‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 201 sur 271 · CHAPITRE in. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE in. LA RÉVOLUTION

Diderot et Montesquieu, amis et ennemis, tous y ont prodigué toutes leurs perles et tout leur or. Sur la trame usée des doctrines arides, le dix-septième siècle a brodé une majestueuse étole de pourpre et de soie, et le dix-huitième siècle qui la chiffonne et la déchire, la disperse en milliers de fils d'or qui chatoient comme une robe de bal. Ici tout est lourd, sec et triste ; les grands hommes eux-mêmes, Addison et Locke, lorsqu'ils se mêlent de défendre le christianisme, deviennent plats et ennuyeux. Depuis Chillingworth jusqu'à Paley, les apologies, réfutations, expositions, discussions, pullulent et font bâiller; ils raisonnent bien, et c'est tout. Le théologien entre en campagne contre les papistes au dix-septième siècle, contre les déistes au dix-huitième * , en tacticien , selon les règles, prend position sur un principe, établit tout à Tentour une maçonnerie d'arguments, recouvre le tout de textes, et chemine paisiblement sous terre dans les longs boyaux qu'il a creusés; on approche, et l'on voit sortir une sorte de pionnier pâle, le front contracté, les mains roidies, les habits sales; il se croit à l'abri de toute attaque; ses yeux fichés en terre n'ont pas vu à côté de son bastion le large chemin commode par lequel Tennemi va le tourner et le surprendre. Une sorte de médiocrité incurable les retient la bêche à la main dans des tranchées où personne ne passera. Ils n'entendent ni leurs textes ni

1, I thought it necessary to look into th« Socinian pamphlets, which. hâve swarmed so much among us within a few years. (StillingHeet, In vindication of tho doctrine of Trinity. 1697.)

306 LIVRE III. L'Age classique.

leurs formules. Ils sont impuissants dans la critique et la philosophie. Ils traitent les figures poétiques des Écritures, les audaces de style, les à-peu-près de Timprovisation, les émotions hébraïques et mystiques, les subtilités et les abstractions de la métaphysique alexandrine, avec une précision de juristes et de psychologues. Ils veulent absolument faire de TÉvangile un code exact de prescriptions et de définitions com^ binées par des législateurs en parlement. Ouvrez le premier venu, un des plus anciens, John Haies. Il commente un passage de saint Matthieu où il est question d'une chose défendue le jour du sabbat. Quelle était cette chose? « Était-ce d'aller dans le « blé? ou d*en éplucher les épis? ou d'en manger? » Là-dèssus les divisions et les argumentations pieuvent par myriades*. Prenez les plus célèbres. Sherlock, appliquant la psychologie nouvelle, invente une explication de la Trinité, et suppose trois âmes divines , chacune d'elles ayant conscience de ce qui se passe dans les deux autres. Stiilingfleet réfute Locke,

1. 11 examine entre autres < le pécïiÔ contre le Saint-Esprit. » On aurait bien voulu savoir en quoi consistait ce péchô dont parle FÊvangile. Mais rien de plus obscur; Calvin et les autres théologiens en donnaient chacun une définition différente. Après une dissertation minutieuse, John Haies conclut ainsi : « And though négative proofs « from scripture are not démonstrative, yet the gênerai silence of « the aposLles may at least help to infer a probability that the blaa- « phemy against the Holy Ghost is not committable by any Chris- « tian who lived not in the time of our Saviour (1636). » — Cela apprend à raisonner. De môme, en Italie, les intrigues pour donner ou ôterdes culottes aux capucins développaient Phabileté politique et diplomatique.

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