CHAPITRE XV
Philosophie allemande. — Spinosa et Leihnitz. — Langue et poé sie allemandes aux seizième et dix-septième siècles. — Luther,. Hans Sachs , Jacques Bœhme, Opitz. — Ecole Silésienne. — Dé-, pravation da goût après la paix de Westphalie; poésies de circonstance. — Çoètes allemands de la première moitié du dix- . huitième siècle. . — Frédéric II. — Klopstock; la Messiadè et la théogonie du Nord. — Poèmes chevaleresques de Wieland. — Introduction de l'ancienne mesure syllahique et défense de' la rime. — Adelung, Gottsched et le prétendu âge d*or. — - Première génération de la littérature alternance moderne, ou période des écrivains créateurs.
Il paraîtra peut-être superflu de s'attaquer encore à la philosophie du dix -huitième siècle qui nîest plus maintenant qu'une ombre: on au* rait cependant tort de penser ainsi et de s'en tenir aux apparences extérieures. Un mal n'est point complètement anéanti par cela seul qu'il est devenu moins visible. En Angleterre, ce mal n'a jamais éclaté, et c'est par cette raison qu'il n'a jamais été possible de l'extirper radicalement. Là, comme en France, il y a d'honorables exceptions; on voit de brillans symptômes qui an-
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poncent le retour À des doctrines plus pures, et l'invincible puissance de la vérité. Mais la manière générale de penser, surtout celle des savans jet des naturalistes, a*t-elle changé par cela seul ? Nullement. Parmi ces derniers, nous voyons toujours dominer en France l'ancien système qui explique , ou qui du moins essaie toujours d'ex-? pliquer le jnonde et ses phénomènes d'une manière toute matérielle, comme le résultat de la combinaison de prétendus atomes ou molécules, qu*Qn déclare ou qu'on veut déclarer ç'etre en définitive que de Ja matière; car uoe pareille explication ne. peut jamais satisfaire, et il est impossible de la donner toujours. De toutes le* hypothèses, le matérialisme est, même pour la science, la plus gratuite et la plus dénuée de fondement; ses conséquences sont destructives de toute morale, de toute énergie nationale, dttout enthousiasme et de toute religion* Bieri que maintenant elles apparaissent moins à la huasère et qu'on n'ose point les pratiquer ouvertement parce que l'expérience a rendu ptu% prudent, qu'on cherche à les éviter ou à les Jaisser tont<-à* pût de côté» Cependant il est douloureux de voir que de* hommes qui, çômjtoe naturaliste*, ont du talent et qui occupent un rauj distingué dans toutes les sciences qui concernent Vhoonûe et
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dans tout ce qui mérite, à proprement parler, le notn de vérité, soient tellement nuls dans les eoiïfraissances plus élevées! Ceci est encore le cas à l'étranger* malgré le retour-général de Tapi* frion publique à la vérité, et nonobstant la fbrcfe remarquable avec laquelle quelques hommes marchent dans cette voie et cherchent à faire imiter leur exemple. En Allemagne, la maladie générale du siède, la fausse philosophie, le raisonner, ont pris une marche toute différente et ont des formes en partie plus modérées , ou du moins qui eurent des résultats moins funestes y parce qu'elles étaient plus savantes; mais on se tromperait étrangement si Ton pensait que le maf n'ait point existé chez nous, ou si l'on refusait de tecônnaïtre que c'était essentiellement le même, encore qu'il se présentât sous d'autres formes. Le Matérialisme grossier i l'aride doctrine atomistique, ne purent jamais, il est vrai , jeter des raci-» nés bien profondes en Allemagne où l'on examine et discute tout à fond ; mais par contre la mala- - die endémique de œ pays a été le rationalisme , doctrine de mort pour l'esprit, qui s'est emparée même de la théologie où elle a produit de fausses lumières, comme en avait produit dans l'école la rage des systèmes. Dans la tourbe des penseurfc ordinaires et dans les basses régions de la vie î»-'
tellectuelle, cette maladie de l'esprit humain a pris les formes d'un système. Mais si quelques hommes, d'un grand génie, terrassant avec leurs propres armes le système d'abstraction de la philosophie rationelle, avaient trouvé les brèches, et pour ainsi dire, les ouvertures et les points d'où il n'eût point été difficile de rencontrer une voie pour retourner à la révélation, à la connaissance de ce qui est de Dieu et positif ; après eux cependant, un assez grand nombre de talens trèsdistingués, au lieu des erreurs de la philosophie rationelle qu'on venait de signaler, sont tombés* dans, un lâche panthéisme : nouveau mal d'une espèce plus relevée et plus spirituelle, qui, dominant dans les hautes régions de la culture intellectuelle, nous entrave davantage sur la route de la vérité et du christianisme, pendant que le vulgaire n'est que trop heureux , au milieu de formes diverses et de modifications de toute espèce, de revenir à l'ancien système des formules de l'abstraction vide. Ces deux maux, s'ils ne sont pas aussi effrayans que l'interruption ou la barbarie complète de la vie intellectuelle dans les philosophies anglaise et française, sont assez graves cependant pour que nous ne puissions pas croire que l'Allemagne soit entièrement pure de semblables erreurs , dont ne garantit même
point l'essor le plus sublime de la pensée qu'on i\e saurait méconnaître ici.
Au reste si, dans le principe, la philosophie allemande ne s'est point jetée dans des écarts et dans des extrêmes aussi violens que la philosophie française, elle n'en fut point préservée, comme en Angleterre, par le sentiment généralement répandu et. dominant de la prpspérité nationale et de ses exigences; car un pareil résultat ne pouvait avoir lieu, ou du moins ne pouvait pas exercer une influence égale en Allemagne où la constitution de l'État offrait un dédale savant, chez une nation divisée en une foule de petits États. Cette constitution de l'État , savamment combinée et qui par la complication de ses ressorts, était favorable aux formalités juridiques, qu'elle suivait et élaborait en détail jusqu'à la subtilité, eut pour résultat de faire dominer, à l'aide des formalités juridiques, l'esprit de la justice même , et d'empêcher que de* théories erronées de l'injustice, comme celles de Machiavel et de Hobbes, ne s'immisçassent ouvertement dans les esprits, jusqu'à ce que, même en Allemagne, la pratique devint toujours plus audacieuse avec la marche du siècle et fraya la voie à la funeste théorie. Si dans le principe la philosophie allemande fat préservée de plus graves erreurs, ç'estt
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qtï*il lui resta plus de rémiftfecénoes et de rapports avec la philosophie ancienne , dont la tradition avait été totalement rompue et perdue en France ainsi qu*en Angleterre. Sous ce rapport, Leibnitfe surtout exerça une influence bienfaisante sur l'Allemagne. Quoiqu'on puisse le Comparer lui-même à un médecin qui emploie contre le mal des palliatifs au lieu de le guérir radicalement, et se borne à en apaiser momentanément les- paroxismes; cependant >. comme il était aussi instruit que profond penseur, sa philosophie contenait de nombreuses réminiscences de ce genre ; et plus ses hypothèses n étaient que des biais adroits et spirituels pour résoudre d'anciennes difficultés , plus elles renfermaient délémens pour quiconque aurait à L'avenir le eourtfge, le génie et la vocation de pénétrer plus avant dana tous tes labyrinthes de la pensé» et dans tous lerf mystère» des connaissances humaines» D'après le temps où il vécut, il appartient à cette transition de la philosophie* du dix-septième siècle dans celle du dix-huitième, l'une des révolution* les plus importantes de l'esprit humain. Mais comme sa philosophie a peu influé sur la France, en rien sur l'Angleterre, e,t uniquement mv i'Àilerrwtgne, je me suis abstenu d'en parler jusqu'à présent, ainsi qne de son antagoniste Spinosa,
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parée que lui aussi eut peu ^influence dans sa patrie et en Angleterre, et presque point en France. Il n'en eut pas du tout sur l'Allemagne. La grande erreur de Spinosa de ne point distinguer Dieu du monde , de refuser à tous les êtres une existence et une individualité propres, et de n'y voir qu'autant de manifestations différentes du seul Etre éternel et entraînant tout , détruit toute religion, parce qu'il refuse à Dieu la personna« lité, à l'homme toute liberté ; qu'il détruit 1» différence essentielle du bien et du mal, en déclarant que l'immoralité, le mensonge et l'impiété ne sont que de pures apparences. Cetteerreur est si près de la raison purement naturelle, qu'elle est peut-être la plus ancienne qui ait suivi la vérité primitive. Seulement Spinosa a donné au panthéisme une forme plus scientifique. Car cet écart est si naturel même à la raison scientifique, lorsqu'elle veut trouver la vérité par ses propres forces, que Descartes, dont le système servit de point de départ à Spinosa, n'échappa que par son manque de profondeur et de hardiesse d'esprit à l'abîme sur le bord duquel il était déjà parvenu. Ici encore il faut distinguer l'erreur, de la personne. Souvent celui qui ouvre le premier une voie nouvelle à l'erreur, qui la pousse jusqu'au dernier degré et l'exprime de la mah. 49
