‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 139 sur 271 · CHAPITRE II. DRYDEN · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. DRYDEN

diant, acteur, officier, toujours désordonné et toujours pauvre, vécut follement et tristement dans les excès et la misère, à la façon des vieux tragiques, avec leur inspiration, avec leurs fougues, et qui mourut à trente-quatre ans , selon les uns d'une fièvre causée par la fatigue, selon les autres d'un jeûne prolongé au bout duquel il avala trop vite un morceau de pain donné par charité. A travers l'enveloppe pompeuse de la rhétorique nouvelle, Thomas Otway a retrouvé parfois les passions de Tautre siècle . On sent que son temps lui nuit, qu'il émousse lui-même l'âpreté et la vérité de son émotion, que le mot propre et hardi ne lui arrive plus, que tout autour de lui le style oratoire, les phrases d'auteur, la déclamation classique, les antithèses bien faites viennent bourdonner, étouffer son accent sous leur ronflement tendu et monotone. Il ne lui a manqué que de naître cent ans plus tôt. On retrouve dans son Orpheline^ dans sa Venise sauvée^ les noires imaginations de Webster, de Ford et de Shakspeare, leur conception lugubre de la vie, leurs atrocités, leurs meurtres, leurs peintures des passions irrésistibles qui s'entre-choqiïent aveuglément comme un troupeau de bétes sauvages, et bouleversent le champ de bataille de leurs hurlements et de leur tumulte, pour ne laisser après elles que des dévastations et des tas de morts. Comme Shakspeare, ce qu'il étale sur la scène ce sont les entraînements et les fureurs humaines, un frère qui viole la femme de son frère, un mari qui se parjure pour sa femme, Polydore, Chamont, Jaffier, des âmes violentes et faibles que

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Toccasion transporte, que la tentation renverse, chez qui le transport ou le crime, comme un venin versé dans une veine, monte par degrés, empoisonne tout i'homme, gagne par contagion ceux qu'il touche, et ies tord et les abat ensemble dans le délire des convulsions. Comme Shakspeare, il a trouvé de ces mots poignants, et vivants*, qui montrent le fond derhomme, rétrange craquement de la machine qui se démonte, le roidissement de la volonté qui se tend jusqu'à se briser*, la simplicité des vrais sacrifices, les humilités de la passion exaspérée et mendiante qui implore jusqu'au bout contre toute espérance sa pâture et son assouvissement*. Comme Shakspeare, il a conçu de vraies âmes féminines*, une Monimia, surtout une Belvideraqui, semblable à Imogène, s'est donnée tout

t. How my head swims l Tis very dark. Good nîght.

(Mort de Monimia.)

% Voir la mort de Pierre et de Jaffier. Pierre, une foitf poignardé, Sclate de rire,

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