CHAPITRE XVI
Coup-d'oeil sur l'ensemble du sujet. — Epoque des écrivains créa-* teurs. — Direction dç la poésie vers la nature. — La présence vivante et la réalité. — - Critique allemande : Leasing et Herder,
— Opinions esthétiques dominantes. — Lessing considéré comme philosophe. — Liberté de penser et propagation des lumières. — L'empereur Joseph H. — Caractère de la troisième génération. — Philosophie de Kant. — Goethe et Schiller.
— Coup-d œil sur l'avenir. — Fichte et Tieck. — Importance historique de la littérature allemande. — Appréciation de l'époque actuelle.
On peut comparer là nouvelle littérature aile* mande à une dissonance qui n a pas encore été résolue. Il ne serait peut-être pas difficile d'indiquer d'une manière générale où il faut en, chercher l'harmonie et quel est l'unique moyen de la trouver. Mais, à quoi bon déterminer le but éloigné, si Ion n'indique pas en même temps les voies qui y conduisent, les faux sentiers que Ton peut rencontrer, ainsi que les obstacles que l'on aura à combattre, même dans le bon chemin ? Avant de songer à la solution du problème ,
il faut apprendre à embrasser et à connaître le problème .sous ses diverses faces; avant qu'il nous soit donné d'espérer rompre ce nœud gordien de notre littérature, it faut que nous puissions suivre tous les fils de l'ensemble qui ne laisse pas d'être assez compliqué*
C'est le but de ces considérations historiques. Plus nous approchons de l'époque actuelle, moins nous nous arrêtons à caractériser les particularités, et plus nous sommes par conséquent obligés de nous assujétir à suivre la marche générale du développement et Fesprit dominant cle la littérature. Le temps n*est peut-être pas encore venu de donner une histoire complète de la nouvelle littérature allemande; beaucoup de cho^ ses n'apparaîtront sous leur véritable jour que lorsque leurs conséquences se seront plus complètement développées. Aussi bien , on manque encore de documens qui seraient importans pour l'histoire des progrès de l'esprit humain en Allemagne.
J'ai déjà essayé de tracer le tableau des poètes les plus distingués de la première génération. Je diffère encore de parler des philosophes ainsi que des autres prosateurs, afin de suivre aussi fidèlement qu'il m'est possible l'ordre des temps , parce que les opinions et les systèmes philoso^
phiques de Leasing et de Kant, les plys remarquables assurément de ces prosateurs , n'ont agi qu'un peu plus tard avec efficacité sur la manière de penser.
Lorsque la longue aniraosité qui avait irrité l'Autriche et la Prusse fut enfin terminée par une paix durable, l'Allemagne jouit pencfent long-temps d'une tranquillité salutaire, même pour les sciences et pour la civilisation. Il est vrai qu'on craignit un instant que cette tranquillité ne fut troublée de nouveau. Mais le danger n'était que passager, et l'Allemagne prit un puissant et magnifique essor au sein de la paix et de la force, quoiqu'elle ne se rendît pas compte partout de la véritable cause de la prospérité # dont elle jouissait. Les premiers fondateurs de la lit-r térature, du perfectionnement du langage et de * l'art poétique allemand qui agirent dans Je même but, les uns encore avant Klopstock et les autres après lui, avaient eu à combattre les plus grands obstacles dans une positionintérieure bien plus défavorable. Ils étaiçnt parvenus à triompher de plusieurs de ces obstacles; leurs grands travaux préparatoires, à jamais célèbres, avaient frayé la voie; leurs erreurs et leurs défauts même pou? vaient être d'un puissant secours à ceux qui suivaient avec énergie leurs traces, et servir de
premier degré pour arriver à une plus haute perfection.
Gardons-nous par conséquent de nous étonner si nous voyons la deuxième génération de poètes fct d'écrivains allemands, dont les premiers progrès intellectuel* appartiennent en grande partie à la période de 1770 à 1780, prendre un ébn beaucoup plus audacieux et se mouvoir avec in* Animent plus de facilité. Ils ont récolté et utilisé ce que leurs devanciers avaient semé. Goethe , Stolberg, Voss et Burger, signalent comme poè* tes cette époque. À ces hommes célèbres on pourrait en ajouter quelques autres encore qui* comme poètes, se développèrent soit en même temps qu'eux, soit plus tôt ou plus tard, et qui Se distinguent par leur génie, quoiqu'ils n aient point acquis une gloire aussi étendue, à cause de la nature même de leurs ouvrages ou par les circonstances extérieures dans lesquelles ils se trouvaient placés. À ces poètes véritables il s'en joignit en outre plusieurs autres qui se prétendaient doués d'une puissance de génie qu'ils ne possédaient point, et qui de cette manière eussent presque fait tomber en discrédit et cette époque c?t le nom même du génie, si pareille chose pouvait être le résultat de l'abus que l'on en ferait Mais, pour se convaincre que cette époque a été
Terne des plus heureuses pour l'essor de l'esprit allemand, et réellement riche eu génies puissans, il suffira de réfléchir que Jacobi, Lavater,Berder, Jean Muller, lui appartiennent entièrement , tant par l'époque de leurs premiers essais littéraires, que par le caractère de leurs écrits. Et la gloire de ces écrivains ne s'est pas trouvée restreinte à l'Allemagne, mais s'est répandue dans tout le reste de l'Europe. Les auteurs de cette s^onde génération diffèrent de ceux de la première, aussi bien par l'esprit et le système de leurs ouvrages, que par la langue et le style. Leur manière d'écrire est pleine d'âme, de feu et de vie, d'enthousiasme, de prcftmdeur et d'esprit, toujours originale et neuve, souvent très*- savante dans les détails. Mais l'unité de l'ensemble, l'ordre rigoureux % la mesure véritable /y manquent -souvent et Vùn n'y trouve même point partout les soins néôes^ saires pour la pureté et la précision du langage. Cette observation s'applique même à Herder et à Jean Muller, les plus riches de cette époque en connaissances étendues, et les plus habiles à cause de la diversité infinie des* genres dans lesquels ils s'étaient exercés. Il semblerait par conséquent, que les partisans de la première époque '»nt presque raison de soutenir que la pureté de la langue se trouve sinon exclusivement, du
moins à un plus haut degré dans les écrivains allemands de la première génération. Cependant cette prétention n'est pas généralement. fondée; dans quelques auteurs, parmi les poètes surtout, comme dans Voss, Stolberg, et dans plusieurs ouvrages de Goethe, on trouve cette pureté de la langue avec toute sa rigueur et toute sa perfection. Dans Voss, le respect pour la langue va même quelquefois jusqu'à la dureté; et si l'on trouve quelques négligences dans certains ouvrages de Goethe d'un genre plus léger et composés antérieurement ou postérieurement, dans ses poésies nobles la* langue est aussi belle qu'elle puisse l'être , e^ a une lé* gèreté, une grâce, une naïveté étrangères à Klopstock. La langue fut non-seulement enrfc chie par le génie des^écrivains et des, poètes qui prirent un élan plus audacieux çt plus libre dans la carrière que leurs devanciers avaient ouverte, mais elle fut aussi exposée avec une pureté sans tache et le plus haut degré de perfection dans quelques ouvrages. La poésie prit alors une direction toute nouvelle : avant elle était divisée en deux partis, suivant que l'on prenait exclusivement, pour modèle Wie* land ou Klopstock. Dans les poésies des uns, il ne s'agissait que de muses et de grâces % d'à?