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nière k plus hardie et la plut décidée, est bien moi» à mépriser que ses successeurs ou ceux qui, adoptant les mêmes erreurs, n'en diffèrent que parce qu'ils prennent une allure moins franche. Il est vrai que la doctrine morale de Spinosa n'est pas plus chrétienne que lui-même n'était chrétien; mais elle a autant de noblesse et de pureté que celle des Stoïciens de l'antiquité, et remporte même à certains égards sur celle-ci. Ce qui lui donne une supériorité marquée sur ses adversaires qui ne comprennent point sa profondeur ou qui ne la remarquent pas, ou sur ceux qui presque à leur insu prennent les mêmes voies erronées, ce n'est pas uniquement la clarté scientifique et la franchise de sa manière de penser : cette supériorité dérive surtout de ce que, dans sa manière de penser, tout est d'un seul jet, qu'il sent comme il peint, et est entièrement animé par son sentiment. On ne peut dire que ce soit une inspiration de la nature telle que celle du poète, de l'artiste ou du naturaliste. C'est encore moins de l'amour ou de la piété ; car comment existeraient-ils sans croyance, sans la reconnaissance d'un Dieu? Mais c'est un sentiment de l'infini pénétrant tout, qui l'accompagne dans toutes ses pensées , et qui l'élève entièrement audessus du monde des sens. Toute erreur grave
qui a trait à l'ensemble est au fond également condamnable , et il semblerait qu'ici aucune gradation ne pût avoir lieu. Cependant, si nous com* parons les erreurs de Spinosa avec l'athéisme du dix-huitième siècle, nous remarquerons une énorme différence. Cette philosophie matérielle, si toutefois elle mérite le nom de philosophie , qui explique tout par le corps et qui considère les sensations comme ce qu'il y a de plus élevé, est une erreur presque au-dessous de l'humanité. C'est pourquoi on pourra rarement espérer un retour à des doctrines meilleures de la part d'individus une fois tombés dans cet abîme, quoiqu'il puisse arriver très-facilement qu'une nation, un siècle ^ ayant aperçu dans tous leurs développement les conséquences morales de cette philosophie des sens, s'en détournent avec horreur. La haute spiritualité de cette autre erreur où conduit le système de Spinosa , semblerait au contraire laisser à une plus profonde investigation plus demoyensde s'élever de nouveau à la vérité; mais une erreur est d'autant plus préjudiciable qu'elle peut davantage influer sur les esprits les plus nobles et les plus purs. Il est vrai que les conséquences immédiates d'une pareille erreur ne sont point aussi dangereuses pour la pratique^ mais elles jettent des racines profondes
dans les esprits, «t tôt ou tard elles agissent d'une manière désorganisatrke sur l'ensemble d'une nation ou d'un 6iècle : comme sur le corps humain , une maladie qui a attaqué les .plus nobles parties de la vie. C'est une maladie spirituelle toute semblable, et qui a attaqué le centre de la vie, que ce panthéisme poli qui est devenu dominant en Allemagne sous mille formes différentes , qui se montre tantôt dans la plénitude séduisante d'une vive imagination, tantôt critique, analyse et pèse les détails de l'histoire sans en jamais bien comprendre l'ensemble, qui quelquefois s'arme des anciennes subtilités dialectiques, tout usées qu'elles soient, et trahit ce qu'il y a de vide dans l'idéalisme. À la longue et dans l'effet général, le sens de la vérité périra de la $orte;et toute capacité de comprendre et de connaître un positif divin , par conséquent tout ce qu'il y a d'intérieurement solide , disparaîtra de la vie comme de la connaissance. Il n'y a qu'une philosophie vraiment chrétienne qui puisse arrêter ce mal et le dompter. Relativement à l'époque dont nous nou& occupons, c'est dans Leibnitz que l'idée et la disposition pour cette philosophie se sont le plus clairement développées. Voilà pourquoi nous le considérions tout-àl'heure comme la couronne et le sommet de cette
école européenne et universelle de philosophie moderne qui n'appartient* encore exclusivement à aucune nation, philosophie dont Bacon, Des* cartes, Spinosa et le plus grand des philosophes allemands forment le cercle. Voilà la route dans laquelle on eût dû persévérer, et qu'on' eut d& explorer ! En effet, Leibnitz a laissé tout-à-fait incomplète Fidée de sa -philosophie. Aussi n'a-t-ii jamais pu triompher de ce mal qui existait déjà, alors, mais qui n apparaissait que sous une autre forme t ou t-à-fajt isolée ,- et qu'il combattait sans relâche, comme s'il eût pressenti qu'il germait. Laphilosophie-de Leibnitz se rapportes à beaucoup d'égards, à celle de Spinosa. C'est, en gé* néral, presque partout une philosophie de coa-* troverse; et, quoiqu'elle n'ait pas toujours ce caractère sous le rapport de la forma extérieure, elle a cependant constamment celui d'une philosophie luttant contre le siècle, lui répondant, dissipant les doutes, comblant les lacunes, se rattachant à l'esprit et aux besoins du tejnps ; mais 'elle n'est ni indépendante , ni agissante par sa propre puissance. Le sceptique littéraire Bayte, Locke, le fondateur de la philosophie des sens, étaient: les principaux adversaires de Leib~ nttz, pour ne pas faire mention d'autres, cou -. traverses <plos personnelles., Mais le> pU*s distia-
gué de tous les adversaires de Leibnitz est Spinosa, contre qui il lotte si souvent, alors même qu'il ne le nomme point; c'est un ennemi invisible et qu'il redoute. Parmi les philosophes dont il partage les opinions, il en est un grand nombre dont il n'a pas fait mention, parce qu'ils étaient moins connus; passant ainsi sôus silence les véritables sources auxquelles il a puisé. Il n'était point dans son caractère de reconnaître l'existence d'un monde d'esprits infinis dont le monde des sens n'est que l'enveloppe extérieure. La doctrine des idées innées, telle qu'il l'avait comprise, conduit à un système dénotions abstraites que l'on suppose innées dans l'entende* ment comme un plan mort, plutôt qu'on ne peut y apercevoir l'action intérieure de l'esprit. La doctrine des idées ignorées peut conduire plus près encore de ce but; parce que la connaissance que notre conscience n'est qu'use moitié, ou bien que nous ne savons que la moitié de n^tre conscience, tandis que l'autre reste invisible à notre œil, est du moins le premier pas pour y arriver, pour pénétrer dans le mystère ou dans les se* crets laboratoires de lame. Cest ainsi que, dans le monde des sens, les astres de la nuit nous apprennent seuls «à connaître la lumière du jour et son véritable cours. Au contraire, (pon bjpo-
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thèse que les objets sensibles ne sont qu'un chaos de monades dans un état de torpeur, et non encore parvenues à acquérir une parfaite conscience d'elles-mêmes, se rattache trop à la doctrine atomistique d'Epicure, ainsi qu'à celle des athées modernes , et n'est en dernière analyse qu'une espèce de moyen terme entre celle-ci et la reconnaissance pleine et entière du monde intellectuel. La tentative qu'il a faite de résoudre la plus grande difficulté de la philosophie d'alors» difficulté relative à la connexité de l'âme et du corps, en admettant que leur auteur ait établi primitivement entre elles un accord, comme ua artiste pourrait faire à l'égard de deux montres , n'est qu'une hypothèse ingénieuse qui suppose que le monde n'est autre chose qu'un savant mé-, canisme. Sa célèbre Théodicée, ou justification de Dieu à l'égard du mal qu'on ne saurait nier exister dans le monde , répond à cette questio» qui se présente sans cesse à la raison naturelle, avec toute l'adresse et toute l'habileté d'un diplomate exercé qui se fait un devoir de fairo partout ressortir le coté le plus avantageux pour son souverain, et d'en tirer parti pour ou con~ tre, de taire soigneusement et de dérober aux regards tout côté faible en apparence ou en réalité que son adversaire pourrait mettre à profit-
Il est impossible à une philosophie uniquement fondée sur la raison, de répondre à la questîoû de Forigine du mal ou de l'imperfection du monde, sans nier entièrement le mai, ce qui serait contraire à la saine raison; et sans être obligé d'en attribuer l'existence à Dieu lui-même, idée qui révohetous les sentimens. Mais la réponse de Leibnitz contre laquelle Voltaire a dirigé toute sa verve de raillerie, a que ce monde est le meilleur de tons les mondes possibles, » a reçu de nos jours son corollaire par le système d'un penseur distingué qui , faisant tout dériver du moi , en tire cette' conséquence , que le monde n'a été créé qu'afin que le moi pût entrer en contact avec hii, et, dans- cette fctte, développât sa force propre; but pour lequel tout monde convient, queHe que soit d'ailleurs sa nature, et est par cela même assez boa. Mais ni cette réponse éminemment laconique, ni l'autre, qui est éminemment diplomatique, ne peuvent satisfaire le sentiment ou la philosophie. Nous voyons avec admiration, dans un ouvrage dogmatique de Leibnite qui n'a été connu que tout récemment, combien ses idées sur la théologie et l'accord des vérités catholiques étaient claires et profondes. Mais il lui a manqué, sous ce rapport, cette dose de courage et de force de caractère nécessaire pour foire le
dernier pas, décider lui-même Ja question et en faire publiquement connaître la solution au monde; démarche qui, de la part d'un esprit aussi supérieur , eût à coup sûr eu la plus grande influence. Il resta d'ailleurs à moitié chemin sur la voie de la foi. La cause en était dans ses connaissances fei étendues au dehors. La plus haute et la plas profonde idée qui se trouve dans sçs fragmens de connaissance, et que Lessing a aussi signalée avec autant de justesse que de profondeur, c'est celle de 1» protection toujours croissante du monde dans le sens métaphysique, eu de la glorification toujours ascendante de Dieu dans la marche éternelle de la création, de la lumière à une lumière toujours plus haute. Cette idée est en effet pour la connaissance métaphysique le véritable centre vivant de la révélation chrétienne, comme la doctrine de la chute forme le mystère fondamental de l'ancienne révélation mosaïque. Parmi le petit nombre de philosophes qui se sont élevés à la connaissance et à la reconnaissance de la révélation , la plupart se sont arrêtés à l'ancienne révélation mosaïque , dont la doctrine de la chute n'eût jamais été fondée par la raison de l'homme , si déjà de toute antiquité elle n'avait été connue par les traditions du monde primitif. Quoiqu'elle soit le principe et le fondement de
