‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 194 sur 271 · CHAPITRE m. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. LA RÉVOLUTION

leur prouve la morale. La force de leur zèle ne se manifeste que par le sérieux de leur attention. Que d'autres fassent du texte un prétexte; pour eux, ils s'y attachent; c'est la parole même de Dieu, on ne peut trop s'y appesantir. Ils veulent qu'on cherche le sens de chaque mot, qu'on interprète le passage phrase à phrase, par lui-même, par ses alentours, par les passages semblables, par l'ensemble de la doctrine, lis consentent à ce qu'on cite les diverses leçons, les diverses traductions, les diverses interprétations; ils sont contents de voir l'orateur se faire grammairien, helléniste, scoliaste. Ils ne se rebutent pas de toute cette poussière d'érudition qui s'échappe des in-folio pour leur voler sur la figure. Et le précepte posé, ils exigent l'énumération de toutes les raisons qui l'appuient; ils veulent être convaincus, emporter dans leur tête une provision de bons motifs vérifiés pour toute la semaine. Ils sont venus là sérieusement, comme à leur comptoir ou à leur champ, pour s*ennuyer et abstttre de la besogne, pour peiner et piocher consciencieusement dans la théologie et dans la logique, pour s'amender et s'améliorer. Ils seraient fâchés d'être éblouis. Leur grand sens et leur gros bon sens s'accommodent bien mieux des discussions fi^oides; ils demandent des enquêtes et des rapports méthodiques en matière de morale comme en matière de douane, et traitent de la conscience comme du porto ou des harengs.

C'est en cela que Tillotson est admirable. Sans doute il est « pédant, * comme disait Voltaire; il â

« toute la mauvaise grâce contractée à l'univer- « site : » il n'a point été « poli par le commerce « des femmes, • il ne ressemble pas à ces prédicateurs français, académiciens, beaux diseurs, qui par un air de cour, par un Avent bien prêché, par les finesses «l'un style^épuré, gagnent le premier évêché vacant et ]a faveur de la bonne compagnie. Mais il écrit en parfait honnête homme, on voit qu'il ne cherche point du tout la gloire d'orateur; il veut persuader solidement, rien de plus. On jouit de cette clarté, de ce naturel, de cette justesse, de cette loyauté entière. « La « sincérité, dit-il quelque part, a tous les avantages « de l'apparence et beaucoup d'autres encore. Si Té- « talage d'une chose est bon en quelque façon, il est « sûr que la sincérité est meilleure. En effet, pour- « quoi un homme dissimule-t-il ou semble-t-il être « ce qu'il n'est pas, sinon parce qu'il est bon d'avoir « la qualité qu'il veut prendre? Car contrefaire et dis- « simuler, c'est mettre sur soi l'apparence de quelque « mérite. Or le meilleur moyen du monde pour un « homme de paraître quelque chose, c'est d'être réel- « lement ce qu'il veut paraître, outre que bien des « fois il est aussi incommode de soutenir le semblant « d'une bonne qualité que de l'avoir. Et si un homme u ne l'a pas, il y a dix à parier contre un qu'on décou- « vrira qu'il en est dépourvu, et alors tout son travail « et toutes les peines qu'il a prises pour la feindre sont « perdus. 11 est difficile déjouer un rôle et de faire * le comédien longtemps, car lorsque la vérité n'est « pas au fond,le naturel s'efforcera toujours de reve-

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