‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 120 sur 271 · Tis true I am alone · texte numérisé non relu

Tis true I am alone

So was the Godhead ère he made the world,' And better serv'd himself tban serv'd by Nature. .... I hâve scène enougb within To exercise my virtue.

{Mariage à la mode, acte III, se. a.)

chies * ? Ce ne sont que sentiments chargés, dévouements improvisés, générosités exagérées, emphase ronflante de chevalerie maladroite ; au fond, les personnages sont des rustres et des barbares qui ont essayé de s'afl'ubler de Fhonneur français et de la politesse mondaine. Et telle est en effet cette cour : elle imite celle de Louis XIV comme un faiseur d'enseignes copie un peintre. Elle n'a ni goût ni délicatesse, et s'en veut donner l'extérieur. Des entremetteurs et des dévergondées, des courtisans spadassins ou bourreaux qui vont voir éventrer Harrison ou qui mutilent Goventry, des filles d'honneur qui accouchent au bal, ou vendent aux planteurs les condamnés qu'on leur livre, un palais plein de chiens qui aboient et de joueurs qui crient, un roi qui en public lutte de gros mots avec ses maîtresses en chemise', voilà cetil- Justre monde; ils n'ont pris des façons françaises que le costume, et des sentiments nobles que les grands mots.

1 . The Moors hâve heaven and me lo assist them.... ni whistle thy tame fortune after me....

U devient amoureux. Voici en quel style il parle de l'amour:

*Tis he ; I feel him now in every part, Like a new Lord he vaunts about my heart, Surveys in state edch corner of my breast.

"Wliile poor tierce I that was, am dispossesl.

iÀhnanzor.)

3. Voir la caanàoa sur la(juelle on danse la Zanibra dans Almaniou

^CHAPITHE II. DRYDEN. 187"

Le second point digne d'imitation dans la tragédie classique est le style. A la vérité Dryden épure et éclaircit le sien en introduisant le raisonnement serré et les mots exacts. Il y a chez lui des disputes oratoires comme dans Corneille, des répliques lancées coup sur coup, symétriques, et comme un duel d*arguments. Il y a des maximes vigoureusement ramassées dans Tenceinte d'un vers unique, des distinctions, des développements, et tout Tart des bonnes plaidoiries. Il y a d'heureuses antithèses, des épithètes d'ornement, de belles comparaisons travaillées, et tous les artifices de l'esprit littéraire. Et ce qu'il y a de plus frappant, c'est qu'il abandonne le vers dramatique et national, qui est sans rime, ainsi que le mélange de prose et de vers commun à tous les anciens poètes, pour rimer toute sa tragédie à la française, croyant inventer ainsi un nouveau genre, qu'il nomme heroic play. Mais, dans cette transformation, le bon périt, le mauvais reste. Car remarquez que la rime est chose différente chez des races différentes. Pour un Anglais elle ressemble à un chant, et le transporte à rinstant dans un monde idéal ou féerique. Pour un Français, elle n'est qu'une convention ou une convenance, et le transporte à Tinstant dans une antichambre ou un salon; pour lui, c'est un costumed'ornement et rien qu'un costume ; s'il gône la prose

il l'anoblit; il impose le respect, non Tenthousiasme, et change le style roturier en style titré. D'ailleurs dans nos vers aristocratiques tout se tient. Toute péîdanterie, tout appareil de logique en est exclu ; rien de plus désagréable que la rouille scolastique à des gens bien élevés et délicats. Les images y sont rares, toujours soutenues; la poésie audacieuse, la vraie fantaisie, n'y ont point de place; ses éclats et ses écarts dérangeraient la politesse et le train régulier du monde. Les mots propres, le relief des expressions franches ne s'y trouvent pas ; les termes généraux, toujours un peu effacés, conviennent bien mieux aux ménagements et aux finesses de la société choisie. Contre toutes ces règles, Dryden vient se heurter lourdement. Sa rime, pour les oreilles d'un Anglais, écarte à l'instant toute illusion théâtrale; on sent que les personnages qui parlent ainsi sont des mannequins sonores; il avoue lui-même que sa tragédie héroïque ne fait que mettre en scène des poëmes chevaleresques comme ceux de l'Arioste et de Sponsor.

Des élans poétiques achèvent de ruiner toute vraisemblance. Reconnaissez-vous l'accent du drame dans cette comparaison d'épopée ? « Comme une belle tulipe opprimée par l'orage, — frissonnante, se ferme, et plie ses bras de soie pour s'endormir, — se courbe sous l'ouragan, toute pâle, et presque morte, — pendant que le vent sonore chante autour de sa tête tourbée, — ainsi disparaît votre beauté voilée*. » —

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