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toute véritable connaissance, elle me reçoit de véritable signification que par cette autre idée à la* quelle la raison peut imaginer quelque chose d'analogue, d'après la notion incertaine d'une perfection croissante qu'on applique souvent d*une manière si Êiusse à la vie pratique ordinaire. Mais oette idée n'atteint toute sa clarté pour la métaphysique que dans la lumière de la révélation par le christianisme, qui seul dofrne la conviction que de l'ancienne chute du monde sortent avec un éclat éblouissant la perfection et la lumière nouvelle de la création. Il est possible toutefois que Leibnitz ait plutôt compris roathématiquement'cette idée qu'il ne l'a suivie et épuisée dans toute sa profondeur religieuse. Plus nous découvrons clairement et manifestement en lui la disposition à une philosophie vraiment catholique, plus nous devons regretter que cette disposition n'ait point reçu de développemens et que son génie n'ait pu s'élever entièrement des notions abstraites de son siècle à la connaissance vivante. On voit surtout par les idées que Leibnitz se forme du temps et de l'espace, combien les principes d'une philosophie plusélevée étaient déjà alors tombés dans l'oubli, ou du moins, combien ces principes étaient éloignés de la manière de penser dominante. La philosophie antérieure reconnais-
sait dans l'espace et dans h temps te théâtre infini de la magnificence du Tout-Puissant, et la source . de toute vie dans Pimîftensité de l'amour éternel. L'homme naturel lui-même , celui qui ne connaît que les sens, lorsqu'il y pense ne peut se défendre d'un, mouvement d'admiration qui le transporte immédiatement dans les régions de la Divinité. Il ne saurait, à ki vérité, mesurer par 1a pensée cet espace infini'; mais il peut du moinfc le saisir, et p%r conséquent le concevoir. L& s'ouvre et apparaît à ses yeux une profondeur in* finie au dedans de lui, comme la plénitude de, la vie, lorsque de ce point du présent il détownç ses regards sut le passé et contemple ensuite l'avenir. Leibnifz ne toyait dans l'espace et darçç le temps que l'ordre des objets placé* les uns, à côté des autres, ou se suivante C'est. *ip|si qi|§ des notions vides 4e sens et mortes prirent toq? jours.de plus en plus la place du septiuaent vir vant et droit dans tout xe qui est le .plus propre à élever l'homme au-dessus du monde des $w% La philosophie de Leibnitz devibt en AUeuwb gne, 1 grâce à Wolf, dominante dans; les écoles»} elle est suffisamment caractérisée par ce^eul ffcit. Une secte qui influe sur là vie se distingue pw la direction qu'elle prend, par les effets qu'elW produit; -Renfermé dans l'enceinte de l'école^
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Fespritde secte ne se manifeste jamais que de la même manière, comme un ensemble de vaines»
formules. Teu importe qu'Aristote ou Deseartes^ Leibnitz ou Kant, soient les maîtres dans tel art,. et prêtent leur nom pour déterminer des notions qui autrefois ont pu être des pensées dans leur esprit, mais qui maintenant ne présentent plus que l'aspect de vaines formules. Toutefois l'esprit de secte enoore plus dangereux, de- cette philosophie des sens qui attaquait la jrie ? qui la trou-> blaît et était athée, ne put dé cette manière pé-^ fiétrer en Allemagne. Quant aux vaines formules et au pédantisme* Jlfe né furent point de lorfgue durée. Quoique Leibnitz écrivît le plus souvent eh latin ou. en français , il avait cependant ra-» nimé de nouveau Fétude scientifique de l'histoire et de la tangue allemande ; et Wolf , même dans ses ouvrages allemands , avait donné un exemple méritoire pour le perfectionnement <Jc la lan-r gue. Il trouva bientôt des imitateurs : des imita? tfcurs s'étaient, à k vérité, formés à l'école de cette philosophie; cependant, comme ils avaient une manière de penser originale et des con-< naissances générales, ils suivirent en partie une Méthode à eux. Avec le secours de quelques poè-* tes distingués, ils commencèrent par faite dis-* paraître de la langue la barbarie dans laquelle
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elle était tombée, jusqu'à ce qu'enfin au milieu du dix -huitième siècle Rlopstock devint le fondateur d'une époque nouvelle et le père de la littérature allemande actuelle.
Mais avant que j'essaie d'en présenter le tableau à mes lecteurs, il est nécessaire que je jette encore un coup d'œil sur l'intervalle de temps qui sépare l'ancienne et la nouvelle littérature allemande. À la vérité, les seizième et dix-septième siècles n'ont produit qu'un petit nombre d'écrivains distingués dans la langue allemande, mais ce petit nombre n'en est que plus remarquable. Nous avons déjà dit comment la poésie chevaleresque ancienne et les arts du moyen âge étaient tombés dans l'oubli au milieu des controverses du seizième siècle, et comment la langue elle-même avait subi des altéra* tions notables pendant les guerres civiles de cette époque. La traduction de la Bible en langue allemande fournit un antidote contre cette barbarie qui envahissait tout, et un dédommagement de la perte de tout ce qui était ancien, du moins en ce qui concerne la langue. On sait que tous ceux qui ont approfondi la langue allemande regardent cette traduction* comme la forme et comme le texte fondamental d'une expression classique dans le haut allemand ; et
non-seulement Klopetock, mais encore d'autres écrivains dû premier ordre, ont surtout modelé leur style d'après ce type. Il est digne de remarque qu'en général, dans aucune langue moderne, on n'a adapté et fait passer entièrement dans la vie autant de tournures et d'expressions bibliques , que dans la langue allemande. Je suis tout- à- fait de l'avis des philologues qui considèrent ce fait comme très -heureux, et je crois en conséquence devoir en foire dériver une partie de cette force intellectuelle durable et persistante, de cette vie et de cette simplicité qui, dans nos meilleurs ouvrages, distinguent d'une manière si remarquable l'allemand de toutes les langues modernes. Ce que le catholique, ce que le savant protestant trouvent de nos jours de blâmable dans la traduction que Luther a faite de la Bible, ne concerne en réalité <jue des passages isolés dans lesquels, suivant sa manière de voir particulière, il a compris, interprété et traduit le texte d'une autre manière que les anciens docteurs de l'Eglise, ou bien où il manquait de secours historiques, géographiques et autres, pour pouvoir bien les comprendre. Mais plus oh a tenté, depuis ces trente dernières années, de transformer la Bible en un manuel nécessaire et indispensable pour la ré-
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vélation , par dea traductions où Ton expliquait tout à l'aide de la raison , exemple qui a trouvé des imitateurs même parmi de prétendus catholiques ; plus on s'est senti disposé à reconnaître l'excellence de cette ancienne traduction de la Bible en langue allemande , quand on fut revenu de cette /olie. Il est vrai que cette traduction n'appartient point entièrement à Luther. On sait qu'elle n'a été que le résultat du choix de ce qu'il y avait de mieux dans une foule d'autres traductions antérieures ; et que, pour ce qui concerne l'explication des textes , il fut aidé dans son travail par plusieurs de ses amis qui étaient très-savans, en particulier par Mélanchton : ce qui n'empêche point que pour ce qui concerne l'énergie du langage et le génie particulier de l'expression, il n'ait tin mérite incontestable. On trouve, en effet, dans ses propres écrits une éloquence d'une énergie dont on voit peu d'exemples dans le cours de ce siècle parmi toutes les nations. Sans doute cette éloquence a les qualités et les défauts que l'on trouvera toujours dans une éloquence révolutionnaire; et ce n'est pas uniquement dans ces écrits à moitié politiques qui attaquèrent si fortement la vie publique et l'ébranlèrent dans ses derniers fondemens, tels que «eux qu'il adressa à la noblesse de la
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nation allemande, qoe l'on trouve cette énèrgi-» que éloquence révolutionnaire qui est propre à Luther; mais encore dans tous ses autres écrits, car presque tous ses ouvrages nous présentent sous des couleurs vivantes la lutte intérieure qui l'agitait II y a, pour ainsi dire, deux mondes en opposition et en lutte dans cette âme humaine si forte, si richement dotée par Dieu et par la nature ; et ces deux mondes se la disputent. On remarque partout, dans ses écrits, comme un combat entre la lumière et les ténèbres, entre une croyance inébranlable et la passion aussi impatiente du joug de Dieu que du sien propre. Quant au parti qu'il s'est déterminé à prendre, quant à l'usage qu'il a fait de sa grande puissance intellectuelle, on ne peut en juger aujourd'hui que comme de son temps, c'est-à-dire diversement; et les avis doivent être nécessairement partagés à cet égard. Pour ce qui est de moi et de mon opinion sur cet homme fameux, ce n'est point pour la. première fois que je dirai que ses écrits et sa vie me font éprouver le sentiment dont on ne peut se défendre, quand on voit une nature sublime se perdre par sa propre faute. Quant à ce qui concerne la puissance intellectuelle dé Luther, abstraction faite de l'usage qu'il en a fait et des développemens «ultérieurs
de sa manière de penser, il ne semble qu'aucun de ses partisan* et admirateurs modernes rie l'a encore jugé, comme il convient, sous 1* rapport de la force qu'il possédait réellement. Ceux qui coopéraient avec lui ail métnje bat n%* taient la plupart que des savans, des hommes modérés etréciairés, niais qui n'avaient rien d'extraordinaire. C'était, à proprement parle*, de lui que dépendaient les destinées du siècle ; il fat l'homme qui décida tout dans son temps et datis sa nation.
