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rien à démêler avec les arts et la poésie ; et ce* pendant il leur porta des coups funestes. Au contraire la linguistique et l'histoire lui doivent, d'une part, d'avoir été étudiées davantage, et de l'autre, d'avoir été plus généralement répandues» Cortime c'était à la philosophique le protestant tisroe se rattachait le plus intimement, ce sera ici le lieu de traiter en pèo de mots de son histoire et de son état avant la réforme et dans le siècle qui la suivit, mais en tant seulement que la philosophie a exercé une influence essentielle sur la civilisation générale.
J'ai àéjk fait mention des penseurs remarquables que l'Angle terre, l'Italie et la France virent naître jusqu'au douzième siècle; c'est l'Allemagne qui en produisit le plus, et presque sans interruption, depuis Chariemagne jusqu'à la réformation, et même après. Ce qu'on peut le moins reprocher aiix Européens modernes, et même au moyen âge, c'est la paresse d'esprit. On serait plutôt fondé à leur reprocher d'avoir adopté, avec beaucoup de bonnes choses, beaucoup de choses inutiles et dangereuses, toutes les fois qu'un nouveau moyen d'étendre les connaissances humaines se présentait à la soif de connaissances dont ils étaient dévorés. C'est ainsi que les Arabes leur transmirent /outre leurs connaissances mathëma-
tiques, chimiques et médicales, dans lesquelles ils leur étaient infiniment supérieurs, toute leur science et toutes leurs absurdités astrologiques et alchimiques; et qu'ils reçurent arec Aristote, qui leur semblait le pinacle de toutes les sciences naturelles et de toute logique, un dédale de discussions dialectiques, sophistiques, comme il y en avait déjà tant eu chez, les anciens, et surtout chez les Grecs. Ge qu'il y a de mieux dans la philosophie d' Aristote , c'est son esprit de critique; mais, pour l'y trouver et pour le com*prendre, il fout avoir de l'antiquité une connaissance d'une universalité et d'une exactitude telles qu'il était impossible de l'acquérir à cette époque, et qu'il est encore rare de la rencontrer aujourd'hui. L'esprit de critique n'abandonne Aristote que dans le domaine de la métaphysique, parce que la raison et l'expérience, qui sont les deux seuls guides qu'il suivit, sont insuffisantes dans cette science. Du goût pour cette métaphysique, incompréhensible dans Aristote même, naquit la scolastique. Le mal fut un peu compensé par Ies v imitateurs que la partie d ! observation dans la physique d' Aristote fit en Europe, surtout depuis Albert le Grand. Je ne saurais admettre que la morale du philosophe de Stagyre ait été trèsavantageuse pour le moyen âge. Son mérite pour
nous consiste principalement dans ses rapports avec les mœurs, l'organisation sociale et la constitution politique des Grecs. D'ailleurs le christianisme offrait une morale meilleure et plus pure , et Von n'enrichit celle d'Aristote que d'une foule de classifications inutiles. On peut citer un exemple frappant de l'influence funeste de la mor rale d'Aristote, et le tirer d'un siècle déjà trèscivilisé et très-savant. En Espagne, au seizième 6iècle, la grande question de savoir quelle était la manière dont on devait traiter les Américains fut décidée, contre le bon droit et contre l'atprit du christianisme, par Sépulvéda, qui ne manquait pas d'ailleurs d'élévation dans les sentimens, mais qui était un partisan aveugle d'Aristote, et qui admettait la légitimité de l'esclavage comme Aristote l'avait admise d'après les mœurs et les idées de l'antiquité.