mour et de roses, de zéphirs et de nymphes, de dryades et d'hamadryades. Les autres cherchaient à saisir les derniers sons des anciens chants des bardes, entre les écueils et les rochers; ou bien ils erraient dans les nuages avec Eloah, dans des régions célestes parsemées de soleils; et lorsqu'ils consentaient à revenir sur la terre, c'était au milieu des coups de tonnerre, des tempêtes, des bouleversemens de la nature, comme s'il s'était ogi du jugement dernier. Entre ces deux extrêmes d'une élévation uniforme et d'une mollesse trop suave, à moitié grecque et à moitié moderne, les poètes nouveaux s'efforcèrent d'atteindre une réalité et une nature énergiques. Ils cherchèrent à rattacher leur poésie immédiatement au présent, parce qu'ils pensaient que ces esquisses rapides mais énergiques, tracées d'après la vie réelle, étaient les moyens par lesquels la poésie pouvait le plus agir, et qu'elle devait particulièrement employer. Us ne négligeaient surtout rien pour mettre de leur côté Homère, qu'ils Considéraient comme un grand poète de la nature vivante; et bientôt ils s'efforcèrent à l'envi de le traduire en langue allemande. Ils réveillèrent aussi un grand nombre de souvenirs de l'ancienne histoire d'Allemagne, de ses arts et de ses chants. Sans doute, leurs efforts n'étaient point
accompagnés d'une connaissance exacte et générale de l'ancienne histoire et de l'ancienne philosophie allemande, de Fart et de la langue; ce n'était d'ordinaire que des aperçus dont plusieurs étaient toutefois remarquables et très- féconds en résultats. Goétz de Berlichingen à la main de fer fut la souche d'une race innombrable de chevaliers pesamment armés et d'escadrons de cavaliers qui, de nos jours encore, maintiennent, du moins sur le théâtre , l'antique liberté de l'Allemagne et le droit du plus fort : quoique l'on puisse dire que cet ouvrage est non-seulement tout-à-fait irrégulier, mais même sans aucune forme arrêtée, et ce défaut provient de la volonté même de l'auteur, entraîné par la fougue impétueuse de la jeunesse; l'histoire de l'époque où la scène se passe a beau y être très -imparfaitement retracée, ce n'en reste pas moins un tableau poétique très-riche, d'un mérite durable et supérieur à celui de tous le6 autres ouvrages de la jeunesse du même f>oète, et dans lesquels il voulait rattacher sa poésie immédiatement au présent.
En général, la poésie fut trop détournée par cette direction nouvelle de la haute idée que Klopstock en avait fait concevoir : elle s'était trop disséminée et individualisée, elle était trop
descendue dans la sphère de la réalité ; et forcée par cette tendance de se rapprocher du présent etde produire un effet immédiat, elle s'était dirigée trop tôt et dune manière trop exclusive vers le théâtre. Je pense que le théâtre d'une nation fleurirait et se développerait d'une manière d'au* tant plus heureuse, qu'il prendrait son essor plus tard. Peut-être même le théâtre grée doit-il et* partie sa supériorité à cette circonstance. Il est difficile qu'un théâtre puisse jamais prospérer si la littérature et la poésie, surtout celle d'un genre élevé, n'ont pas encore été traitées a;vec une variété infinie, et si Fart n'est pas encore assis sur des bases solides. A la vérité, on avait foit alors à cet égard un heureux commencement en Allemagne; mais le projet fat exécuté sans qu'une semblable opinion fut généralement répandue.
La critique de Lessing contribua essentiellement aussi à diriger l'attention générale vers le tbéâ* tre. Il serait difficile de décider si, comme critique, il a exercé une heureuse influence sur le théâtre, malgré les vastes connaissances qu'il possédait et sa merveilleuse sagacité. On abandonna alors les traductions libres de Corneille et de Voltaire pour adopter entièrement le genre des tableaux de famille, inventé par Diderot;; et la prose fut long «temps considérée comme
condition indispensable de toute exposition conforme à la nature, afin que la langue, libre de toute entrave, pût mieux répondre à la matière dénuée de foute forme. Cependant cette manière de penser passa; tandis que le culte de Shakespeare, auquel avait surtout contribué Lessing, demeura, et avec lui, dans l'exposition , une plus haute idée de la nature que celle qui dominait dans les tableaux de famille du genre de ceux de Diderot.
Lessing, comme critique, avait plutôt le talent nécessaire pour placer dans leur véritable jour certaines questions particulières, surtout pour réfuter et extirper des préjugés enracinés, que pour assigner sa place véritable et son mérite réel, dans la marche graduelle du développement de l'art, à un ouvrage de Fart, à un artiste ou à un genre, d'après ses rapports avec les lumières générales. Il n'avait point l'esprit assez tranquille pour considérer et admirer un ouvrage d'une haute perfection comme l'eut fait Winckelmann. Cependant cela est essentiel pour la connaissance parfaite et la critique de l'art ou d'une manifestation particulière de l'art, d'après l'ensemble de son histoire et de ses .développemens. Ce n'est que dans des ouvrages parfaits que l'on peut reconnaître complètement la nature d'un art; ce
» B^est que par un examen calme qu'on en peut apprécier la perfection, et non par des critiques de détails ou des productions bâtardes et imparfaites. La critique de Lessing porte plutôt sur les principes que sur les caractères de ce qui est pai* fait; et il s'occupe plus de réfuter les principes faux que d'établir des principes vrais ; dans la critique, il est plutôt philosophe qu'investigateur de Fart. Il manque de cette flexibilité d'imagination par laquelle Herder sait se placer dans la poésie de tous les temps et de tous les peuples. Sans la philosophie de l'histoire, c'est précisément ce sens pour ce qui est poétique dans le caractère de la tradition d'une nation , ce talent de pénétrer dans sa manière individuelle de penser et de vivre, qui distinguent Herder. Comme théologien, c'était même la poésie des Hébreux qui avait le phis de charmes pour lui. On pourrait l'appeler lé mythologue de notre littérature , à cause de ce sens général pour la poésie, de ce talent de bien sentir l'ancienne tradition et de se placer avec passion dans toutes les formes et toutes les productions de l'imagination. Cet écrivain si spirituel, -si sensible, si plein d'imagination, et qui par im don de la nature était éminemment .es? thé tique, ne manque que d'exactitude dans la
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crîtiqae. et de profondeur dans la philosophie. Connaisseur et interprète de tout ce qui est du ressort de l'imagination* il a donné l'éveil au goût pour celle-ci , potir la tradition et la mythologie. Mais expliquer véritablement le sens particulier de la mythologie et de l'ancienne symbolique, appeler les hases du vrai qui se glisse à travers toutes les images et les fictions comme un 61 invisible purifié de toute enyeloppe fabuleuse, voUà ce qu'il n'est possible de faire que p^r la compréhension plus profonde de ht philosophie et de la religion; de même que le jeu. si varié des couleurs ne peut être expliqué dans ses transitions que par ^essence simple de la lumière. Or sans le secours de cette lumière conductrice, l'étude de la tradition, et de la mythologie ne mène q)u 'à déraisonner scientifiquement d'après des. septimens incertains. Dans le domaine de l'histoire et de la philologie, Herder, malgré son, tajtent unique dans ce genre, et son admirable pressent*menit de l'art, a posé les foodemens de la diva* gatfcm scientifique, parce qu il n'atteignit jamais ce point de vue plus sublime; c'est lui qui a tant augmenté ce penchant inné du génie aller m^ndpour les divagations, et quia surtout contribué à le développer. Si dans sa jeunesse il était sur une meilleure route et près de trouver dans
k révélation 1* plus reculée la clef de toute philosophie, de toute traditions de toute mythologie, on ne doit que le plaindre et ledésapprou* ver davantage d'avoir plus tard abandonné cette lumière.