Luther était un écrivain toufrà*fait -populaire z aucune nation de l'Europe moderne n'a eu autant d'écrivains populaires remarquables, éclairés, influens et doués d'une puissance intellectuelle extraordinaire, quô l'Allemagne. Aussi, quoique les classes éclairées et savantes y soient, à diverses époques, bien inférieures à celles d'autres pays et les égalent à peine, ou ne les aiçnt du moins surpassées que plus tard; nulle part le peuple n'a été doué d'une force intellectuelle aussi grande. De sorte que les Allemands sont Ae premier peuple, le seul même en Europe, ôhez lequel cette force de la nature qui repose idafcs les profondeurs de l'humanité, se soit ainsi manifestée et conservée. C'est une .ancienne «axitne, que la puissance des rois est d'institution idwine; ii. 20
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mais c'est aussi une remarque de tous les temps, que la voix du peuple annonce celle de Dieu.
Ce sont deux vérités incontestables : malheur' à ceux qui voudraient altérer ou ne pas reconnaître cette voix de Dieu! Ils méritent notre commisération ceux qui, livrés à une politique vaine et morte , s'imaginent pouvoir diriger le peuple et le conduire d'après leurs vues mesquines et intéressées ; car le peuple , qui est plus avisé qu'ils ne croient et qu'ils ne le sont eux-mêmes, remarque parfaitement leurs intentions et ne se laisse point conduire aussi facilement. Mais ceux-là se rendent coupables du plus grand de tous les crimes, qui ont l'audace de ne faire, au gré de leur caprice, qu'un instrument de destruction de cette intelligence du peuple qui est si beUe dans sa source; puissance qui sera toujours redoutable dans ses effets, aussitôt qu'elle aura dévié de son but unique et véritable, l'obéissance et la croyance en Dieu ! Il n'est pas moins feux le jugement de ceux qui pensent que cette puissance n'existe point, ou peut être facilement détruite, parce que, de même que d'autres forces cachées de la nature, elle ne se manifeste que dans des cas rares.
Ce ne fut point 4a religion seule qui, comme vdaris Luther et dans les ouvrages dé quelques
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autres» fournit aux écrivains populaires de Y Allemagne protestante des sujets et l'occasion de manifester leurs idées; mais ils s'etoparèrent aussi de la poésie, ainsi que de la philosophie. Je ne cir terai ici, comme les plus remarquables, que le Meistersœnger de Nuremberg, et cet enthousiaste, ce visionnaire chrétien, célèbre, à l'époque de la guerre de Trente ans, sous le nom du philosophe teu tonique, dans les pays proies tans et dans le reste de l'Europe. <■
L'Allemagne est très -riche en chants et en poésies populaires. La poésie populaire en général est de deux espèces : elle se oompose de chansons qui font faiblement revivre quelques souvenirs de la poésie d'un âge héroïque et cl^ev^leresque qui n'est plus, lorsque la traditiop en a été interrompue par des révçlutions qui ontéclaté plus tard, ou lorsqu'une nouvelle organisation de la vie sociale les a fait proscrire et tomber dans l'oubli. Mais dans de pareils temps, la poésie est en partie exercée parle peuple lui-même, da^s^ besoins et selon sa manière, comme un ouvrage manuel, quoiqu'elle ne manque point d'invention ni de génie : et c'est là précisément le caraçjère> distinctif du Meistersœnger allemand qui a paru plus tard. Ce Meistersœnger de Nureml^fg^Hans . Sachs, simple manœuvre en poésie cororroe dans
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la vie, est noa-seulement le poète le plus ftcotid, taais aussi le 'plus énergique dans son gehre. Il a plus d'invention que Chaucer, il est plus riche que Marot, et plus poétique que ces deux auteurs. Quant à la langue, elle offre chez lui un trésor abondant dont on n'a pas encore su tiret parti. ta même observation s'applique à Jacques Bcehmé, ce philosophe que la tourbe des littérateurs maltraite ordinairement. A la vérité, ils avouent eux-mêmes qu'ils ne conçoivent pas en quoi consistaient ses qualités et ses défauts, mais ils né savent pas non plus et ne conçoivent pas le moins du monde quels étaient les rapports extérieurs de cet homme, dans quelle position il se trouvait vis*à*vîs dte son siècle, et par quelle combinaison de cette époque, ses opinions et d'autres semblables se répandirent. J'ai déjà fait précédemment observer à mes lecteurs combien Ite rapport véritable est manqué lorsque, parmi les savans, tes hommes éclairés, et dans la Httéïfctufe proprement dite, on ne voit s ? agiter à la supërfide que de vaines formules; et qu'au contraire là philosophie plus profonde et rivante est confiée à une tradition sainte, 6u tombe en partage à quelques hommes du peuple animés d'un enthousiasme "vrai ou extrayagant. Et il en était ainfei à cette époque dans l'Allemagne pro-
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testante et en Angleterre. On appelle Jacques Bœbme un fou : mais alors même qu'il sérail vrai que l'iipagiûation a eu une plus grande part aux productions de son esprit qu'une raison éclairée > on devrait cependant convenir que ce fut une imagination bien poétique que celle que nous remarquons dans cet esprit bizarre. Que sa donc, en voulait le considérer iniquement comice poète et le comparer aux. autres, poètes chrétiens qui, comme Klopstock, Mil ton, ou qrâne le Dante, ont tenté d'exposer des objets Mirdesras des sens, on serait obligé de convenir qu'il leur est supérieur par la plénitude de l'intih gii^fto» et par la profondeur du sentiment; et que souvent même il ne leur cède point sous le rapport de certaines beautés poétiques de détail $t sous celui de Texprèssion* qui est quelquefois éminett¥Bont poétique. Les sources de la nature $pnt accessibles à tout esprit pieux et méditatif, parce que le torrent intérieur de la vie humaine .coule dan$ ses veines; peut-être d'ailleurs estni beaucoup de choses, claires eà transparentes a l'geil de l'enfant, qui restent enveloppées de nuages pour le télescope du savant, Il existe pour la najtyre we révélation particulière dans le sentiineijt immédiat de la vie intérieure; et comme n<Mre siècle ^ fatigué des longs erremens de la rai-
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son, revient toujours de plus en plus, dans la connaissance des choses divines, à la simple clarté de la foi; de même il faudra de nos jours, dans la science de la nature, retourner aux sources primitives de la contemplation et d'un sentiment de la nature non défiguré, encore profondément clairvoyant, comme source intérieure de la révélation pour cette science qui doit apprendre à connaître, non le Créateur, mais la magnificence de la création. Or, bien que les effets merveilleux de la grâce et la dernière clarté de l'esprit manqueront toujours au naturaliste chrétien séparé de l'unité catholique, il feut cependant distinguer si cette séparation ett lerésuhat d'un , sentiment particulier de discorde ou du hasard de la naissance, qui n'a d'ailleurs point influé sur l'esprit de la discussion. Quelques erreurs et quelques lacunes que J'on poisse sHjnâginer trouver dans les doctrines de Jacques fiœhme sous le rapport de la philosophie, l'histoire de la langue allemande ne saurait cepen* dant le passer sous silence; car it est peu cfécrivains démette époque chez lesquels toute la richesse intellectuelle de cette langue se soit autant déployée que chez lui. C'est une force créatrice, une plénitude coulant de source que Ton ne trouve en dernier lieu qu'à l'époque de la guerre
de Trente ans, et que la langue as possède pljitf, aujourd'hui qu'elle a été savaramç^ perfctâpu? née et que l'on imite les formas étrangères d'art et de langage. }
A cette même époque de la guerre <fe Treqtj) ans, dont les effets ont été si désastreux, ùHU3 qui, pendant qu'Ole désolait encore l'Europe, animait et stimulait à certains égards l'esprit bu* main, le $Uésien Opitz ouvrit à la civilisation gé* nérale de l'Allemagne, à la poésie et à la langue, une voie que beaucoup d'autres ont p*rcou*ue après lui. 11 s'attacha aux Hollandais, qui à cette époque possédaient Htigo-Grotius. Les Bolla#-> dais étaient non-seule*nent les {dus ^vansetieH plus éclairés île tous les prote&tans^maia encore ils étaient versés dans l'art de la poésie et possé? datent une langue nationale, des tragédies faites à l'imitation de celles des anciens, lopg,-fe*np& avant les fameux tragiques français qui fleurirent sous Louis XIV. Cependant le mérite d'Opitz ne consiste point en ce qu'il a emprunté au* nations étrangères, aux Hollandais ou au roman pastof» rai des Espagnols. Ses essais dramatiques, qui, se composent de traductions libres ou imitations^ Grecs ou des Italiens, n'ont pas non plus 9btenijL i» succès remarquable.il faut mên^e,,popf bieji le jugçr dans ses poésies lyriques wigiqaleg et
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didactique*, considérer plutôt oe qu'il aurait pu devenir, dfeprès sa nature propre et ce qu'il avait âtim Pèsprit , qtoe ce qu'il est devenu réellement. On a coutume de l'appeler le père 4a la poésie allemande ; mais il*ne se*nble que depuis Klopstéck il n'y a eu qu'un petit nombre de ses fila ifigrats qui connussèot un peu en détail leur prétendu père. 11 était appelé d'une manière toute particulière k traiter la poésie héroïque. Aussi son intention était>elle de devenir le poète épique de la nation allemande; mai*, obligé de mener une vie errante et inquiète par auite des dl*coaatances pofitiquw de son temps, il mourut dans au âge encore peu «avancé sans avoir pu mettre à exécution ses projets et àa^poésie. Qui* temqae, au reste, est capable de sentir la poésie héroïque, apercefwa partout dans la poésie d*' cet auteur cette aiairièfe de penser et. cette gPàtàdétir d'âme qui Font le poète hérokp&e» On remarque aussi dans son style une simplicité ntfve* et &mâ «ft; acoompagaée de dignité et d*énérgîè, qui plu& fané n'a été y selon moi, que rarement et même jamais atteint^ Rouis ce rapport, je fte balance point k mettre Opit$ bien âu^desïus de Slôpslock , quoique de son temps ce poète se- toit trâuvé pl*cë si haut an-dessws dé ses rivaux.
