‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 118 sur 271 · CHAPITRE II. DRYDEN · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. DRYDEN

connais dans cette pédanterie atroce les beaux cavaliers du temps, logiciens et bourreaux, qui se nourrissaient de controverse, et par plaisir allaient voir les supplices des puritains. Je reconnais derrière ces cascades d'invraisemblances et d'aventures les courtisans puérils et blasés qui, alourdis par le vin, ne sentaient plus les discordances, et dont les nerfs ne remuaient que par le choc des surprises et la barbarie des événements.

Entrons plus avant. Dryaen veux mettre dans son théâtre les beautés de la tragédie française, et d'abord la noblesse des sentiments. Est-ce assez de copier, comme il fait, des phrases chevaleresques ? Il s'en faut de tout un monde, car il faut tout un monde pour former des âmes nobles. La vertu chez nos tragiques est fondée sur la raison, sur la religion, sur réducation, sur la philosophie. Leurs personnages ont cette justesse d'esprit, cette netteté de logique, cette élévation de jugement qui instituent dans rhomme des maximes arrêtées et l'empire de soi. On aperçoit dans leur voisinage les doctrines de Bossuet et de Descartes; la réflexion aide en eux la conscience; l'habitude du monde y joint le tact et la llnesse. La fuite des actions violentes et des horreurs physiques, la proportion et l'ordre de la fable, l'art de déguiser ou d'éviter les êtres grossiers ou trop bas, la perfection continue du style le plus mesuré et le plus noble, tout contribue à porter la scène dans une région sublime, et nous croyons à des âmes plus hautes en les voyant dans un air plus pur. Dans Dry-

184 UVHE m. L'ÂGE CLASSIQUE.

den, peut-on y croire? Les personnages atroces ou infâmes viennent à chaque instant par leurs crudités nous rabattre dans leur fange- Maximin, ayant poignardé Placidius, s'assied sur son corps, le poignarde deux fois encore, et dit aux gardes : « Amenez-moi « rimpératrice et Porphyrius morts; je veux braver f le ciel une tête dans chaque main*. » Nourmahal, repoussée par le fils de son mari, insiste quatre fois avec l'indécente pédanterie que voici : « Pourquoi ces « scrupules contre un plaisir où la nature rassemble « toutes ses joies en une seule? La promiscuité dans « l'amour est la loi générale. Quels qu'aient été les « premiers amants, un frère et une sœur furent le « second couple*. » A l'instant l'illusion s'en va; on se croyait dans un salon de nobles personnages, on y trouve une prostituée folle et un sauvage ivre. Levez les masques : les autres ne valent guère mieux. Alméria, à qui l'on offre une couronne, répond insolemment : « Je la prends non comme donnée par vous,

1 Bring me Porphyrius and my Empress dead ,

1 would brave Heav'n, in my each hand a neacL

U dit en mourant :

And shoving back this earth on which I sit,

ru mount, and scatter ail the gods I hit. •

%. And why this niceness to that pleasure shown, Where Nature .sums up ail her joys in one.... Promiscuous love is Naturels gênerai law; For whosoever the first lovers were, Brother and sister made the second pair, And doubled by their love their piety....

You must be mine that you may learn to live.

Remarquez que cette furie, six vers plus loin, copie une réponse d Phèdre. Dryden a cru imiter Racine.

(Aurengxehe, acte IV, se i.)

Page 1