonheur, quand il parle uniquement de la lumière de cette foi avec une piété éclairée, quand il se sent intérieurement inspiré par sa plénitude; moins heureux lorsque, s'etogageant dans une discussion pour laquelle ses forces sont insuffisantes , il essaie d'établir la loi de la foi sur l'anéantissement de toute science, ainsi que l'avaient déjà fait avant lui, d'une manière purement morale, Kant, Jacobi et leurs partisans; aussi, sous ce rapport, parle-t-il , sans le savoir, en kantiste, bien que ses vues soient complètement catholiques. Mais assurément le temps est désormais passé pour la France de s'é*

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lever contre toute science avec leloquence de Rousseau , celle de la haine et de l'hostilité la plus acharnée. Au contraire, le moment est venu où, tandis que la fausse science périt dans sa propre nullité, la véritable, pénétrée de l'esprit de la religion, se réconciliera avec elle d'une ma* nière dut able et servira, à sa plus grande glorification. Le comte de Maistre, versé dans la connaissance de la philosophie, se rapproche de ce but beaucoup plus que les autres écrivains ultras, parce qu'il a exposé le catholicisme plus fondamentalement que tout autre. Nous pouvons bien lui pardonner de ne point avoir compris le génie allemand.

On eut aussi recours à divers autres moyens pour étendre les lumières du siècle en France, et pour y fonder une philosophie plus élevée. Des auteurs très-instruits et des talens très-distingués ont' même essayé de faire mieux connaître en France l'esprit des investigateurs allemands, et de l'y naturaliser. 11 faut placer assurément au pre* mier rang parmi ces écrivains cette femme qui a soutenu tant de luttes par la pensée, qui a tant souffert dans sa vie , et qui a peint d'une manière inimitable l'époque et l'homme de la révolution, beaucoup mieux pour la France que tout autre auteur. Cependant jusqu'à présent cette tentative

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d'introduire en France la science et l'art des Allemands, à laquelle elle consacra toute la force de son admirable génie, a été entravée par des obstacles insurmontables; peut-être parce que dès le principe on s'est trop livré à la littérature allemande en général, au lieu de se restreindre aux doctrines philosophiques qui étaient plus nécessaires et plus essentielles. Mais ici se présente, quand on considère la France dans son ensemble, un autre obstacle, parce que le développement intellectuel ne peut point se séparer de la marche religieuse ; c'est que toute la littérature, et même toute la philosophie allemande, surtout dans ces derniers temps, a une couleur de protestantisme fortement prononcée; circonstance qui, datas la situation actuelle de la France, ne peut qu'être singulièrement défavorable à l'appréciation de cette littérature. Malheureusement les premiers champions de l'art et de la science des Allemands ont beaucoup trop insisté sur ce caractère de protestantisme, qui après tout n'est que partiel. Le temps seul pourra détruire cette première impression; et les bons écrivains français, c'est-à-dire ceux qui sont en même temps religieux et philosophes, comprendront un jour quel immense trésor de matériaux, de secours et d'organes nouveaux ils peuvent trouver dans

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l'Allemagne intellectuelle, même pour là Sfçjehce Catholique. L'accord religieux ne pourra avoir heu pour les diverses nations que lorsqu'elles auïon t trouvé cet accord en elles-mêmes. Il est incontestable qu'un accroissement de lumière partiel et venu du debors ne conduirait pas au but, tant que n'existeraient point au centre et immobile» la véritë plus élevée et là conviction acquise par àoi-méme. Ceci ne saurait non plus être le résultat d'une croyance routinière extérieure; qui ne se maintiendrait que par des motifs pWiti*jues. La marche et le développement de là conviction intérieure, voilà, à dire vrai; d'où totrt dépend. Ce qu'ily a donc, suivant moi, de plus important et de plu» essentiel dans la littérature française «des tempâ récens, c'est lé retour à là philosophie morale plus élevée , épurée, platonique et chrétienne * telle qu'on Ta vue sortir quelquefois en France de l'abîme le plus prOr fond de l'athéisme dominant. Oh peut dire à certains égards que cette philosophie date de quelque temps avant la révolution, d'une époque où là corruption était a son comble. Mais .cet heureux commencement n ? a produit et ne pouvait produire dé résultats complets, qu'après le retour général à cette haute philosophie. H y a toujours eu des philosophes entièrement séparés h. 18