En général, depuis Winckehnànn,ôn comment <ça à considérer d'une manière esthétique* presque tous les objets; et ce point de vue devint de plus «n plus, on pourrait même dire, exclusivement dominant. Cfc résultat doit non -seulement être •attribué au penchant naturel <iés Allemands pour l'art et la poésie ; mais l'éloignement absolu de toute sphère d'action publique des talens qui s'y développaient,dut encore beaucoup y contribuer; H ne resta au génie allemand que le choix entre deux voies : celle de l'activité intenté, plus étrangère à la vie civile, ou celle de l'activité philosophique. La première eut dans le principe la prédominance, au grand détriment de la dernière; parce que plusieurs écrivains qui avaient consacré toute leur vie, ou du moins une grande partie, à la contemplation de l'art, ou à en approfondir les principes, ne développèrent point ou du «toins développèrent leurs dispositions pour là philosophie d'une manière trop insuffisante pour, acquérir de l'influence sous ce rapport. Dans Winckelmann même, on ne saurait méconnaître n. 23
une pareille disposition, qui assurément est ires* noble. Toutes ses grandes idées d'art ont pour base un enthousiasme platonique qu'il avait puisé à la source, et qui était sa manière de penser dominante. De tçus les genres de philosophie c'est celui qui est le plus en harmonie avec la contemplation de Fart. Cependant, ce platonisme e$t si fort chez lui, que souvent il l'entraîne au-delà des bornes de toute contemplation de l'art. C'est surtout dans ses derniers écrits que ce penchant philosophique augmente ; -et je ne sais s'il n'eût pas été très-avantageux pour la philosophie aile* mande, de pouvoir commencer avec un platonicien tel que Winckelmann eut pu l'être.
Lessing renonça à ses recherches sur les antiquités, le théâtre et la critique de l'art, comme à des exercices de sa jeunesse, aussitôt que son esprit eut atteint la hauteur de la maturité virile. La recherche philosophique de la vérité fut le but de tous ses efforts intérieurs, et il s'y adonna avec une gravité et un enthousiasme qui lui avaient été inconnus jusqu'alors ; car dans les autres'genres où il avait brillé précédemment , il paraît souvent, en se jouant, s'abandonner à la puis* sance de son génie, surtout contre de faibles adversaires, plutôt qu'il n'était entraîné par la chose même. Quoique sa nature le portât irrésistible*
ment à s'exercer dans les genres d'art et d'esprit les plus variés , cependant il est impossible de ne pas reconnaître que la philosophie était sa véritable vocation ; seulement il était sous ce rapport trop au-dessus de son siècle pour pouvoir être généralement compris, chose d'autant plus dif- 'ficileque sa philosophie n'atteignit point un degré de maturité et uir développement complets; en sorte qu'avec sa méthode anti-systématique, il n'en reste que des opinions accidentelles et indirectes, des traits jetés sans ordre, de simples ébauches.
Parmi les philosophes de l'ancienne école, Sulzer, suivant la méthode dominante à cette époque, avait principalement consacré à l'art toutes ses investigations et toutes ses pensées. Mendelsohn essaya de donner une base phi-* losophique aux vérités générales de la religion. Garve n'était pas à la vérité de l'école de Leib* nitz, mais sous le rapport de sa méthode, il appartient entièrement à cette époque plus reculée. Il se consacra principalement à la philosophie morale des Anglais et des anciens; mais le succès qu'il a obtenu est une preuve certaine qu'une pareille morale et une pareille philosophie de la vie, fondées principalement sur ce qui est vraisemblable et présumable, sans une
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connaissance générale de ce qui est à proprement parler vrai et certain, ne pouvaient satisfaire l'esprit allemand. Les romans philosophiques de' Wieland, présentés sous Une formç socratique, contribuèrent à répandre, surtout parmi les classes élevées de la société, une morale qui au fond était épicurienne. Ceci ne fut point sans avoir des * suites préjudiciables pour la manière générale <Je penser ; du moins cette doctrine morale, trop tolérante et trop œoHe, n'était-elle point une préparation suffisante aux combats terrribles et violens dont le siècle et la nation étaient meçacés.
Kant n'avait pas encore acquis de célébrité ; lavater , bien différent des autres, adopta une marche toute particulière. On n'a saisi que le côté absurde de sa physiognomie, système qui a çté tant répandu. Sa profondeur philosophique «*a été ni reconnue ni comprise; il est vrai qu'il ne pouvait la manifester que dans les détails , et qu'il ne pouvait parvenir à un système, parce que sa méthode* qui était celle de la croyance vivante, était diamétralement opposée à celle de la philosophie dominant alors da#s les. écoles. B^ais à mon avis, il eat > après Haman e* avec Lesaing, un des plus remarquables des investigateurs du dix- huitième siècle; et j'appelle ainsi
ceux qui recherchaient avec une infatigable activité les tracée de la vérité que l'on avait perdues. Ces trois penseurs solit ai f-es forment un cer* de absolument séparé des discussions des sectes dominantes et des formes à-la mode dans l'école; c'est un cycle particulier de la jnéditation plus élevée où l'on aperçoit déjà, quoique peu développés encore, les premiers germes d'une philosophie chrétienne, Haman considérait la parole de la. plus antique révélation comme une énigme encore incompréhensible^ comme une voix à laquelle dn Faisait peu attention dans le désert des. lumières générales. Lavater comprenait dans son. esprit profond* les mystères du christianisme comme points lumineux de la connaissance idéale. . Le troisième penseur que nous puissions compter* parmi les philosophes allemands, chrétiens et spiritualités peu connus, est Lavater dont l'esprit lucide pénétra jusqu'au centre de la révélation et de la connaissance, ainsi que de la liberté dépenser et de la tradition.
