CHAPITRE IV. ADDISON
Essayons de décrire cette raison qui peu à peu s'est dégagée du puritanisme et de sa rigidité, de la Restauration et de son carnaval. En même temps que la religion et TÊtat, l'esprit atteint son équilibre. Il conçoit la règle et discipline sa conduite ; il s'écarte de la vie excessive et s'établit dans la vie sensée ; il fuit la vie corporelle et prescrit la vie morale. Addison rejette avec dédain la grosse joie physique, le plaisir brutal du bruit et du mouvement *. « Est-il possible, » dit-il en parlant des farces et des assauts de grimaces, c que la nature humaine se réjouisse de sa honte, « prenne plaisir à voir sa propre figure tournée en « ridicule et travestie en des formes qui excitent « rhorreur et l'aversion? 11 y a quelque chose de bas c et d'immoral à pouvoir supporter une telle vue*. » A plus forte raison s'élève-t-il contre la licence sans naïveté et la débauche systématique qui fut le goût et l'opprobre de la Restauration. Il écrit des articles entiers contre les jeunes gens à la mode, « sorte de vermine » qui remplit Londres de ses bâtards ; contre les séducteurs de profession, qui sont les « chevaliers errants » du vice. « Quand des gens de rang et d'im- « portance emploient leur vie à ces pratiques et à ces
1. I would leave it to the considération of those who are the patrons of this monstrous trial of skill, whether or no they are net guilly, in some measure, of an affront to their species, in trealing after this manner the Human Face Divine. (Spectator, n» 173 )
2. Is it possible that human nature can rejoicein its disgrâce, and takepleasure in seeinR its own figure turned to ridicule, and distorted into l'orms that raise horror and aversion? There is something disingenuous and immoral in the being able to bear such a sight.
[Tatl€r, u? 108.)
372 LIVRE III. L'Age CLASarQUB.
« poursuites criminelles, ils devraient considérer « qu'il n'y a point d'homme si bas par sa condition et « sa naissance au-dessous duquel leur infamie ne les < dégrade*. > 11 raille sévèrement les femmes qui s'exposent aux tentations et qu'il appelle des salamandres : « Une salamandre est une sorte d'héroïne « de chasteté qui marche sur le feu et vit au milieu « des flammes sans être brûlée. Elle reçoit auprès de « son lit un homme qui vient lui faire visite, joue « avec lui toute une après-midi au piquet, se pro- •» mène avec lui deux ou trois heures au clair de la « lune, devient familière avec un étranger dès la pre- « mière vue, et n'a pas Tétroitesse d'esprit de regar- '« der si la personne à qui elle parle a des culottes ou « des jupons '. » Il combat en prédicateur l'usage des robes décolletées, et redemande gravement la chenaimisette et la décence des anciens jours : «c La modes- « tie donne à la jeune fille une beauté plus grande « que la fleur de la jeunesse, répand sur l'épouse la « dignité d'une matrone, et rétablit la veuve dans sa
1. When men of rank and figure pass away their lives in thèse criminal pursuits and practices, they ought to consider that they render themselves more vile and despicable than an y innocent maa can be, whatever low station his fortune or birlh hâve placed him in.
(Guardian, n" 123.)
2. A salamander is a kind of heroine in chastity, that treads upon fire, and llves in the midstof fiâmes, without being hurt. A salamander knows no distinction of sex in those she converses with, grows familiar with a stranger at first sight, and is not so narrowspirited as to observe whether the person she talks to be in breeches or in petticoats. She admils a maie visitant to her bed-side, plays "wiih him a whole afternoon at picquettO) walks with him two or three hours by moon-light. (Spectator, n"* 198.)