‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 206 sur 271 · CHAPITRE III. LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. LA RÉVOLUTION

A regarder de loin la constitution anglaise, on ne c douterait guère de cette inclination publique; à regarder de près la constitution, on l'aperçoit d'abord, l'îile semble un amas de privilèges, c'est-à-dire d'injustices consacrées; la vérité est qu'elle est un corps de contrats, c'est-à-dire de droits reconnus. Chacun a le sien, petit ou grand, qu'il défend de toute sa force. Ma terre, mon bien, mon droit garanti par ma charte, quel qu'il soit, suranné, indirect, inutile, privé, public, personne n'y touchera, ni roi, ni lords, ni communes; il s'agit d'un écu, je le défendrai comme un million ; c'est ma personne qu'on entame. Je quitterai mes affaires, je perdrai mon temps, je jetterai mon argent, j'entreprendrai des ligues, je payerai des amendes, j'irai en prison, je mourrai à la peine : il n'importe; je n'aurai pas fait de lâcheté, je n'aurai pas plié sous l'injustice, je n'aurai pas cédé une seule parcelle de mon droit.

C'est par ce sentiment qu'on conquiert et qu'on garde la liberté politique. C'est ^ce sentiment qui, après avoir renversé Charles P' et Jacques II, se précise en principes dans la déclaration de 1688, et se développe chez Locke en démonstrations *. Au com*

1. Il faut lire dans sir Robert Filmer la théorie régnante, pour roir de quel bourbier de sottises on sortait. Sir Robert Filmer disait ({ii^Adam avait reçu en naissant un pouvoir absolu et royal sur tout

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mencement de toute société, dit-il, il faut poser Tindépendance de rhomme. Chacun a par nature et primitivement le droit d'acquérir, de juger, de punir, de faire la guerre, de gouverner sa famille et ses gens. La société n'est qu'un contrat ultérieur entre de petits souverains préétablis, qui, ayant traité et transigé entre eux, « conviennent de former une communauté « pour vivre avec sûreté, paix et bien-ôtre les uns « avec les autres, pour jouir avec sécurité de leurs « biens, et pour être mieux protégés contre ceux qui « ne sont pas de leur ligue. Ceux qui sont unis en un « seul corps, qui ont une loi commune établie et une • judicature à laquelle ils puissent en appeler, et en « outre une autorité pour punir les délinquants, sont « en société civile les uns avec les autres*.» Des

Tunivers; que dans toute réunion d'hommes il y en avait un qui était roi légitime, comme plus proche héritier d'Adam. ** Some say it was by lot, and others that Noah sailed round the Mediterranean in ten years, and divided the world into Asia, Afric, and Europa, portions for his three sons. " — Comparez Bossuet, Politique fondée sur VÊcrilure. Les sciences morales se dégagent en ce moment de la théologie.

1. Those who are united in one body and hâve a common established law and judicature to appeal to, with authority to punish offenders, are in civil society one with another.

Every one quits his executive power of nature^ and resigns it to th9 public.

As for the ruler^ (it is said) he ought to be absolute, because he has power to do more hurt and wrong ; it is right when he does it. — This is to think that men are so foolish, that they takc care to avoid what mischiefs may be done them by polecats or foxes; but are content, may think it safety, to be devoured by lions.

The only way whereby any one divests himself of his natural 11 berty, and puts on the bonds of civil society is by agreeing with other men to join and unité into a community, for their comforta-

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