de leur siècle et animés des meilleures intentions, encore que l'esprit dominant de leur époque ait été excessivement corrompu. Je nommerai ici en premier lieu Hemsterhuys, qui, bien qu'il ne fut point Français d'origine, écrivait cependant dans cette langue avec la grâce des anciens , d'une manière si belle et si harmonieuse, avec si peu de contrainte et si peu d'efforts, que sous ce rapport ses dialogues de Socrate répondent parfaitement au noble esprit platonique et philosophique chrétien qui en forme le contenu. Mais ce retour est principalement signalé par l'apparition de deux philosophes éminemment remarquables par leur système tout-à*-fait chrétien. Saint-Martin, l'un d'eux, avait exposé, avant la révolution et sous le nom du Philosophe inconnu, dans une. série d'ouvrages demeurés inconnus à la foule, mais qui n'en agissaient que plus puissamment sur le petit nombre, cet antique système de spiritualisme qui paraît nouveau de notre temps, parce que l'idée de l'éternité nous est demeurée étrangère. L'autre, Boriald , est devenu , depuis la révolution qu'il a incessamment combattue, le défenseur le plus dévoué et le plus profond de l'ancienne constitution monarchique française, et a chçrché à en établir les qualités et le$ principes essentiels dans une théorie poli-

tique toute chrétienne; de même que plus tard, dans un essai de philosophie chrétienne, il s'est élevé avec assez de clarté à l'idée du^Verbe éternel et intercesseur comme fondement de ce système. Les ouvrages de ces deux écrivains contiennent cependant encore à côté de beaucoup de bonnes et excellentes choses, beaucoup d'erreurs graves et essentielles ; ces erreurs ont en partie leur source dans quelques préjugés français, et proviennent de ce que, quoique luttant contre leur siècle, çps écrivains en sont cependant en* core trop fiçrs, et qu'ils sont surtout trop épris de leur nation, ce qui leur fait émettre des idées fausses ou incomplètes au sujet d'autres peuples ou d'autres époques, et quelquefois trahit leur ignorance à cet égard. Le préjugé qui domine chez Bonaldj c'est celui de la nationalité : il ra; petisse singulièrement ses vues. Celles de Saint- Martin au contraire étaient souvent obscurcies, non pas, il est vrai, dans le système même qui était hors de tout contact avec la misérable réalité de notre époque; mais dans l'application, par ce qu'il y avait de décourageant dans ce qu'il apercevait autour de lui. Au reste, ce reproche d'un esprit d'opposition tacite contre la constitution actuelle de l'Église, qu'on lui fait comme catholique, est, en ce qui le concerne, plus appa-

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rent que fondé. Et s'il s'appliqae avec plus de justesse à quelques-uns de ses partisans en France et en Russie, il ne faut pas tant en être surpris-* puisque les successeurs et les disciples d'un grand homme, de quelque genre que ce soit, ont costume d'adopter de leur maître tout autre chose que les bornes d'une sage modération. Que si Saint -Martin n'approuvait point Tétât actuel de l'Église et s'il déplorait surtout hanté-' ment la décadence de la science catholique, il se peut qu'il en att trouvé les motifs pendant la révolution dans la soiùbre époque qufr Pavait précédée, et cette circonstance'doit lui servir d'etfcuse; mais ce malentendu n'en resté pas moins blâknable et Contraire au bût grand et noble qu'il se proposait, pour lequel il employait toutes les forces de son esprit; parce que Ton pourrait en déduire la fausse conséquence que la connaissance de ce qui est de Dieu est exclusivement fondée sur l'intention et la manifestation intérieure f et peut être séparée complètement, ou du moins éloignée, de la tradition positive ou de l'Église intérieure qui en est la base naturelle et la forme essentielle. Mais Saint -Martin n'a attaqué nulle part la véritable science de la religion, ni ne s'est jamais élevé contre elle. Il exprime en toute occasion le désir que les connaissances plus éfe*