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Parmi le* poètes silésie&s de cette époque , ou wk brille^ à côté d'Opite, Flemming, Ce poète expose dan» ses ch&nts et dans ses poésies v avec un sentiment brûlant et souvent avec une imagtMrtion qui déploie la richesse des couleurs o ri ««taries, toutes les inspirations de l'amitié v des paasâens, de l'amour; ainsi que tout ce qu'il avait vu et appris à connaître dans, un voyage mémorable qu'il fit .ai Perse à travers la Russie, encore peu connue à cette époque, et pendant le temps qu'il y séjourna. Ce n'est que sous le rapport de la langue qu'il est intérieur £ Qpitz. C'était déjà un mat que ces poètes ne fussent point, à proprement parler, des poètes allemands écrivant pour le pays entier ; mais des poètes qui se bornaient en partie à consacrer leurs veilles à leur province. Plus la puissance de la nation allemande avait été brisée depuis la désastreuse guerre civile dont le feu, entretenu par la part qu'y prit la moitié de l'Europô et pgr les manœuvres sourdes de la politique étrangère, désola et ravagea -pendaùt trente ans l'Allemagne, et depuis la paix de i6$8, encore plus desas* tueuse; plus aussi, la poésie allemande manquant de sujets Véritablement poétiques, finit par s'abaisser it des poèmes dé circonstance et dégénéra en une afféterie pleine d'extravagance, comme il
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arrive presque toujours lorsque la poésie n'a plus de sujets vraiment poétiques à traiter, et que ce qui fait sa vie lui a déjà échappé. Hoffmanswaldau fit naître ce mauvais goût, et Lohenstein le rendit généralement dominant, précisément parce qu'il n'était pas dénué de talens. Cet intervalle de temps, qui s'étend depuis 1648 jusque vers le milieu du dix-huitième siècle, fut la "véritable époque de la barbarie. Ce fut ctens la littérature une sorte d'interrègne, un mélange de lumière et de ténèbres, où la langue flotta incertaine entre un allemand corrompu et un jargon à moitié français. Sous le 1 rapport de l'état politique, l'époque qui suivit immédiatement la paix de Westphalie fut aussi la plus désastreuse et la plus malheureuse pour l'Allemagne. Au commencement du dix-huitième siècle, la puissance de l'Allemagne surgit de nouveau; l'Autriche atteignit de nouveau l'apogée de 1* puissance et de la gloire. Plusieurs des première trônes de l'Europe furent occupés par des maisons princières allemandes, tandis qu'en Allemagne Tune d'elles obtenait la dignité royale. Tous ces événemens devaient, momentanément du moins, produire un effet favcfrable sur l'es* prit, les lumières et la langue. Plusieurs princes étaient portés, même par l'intérêt d'État, à
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protéger les sciences. Cette circonstance y contribua aussi, mais lentement, faiblement et seulement dans le principe j car les obstacles étaient très-grands , la langue et Fart même égarés dans une fausse voie. Les premiers poètes lyriques du dix-huitième siècle qui furent supérieurs sous le rapport des pensées et dti style, s'étaient cependant bornés en grande partie , comme leurs devanciers du dix-septième siècle, à traiter le ïùême genre de poésies de circonstances, destinées à célébrer des solennités politiques et religieuses. Ceux qui s'efforçaient d'écrire de la manière la plus correcte, Hagedern et après lui Uta, imitèrent- trop souvent des poètes français et des poètes anglais exclusivement ; rarement ils manifestèrent leurs pensées dans dés poèmes de leur invention et dans des chants écrits sous l'inspiration de leur sentiment propre. Ceux qui, doués d'un élan plus sublime, comme Haller, ou d'une heureuse facilité et d'une grande fécondité, comme Gleim , méritent davantage le titre de poètei , ne sont rien moins que corrects dans la langue; souvent même ils font des fautes grossières. Cependant ils n'en ont pas moins un très-grand mérite, si l'dn compare ce qu'ils ont fait pour la langue et pour son perfectionnement à l'abîme de barbarie auquel ils furent obligés de Farra-
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cher, et si on les juge de ce point de vue. l*eu* mérite paraîtra encore plus grand, si ou prepd en considération les circonstances et les rapports défavorables dans lesquels ils se trouvèrent pla* ces. Quelques-uns de ces homiaes qui s'appliquèrent les premiers à perfectionner la langue et la poésie allemandes moururent de bonne heure»
tomme Kleist (celui d'entre eux à qui la palme eét due peut-être), Kçonegk et Eiie Schlegel. D'autres passèrent dans la vie civile et pratique, se fixèrent en pays étrangers, au forent disséminés d'une manière ou d'autre. On manquait d'un centre de réunion, que l'on attendit généralement , mais en vain , de Frédéric U. De nos jours, on a coutume d'excuser ce roi de Pruése d'avoir été indifférent à cet égard, en disant qu'à l'époque de son avènement au trône, la tangue ainsi que les lumières de l'Allemagne, étaient dans an étyt tel, qu'il ne faut point s'étonner qu'un monarque si spirituel s'en soit détourné avtic dégoût et mépris : mais ceci n'est point fondé. D'ailleurs, combien n'eut pas pu faire pour la langue allemande et pour les progrès de l'esprit humain en Allemagne, un roi sous le *èg»e duquel vivaien* Kiopstoek, Winkelmann, Kant, Leasing, et à coté dç ce* çégies du premier ordre tant d'anjtres bomme& de mérite, dont plu-
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mcuh étaient ses sujets , et qui tous se consà» trrfciënt aux arts et aux sciences ? Où un gouvernement pourra -t-il jamaià trouver simultanément plusieurs hommes d'un pareil mérite pour former une académie de savans? et, si Pou en excepte Voltaire, quels étaient donc ces étrangers que le roi de Prusse leur préférait? un Mâûpertuis, un iLamétrie, qui n'étaient certainement pas les plus beaux génies de la littérature française. Il ne faut donc pas en vouloir à Klopstock, si, par un sentiment d'amour propre qui lui était bien permis, iL s'est trouvé personnellement blessé de ce mépris que le roi af* fectait à l'égard de la langue et de la culture intellectuelle allemandes. Il en fut vivement piqué, et il Fa souvent fait voir clairement en comparant sous ce rapport Frédéric à César ; parai-» lèle tout au détriment du monarque. Du temps de César le grec était, tant bien que mal, parlé et écrit à Rome plus que Ton ne parla jamais le français en Allemagne pendant le dix -huitième siècle. À cette époque, la langue romaine avait à offrir aussi peu d'ouvrages littéraires classîques que la littérature allemande moderne avant î 750, ou du moins n'avait-elle pas à en ofr friir die meilleurs. Cependant César pensa qu'il n'était pas indigne de lui de donner la plus grande
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attention à sa langue, même de l'approfondir et de l'enseigner. Par là, il devint le premier orateur de son temps, l'un des meilleurs écrivains dana sa langue, et atteignit une perfection à laquelle jusqu'alors personne n'était encore arrivé dans une langue étrangère. Ce fut peut-être un avantage pour l'ensemble que cette réunion de savans allemands, qu'à cette époque appelaient tous les vœux, n'ait pu avoir lieu. Si cette réunion de savans avait existé, beaucoup de particularités se fussent développées avec plus de bonheur et de rapidité ; mais, par contre, il en serait résulté pour la littérature allemande en général un esprit resserré dans des bornes plus étroites, et un caractère provincial au lieu d'un caractère national. Elle eût acheté trop cher un développement plus rapide, si, pour l'obtenir, elle eût été obligée de sacrifier sa richesse et sa liberté, qui jusqu'à nos jours constituèrent son mérite particulier. Mais le point de vue dans lequel on se place pour justifier Frédéric II est faux. Si les rois veulent attendre partout, pour favoriser la science, qu'il y ait beaucoup d'écrivains, que ces écrivains aient acquis assez de gloire, et aient même déjà épuisé leurs forces et leur génie, il ne leur restera sans doute plus qu'à réunir les écrivains les plus habiles,. les moins offensifs et