Que l'on se garde bieo toutefois de penser que les hommes célèbres qui au moyen âge profes-r saient la philosophie d'Aristote aient répandu les premiers cet esprit de secte. L'Église l'avait combattu autant qu'elle avait pu , parce que, dès le principe, la philosophie d'Aristote se présenta accompagnée d'une foule de doctrines jet d'opinions dangereuses ou erronées ; parce que là où elle (ut approfondie , ch^ez les Arabes de mèpiQ
que dans le moyen âge et au seizième siècle, elle conduisit, sinon nécessairement, du moins très-souvent, à honorer, au liçu de la Divinité pure et simple, une âme générale du monde, et surtout à nier l'immortalité personnelle de l'âme. Mais comme la puissance du siècle était irrésistible, et qu'on ne pouvait plus détourner les esprits de la philosophie d'Ârislate, quelques philosophes chrétiens firent des efforts aussi zélés pour conserver les vérités de la foi que pour étendre le cercle des connaissances naturelles, par la raison et l'expérience, et cherchèrent à s'era* parer d'Àristote , afin d'arrêter la corruption ou de diriger du moins le torrent qui ne pouvait plus être arrêté dans sa course impétueuse. On peut en général juger par là du mérite de ces hommes distingués et doués d'un esprit vaste. Ce que leur philosophie contient de défectueux et de scolastique provient de la sophistique que nous a léguée l'antiquité , et qui a été adoptée sans le discernement et le soin nécessaires, des imperfections de la métaphysique d'Aristote, des commentaires qu'en firent les Arabçs, et de l'es* prit de secte passionné qui régnait clans leur siècle, et qui en général est si contagieux, que ceux* là même qui le combattent ne peuvent pas toujours s'en préserver. Ce furent surtout les univer-
sites qui contribuèrent à nourrir et à enflammer cet esprit de secte. Des milliers de jeunes gens, brûlant du désir de s'instruire, y embrassèrent des matières et des discussions de ce geure. Mais ce que produisirent de bon les philosophes du moyen âge , ils en furent redevables au christianisme qui les préserva de Terreur , puis en partie à leur propre génie et à leur esprit. Du reste, Ton se tromperait gravement si Ton considérait comme un défaut appartenant exclusivement au moyen âge, la scolastique proprement dite, c'est-à-dire la vaiqe application de l'esprit à des notions vides de sens et à des formules incompréhensibles. Ce mal s'est manifesté très-fréquemment dans la philosophie grecque ; il y exista même au plus haut degré, et dans le temps où la culture intellectuelle était le plus florissante. On peut en dire autant des temps modernes. Nonseulement en Allemagne, mais encore en France et en Angleterre , on pourrait faire remarquer ce défaut dans ceux-là même qui combattent le plus vivement la scolastique et Aristote, si l'on voulait n'envisager que la nature même du mal, et ne pas considérer l'art du sophisme comme moins dangereux parce qu'il a des formes plus souples et plus élégantes.
S'occuper de notions et de mots vides de sens,
ce qui arrive toujours lorsqu'on a perdu la vérité, telle est véritablement la maladie héréditaire de l'esprit humaio ; soit que, se manifestant comme un vain art ou une science inutile, cette préoc cupation exerce une influence plus dangereuse sur la vie, soit qu'elle demeure concentrée dans 1 étroite. enceinte de l'école : dans ces deux cas, un esprit de secte opposé à la vérité l'accompagne toujours.
La philosophie du moyen âge n'avait, en généra), qu'un seul défaut : il consistait en ce que cette philosophie n'était pas entièrement chrétienne , et en ce que le génie du christianisme n'avait pas encore entièrement pénétré toutes les facultés, toutes les connaissances et toutes les notions humaines. Dans la philosophie que les Européens modernes reçurent des anciens, philosophie que j'ai déjà partagée en deux classes principales, savoir : les Platoniciens et les Aristotéliciens ; dans cette philosophie , djs-je , il y avait deux germes qui pouvaient conduire à diverses aberrations. L'un est celui des subtilités; je l'ai déjà exposé: on y fut conduit par la dialectique des anciens, ainsi que par Aristote. L'autre était renfermé dans le platonisme , et pouvait facilement conduire à l'extase, dès que la pensée et la croyance s'étaient affranchies de toute entrave, dont aucun autre
