‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 148 sur 271 · CHAPITRE îl. DRYDEN · texte numérisé non relu

CHAPITRE îl. DRYDEN

étudie tout, jusqu'à la plaisanterie et la politesse. Il écrit à Dennis, qui Tavait loué : « Les belles qualités « que vous me prêtez ne sont pas plus à moi que la « lumière de la lune ne peut être dite lui appartenir, « puisqu'elle ne brille que par la clarté réfléchie de « son frère*. » Il écrit à sa cousine, en manière de narration divertissante, ces détails sur une grosse femme avec qui il a voyagé : « Son poids faisait que « les chevaux cheminaient très-péniblement; mais, « pour leur donner le temps de souffler, elle nous « arrêtait souvent, et alléguait quelque nécessité de la « nature, et nous disait que nous sommes tous chair « et sang*. » Il paraît qu'alors ces jolies choses égayaient les dames. Ses lettres sont composées de grosses civilités officielles, de compliments vigou* reusement équarris, de révérences mathématiques ; son badinage est une dissertation; il étaye les bagatelles avec des périodes. Il dit au comte de Rochester, qui l'avait complimenté : « J'éprouve qu'il ne me sied « pas de disputer en aucune chose contre Votre Sei- € gneurie, qui écrit mieux sur le moindre des sujets « que je ne le puis faire sur le meilleur. » Cette réplique paraissait vive. J'ai trouvé chez lui de beaux morceaux, je n'en ai jamais rencontré d'agréables ; il ne sait pas même disserter avec goût. Les personnages

1. They are no more mine when I receive them, thanthe light of the moon can be allowed to be her own, wbo shines but by tbe roflection or her brother. (1693. Lettre à Dennis.)

2. Her weight made the herses travel very heavily ; but to giv» them a breathing time, she would often stop us, and plead some neccssity of nature, and tell us we wereall flesh and blood*

224 LIVHE m. L'ÂGE CLASSIQUE.

de son Essai sur le Drame se croient encore sur le» bancs de l'école, citent doctoralement Paterculus, et en latin encore, combattent la définition de l'adversaire et remarquent qu'elle est faite a génère et fine^ au lieu d'être établie selon la bonne règle, d'après le genre et l'espèce*. « On m'accuse, dit-il doctoralement « dans une préface, d'avoir choisi des personnes dé- « bauchées pour protagonistes ou personnages prin- « cipaux de mon drame, et de les avoir rendues heu- « reuses dans la conclusion de ma pièce, ce qui est « contre la loi de la comédie, qui est de récompenser € la vertu et de punir le vice*. Ailleurs il déclare « qu'il ne veut pas abolir dans la passion l'emploi des « métaphores, parce que Longin les juge nécessaires « pour l'exciter^. » Son grand discours sur Vorigiiie et les progrès de la satire fourmille d'inutilités, de longueurs, de recherches et de comparaisons de commentateur. Il ne sait pas effacer en lui l'érudit, le logicien, le rhétoricien, pour ne montrer que « l'hon^ < nête homme. »

Mais l'homme de cœur apparaît souvent; à travers plusieurs chutes et beaucoup de glissades, on découvre

1. This définition, tbough critics raised a logical objeclion against it — Ihat it was only a génère et finCy and so not altogether perfect, was yet well received by the rest.

2. It is charged upon me that I make debauched persons roy protagonists, or the chief persons of the drama, and that I make them happyin the conclusion of my play; against Ihe lawofcomedy which is lo reward virtue and punish vice. (Préface da Mock Aslrologer.)

3. It is not that 1 would explode the use of metaphors from pa»* siou, lor Longinus thinks them necessary to raise it.

GHAPIÏBE II. DRYDEN. 225

un esprit qui se tient debout, plié plutôt par convenance que par nature, ayant de Télan et du souffle, occupé de pensées graves, et livrant sa conduite à ses convictions. Il se convertit loyalement et après réflexion à. la religion catholique, y persévéra après la chute de Jacques II, perdit sa place d'historiograph3 et de poëte lauréat, et, quoique pauvre, chargé de famille et infirme, refusa de dédier son Virgile au roi Guillaume. « La dissimulation, écrit-il « à ses fils, quoique permise en quelques cas, n'est « pas mon talent. Cependant, pour Tamour de vous, « je lutterai contre la franchise de ma nature. Au « reste je ne me flatte d'aucune espérance, mais je fais « mon devoir et je soufl're pour Tamour de Dieu. Vous « savez que les profits de mon livre auraient pu être « plus grands, mais ni ma conscience ni mon honneur « ne me permettaient de les prendre. Je ne me re- » pentirai jamais de ma constance, puisque je suis « profondément persuadé de la justice de la cause « pour laquelle je soufl're*. » Un de ses fils ayant été renvoyé de Técole, il écrivit au directeur, M. Busby, son ancien maître, avec une gravité et une noblesse très-grandes, le priant sans s'humilier, le désapprou-

1. Dissembling, Ihougii îawrui m some cases, is not my talent, ïet, for your sake, 1 "will struggle with the plain openness of my aatuie. In the mean time, I flatter not myself with any manner of hopes; but do my duty and suffer for God's sake. — You know the profits (of Virgil) might hâve been more ; but neither my conscience nor my honour would suffer me to lake them. But I can ne ver repentmy constancy, since I am thoroughly persuaded of the justice of the cause for yfÛch I suffer.

UTT. AMOL. UI — là

vant sans i^ofTenser, d'un style contenu et fier qui fait plaisir, lui redemandant ses bonnes grâces, sinon comnne une dette envers Je père, du moins comme un don pour l'enfant, et ajoutant à la fin : « Je mérite « pourtant quelque chose, ne serait-ce que pour avoir « vaincu mon cœur jusqu'à prier*. « On le trouve bon père avec ses enfants , libéral envers son fermier, généreux même. « On a écrit, dit-il, plus de libelles « contre moi que contre presque aucun homme vi- « vant, et j'aurais eu le droit de défendre mon innove cence. J'ai rarement répondu aux pamphlets dif- « famatoires, ayant dans les mains les moyens de « confondre mes ennemis, et, quoique naturellement « vindicatif, j'ai souffert en silence et maintenu mon « âme dans la paix*. » Insulté par Collier comme corrupteur des mœurs, il souffrit cette réprimande brutale et confessa noblement les fautes de sa jeunesse « M. Collier en beaucoup de points m'a blâmé jus- « tement : je ne cherche d'excuse pour aucune de « mes pensées ou de mes expressions ; quand on peut « les taxer équitablement d'impiété, d'immoralité ou « de licence, je les rétracte. S'il est mon ennemi, « qu'il triomphe; s'il est mon ami (et je ne lui ai a donné aucune occasion personnelle d'être autre-

1 . I hâve done something, so far to conquer my own spirit as to ask it.

2. More libels hâve been written against me than almost any man now living. I hâve seldom answered any scurrilous lampoon, and, being naluicvUy vindictive, bave suiTered in silence, and pos- Bcssed m y soûl in quiet.

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