vies en soient une propriété et un instrument, et soient de -nouveau unfes au sacerdoce. On doit y voir plutôt un hommage à la destination de la religion, qu'une dépréciation de sa dignité d'après ltf mesure commune de l'esprit dominant et d'un$ philosophie commune et sensuelle qu'il com* battit au contraire sans relâche pendant toate sa vie. Aussi bien , tout ceci m supplique encore qu'aux circonstances extérieures; carSaint-Martia p'est jamais e# opposition avec le système de W loi catholique, et sa philosophie n'est pas seule* ment mosaïcjua, mais encore véritablement chrétienne. P»r son origine et par sa forme, elle appartient à cette philosophie platonicienne orient taie qui, bien qu'après la réforme elle ait étéj comme je l'ai déjà retn#**jué, bannie de toutes les chaires et de toutes les, écoles, subsista. néanmoins en secret et se maintînt par une tradition mystérieuse, ^ô* écrits, ei* sont, pour la France du mpins et la littérature du siècle* l'exposition la plus claire , U plus complète et la plus parfaite. Quoique l'écrivain dpjat je parle en ce moment n'ait aucunement ta mérite de l'invention pour la philosophie qu'il adopta* et -qui est mêlée de beaucoup d'erreurs et de laciwes; toujours est-il remarquable cependant qu'au milieu de l'athéis» mç qui régnait à cette époque en France, u» io?

connu, un philosophe isolé ait apparu qui se soit exclusivement consacré à réfuter cette philosophie athée, en annonçant aux hommes une philosophie mosaïque et chrétienne révélée par Dieu , fondée sur de vieilles et saintes traditions. Et Ton doit se réjouir de voir que parmi tant d'apologistes du catholicisme le comte de Maistre fit enfin apercevoir quel riche trésor d'esprit et de connaissances, si on avait su l'employer convenablement," était resté jusqu^aldrs inutile pour le but de la religion !

Cest une chose également remarquable qu'au commencement de notre siècle, tandis qu'une foule d'hommes n'avaient et n'eurent en vue, lors du rétablissement de la religion, que la nécessité politique et le maintien de$ croyances extérieures fondées sur la coutume, un savant jurisconsulte, un profond politique comme Bonald ait paru sur la scène et ait essayé sérieu- .sement, avec une conviction pleine et entière, de baser la théorie de la justice uniquement sur Dieu , et la théorie de l'État sur les doctrines morales du christianisme. Sous le rapport philosophique , on ne poufrait lui adresser d'autre re* proche que d'avoir trop mêlé et même presque identifié la raison et la révélation , par conséquent de ri*avoir point apprécié cette dernière

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ainsi qu'il convenait de le faire. Toutefois en France, jusqu'à cette époque, on n'avait pas seulement scindé et opposé la raison et la révélation^ mais on les avait même mises tout-à^fait hors de contact. Un grand nombre de défenseurs des doctrines religieuses ont moins heureusement atteint leur but, précisément parce qu'ils rejetaient indistinctement toute philosophie , tandis que la raison dialectique et la fausse philosophie; une fois nées' avec l'homme, ne sauraient être extirpées et anéanties que par une philosophie vraie. Bonald tombe dans l'extrême contraire; .U vœut trop rationaliser le christianisme et même le réduire à l'état d'idée rationelle. La vérité même, lorsqu'elle veut renverser l'erreur, se jette avec trop de force et trop d'abandon dans le point de vue opposé. Après des erreurs telles que celles que vit naître le dix-huitième siècle, il n'est point étonnant que l'esprit, d'abord incertain et chancelant, marchât avec hésitation même dans une meilleure voie, ainsi cpa-il arriva d'une manière différente à Saint-Martin et à Bonald, les deux écrivains français les plus distingués de cette époque et auxquels se rattache le comte de Maistre, plus satisfaisant, plus croyable dans sa doctrine , et traitant son sujet de plus haut Dans son ouvrage sur le Pape, il a exposé avec

