‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 241 sur 271 · CHAPITRE IV. ADDISON · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. ADDISON

jénératioDs futures. Il console une femme qui a perdu son fiancé en lui représentant les infortunes de tant d'autres personnes qui souffrent en ce moment de plus grands maux. Son Spectator n'est qu'un manuel de l'honnête homme et ressemble souvent au Parfait notaire. C'est qu'il est tout pratique, occupé non à nous distraire, mais à nous corriger. Le consciencieux protestant, nourri de dissertations et de . morale, demande un moniteur effectif, un guide ; il veut que sa lecture profite à sa conduite et que son journal lui suggère une résolution. A ce titre Addison prend des motifs partout. Il songe à la vie future, mais il n'oublie pas la vie présente; il appuie la vertu sur l'intérêt bien entendu. Il ne pousse à bout aucun principe ; il les accepte tous, tels qu'on les trouve dans le domaine public, d'après leur bonté visible, ne tirant que leurs premières conséquences, évitant la puissante pression logique qui gâte tout, parce qu'elle exprime trop. Regardez-le établir une maxime, par exemple nous recommander la constance ; ses motifs sont de toute sorte et pêle-mêle : d'abord l'inconstance nous expose aux mépris ; ensuite elle nous met dans une inquiétude perpétuelle; en outre, elle nous empêche le plus souvent d'atteindre notre but; d'ailleurs elle est le grand trait de la condition humaine et mortelle : enfin elle est ce qu'il y a de plus contraire à la nature immuable de Dieu qui doit être notre modèle. Le tout est illustré à la fin par une citation de Dryden et des vers d'Horace. Ce mélange et te décousu peignent bien l'esprit ordinah*e qui reste

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au niveau de son auditoire, et l'esprit pratique qui sait maîtriser son auditoire. Addison persuade le public, parce qu'il puise aux sources publiques de croyance. 11 est puissant parce qu'il est vulgaire, et utile parce qu'il est étroit.

Figurez-vous maintenant cet esprit moyen par excellence, tout occupé à découvrir de bons motifs d'action. Quel personnage réfléchi, toujours égal et digne 1 Comme il est muni de résolutions et de maximes l Tout ce qui est verve, instinct, inspiration, caprice, est en lui aboli ou discipliné. Il n'y a point de cas qui le surprenne ou l'emporte. Il est toujours préparé et à Tabri. Il Test si bien qu'il semble un automate. Le raisonnement Ta figé et envahi. Voyez, par exemple, de quel style il nous met en garde contre l'hypocrisie involontaire, annonçant, expliquant, distinguant les moyens en ordinaires et en extraordinaires, se traînant en exordes, en préparations, en exposés de méthodes, en commémorations de la sainte Écriture *. Après six lignes de cette morale, un Français irait prendre l'air dans la rue. Que ferait-il, bon Dieu I si pour l'exciter à la piété on l'avertissait ^ que Tomniscience et l'omniprésence de Dieu nous fournissent trois sortes de motifs, et si on lui développait démonstrativement ces trois sortes, la première, la seconde et la troisième? Mettre partout le calcul, arriver avec des poids et des chiffres au milieu des passions vivantes, les étiqueter, les classer comme

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