CHAPITRE IIÎ. LA REVOLUTION
blent dissoudre le christianisme; « Point de religion, « disait Montesquieu, en Angleterre. Quatre ou cinq « de la chambre des communes vont à la messe ou « au sermon de la chambre.... Si quelqu'un parle de « religion, tout le monde se met à rire. Un homme « ayant dit de mon temps : Je crois cela comme arti- « cle de foi, tout le monde se mit à rire. » En effet, la phrase était provinciale et sentait son vieux temps. L'important était d'avoir bon ton, et il est plaisant de voir dans lord Chesterfield en quoi ce bon ton consiste. De justice, d'honneur, il ne parle qu'en courant et pour la forme : « Avant tout, dit-il à son fils, ayez « des manières. » Il y revient dans chaque lettre avec une insistance, une abondance, une force de preuves, qui font un contraste grotesque. « Mon cher ami, « comment vont les manières, les agréments, les grâ- « ces, et tous ces petits riens si nécessaires pour ren- « dre un homme aimable? Les prenez- vous? y faites- « vous des progrès?... Polissez-vous, ne curez point « vos ongles en société, ne mettez pas vos doigts dans « votre nez, posezbien vos pieds.... Votre maître de « danse est à présent le plus important de tous.... « Surtout laissez de côté la rouille de Cambridge.... « On m'assure que Mpe de.... est jolie comme un « cœur, et que, 'nonobstant cela, elle s'en est tenue « scrupuleusement à son mari, quoiqu'il y ait déjà « plus d'un an qu'elle est mariée. Elle n'y pense pas; « il faut décrotter cette femme-là. Décrottez -vous t donc tous les deux réciproquement. »• Et un peu après : « Que vous dit Mme de...? Pour un attache-
« ment, je la préférerais à Mme...; mais pour une « galanterie, je donnerais la préférence à la dernière. « Tout cela peut s'arranger ensemble^ et Tun n*em- « pêche pas Tautre. » Soyez galant, adroit, délié; plaisez aux femmes; « ce sont les femmes qui met- « tent les hommes à la mode; » plaisez aux hommes ; « une souplesse de courtisan décidera de votre for- « tune » Et il lui cite en exemple Bolingbroke et Mariborough, les deux pires roués du siècle. Ainsi parle un homme grave, ancien ministre, arbitre de l'éducation et du goût^ Il veut déniaiser son fils, lui donner Tair français, ajouter aux solides connaissances diplomatiques et aux grandes visées d*ambiîion Tair engageant, sémillant et frivole. Ce vernis, qui à Paris est la couleur vraie, n'est ici qu'un placage choquant. Cette politesse transplantée est un mensonge, cette vivacité un manque de sens, et cette éducation mondaine ne semble propre qu'à faire des comédiens et des coquins.
Ainsi jugea Gay dans son Opéra du Gueux, et la so-
1. « Les Anglais ont ordinairement vingt ans avant d'avoir parle à quelque personne au-dessus de leur maître d'école et de leurs compagnons de collège; s*il arrive qu'ils aient du savoir, tout se termine au grec et au lutin, mais pas un seul mot de l'histoire ou des lang> es modernes. Ainsi préparés ils se mettent à voyager; mais lomme ils manquent de dextérité, qu'ils sont extrêmement Jionteux tl timides et qu'ils n'ont point l'usage des langues étrangères, ils vivent entre eux et mangent ensemble dans les auberges. » {Lettres de lord Chcsterfield.)
« Ju souhaiterais que vous les priassiez de vous donner des lettres de recommandation pour les jeuiies gens du bel air et pour les co> qucites sur le bon ton, afin que vous pussiez être dans l'bonnéU dél.uc c (le Munich.» Clbidetn,)