Ce que Reimarus, de l'école ancienne, récita publiquement pour la connaissance de la religion naturelle au moyen de la-raison, est dans le genre modéré; mais l'attaque systématique de cet auteur contre la religion révélée eut des conséquences infiniment plus graves. Lessing crut
devoir la faire connaître parce qu'il pénétrait dans l'examen , dans k partie historique, sérieusement ou du moins avec l'intention d'être exact Il était convaincu que le temps était venu de ne plus taire les doutes, mais de les provoquer au grand jour, afin d'y mieux répondre et de faire jaillir la vérité de ces débats. La philosophie de Lessing allait droit au but, la vétité de la religion. Les questions et tes difficultés ordinaires dans lesquelles la philosophie d'alors était encore embarrassée et s'agitait inutilement depuis Locke et Descartes, ne lui inspiraient aucun intérêt. Au contraire, il soulève dans son ouvrage sur l'éducation de la race humaine, dans ses entretiens sur les francs-maçons, ainsi que dans tous ses ouvrages de polémique philosophique, des questions qui ont plus immédiatement trait aux objets fondamentaux de la haute philosophie, mais que les penseurs de cette époque avaient presque entièrement perdus de vue. Sous le rapport de la philosophie, il était tout-à-fait au niveau du dix-huitième siècle; Leihnite était le seul qui eût encore quelque affinité aviec lui, et il le voyait à une distance énorme de ses sectateurs d'alors, parce qu'il l'approfondissait et joignait à l'étude de ce philosophe celle de Spiuosa. Si l'on peut taxer de mollesse toute meta-
physique incapable non-seulement de réfuter ce grand adversaire, mais qui ne le comprend point et cherche k lui échapper, \l parakra incontestable que Lessing a plus approfondi la philosophie que Kant, quoique ce derniep ait écrit d'une manière plus systématique. S'il n'était point mort de si bonne heure, s'il avait surtout ménagé davantage ses forces et les avait employées avec plus de discernement, cette vérité se serait conservée et serait aujourcPhui généralement reconnue. Peut-être, sî l'esprit libre et audacieux dte Lessing y avait contribué d'une manière durable, la philosophie allemande se serait-elle développée avec plus de bonheur que cela n'est arrivé plus tard par Kant seul. Lessing ne manifesta que rarement en public ses opinions philosophiques personnelles. Ce qu ? ii en disait accidentellement semblait paradoxal au-dessus de toute expression; mais il n'était nullement spinosiste, comme on l'a prétendu après sa mort; parce qu'un penseur peut embrasser passagèrement une erreur qu'il n'est' pas encore en état de réfuter et qui lui servira peut-être de passage et de transition à* la vérité. Ce qui le prouve incontestablement, c'est que Lessing croyait à la transmigration des âmes; et de toutes ses opinions favorites, il semble que ce soit celle
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qui a jeté en lui les plus profondes racines. Or cette Opinion est incompatible avec le système de Spinosa, qui n'admet ni une métamorphose ni une continuation personnelle de$ individus. Bien plus, il paraît résulter clairement de cette circonstance t que Lessing penchait plutôt vers l'ancienne philosophie orientait, cQBuae lui-* même nous l'apprend d'une manière âs$e& posi~ tl vei II fout donc donner presque raison à cesux qui pensent que l'on ne saurait se garder avec trop de soin et d'attention de l'enthousiasme, pour rester pur de ses extravagances; car s'il est vrai que ni Leibnitz* malgré toute sa science, ni Lessing * quoiqu'il fût doué d'une grande sagacité, n'ont pu se préserver tout-à-fait- de ce que certaines per* sonnes considèrent comme de l'extravagance t il doit nécessairement être fort difficile de se ^abstenir lorsque l'on se trouve placé à une certaine hauteur. Cependant rien de l'extravagance mystique de ce profond investigateur n'a passé dans la manière de penser générale; mais ses doutes, et l'exemple de sa témérité n'en exercèrent qu'une influence plus puissante et plus générale. C'est ainsi que sans le vouloir il ne fit que travailler au profit de cette opinion philosophique, pour laquelle il avait tant d'antipathie* et; qfu'il avait si souvent combattue. Qn pourrait dire dans, un
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sens que Leasing a achevé ce que Luther avait commencé; il a conduit le protestantisme ailemabd jusqu'à son terme, et a déterminé la crise dont nous sommes témoins aujourd'hui. C'est ainsi que plus récemment Fichte , comme penseur scientifique, d'après le principe protestant de la liberté, ou comme idéaliste saris restriction, a atteint une hauteur qu'on ne pourrait dépasser sur la .même voie et d'où est parti un nouvel élan dé l'esprit dans une direction opposée, un retour de l'abîme de la pensée illimitée à la connaissance de la révélation ou du positif divin; fyen qu'il ait dû marcher au milieu d obstacles continuels offerts par les vestiges trompeurs des anciennes erreurs , et faire de fréquentes rechutes. Comme système régulier, comme parti arrêté, le protestantisme ne pouvait, continuer d'exister plus long-temps dans la science ni dans la religion avec la liberté de penser illimitée qui se manifesta bientôt. Depuis que Fichte a poussé dans la science le protestantisme, ou la liberté de penser, jusqu'au dernier sommet 4e l'idéalisme , et que cette tentative n'a pu satisfaire l'esprit, la science s'est de plus en plus attachée au donné et au positif dans la nature, l'histoire et la révélation, bien que souvent au milieu du mélange confus de* endors les phis diverses. Mais depuis la
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crise amenée dans la foi par Leasing, un chrîs» tianisme interne et indéfini , une religion de sentiment purement individuelle* a remplacé chez les prgtestans religieux l'ancien système devenu insoutenable. Lessing lui-même avait été ramené par l'essor hardi et impétueux qu'avait pris son génie investigateur, à croire eu k« philosophie ancienne, ainsi qu'à reconnaître la tradition et sa force légitime dans l'Eglise».
On ne saurait nier que les ouvrage^ de Les* sing n'aient produit, dans l'Allemagne protes? tante un effet désorganisateur. C'est une toute autre question que celle de savoir si cette aonj? hilation totale des opinions philosophiques jusqu'alors en vigueur, et de la croyance au protestantisme, a eu ou aura peut-être plus tacd des résultats heureux et favorables; que de savoir s'il fallait détruire les subrogats de la vérité pour qu'on sentît d'autant plus vivement le besoin de la posséder tout entière, et qu'on y fut ramené par une conviction basée sur le sentiment particulier. Les résultats immédiats en furent très-divers. La liberté de penser, établie et reconnue, servit moins h édifier, à tenter des découvertes et des investigations dans les sciences, qu'à détruire. Extirper les préj ugés , sous le spécieux prétexte de propager les lumières, tel était le vpeu général. On ne sau-
rait disconvenir qu'il en fut ainsi même pour des choses de peu d'importance, dont la solution était facile. Quant aux convictions et aux affaires d'un ordre plus élevé, on manquait tout-à-fait d'une règle sûre pour distinguer le préjugé de la vérité* la foi de l'incrédulité. On peut aisément s'imaginer combien Ton abusa du mot d'ordre général ainsi que de la grande variété d'objets qu*il désignait et avait pour but, pour peu que l'on veuille se représenter combien le philosophe Lessing, ce profond penseur, ce sceptique sincère, donnait à la liberté de penser et aux lumières un sens différent de celui de Basedow de Nikolaï ou de Weisshaupt. Nous avons déjà dit que ceux qui prêchaient constamment la tolérance n'étaient pas toujours les plus tolérans à l'égard de ceux qui avaient des opinions con* traires aux leurs. Il faut cependant plutôt considérer cette intolérance comme une faiblesse propre à l'esprit humain, si enclin à tomber en contradiction avec lui-même, que lui en faire un reproche absolu. Quoique le doute, l'incrédulité et la haine de la religion se soient montrés en Allemagne avec infiniment plus de mesure et infiniment moins d'étendue qu'en France et qu'en Angleterre, même à l'égard d'individus isolés, cependant cette forme de l'incrédulité modérée,