genre d'activité humaine ne peut cependant se passer. Ce germe produisit la seconde espèce de philosophie du moyen âge , celle des Mystiques. Aussi long-temps qu'ils se bornaient au sentiment religieux, et qu'ils obéissaient à leur vocation intérieure , s'efferçant , dans un pieux silence , d'atteindre la perfection évangélique, ils étaient sur un terrain ferme et assuré, $ur celui des vérités chrétiennes, et faisaient beaucoup de bien , nonseuîement à leurs contemporains , mais encore à l'univers catholique de tous les siècles. Tel fut notre Thomas A'Kempis. Cette méthode, si opposée à la scolastique, était incontestablement là meilleure, et même la seule véritable. Cependant, chez les Mystiques purement religieux du moyen âge, on trouve, en même temps qu'une grande piété de cœur et qu'une profonde ferveur de sentiment, des traces de négation et d'annihilation panthéistiques incompatibles avec l'esprit du christianisme, et qui même détruisent son es^ sence; mais aussitôt qu'ils voulaient embrasser le domaine de la science , leur sentiment ne suffisait plus, et ils recouraient, surtout pour la connaissance de la nature, à d'autres sources qui n'étaient ni assez claires ni assez sûres. Le platonisme, joint à beaucoup d'autres traditions orientales connues ou tenues secrètes, ouvrait
un champ trop vaste à l'imagination; et dans les sciences naturelles surtout, cette philosophie était presque toujours unie aux croyances astrologiques et au goût pour les secrets de la magie. Ce fut surtout le cas en Allemagne , et je dois d'autant plus le rappeler, qu'aujourd'hui ces opinions y regagnent beaucoup d'influence , et deviennent généralement dominantes. De même qu'autrefois des hommes célèbres commençaient le récit de leur vie par uûe élévation à Dieu ou par toute autre pensée piçuse,de même il revient actuellement en usage d'entrer en matière par la nativité et par les jugemens astrologiques. Je suis bien éloigné de vouloir nier les phénomènes qui passent pour merveilleux et mystérieux, non parce qu'ils ne sont soumis à aucune règle, parce qu'ils sont incohérens et incompréhensibles, mais parce qu'ils appartiennent à un ordre de choses et à une région plus élevée et cachée, et que je vois de savans naturalistes en faire l'objet de leurs investigations. Je dis seulement que de pareilles influences sidérales , si tant est qu'elles soient réelles, doivent nécessairement rester subordonnées à un sens chrétien éclairé, qui seul peut expliquer et diriger ces forces mystérieuses, afin d'éviter toute fausse application et les dangers qui en seraient la conséquence.
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Que si on accorde à ces. apparitions et à ces puissances astrales assez de pouvoir pour que la li* berté de l'homme soit soumise à l'influence des esprits , la croyance à l'astrologie devient le tom* beau de la religion. C'est là ce que notre Schiller nous fait voir dans le caractère admirable qu*ii a tracé d'un héros dominé par cette croyance. C'ëtf surtout parce que l'abus en est si facile, et que la communication en est si dangereuse , que les choses de cette nature ont été souvent traitées comme des mystères. Je trouve qu'il n'est même pas historiquement invraisemblable qu'un Albert le Grand , qu'au quinzième siècle le grand mathématicien Nicolas de Cusa, l'estimable évêque Trithémius, puis Reuchlin, l'homme &e son siècle le plus versé dans toutes les sciences cteFOrient, aient su beaucoup de choses qut aujourd'hui même ne sont pas encore généralement connues. Ce serait aussi une grande injustice que dé méconnaître l'esprit vaste, les connaissances, ks intentions louables et les excellens principes des hommes que je viens de nommer, parce qu'à leurs connaissances se joignaient les erreurs du temps; erreurs qui semblent reprendre leur empire dans notre siècle. Il en est d'autres, à la vérité , qui ne sont point demeurés aussi purs r et qui prouvent avec quelle facilité les erreurs ou même les con-
