CHAPITRE m. LA RÉVOLUTION
ciété polie applaudit avec fureur au portrait qu'il traçait d'elle. Soixante-trois nuits de suite, la pièce fut jouée parmi un tonnerre de rires; les dames firent écrire les chansons sur leurs éventails, et Tactrice principale, dit-on, épousa un duc. Quelle satire I Les voleurs infestaient Londres, tellement qu'en 1728 la reine elle-même manqua d'être dévalisée; ils s'étaient formés en bandes, ayant des officiers, un trésor, un chef, et se multipliaient, quoique toutes les six semaines on les envoyât par « charretées » à la potence. Voilà la société queGay mit en scène; à son avis, elle valait la grande ; on avait peine à Ten distinguer: manières, esprit, conduite, morale, dans Tune et l'autre, tout est semblable. « Eu fait de vices « à la mode, on ne peut dire si les gentilshommes « du grand chen[)in imitent les gentilshommes à la « mode, ou si les gentilshommes à la mode imitent les « gentilshommes du grand chemin *. » En quoi, par exemple, Peachum difl*ère-t-il d'un grand ministre? Il est comme lui chef d'une bande de voleurs, il a comme lui un registre pour inscrire les vols, il reçoit comme lui de l'argent des deux mains, il fait comme lui prendre et pendre ses amis quand ses amis lui sont à charge, il se sert comme lui du langage parlementaire et des comparaisons classiques, il a comme lui de la gravité, de la tenue, et s'indigne éloquemment quand on soup-
1. Through Ihe whole pièce, you may observe such a similitude of manners in high and îow life, Ihat it is difficult to détermine whether, in tbe fasnionable vices, the fine gentlemen imilate the gentlemen of the road, or tiie gentlemen of tlie road the fine gen- Uemen.
266 LIVRE m. L'ÂGE CLASSIQUE.
çonne son honneur. Vous répondrez peut-être qu'il se dispute avec son associé au sujet des profits, et l'empoigne à la gorge? Mais dernièrement sir Robert Walpole et lord Townshend se sont colletés sur une question pareille. Écoutez les instructions que Peachum donne à sa fille ; ne sont-ce pas les propres maximes du monde? « Ayez des amants, mademoiselle; une femme « doit savoir être mercenaire, quand même elle ne se- < rait jamais alléeàlacour ni dans une assemblée.... « Gomment! vousépousezM.Macheath, et votre belle « raison est que vous Taimezî L'aimer I l'aimer! Je « croyais que mademoiselle était trop bien élevée « pour cela. Ma fille doit être pour moi ce qu'une dame « de la cour est pour un ministre d'État, la clef de « toute la bande*.» Quant à M. Macheath, c'est le digne gendre d'un tel politique. S'il est moins brillant au conseil que dans Faction, cela convient à son âge. Trouvez-nous un jeune officier noble qui ait meilleure tournure ou fasse des actions plus belles. Il vole sur les grands chemins, voilà de la bravoure; il partage son butin avec ses amis, voilà de la générosité. « Vous « voyez, messieurs, leur dit-il, je ne suis pas un simple « ami de cour qui promettent et ne donne rien. Que
i. My daughter to me should be, like a court lady to a minister of State, a key to a whole gang.
A woman knows how to be mercenary though she bas never been in a court or at an assembly.
Wby, foolish jade, thou wilt be as ill-used aud as much neglected as if thou hadst married a Lord l
....Ididnot marry bim as 'lis the fasbion coolly and deliberatcly for bonour or money. But I love bim.
Love bim, worse and worse 1 1 thougbt the girl bad been belter bred.
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