qui flattait U raison et respectait jusqu'à ua certain point le sentiment et la croyance, contribua précisément k répandre d'autant plus rapidement et d'autant plus généralement cette manière de penser. Parmi les écrivains qui résistèrent au torrent de l'opinion publique et agirent silencieusement en penseurs chrétiens, il nous fout surtout citer à cette époque Jung Stilling et Stark. Le premier a réveillé, chez les protestans sur la voie du christianisme interne nn sentiment religieux plus profond et des vues individuelles plus, libres; l'autre a exprimé dans ses écrits, de la manière la plus positive, sa conviction de la vérité de la foi catholique, l'aime à ajouter au nom. de ces deux hommes d'esprit le bon Claudn)s,qui sut exposer, sous la forme légère d'écrits populaires destinés à l'enfance, ce qu'il avait retenu avec un sens profond des mystères du christianisme. Revenons maintenant aux rapports extérieurs du développement intellectuel à cette époque. La paix générale, l'état prospère et florissant de l'Allemagne fot très^favorable à la propagation d'une nouvelle manière de penser, de même qu'au développement des lumières générales. Quoique les sciences et lés arts n'eussent point à se féliciter partout dencouragemens positifs et suffîsans, cependant l'amour propre national dut être excité
<et stimulé par cela seul qu'au milieu du dix-huitième siècle et même après, l'Allemagne produisit plus de princes véritablement grands que n'en eut le reste de l'Europe. Frédéric et Marie-Thérèse faisaient, dans des genres différens , l'orgueil <le leurs peuples, L'empereur Joseph, qui grandissait à Toipbre du trôaae maternel, avait fait concevoir des. espérances encore plus grandes : il les justifia par une administration pleine d'activité. Sous le rapport «te l'art et de la culture intellectuelle en Allemagne, k$ espérances du patriote Klopstock échouèrent momentanément. Comme souverain de tant dévastes pays étrangers, l'empereur Joseph eût été peut>étre appelé plus que tout autre à fonder un grand institut scientifique pour toute l'Europe plutôt que pour l'Allemagne en particulier. Dans une autre occasion, j'ai déjà dit que la réalisation d'un pareil projet eût été très-favorable aux intérêts de son empire, et eût certainement exercé une influence décisive sur la marche ultérieure de l'opinion, ainsi que sur l'entier développement du siècle* Ce projet ne fut point mis à exécution ; du moins ne le fut» il point de la manière et avec l'étendue conve» «ables* parce que l'empereur ne s'attachait qu'au coté pratique des sciences. Mais il était si éloigné d'être généralement indifférent à leur égard
ou de les dédaigner, qu'il estimait au-delà de leur juste valeur quelques théories pratiques en matière de législation , de justice, d'administration intérieure et de finances, qui maintenant n'ont d'intérêt que comme hypothèses, et ne sont généralement considérées que comme telles. Quelque naturelle que cette manière (le considérer la science sous un point de vue pratique puisse être dans un monarque plein d'activité, cependant l'exemple de ce prince remarquable ne saurait servir de guide aux autres gouvernemens. Car s'il est certain et généralement reconnu maintenant que le génie et les lumières d'une nation ne sont pas moins importans pour l'Etat «t le prince, que la puissance physique et l'éclat de la gloire extérieure ; il faut que tout ce qui y concourt soit considéré comme étant de la plus haute importance, bien que, suivant les apparences, il n'ait aucun rapport avec l'utilité immédiate.
J'arrive à la troisième génération dans la littérature allemande nouvelle , dont le caractère diffère notablement et essentiellement des précédentes. Se représenter clairement le caractère général de ces dernières époques et générations dans la nouvelle littérature allemande, voilà le plus, sûr moyen d'avoir la solution d'une foule de
contradictions' embarrassantes, et de faire accorder beaucoup d'opinions opposées, lorsque cel* ks-ci reposent sur des malentendus, ou ont trait à des particularités et ne sont point le résultat d'une différence essentielle dans la manière de penser. Le rapport extérieur, l'esprit dominant de l'époque à laquelle se rattachent les premiers progrès et les premiers développeméns inteliec* tuels d'un auteur, en déterminent souvent le caractère et conservent en tout cas une influence décisive sur sa carrière ultérieure.
Je place dans la troisième génération les auteurs dont le développement et les progrès intellectuels datent des dernières années de la période de 1770 à 1780, ou de 1780 à 1800. Les événemens et l'esprit dominant du temps ont assuré* ment exercé ici aussi une influence très-remarqua* ble et très-décisive sur la littérature allemande, non-seulement sur les auteurs , mais encore sur le public. Auparavant , le public des poètes allemands ne se composait que d'un certain nombre d'amis des arts, de dilettanti disséminés: tel était l'état des choses lorsque Klopstock et ses contemporains commencèrent à écrire, et ce ne fat que lentement que s'accrut en Allemagne le nombre de ces amis des arts. Lors de la révolution, on lut et on écrivit incomparablement davantage. Ce
résultat s'étendit bientôt du domaine de la poli-» tique à celui de la philosophie et de la littérature. Quoique l'on ait agi souvent d'une manière tout opposée au but que l'on se proposait, bien qu'il en soit résulté cà et là une influence fâcheuse, cependant l'intérêt général fut de plus en plus excité ; et alors même qu'on prenait parti plus vivement que jamais , c'était un grand avantage pour l'esprit qui souvent se développe le mieux dans la discussion. S'il me fallait caractériser d'un seul mot cette époque considérée sons un point de vue général , sans craindre de n'être pas comprisse l'appellerais révolutionnaire; s'il est toutefois permis d'employer une pareille expression dans un sens juste à la vérité, mais cependant un peu restreint et s'écartant du sens ordinaire. 11 faut toutefois dire , à la gloire des écrivains allemands , que les plus distingués d'entre eux sont demeurés entièrement libres et purs de ce vertige démocratique des premières années de la révolution. Je ne pourrai en nommer qu'un seul à l'égard duquel il est à regretter que, se trompant lui-même ou égaré par d'autres , il se soit perdu dans ce tourbillon pour le monde et pour la littérature. Que si quelques-uns des bons auteurs ne sont pas demeurés tout-à-fait étrangers aux espérances trompeuses de cette époque, Jeun
DE Xuk LITTERATURE. i&Q
probité le* avertit bientôt qu'ils étaient dupes d'illusions, et ils surent réparer abondamment uae> erreur passagère. On a dit que Burke avait écrit un ouvrage révolutionnaire contre la révolution : ce mot est rempli de justesse. Je prendrai dope le mot révolutionnaire dans le même sens* Il faut entendre par là qu'il n'a retracé -avec une éloquence si entraînante les violentes secousses ç|a siècle, que parce qu'il connaissait toute l'étendue du danger ainsi que l'importance de hk lutte qui menaçait d éclater; et parce que, vive-* ment ému par toutes ces considérations, il sïsh bandonnait lui-même à une sorte de combat et de bouleversement intérieurs. Le trait caractéristique et distinctif des poètes et des auteurs; de cette troisième génération est, suivant moi y cet état qui offre non-seulement une lutte externe, mais encore une lutte interne. Il me suffira, pour justifier mon opinion et pour la rendre parfaitement claire, de citer un grand écrivain et un grand poète de cette génération dont la brillante carrière est sous nos yeux. Dans les premiers ouvrages passionnés de sa jeunesse, nous voyons Schiller constamment dans un: état violent de lutte intérieure /nous le voyons même rempli d'espérances extravagantes , faisant une opposition sourde contre tout ce qrihesiste. Pré* il 24
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curseur de la révolution, dans qoelqties-unes des poésie» de sa jeunesse il exprime les doutes lés plus passionnés et mie incrédulité qui toutefois est moins sujette k èlte blâmée dans un homme dont le génie est aussi brôtaut et aussi sérieux, qu'elle urtuspira la compassion et l'espoir <ftfcme ardeur si profonde , qu'une tendance *i pn> montée vsrs la vérité ne pourrorit demeurer longtemps dans «me âase aussi fortement trempée sans erre satisfaites. Quelles transitions violent» ne voyons-nous pas plus tard dans la carrière de briller, alors qu'il atteint l'apogée d* son talent! Quelle lutte continuelle avec foi* même et le monde, avec ht philosophie du siècle et son talent particulier! Sans repos intérieur, incessamment agité , nous le voyons tout saisi du grand bouleversement extérieur du siècle qui kit a communiqué son «pulsion. Voilà ce que j'ai voulu dire par fépftbète dont je me suis servi yetiee que je trouve plus ou moins dans tous les écrivains distingués de cette époque.