naissances de ce genre peuvent dégénérer en charlatanisme ou en un mysticisme trompeur, ou du moins en être souillées. Il me suffira de nommer Agrippa. Paracelse n'en est point exempt ; mais l'Allemagne eut aussi , dans des temps plus reculés, beaucoup de philosophes mystiques plus purs et qui n'étaient animés que du sentiment religieux. Aucune langue moderne n'a été formée d'aussi bonne heure pour la haute philosophie et pour les matières de l'intelligence, et n'y a été appliquée d'aussi bonne heure que la langue allemande. Depuis le treizième siècle jusqu'à la réformation , il y eut un très-grand nombre de ces écrivains dans les deux dialectes allemands ; ils étaient en relation, formaient une espèce d'école, et se nommaient serviteurs de la sagesse, ou de la céleste Sophia, par laquelle ils entendaient la vertu céleste et plus haute , à laquelle ils tendaient de tous leurs efforts, et à l'amour de laquelle ils sacrifiaient leur vie. De tous ces philosophes, je n'en citerai qu'un seul , qui est trèsimportant pour l'histoire de la langue : c'est le prédicateur ou le philosophe Tauler, que longtemps encore après la réformatiorf les catholiques et les protèstans se sojit disputés à l'envi , jusqu'à ce qu'il finît aussi par tomber dans l'oubli. Les savans alsaciens , qui , à une époque où ils ap-
par tenaient politiquement depuis long «temps à la France, se montrèrent encore véritablement allemands en approfondissant l'histoire et la langue allemande, ont aussi le mérite d'avoir, dans les temps modernes, appelé l'attention sur ce philosophe oublié , et d'avoir signalé sa haute importance pour la langue. Si l'on compare sa langue à celle dont on se servait du temps de Luther ou cent ans après lui , pour des matières analogues, la différence est à peu près aussi grande que celle qui existe entre la douce harmonie des plus beaux poèmes chevaleresques du treizième siècle, de celui des Niebelungen par exemple, et les vers rauques et durs du seizième siècle. Ainsi donc, l'époque la plus reculée n'a pas été sous ce rapport la plu6 barbare. Au contraire, de même que son esprit et ses intentions étaient meilleurs, de même aussi la langue y avait un plus haut degré de pureté. Si donc aujourd'hui l'on reproche quelquefois à la nation allemande sa tendance au mysticisme, ce défaut remonte beaucoup plus haut que ne le savent eux-mêmes ceux qui le blâment; car on pourrait prouver par des documens et des pièces historiques qu'il existait déjà au douzième siècle, et qu'il date même presque du temps de Charlemagne. Bien loin de blâmer ce penchant, nous devons au contraire y voir la plus
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grande louange que l'on puisse donner à la direction intellectuelle suivie par une nation, puis* que, dans la marche historique du développement intellectuel depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, ce sont les Allemands qui, après les Indien* et les Grecs, occupent le troisième rang parmi les nations métaphysiciennes. En effet, le goût pour la métaphysique ou la science des choses divines, ainsi que la direction qui en est résultée, a conduit les trois peuples que je viens de nommer, dans toutes les hauteurs et dans tous les abîmes, dans toutes les voies et dans tous les détours que comportent de semblables recherchés; et cette disposition ne leur est jamais venue du dehors , mais a toujours été innée en eux.
On remarque dans la philosophie du moyen âge, de même que dans celle des temps modernes, une influence très-forte et très-décisive du caractère national. L'Angleterre et la France ont produit, dans les temps anciens et modernes, des penseurs très -profonds, ainsi que d'audacieux sceptiques et d'habiles sophistes. Les Italiens se distinguent dans les temps anciens par un attachement solide aux vérités de la foi; mais surtout par un penchant pour une philosophie plus élevée, plus intellectuelle, et souvent même extraii. 6
vagante, comme en Allemagne. La tendance au platonisme est visible même dus leurs poètes. Four tout dire en un mot, c'est en Angleterre et en France que Tune des principales méthodes de la réflexion et de la pensée, la philosophie rationelle et expérimentale dont Aristote tenait le sceptre parmi les anciens, a trouvé, dans le moyen âge, de même que dans les temps modernes, le plus d'influence et de partisans : c'est pourquoi, malgré la rivalité politique de ces deux nations, elles ont plus souvent été d'accord dans leurs idées, dans leurs jugemens et. dans leurs opinions, qu'on ne serait porté à le croire au premier aspect. L'Italien, passionné pour les beauxarts, et l'Allemand, que la nature a doué d'une sensibilité profonde , ont le même penchant pour une philosophie plus platonique; aussi ne peuton, malgré toute Ja différence de leur origine, de leur langue et de leurs mœurs, méconnaître une certaine sympathie entre ces deux peuples.
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