‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 236 sur 271 · CHAPITRE IV. ADDISON · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. ADDISON

ont nourri sa raison et soutenu ses entretiens; un tel homme pouvait juger et conseiller l'homme; ses jugements n'étaient pas des ampliflcations arrangées par un effort de tête, mais des observations contrôlées par rexpérience; on pouvait l'écouter en des sujets moraux, comme on écoute un physicien en des matières de physique; on le sentait autorisé et on se sentait instruit.

Au bout d'un peu de temps on se sentait meilleur ; car on reconnaissait en lui dès l'abord une âme sin* gulièrement élevée, très-pure, préoccupée de l'honnête jusqu'à en faire son souci constant et son plus cher plaisir. Il aimait naturellement les belles choses, la bonté et la justice, la science et la liberté. Dès sa première jeunesse, il s'était joint au parti libéral, et jusqu'au bout il y demeura, espérant bien de la raison et de la vertu humaines, marquant les misères où tombent les peuples qui avec leur indépendance abandonnent leur dignité*. Il suivait les hautes découvertes de la physique nouvelle pour rehausser encore

l. Épitre à Halifax,

liberty, thou Goddess heavenly bright,

Profuse of bliss, and pregnant with delight,

Eternal pleasures in thy présence reign,

And smiling plenty leads thy wanton train....

*Tis liberty tnat crowns Britannia's isle,

Andinakes her banen rocks and her bleak mountains smile.

Sur la république de Saint-Marin :

Nothing can be a greater instance of the natural love that mankind bas for liberty and of their aversion to an arbitrary government, than such a savage mountain covered with people, and the Campania of Rome, -wbicb lies in Ihe same country, almost destitute of inbabitants. {Remarks on Italy, Ed. Hurd, tome I, 406.)

36Ô LIVRE m. L'Age cij^ssiquë.

l'idée qu'il avait de Tœuvre divine. 11 aimait les grandes et graves émotions qui nous révèlent la noblesse de notre nature et Tinlirmité de notre condition. Il employaittout son talent et tous ses écrits à nous donner le sentiment de ce que nous valons et de ce que nous devons être. Des deux tragédies qu'il fit ou médita, Tune était sur la mort de Caton, le plus vertueux des Romains ; l'autre sur celle de Socrate, le plus vertueux des Grecs : encore, à la fin de la première, il eut un scrupule, et de peur d'excuser le suicide, il donna à Caton un remords. Son opéra de Rosamonde s'achève par le conseil de préférer l'amour honnête aux joies défendues ; son Spectator, son Tatler^ son Guardian sont les sermons d'un prédicateur laïque. Bien plus, il a pratiqué ses maximes. Lorsqu'il fut dans les emplois, son intégrité resta entière ; il servit les gens, souvent sans les connaître, toujours gratuitement, refusant les présents même déguisés. Lorsqu'il lut hors des emplois, sa loyauté resta entière ; il persévéra dans ses opinions et dans ses amitiés, sans aigreur ni bassesse, louant hardiment ses protecteurs tombés *, ne craignant pas de s'exposer par là à perdre les seules ressources qu'il eût encore. Il était noble par nature, et il Tétait aussi par raison. Il jugeait qu'il y a du bon sens à être honnête. Son premier soin, comme il le dit, était de ranger ses passions « du côté de la vérité. » 11 s'était fait intérieurement un portrait de la créature raisonnable, et y

]• Par exemple, Halifai.

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