Les poètes et les écrivains créateurs de la deuxième génération vivaient dwa une insouciance qui nous semble presque bi2arr*S parce que noua sommés maintenant habitués à trouver dès cette époque les premiers symptômes des dangers et des révolutions qui approchaient. Quant
& tn*,B&n -seulement il* ne «'inquiétaient point deé é^énemeris politiques* àtèis même ils ne s'occupaient nullement du monde extérieur, ne vivant que pour éuk et pour leur art, heureux de letfî pâtssa&œ de |jénie. Il n'y a d'exception que .pour Jean Mu lier, dont l'esprit, entièrement dirigé si|t les objets* devait apercevoir plutôt et plus distinctement du haut des Alpes solitaires l'orage qui de formait peu à f>eu* que ceux qui habitaient .au-dessous de lui dans le vâllôn paisible ou qui vivaient dan» le tumulte des villes. Au lien de cette insouciance heureuse dans le sein des -arts, nous voyons lés écrivains de la génération plus rapprochée de pous* ceux de 1770 k 1780, ou de >^8o à 1860, toiit remplis de l'esprit fin siècle* s'y livrant entièrement, luttant violemment contre lui, ota du moins concentrant sur lui d'une manière ou d'une autre toute leur activité. Je ne citerai que Quelques hommes qui ont donné dans lès extrêmes* N'est-ce pas eu saisissant le coté faible et tHste du siècle, et en sachant s'en échapper tout~à*fait T que l'auteur le plus fécond et le plus indispensable dû siècle lui est devenu nécessaire corbme moyen de passer agréabtèifcent le temps? Un écrivain qui paraîtra peut-être remarquable plus tard, comme utte preuve de la décadence des mœurs et du
goût dans notre siècle; un philosophe célèbre qui croyait avoir trouvé dans son moi le point d'Archimède, pour remuer et changer entièrement le siècle, nous présente précisément l'extrême opposé. Veut-on encore un autre exemple d'un rapport de l'écrivain avec ce siècle, qui tienne le milieu entre celte flatterie et cette adulation de ses faiblesses et cette entreprise un peu hardie, qui consiste à vouloir le façonner de nouveau à son gré ? Que l'on se souvienne de cet écrivain favori de la nation qui a mérité ce titre, par cela même qu'il a exposé toute la richesse , toutes les dissonances d'un siècle si compliqué-avec esprit et sentiment, avec une sorte de verve particulière; mais dans un style aussi plein de dissonances, aussi mêlé et aussi âpre que le siècle lui-même, avec toute sa richesse dans sa constitution désordonnée.
Les défauts particuliers aux écrivains qui ont coopéré à la révolution intellectuelle, se trouvent à un très-haut degré dans les poètes et dans les penseurs que nous venons de nommer. Cependant il ne faut pas pour cela refuser une grande puissance de génie et un mérite réel k des hommes qui ont agi avec tant d'énergie dans les arts et dans les sciences, à Schiller, à Fichte et à d'autres qui ont pris part à la lutte du siècle
avec des armes honorables, et qui ont puissamment contribué au développement dès lumières. D'autres détonnèrent leurs regards de l'aspect immédiat de cet état de désordre où se trouvait alors l'humanité, pour se réfugier dans le domaine de l'imagination et se repaître de ses illusions ; ou pour se jeter dans les bras de la nature , la considérer et l'étudier, abstraction faite de l'état dans lequel se trouvaient les hommes. D'autres investigateurs saisirent avec enthousiasme le grandiose des temps passés, s'y plongèrent toutà-feit dans l'espoir d'y trouver la solution de l'énigme que présentaient les nôtres ; plusieurs des plus distingués abandonnèrent avec mécontentement le monde extérieur et la science pour se jeter dans les bras de la religion devenue presque entièrement étrangère au siècle, et du christianisme trop long- temps méconnu. Dans ce genre aussi, les erreurs et les malentendus n'ont point manqué, mais il n'est aujourd'hui personne qui ne reconnaisse que c'était l'unique moyen de trouver ce qui manquait au siècle et ce qui nous manquait à nous-mêmes. Mais l'accord de ceux qui, parmi les protestans ayant retrouvé la foi, reconnaissent et aiment le christianisme, ou de ceux qui, parmi les philosophes, cherchent à en approcher, avec ceux qui s'attachent fortement
au centre de l'unité catholique, qui donne de l'assurance à leurs efforts et conduit à u»e clarté parfait*, se rataifestera toujours^de plus en plus, parce que ce grandie» qui fak époque dans le cours des temps ne se déploie que par la* manifestation Uniforme dfrro grand nombre de forces individuelles.
J'en resterai là, parce que je sens combien il est difficile de retracer le tableau d'une époque à laquelle on appartient soinnéme. Lorsqu'une lutte extérieure devient générale dans le domaine de l'activité humaine r soit publique, soit civile, soit intellectuelle, plus elle se compliquera, plus il arrivera facilement que tous seront victimes de quelque injustice; et alors même que Tune des parties aurait évidemment tort, il arrivera cependant vraisemblablement que l'autre, malgré son bon droit reconnu, se rendra ooupable de quelque injustice, Cètf une conséquence n& cessaire et forcée de l'état de chaos général. Maiq si l'on considère l'art et le développement d%t génie dans ces ouvrages» on voit jaillir subitement de la lijtjtej interne la plus violente les ouvrages les plus remarquables. Ce ne sont souvent, il est vrai, que des produits dé cette lutte intellectuelle. Qu'on se rappelle, par exemple, l'mtçrvalle qui sépare les Brigands, Pou Carlos et Wallenstein*
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dans la tfiàrche gttdaelje de Sckiller, En général , là perfection et la beauté harmoniques ne saturaient être le fruit d'un combat intellectuel interne, aussi long-temps qu'il dure encore* Mais il est tout-à-fait propre au développement d'une grande richesse 4e pensées. Cette richesse d'idées est l'avantage véritablement distinctif de la troisième époque de la, littérature allemande : cest de dont conviennent tes étranger^ eux-mêmes. Cependant il né serait point difficile de cir ter des ouvrages qui sont non?seuleroént parfaits, sous le rapport de l'art r mais en outre animée d'un sentiment harmonique et également beau sous le rapport du style. En général cette richesse d'idées partielles est pourtant ce quidoipined^n* notre époque, et 1# perfection harmonique ne sçrencontre que dans de rares exceptions. r ; , Quoique Ton puisse penser qu'il est nécessaire qu'une espèce d'amnistie soit déclarée à l'ég^xj de cette époque dewtre littérature engagée dans uu violent combat, amnistie dont tous lesupartiÊ ont.béàom; quoique squs îe apport de l'art, du feeau et de la lahgtte, on soit porté à donner ty préférence au&paèitas tes plus dis$b*gués et les plus heureux dé U mCQûfa génération ; cependant cette époque » en reste pas woins remarquable seras le rapport de cette rkJUe^e d'idées
«(ufon y a vues naître. Etqtûeoftque 8e sera tourné et développé de 17&6 k 1.80a n'y rçnpncera pas aisément et ne voudra point, l'échanger contre une autre,. malgré- les résultats défayorablesrdont nous venons de parler.