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les plus faibles dans une espèce d'institution portant le nom d'académie des sciences. Bfais si l'on voulait véritablement former et diriger l'esr prit d'une nation, il faudrait s'emparer précisément des talens encore jeunes, et non entièrement développés, ouvrir un vaste champ à leur imagination et leur accorder de puissans moyens de développement, en dirigeant en même temps les esprits vers un but généralement utile, dans un sens large et national. On doit donc facilement pardonner à Rlopstock le sentiment d'indignation qu'il a éprouvé, capable comme il pétait assurément de répandre un nouvel esprit et une influence bienfaisante, non-seulement sur la poésie, mais sur tous les genres et sur tout le domaine littéraire. Autant Voltaire a fait de mal en France, autant Klopstock eût été capable de faire de bien en Allemagne par son vaste génie, si on lui en eût fourni l'occasion et les moyens. A cette époque Klopstock était tout-à-fait retiré et presque seul dans le monde allemand avec son sentiment national élevé que peu de personnes éprouvaient comme lui, et qui n'était compris de personne. Il ne lui resta donc d'autre parti à prendre que de le déposer dans sa poésie. C'est avec la M essiade en effet que commence un essor plus hardi dans la littérature allemande moderne,
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tant le mérite de cet ouvrage est immenae* surtout sous le rapport de la langue et de l'expression, bien qu'il ne soit guère admiré que sur parole et n'ait du moins jamais agi d'une manière vraiment décisive sur le sentiment intime. Le plan de l'ouvrage est embarrassé par les mêmes difficultés que tout poème de ce genre* et n'a pu les vaincre entièrement. En général, Klop&tock a plus de bonheur comme poète dans les morceaux élégiaques ; il sait exposer en maître chaque mouvement, chaque degré, chaque profondeur et chaque mélange des sentimens élégiaques; dans ce genre, il entraîne son lecteur qui le suit volontiers sans examiner jusqu'où le poète s'abandonnera à ce torrent et à la marche de sa sensibilité. Il sait inspirer la plus tendre compassion, même pour Àbbadona, l'un des esprits déchus. Mais outre ce sentiment élégiaque U y a dans sa poésie un autre élément qui produit souvent un effet pernicieux. Cest la rhétorique qui le pousse quelquefois dans tout ce qu'il y a de plus extravagant et de plus exagéré. Souvent dans la prose, il élabore et subtilise jusqu'à les rendre incompréhensibles des sentences, des pensées et des tournures qu'il exprime avec une brièveté forcée; tandis que dans le poème épique il tombedans le défaut opposé qui consiste à s'abandon-
«1er à des discours savamment conçus, mais trop longs. Si les discours ne manquent pas dans Virgile et dans Mil ton et sont souvent d'une longueur déawsurée, le même reproche peut être adressé, -et avec plus de fondement, à la Messiade. Et alors même que nous lui accorderons en sa qualité de poète que tous ces personnages célestes pussent parler un langage humain, l'exprimer même en langue allemande, on ne persuadera cependant à personne qu'il convient que les natures intellectuelles tiennent des discours d'une pareille -étendue.
L'énorme différence que l'on remarque entre la seconde moitié du poème et la première, peut 'également servir à confirmer cette vérité, non* seulement que la nation mais encore que le poète, peu d'accord avec lui-même sur l'ensemble de son ouvrage, n'était point satisfait de la Messiade.
Il y avait dans l'esprit de Klopstock une haute idée d'une poésie nouvelle et surtout allemande. Il trace. d'une main puissante les traits principaux du grand projet qu'à la vérité il n'a pu mettre entièrement à exécution; saisissant dans sa Messiade d'un côté le christianisme, et de l'autre la mythologie du Nord et l'antiquité germanique, comme les deux élémens principaux n. 2i
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de toute culture intellectuelle et de toute poésie .européenne modernes, A cette époque, des investigateurs et des poètes danois commençaient à rappeler à la lumière et à faire revivre la mythologie du Nord et ITEdda; mérite auquel Klopstock prit également part Toutefois des poèmes lyriques particuliers et des allusions empruntées ou détachées, n'étaient pas propres à Faire entrer dans la poésie vivante use mythologie qui n'était connue jusqu'alors que des personnes versées dans la science des antiquités du Nord ; ce qui ne peut d'ailleurs avoir lieu qu'au moyen d'ouvrages d'exposition complets, comme ont fait les poètes danois.
Ce que nous avons déjà dit sur la vérité et la variété du sentiment élégîaqae dans la poésie de Klopstock, et s&r l'abus qu'il fort des subtilités de la rhétorique, s'applique à son Heirmann comme à la Messiade, le plus grand de §e& Ouvrages. Comme poème dramatique, l'auteur l'avait composé pour un théâtre dont la réalisation était possible dans l'avenir, et non pour Je théâtre d'alors dont on faisait usage pour tous les plaisirs, tous les buts et tous les essais, à l'exception toutefois de la poésie, circonstance qui ne se prolongea que trop. KJopstock n'a suivi et exposé que les deux points extrêmes de la
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poésie allemande moderne. II a mis de côté tout ce qui se trouvait placé entre le chrétien et le septentrional, par conséquent tout ce qui est sorti de la combinaison de ces deux élémenst tout le moyen âge, les mille ou douze cents ans qui se sont écoulés depuis Attila jusqu'à la paix de Westphalie, si, comme il est juste de le faire sous ce rapport, on veut considérer cette paix comme constituant une époque et comme la limite au-delà de laquelle il n'y a plus de poésies dans l'histoire. Par conséquent c'était précisément la région qui s'est de tout temps mainte» nue la plus féconde pour l'art poétique moderne qu'il abandonnait, région à laquelle la poésie doit, non s'attacher exclusivement* nais s'appliquer principalement, si elle veut avoir un caractère national et une couleur historique. Deux écri* vains travaillèrent d'une manière toute particulière à combler cette grande lacune, que Klopstock avait négligé de remplir : Bodmer comme savant, et Wieiarid comme poète. Bodmer aimait l'ancienne poésie chevaleresque romarf tique ; ce fut le premier qui fit reparaître à la lumière les richesses anciennes que l'Allemagne possédait en ce genre, d'une manière cependant qui ne pouvait pas produire tout d'abord des effets aussi généraux. La poésie de Wieland était entière*
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ment dirigée vers le romantique que Klopstock avait négligé. Toutefois un poème historique romantique c|ans le genre de celui du Tasse, alors même que le sujet n'en eût pas été tiré du siècle des croisades, mais eût été choisi dans quelqu'un des nombreux poèmes du moyen âge, eût plus fait pour ce but qu'un sujet comme celui d'Obéron, qui, presque sans base historique, convenait davantage à un pur jeu de l'imagination à la manière de i'Arioste. Cependant, nonobstant quelques imperfections et quelques ingrédiens trop modernes, cette manifestation de sentiment romantique, telle quelle s'est produite, est d'un grand prix. Nous regrettons seulement que le poète ait abandonné sitôt cette carrière du Gai Savoir des ancien* troubadours, et la poésie en général. Le plus grand reproche qu'on puisse adresser à l'auteur d'Obéron, c'est d'avoir préféré imiter Crébillon en prose, plutôt que de devenir, ainsi qu'il en avait la capacilé, I'Arioste de l'Allemagne, ou du moins le rival du poète Italien. Or il est même visible que sous le rapport de la langue et de l'expression il n'a jamais été aussi heureux dans sa prose que dans ses poésies; et son Obéron lui vaudra, à mon avis, bien plus long-temps le culte de la postérité que tous ses romans grecs.
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De tous les autres poètes de là' première génération, Gessner est le plus original; mais sa poésie, trop éloignée de toute réalité, trop précise et trop locale, et qui cependant n'a pas un caractère poétique et mythologique décidé*, flotte trop dans le vague-, et devient par cela même uniforme et ne produit aucun effet. Il est digne d'éloges sous le rapport de la langue; seulement noua ferons observe* qu'ici encore cette tendance au vague et à l'indéterminé se manifeste également dans sa poésie par l'absence singulière dit rhy thme et de la rime..