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une admitfaWe clarté te* bases de la foi catholique ; dans ses étatretieiis philosophiques, i\ èé~ courre à notre horizon les vues les ph» fcubfcmes de k sèience catholique. Un pareil retour, provenant de la natk» elle-même, ne pouvait avoir lieu eu Angleterre. Les grands objets ex* térieors, le çpmnètce du ; monde et la çonstitu* tioh anglaise, Flnde et le contient abtorbaient flans ce pays, le plus actif <le tqus^ l'espuit qui ne se distingtiepriudpalettieûtquepar/eette activa. Là, il ne reste pas de temps pour s'appliquer à des pensées plus profondes, ni pour la philosophie £ai$ làquéHe ou é«, à eàuâe de edft* inférieur même aux Français. ïl n'y aitâti paè non plus feu à un semblable retour* conttne c'avait été fo^rn ëh FraÉK*, parce qult n'y avait pas ea^de révo* hitiôn civile ou inféMectuefle, La force du bon sens se montfe (lans ce pays par l'Inébranlable flxité de Son antique grandeur, et surtout à*m la profondeur des basses <te oelle^sL Dénôs j&ats même, fAngletèrfétfa jamais manqué de grands écrivains; d'invèstigëtéurS, de penseurs et dknth tetifs qui, de léù* *oté , manquent aussi ce gr&ûd retour à de plus saines doèirifees d'une manière à eux propre, et qtii apparaissent seuls dans leur pays. Cest ainsi ejne William Jorfes* ¥m des sftyans les plus profonds qu'ait ptoduks l'Auglte-

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term, a ouvert pour sefc àuecesseur» ulie carrière ae&urée dans le grand art avec lequel il sut saisir avec un sens véritablement religieux toutes les antiquités orientales, surtout. celles d«$ Indiens : et dans ces antiquités, celles de Fhum^pité et des saintes Écritures, en sorte que 1$ Bible est l* base de toute son érudition; dV>ù suit naturellenient un emploi scientifique des livres saints* ce qui est tout-à-foi t l'opposé de leur folle pro* pagation par les sociétés bibliques* Cette mé* thode d'investigation* asiatiques, si elle était suivie avec génie et énergie, conduirait infini* ment au-delà de tous les préjugés et de toutes les entraves ordinaires de la philosophie anglaise, parce que l'accès de la haute philosophie paraîtrait sur cette voie de l'érudition et des grandes recherches historiques, plus facile aux Anglais. Mais Burke, à la fois grand homme d'État et orateur distingué, est devenu une nouvelle lumière de toute sagesse politique et de toute expérience morale pour l'Europe entière, principalement pour l'Allemagne, à en juger par l'usage utile qui en a été fait. Cette lumière sauva le siècle qui était entraîné par les orages de la révolution et son système dépourvu de toute philosophie proprement dite ; elle pénétra plus avant dans la constitution des États, dans les liens re-

ligieux de la vie civile et de l'existence* nationale, que n'avait jamais pu le faire aucune philosophie. Tandis donc qu'en France, du plus profond abîme de l'incrédulité et de la corruption morale, de nobles efforts étaient faits pour s'élever au milieu des épaisses ténèbres de l'époque à la lumière de. la vérité éternelle; l'Angleterre, puissance entièrement revenue à l'antique, même dans le domaine de l'esprit, nous donnait de grands exemples de persévérance* dans ce qu'on possède de positif dans la science et dans la vie.

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