La philosophie de Kant produisit àcette époque les résultats les plus, décisifs. Je ne saurais convenir, en thèse générale, que cette philosophie ait été nuisible k la manière de penser et à la, foi : avant que Kànt parût, la foi religieuse* avait déjà été ébranlée dans ses fondemens par d'autres causes. Si les doutes augmentèrent ou prirent seulement naissance chez quelques individus, ces doutes, d'une nature grave et profonde, portaient leur remède avec eux-mêmes, non à la vérité dans l'édifice à moitié détruit de la prétendue foi ra~ tionnelle; mais on trouvait çà et là dans la philosophie de Kant un grand nombre d'idées à l'aide desquelles un investigateur consciencieux pouvait retrouver de manière ou d'autre la conviction plus haute, lorsqu'il l'avait perdue ou qu'il s'y était égaré, ou du moins s'en rapprocher de nouveau. Qu'on réfléchisse seulement combien la philosophie du siècle avait répandu au loin en Allemagne l'incrédulité à l'égard de toutes choses d'un ordre supérieur, et l'on verra que jsous te rapport la philosophie de Kant a plutôt
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produit des : résultats bièn£ai^ns; ou du moins quelle a servi à quelques personnes de transition à la vérité ou à les y faire revenir. Sa9s.d0ute.ii jeû>t : mieux valu que la philosophie de &ant n'eût pas aussitôt formé secte; cependant ce fut un mal passager dç même que la barbarie du style. Le style de Kant a, par moment , un cachet particulier, quelque chose de.tout-à-fait original; çn y remarque , à côté de la sagacité, philosophique, beaucoup de génie et d'accord, fl^ais dans l'eiaserable et surtout dans la structure de sa période, son style porte partout l'empreinte despénibles recherches auxquelles soi) esprit flottant dan§ le doute se livre pour trouver la vérité. Ajoutez k cela, son ingrate terminologie. Cependant aujourd'hui cette barbarie et ce langage phir losopbique hiéroglyphique ont totalement dis? paru. On n'en trouve plus que de légères trapus dans un petit nombre d'auteurs; et encore, estce un résultat de leur négligence. On pourrait citefr des écrits philosophiques de nos jours, qui sont exempts de reproches sous le rapport du style.
On retrouve dans la philosophie de Kant plusieurs des défauts dé ses prédécesseurs du dixseptième et du dix-huitième siècles; comme Leibr nite, il débute par des notions sur le temps et
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l'espace qui soht itdesdesens ; ensuite, it sèdé* bat continuellement entre son moi et le monde extérieur des sens, comme presque tons les jihfclosophes depuis Descartes ; puis il s'attache à Pex~ périènce, à ^exemple de Locke. Mais cormncf ^expérience ne sanraitdonner la solution de* cbo ses morales et divines, il construit (Tune manière qui n'est pas sans quelque analogie avec la méthode du philosophe anglais, desfragmens de la connaissance rationnelle reconnue insuffisa&te , icette foi rationnelle qui porte encore trof* Fempreinte de cette raison, qu'il a si énergiquemetit attaquée, pour pouvoir croire fermement à sa réalité; et qui, par conséquent, n'a pu trouver ni foi ni effets durables chefc les autres* Kant, il est vrai, a complètement développé dans sa mo* raie et dans sa doctrine sur le droit, la part que la raison pratique doit revendiquer ici. Mais so$ système moral et juridique démontre d'une manière peut-être encore plus forte que l'exemple des Stoïcien^ combien une doctrine morale et juridique uniquement dérivée de la faisan pratique ne peut être qu'une pure spéculation, lors* qu'il ne s'y joint pas un autre élément; système qui non-seulement nç satisfait ftoint l'homme intérieur , mais qui est même souvent inapplicable dan$ plusieurs circonstances de la vie, et qui,
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s'il était poussé jusque dans se* dernières consé^ que»ees r entraînerait des résultats topt opposé» et les plus bizarres. On n'a pas d'ailleurs tardé à revenir de cette froide morale de Kaiit,
Le plus grand service que Rant ait rendu > a été de démontrer que la raison, alors qu'elle agk seule, ne saurait rien donner ni rien produire; que n'ayant de valeur qu'autant qu'elle s'applique à l'expérience et s'exerce dans le domaine de Inobservation, elle est incapable -de conduire à ht connaissance de Dieu ou des choses divines. Mais au lieu, de reconnaître que la connaissance âë Dieu ne peut s'acquérir que par le sentiment in* tirne, que la haute philosophie est une science basée sur l'expérience; au lieu d'assigner ici aussi, dans le domaine de l'expérience surnaturelle, le second rang à la raison, rang où elle eût été utile et à sa véritable place * il la replaça sur le trône, quoique sous Je masque de la foi qui ne lui con* yen^jt auçujiçrçiept. S'il s'était soumis à cette âa-r tique fçi simple» 4 à l'aide de la critique il avait frayé la voiç à J3 perception intime et lui avait ouvert une carrièfQ scientifique au moyen d ? ufce raison agissait }çi cqmme dans ie domaine de l'expérience, U çût pu devenir pour la philos phie ce que Bacpn & été pour la physique, en la débç*rr?is$8nt de toute vaine subtilité et en l'éle*
vant au rang d'une science expérimentale sûre et vivante, ou plutôt en la rétablissant dans ce rang.
Mais il n'existait point à ses yeux de perception interne ni en général rien de surnaturel, si ce n'est la forme vide des notions rationnelles dépouillées de toute matière : il était tout -à- fait absorbé par les pensées morales. Cest ainsi que, pour se tirer d'embarras, il ne lui resta qu'une croyance factice, parce que, flottant continuellement entre son moi et le monde extérieur des sens, il ne pouvait parvenir à clroisir ni à se décider entre ces deux élémens. Ses successeurs furent plus audacieux ; les uns firent tout dériver du mol ou se jetèrent avec autant d'abandon dans le monde extérieur. Ainsi , les prétendues conséquences basées sur la raison pure que Rant avait voulurenverser, se relèvent sous une double forme comme résultat factice du moi , et comme connaissance illimitée du monde. Cela arrive tout naturellement, parce que Kant avait non-seulement laissé intacte la source de toutes les hautes vérités, mais n'était même point parvenu à la racine et à la source du mal dans la découverte de la contradiction interne et du vide absolu de la raison, qu'il combattait' dans ses prétentions à la domination exclusive. Que si Jacobi ne s'est
pas moins expressément déclaré contre le vide de la foi rationnelle que contre la divinisation absolue de la nature, dont on ne peut cependant accuser avec justice les meilleurs philosophes naturalistes, il faut tomber entièrement d'accord avec lui sur ce point. Cependant sa révélation intérieure de la conscience ou du sentiment moral, sans une foi assurée et claire, n'est pas satisfaisante, parce qu'il n'a jamais pu ou voulu pénétrer jusqu'au positif divin du christianisme. Cet état sceptique du sentiment individuel, de la volonté incertaine et de la conscience doutant presque d'elle-même, n'est que la contre-partie , du système sceptique de Kant, sans qu'il en donne une meilleure solution. Ces deux théories du doute et de l'ignorance, avec le système de la raison idéale de Fichte et le jeu dynamique de l'être absolu ou ce délire scientifique de la philosophie naturelle, non éclairée par la révélation chré* tienne, forment un cycle complet de cette quadruple apparition , qui dérive de la conscience abstraite et morte d'après les quatre forces élémentaires, et qui, selon les temps et les circonstances , revêt des formes toujours nouvelles et différentes; bien qu'au fond et dans ce qu'il y a d'essentiel dans ôe système, l'erreur soit et reste toujours la même.