Sous un rapport, la doctrine et l'exempte à& Klopstock produisirent des effets fâcheux sur lar langue allemande. A la vérité, on ne saurait le blâmer d'avoir tenté de lui faire L'application de l'ancienne mesure syllabique. Lorsqu'il s'agit d'arracher une langue à tin inextricable chaos* de» formes rigoureuses , ; savantes , étrangères même , sont très -salutaires pour sortir tout d'un coup de la négligence accoutumée ; quoique pour atteindre ce but il faille dans le commencement feire quelques efforts violens et soutenus. Aussi les Allemands ont-ils déjà l'oreille habituée à L'ancien hexamètre , bien que dans leur langue cette forme rhythmique présente toujours quelque chose d'étranger et de guindé. Toutefois,
quelque louange que l'on puisse accorder au* essais faits avec des formes étrangères pour le perfectionnement des langues, le choix d'une me* sure syllabique étrangère ne devra jamais être re* commandé pour un poème véritablement épique et national ; car la première condition d'un pareil poème est d'être non-seulement aisément corn-* préhenstble pour l'esprit , maïs encore de pouvoir être facilement saisi par l'oreille et prendre comme de lui-même la forme du chant dans la langue du pays. Avec le vers hexamètre, on 3 encore cette difficulté particulière, que lorsqu'on le traite avec plus de liberté et moins de rigueur, on mécontente ceux pour lesquels cejte forme de vers devait être un plaisir. D'ailleurs si le poète qui a fait choix de cette forme s'efforce d'atteint dre le plus haut point de la perfection rhythmi* que , il est difficile qu'il en vienne à bout d'une manière uniforme dans un poème d'une certaine longueur, sans que le sujet en souffre, et sans que là langue elle-même soit quelquefois violentée. Sans doute d'après le sujet même du poème, la Messiade de Klopslock n'était point destinée à être universellement comprise et à produire des effets généraux i mais à* agir dan$ une sphère beaucoup plus bornée. C'est pour çelg cjue le choix qu'il a fait de la mesure syllar
bique peut être facilement excusé, si même on ne peut le justifier.
Mais ce poète remarquable agissait contre la nature et contre l'esprit de la langue, en allant jusqu'à haïr la rime et en voulant tpême îa pro* scrire, non qu'il ait pu toutefois réussir dans son projet. Il n'est pas aussi facile que Klopstock le pensait, d'extirper une coutume qui compte neuf cents ou mille ans d'existence (car à cette époque il y avait déjà autant de temps que la rime était employée dans le haut allemand); et un long usage lui a fait prendre racine dans toute la structure de cette langue. Mais ce n'est pas seulement une habitude; la rime résulte de la constitution ' originelle de la langue. Klopstock a pensé que lés poèmes et les chants allemands de la plus haute antiquité étaient uniquement soumis au rhythme et non à la rime ;cette opinion n'est point fondée. A la vérité, notre manière actuelle de rimer par une désinence tout-à-fait égale à fa fin du vers, n'y domine point Toutefois ces sons et ces rimes plus imparfaites, mais cependant très-régulièrement déterminées entre les syllabes et les mots,: même au milieu et au commencement des vers, de la manière qui domine dans les poésies islandaises ainsi que dans l'ancienne Scandinavie et que l'on connaît sous le nom de l'allitération, do-
minaient dans toute la langue germanique ; et tous les anciens chants saxons encore existans, ceux qui ont été écrits en Angleterre et ceux qui le furent en Allemagne , sont composés dans cette forme particulière et ancienne des vers rimes. La transition de ce genre de rimes à la rime parfaite, était très -facile. Par conséquent pous ne devons pas être étonnés en voyant tous les dialectes allemands s'en servir dès les premiers temps. Cet usage de la rime se rattache même au principe fondamental actuellement encore en vigueur sur la prononciation et la langue allemandes. Cette règle fondamentale reconnue comme telle par tous les philologues, consiste en ce que nous appuyons sur les syllabes significatives, principalement sur les syllabes racines ; accent qui devient plus fort, en proportion de la signification et dé l'importance même de ces syllabes. Nous ne mesurons point les syllabes, nous les pesons. Nous n'accentuons pas uniquement pour que notre auditeur nous comprenne ; mais tout appliqués au mot même, nous y discernons sur-le-champ les sons racines significatifs, et nous nous y arrêtons, comme à la chose principale , sans attacher le moindre prix aux syllabes accessoires fugitives. Toute la beauté de la prononciation allemande ainsi que l'euphonie àes
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chanta et des poèmes allemands, repose sur cet accent plus ou moins grave, sur les syllabes significatives d'après leur valeur intrinsèque. Nous n'avons donc point de longues et de brèves comme les anciens; on peut les regarder comme égales entre elles; mais parmi les syllabes significatives, il y a une multitude de gradations pour la signification et l'importance, qu'il serait impossible de déterminer. Voilà l'obstacle insurmontable et le véritable motif pour lequel l'imitation de l'art rhythmique, d'après les principes des anciens, demeure dans notre langue toujours dans un état imparfait d'analogie et d'approximation, sans pouvoir jamais arriver à une conformité complète. Car pour y parvenir, il faudrait déranger et bouleverser la langue dans ses élémens les plus intimes. Mais cette règle fondamentale de notre langue conduit aussi d'une manière particulière à la rime. Dans les langues qui n'ont aucun rhythme, comme la française, la rime est indispensable, à causé du besoin d'une délimitation, d'une division et d'une liaison sensible du vers. Là le charme de l'inattendu qui arrive avec beaucoup de bonheur, mais qui semble produit sans aucune peine, est d'une grande importance. Dans les langues vivement accentuées, telles que l'italien et l'espagnol, la rime
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prendra facilement la forme d'un jeu purement musical de syllabes et de mots* Dans la langue allemande qui, bien qu'elle ait jailli plus immédiatement et avec plu* de fraîcheur de la souche et de la source, ne peut cependant se mouvoir sans rhythme, cette règle fondamentale de la prononciation , cet accent sur les sons racines et sur les syllabes significatives, ont conduit à remarquer, à sentir, à rechercher les divers sons dont elles se composent et à leur donner finalement la forme de la rime. C'est de cette manière toute particulière que la langue allemande est parvenue à la rime; et quoique la manière de rimer des Français , des Italiens ou des Espagnols ne soit point entièrement .applicable à notre langue, la rime n'en est pas moins conforme à sa nature, et n'en sera jamais bannie tant qu'elle existera. L'essence particulière et la direction véritable de • la poésie allemande consistent en ce que nous abandonnons toutes les mesures syllabiques étrangères, aussi bien les anciennes' rimes rhythraiques que les rimes savantes de la poésie romantique, simples exercices préparatoires à une formation plus flexible et qui par conséquent ne seraient d'aucune utilité de notre temps, et que nous revenons à la forme simple de la versification allemande. Il est vrai que d'un autre
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côté celle -ci consiste aussi peu dans les modes populaires en grande partie mutilés, ou dans là simple imitation de l'ancien vers allemand du poème des Niebelungen, que dans la manière de rimer habituelle au poète favori du dhc-hui~ tième siècle. Il faut qu'elle provienne du plus* profond de la nature particulière de la langue allemande, comme elle est maintenant développée et sentie selon que l'exige l'essence de la poésie lyrique et épique de la manière la plus variée, et cependant la plus simple. Ceci s'applique également au genre dramatique qui chez nous a beaucoup de penchant pour la rime, et qui l'exige même, à 3au^ de sa direction entièrement lyrique.
Nous revenons au développement historique de notre sujet, et nous disons que Wieland a droit à notre reconnaissance pour avoir fait des efforts afin de maintenir dans la poésie allemande la rime telle qu'elle dominait dans le Gai Savoir des Provençaux ainsi que dans Fancienne poésie chevaleresque des troubadours, et pour l'avoir prise sous sa protection contre le zèle trop égofote de ces chantres solennels et de cette foule de bardes versifiant sans rimes, auxquels Klopstock donna sans doute en partie Fexistence sans le vouloir.
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Les investigations profondes auxquelles H se livrait sur la langue le conduisirent quelquefois à la bizarrerie et au paradoxe, parce qu'il voulait se frayer partout une route à part. Adelung était assuré de ne point tomber dans ce défaut par les mêmes motifs. Sans doute on aurait pu attendre quelque chose de plus, si Ton considère le grand nombre de travaux préparatoires remarquables qui avaient déjà été faite sur la langue; cependant malgré les. fautes et les défauts nombreux qu'on lui a reprochés dans des temps plus récens, ce qu' Adelung a fait pour la langue n'est pas sans prix; et eu égard à la difficulté des premiers pas, il n'est pas sans mérite jour le temps où il vivait. Le préjugé principal d'Àdelung consistait à vouloir restreindre à un* courte époque qu'il considérait un peu trop tôt comme l'âge d'or de la littérature allemande, bien que de trop courte durée (ce qui ne lui donnait que plus deprix à ses yeux), la pureté du bon allemand à- 1 égard duquel, il voulait limiter le bon goût à untemps très-court, de même qu'il le restreignait^ quant à l'espace, au petit margraviat de Meissen. Ce qui fit tomber son système, c'est soc antipathie et son injustice pour l'écrivain de cette époque qui était sans comparaison le plus distingué, pour Klopstock , qui non-seulement comme poète
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maïs encore comme rhéteur, malgré quelques erreurs et quelques paradoxes, avait pénétré comme investigateur plus avant dans le génie de la langue qu'Adelung lui-même.