3B* iirtf&ttte
Suivre plu* long-temps ce* ttetiX formés principales de l'erretfr qui furent lé irésultaï de Inf philosophie de Kaftt , et exposer éft détail ie développement actuel de la phitoèophte a Hemancfcy ierait dépasser les bornes de mon pian. Il est bien plus fecite de faire entrée des poètes "vîvans dafnà le tableau. historique des temps les plus rapprochés de nom, parce qu'une suite d'ouvrages aèhevés nous découvre toute leur carrière. Il n'eu est pas de même du philosophe dont lai pensée se développe d'une manière différente , et dotft le système est encore dans le travail de l'eiv fortement» Je mie borderai par cdttséquént à faire ici cette observation générale* qu'avec des iirreitigations aussi profondes que celles qa 1 ùù g vues en Allemagne depuis Kant, avec une connaissance aussi exacte de la philosophie ancienne, connaissance polir l'acquisition de laquelle nous ataoas plus complètement que les autre* nations les matériaux et les travaux préparatoires, on revient de l'erreur et l'on retourne de mille manières à là vérité; cedi a d'autant plus facilement lieu à l'égard des erreurs spéculatives, qu'elles $e présentent sous une forme plus tranchée et plus Complète. Tout le système des errewrs partielles étant complètement exposé s6ufc les quatre faces de la fausse conscience par les hommes
DE LÀ WTTÉÎWTURÉ. 383
àe \à\ètit qèe je tiens de nommer , et se laissant juger dam cette distinction réciproque , on y gagnait dû moins on libre espace, et même»
dans la longue et ancienne erreur, un motif suffisant pour le commencement d'une philosophie nouvelle , destinée à reconnaître dans l'esprit et là vérité Dieu et les choses divines. Un pareil abandon des erreurs oceastouées par Kant, a <ïéjà eu Keu dans plusieurs cas de la manière la plus décisive. S'il me fallait citer un exemple capable de tenir lieu de beaucoup d'autres, je nommerais mon défont ami Hardenberg ou Novalis, tiotî parce qu'il est entré le premier dans la voie du retour à la vérité, à Dieu et à la connaissance véritable, et parce qu'il a ouvert et aplani aux autres ta carrière; mais parce que les poésies et fe&fragmea* littéraires qu'il nous a hissés, contrevient une infinité de germes exceUens, répandùs avec profusion dans les directions les plus Variées qui conduisent cependant toutes à un but unique ; l'amour et la connaissance vraie. C'est avec une dignité simple et la clarté la plus noble , que Stollberg a exposé l'excellence de cette foi qui a non-seulement procuré du calme à so^i cœur , mais en outre un essor plus varié et une force toute fiouvelle à son talent. Un grand Aotnktfe d'hommes honorables et remplis de nié-
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rite se sent faite les précurseurs, les tériKrina, les champions de la vérité; bien que tous n'aient point été doués, sur la voie de la philosophie, de cette plénitude d'esprit qui distingue Hardenberg, ni sur la voie de la religion, de cette fermeté et de cette clarté de foi unieâ au don d'une admirable exposition que possède Stollberg. Déjà on peut remarquer que partout on s'approche de la vérité, et j'ai l'espoir que ce* retour au vrai s'opérera d'une manière complète ; que la philosophie allemande prendra une* forme telle qu'on n'aura plus à craindre ses conséquences destructives de la vérité , et qu'au contraire on sera forcé de la considérer comme, son interprète. En vain, chercherait-on aujourd'hui à donner une nouvelle forme à la secte des Kantistes; le temps des formules vides est passé. Ftchte et Jacobi n'ont jamais eu qu'un très-petit nombre de partisans; et par la nature même de leur système, ils ne pouvaient jamais former secte. Vouloir faire revivre l'un ou l'autre de ces systèmes sous une forme nouvelle, serait également inutile. Us ont disparu cotame des erreurs passagères, du bien ont servi de degré à un petit nombre de penseurs pour s'élever davaiitpge vers la vérité. Déjà parmi les philosophes naturalistes, chacun suit une route à lui; aussi ne petit*on pas lès* considérer comme faisant
secte. Cevainjeu de formules absolues* disparaît & pl*W €» plus» devant la plénitude du poekîf <Jui r^ft^ct iîbaqu^jour plus ^cfeiretfoent des mys^ tèreade la Babtreét de l'abîme de la révélafiom Lacqnoaîsdanoç de celle-ci et la compréhension 4a i ebristianisme /deviennent «m keeqin toujours plus #éi>éf ali, do aerte Qu'Une faut pipa désor* mais q**e quelques pas déplus $ «a^ànÉpom? ihjk» s'écpxdçr tdûs les ^ains systèmes aatéricvrg. Que Fod distiqgi*e dépotes hoQjnies^ d« etasei; et la tourbe* dès sommités rabrates* Surtopt qpae Fon ait giarde de de. défier jde la <pfcttostyhie firgéné* rai au delà hsfiryiqH«iq«e ia.phàtçsdphié aile* maride.soit «|ic<*^ r^mpiw de g^nde^ efrewsl La ifâuisae *$*kmph& ae peut &rç atiéâittieet remplacée) qu«^ ftar îtovraib ^hiiosbphièç «totte il faut ' ttépesfcSHirêffiaeàt iqttô Ifr philosophie f cô^pèr^ au i^kàbli^éMétlf: dèfe (véHtéj *é*àfcîis3kïï€ftt «Jtii est!* grttàdë i&*é'di* &iède. : '^o*rt<fc les ^hilbsé* pbi^qwî »w swit côwa«pfée^Èitii i tértiôlgiîdgé ,t dy la Vérité , toi!] d*ln* la fol è*t*toîiqtte», soit daus U* pmie^tâi&iteô#tolk fois ttetiâ Ftine çt dans Pati * trte,, tii sotie qufcdte «ôinês îail& dfdi pteis àtfblim^àtéhW. Q^pm3rtrfatt#4afeot^rtrefti^rpltt^ îôrtg^tt*rti{iâ'à fetJdrihrft^q^la gft*ridte réufttoï* dairs t* foi, Wcfclle de<l* fcéiétttte et de te fokqtw' n*éa* pi$ taohfc Importante ,! auront lieu et «kxmmt ii. . 25