L'exemple d'un écrivain de ce temps, qui pa* raît si digne d'envie, si heureux, et qui en jugeait réellement ainsi, prouvera combien est relative la notion d'un âge d'or, du moins sous le rapport de notre littérature. Dans un de ses poèmes, Godsched recule cette heureuse époque de l'âge d'ôr jusqu'au règne de Frédéric I er de Prusse. Les auteurs qu'il considère comme les classiques de l'époque et qui devraient être par conséquent pour la littérature allemande à peu près ce qu'étaient Virgile pour la littérature romaine, Corneille et Raohie pour la française, sont principalement Besser, Neukirck et Pietch. Sans doute, ces poètes ne sont plus aujourd'hui aussi généralement admirés que le feraient présumer les louanges que leur prodigue Godsched; cepen* dant il était si fermement convaincu, que l'es* prit humain avait atteint par eux son apogée et l'art poétique allemand sa perfection , qu'il pense que le siècle a déjà fait quelques pas vers la décadence et qu'on aperçoit déjà quelque : déviation de ce goût pur qui régnait d^ns l'âge d'or. Il écrivait ceci en iyôi, par conséquent
dans l'année où partirent les premiers chants de la Messiade, ouvrage avec lequel il me semble que commença, non un pareil âge d'or seul bon et excellent, mais le nouvel essor de la littérature allemande. Les poètes distingués dont nous avons parlé plus haut et qui étaient en partie connus avant Klopstock, n'avaient produit ett général que des chants ou des poésies lyriques mêlées. Il est impossible qu'une littérature soit fondée par de pareilles poéstes, quoiqu'elles l'embellissent beaucoup alors qu'elle possède déjà des richesses essentielles. Il faut pour cela un ouvrage national dont le sujet soit grave. Peu importe que ce soit un poème historique ou un poème épique, poème par leque^ une littérature' commence au reste de la manière la pluç heureuse. Il est vrai que les écrivains allemands de la première génération se sont appliqués de la manière la plus louable à la pureté de la langue y parce que l'état de choses antérieur avait fait généralement sentir le besoin d'une pareille application. Cependant dans cette partie aussi, les premiers efforts furent si peu couronnés d'un succès égal, que je n'ai pas besoin de dire pour la première fois à mes lecteurs combien l'expression de Klopstock, même dan6 la prose, est peu comparable à celle de sa poésie; ou combien ks.pre-
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tniers ouvrages de la jeunesse de Lesshig, lesquels appartiennent à cette époque, sont loin du £tyie dans lequel sont écrits les ouvrages qu'il composa plus tard; on ne peut donc que difficilement admettre et justifier une pareille époque privilégiée dans la littérature allemande, même pour le développement de la langue. Je jnae fais fort de citer pendant tout l'intervalle de 1750 à 1800, et presque d'année en année, dés .ouvrages auxquels on ne peut refuser le mérite d'avoir contribué aux progrès de la langue, et qui sont très-remarquables. Sans doute l'on n'en .trouvera point qui soient absolument irréprochables sou3 £$ rapport ; mais aussi les exemples d'un style négligé et tout-à-fait blâmable ne manqueront nulle part, et ce seront des écrivains bien connus qui nous les fourniront.
Il se présente une autre division de la Jtttératurc allemande qui serait plus féconde en résultats, dès qu'on envisagerait sous un point de vue historique cette littérature, dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé de 17&0 à 180a. Il est trè$-facile de distinguer avec beaucoup *de précision les diverses générations d'écrivains. Il est -d'au^t plus important de saisir cette différence, que chacun^ de ces générations a ses avantages et ses défauts propres, dérivant de rapports ex-
térieurs et de l'esprit du temps. C'est à quoi il faut faire bien attention pour ne point exiger d'un écrivain des qualités que les circonstances dans lesquelles il se trouvait placé l'empêchaient d'avoir, et ne pas lui reprocher des fautes qui appartiennent moins à lui-même, qu'à toute son époque.
Je place dans la première génération ceux dont le développement et la première action datent des années 1750 et suivantes, jusqu'au commencement de 1770. J'ai déjà présenté le tableau des poètes les plus remarquables de cette génération. Les bornes de cet ouvrage ne me permettraient point de nommer les uns après les autres, tous ceux qui ne sont point sans mérite dans leur genre. Je dirai seulement que le savant Jésuite Denis eut, entre autres mérites, celui d'introduire et de naturaliser en Autriche, sa patrie adoptive, qui commençait à refleurir à cette époque sous Marie -Thérèse après avoir échappé à de nombreux dangers, le perfectionnement de la langue, particulièrement d'après le gpàt sévère de Klopstock. Aussi, long-teiups après que le génie de Klopstock était oublié dans le reste de l'Allemagne, était-il encore dans ce pays le modèle des études philologiques et poétiques allemandes.
À cette première géeération appartiennent parmi les prosateurs quelques philosophes, que je nommerai plus tard, Kant lui-même eu égard au temps de sa naissance, à l'époque de son développement intellectuel et de sçs premiers essais littéraires, mais particulièrement Lessing et Winckelmann. Haman y appartient aussi, chronologiquement parlant; mais, avec sa profçn-i deur divinatoire, il était dans la littérature et dans son siècle comtne un solitaire. La direction religieuse particulière qu'il suivit, et qui était déjà assez étrange en ^elle-même, le rendit moins accessible à se» contemporains, parce que ses feuilles sibyllines et ses allusions hiéroglyphiques qu une époque ultérieure où l'esprit allemand serait plus» exercé pouvait seule comprendre, étaient encore enveloppées d'une obscurité de figures presque, impénétrable.
On trouve encore en général dans les écrivains de cette première génération beaucoup de traces 4e la position défavorable dans laquelle se trouvalent à cette, époque l'art et la langue aUe^ rtiancje, position dont ces .deux e'erivains furent d'abord obligés de s'affranchir, ainsi que des nombreuses difficultés et des embarras intérieurs et extérieurs contre lesquels Us avaient à lutter. On nous a fut connaître ? peut-être avec trop peu u. '22
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d'égard pour sa mémoire, en noua communia quant ses lettres, combien Winckelraann luimême se trouvait dans ce cas. Quoique ses premiers essais publiés eussent été couronnés d'un plus grand succès* Kant n'a jamais pu s'affran*chir totalement des traces et des effets de ce combat, si long, si difficile, si pénible et laborieux. Les essais que Lessing fit clans sa jeunesse 9 surtout ses essais poétiques, doivent être unique» ment considérés comme un tribut que l'homme de génie lui-même paie d'une manière ou d'une autre au siècle dans lequel il vit. A l'exception de Klopstock, les poètes de ce temps nous transportent trop souvent dans l'époque plus reculée des poèmes de circonstances et des vers de commande. Comme poète, Klopstock est celui qui se développa avec le plus de liberté et de rapidité; cependant on peut admettre jusqu'à un certain point qu'il eût pu éviter dans le choix de ses moyens et de ses sujets, ainsi que dans la conception de son plan, beaucoup d'erreurs- que la supériorité même avec laquelle il l'a exécuté ne saurait couvrir ni compenser, s'il n'avait point été obligé de se frayer sa route tout seul, s'il avait eu sous les yeux de grands travaux préparatoires ou des essais dans un genre analogue, écrits dans sa propre langue et à une époque encore
récente. Telles furent les influences préjudiciables que subirent ces écrivains de la première génération , parce qu'ils vinrent les premiers, et à cause de l'état très-défavorable, de la littérature allemande de cette époque. Mais la défaveur des circonstances antérieures, qui accable les esprits faibles, donne souvent plus de vigueur et imprime un élan plus audacieux aux esprits d'un ordre .supérieur; surtout lorsque ces esprits d'un ordre supérieur concentrent avec une énergie d'autant plus grande leur puissance intellectuelle sur un but élevé que s'est choisi leur inspiration, et le dirigent vers un grand ouvrage auquel ils consacrent leur vie. Gette concentration des forces intellectuelles sur un but noble et élevé, telle qu'elle se trouve dans Klopstock, a aussi lieu darçs Winckelmann et chez Kant lui-même, mais d'une manière particulière. Plus' tard, notre littérature et surtout notre poésie, se sont trop individualisées et se sont divisées avec une inconcevable lé- * gèreté. C'est donc par leur gravité et par le but élevé auquel tendaient tous leurs efforts, que lea écrivains les plus distingués de cette première génération sont devenus , à proprement parler, les fondateurs de notre nouvelle littérature allemande. Cette observation s'applique, non-seulement à Rlopstock et à Lessing, mais aussi à Winc-
kelraann, parce que le penchant à la contemplation du beau dans les arts est devenu une qualité prononcée, caractéristique, peut-être trop exclusive et prédominante de cette littérature. Depuis cette époque surtout, des vues purement artificielles et esthétiques sont devenues dominantes dans la littérature et dans la philosophie allemandes, et on les trouve là même où évidemment une autre considération morale et nationale, on une autre disposition religieuse, devrait ^voir la préférence et occuper le premier rang. Ce grand ébranlement historique que nous appelons communément la révolution, parce que c'est alors qu'il s'est manifesté, a réveillé l'esprit allemand de ses rêves esthétiques et Ta rappelé à la vie réelle, de même qu'il lui a indiqué la gravité plus sublime de la foi éternelle. Mais la lumière du réveil des connaissances n'a pu dissiper qu'avec peine les ténèbres amoncelées par fesprit révolutionnaire, et ce ne sera qu'à la longue que disparaîtront lés taches qu'elle a reçues dans cette malheureuse époque. Ce combat qui a lieu aujourd'hui surtout en Allemagne, dans le domaine de l'intelligence, comme dans celui des sciences et de la littérature, est la dernière grande apparition par laquelle je terminerai ces considérations. .....*
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