‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 244 sur 271 · CHAPITRE IV. ADDISON · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. ADDISON

« parties, à administrer la justice, à distribuer des t récompenses et des punitions. Bref, je regarde « ma famille comme un État patriarcal où je suis à la «r fois roi et prêtre.... Quand je vois mon petit peuple « devant moi, je me réjouis d'avoir fourni des accrois- « sements à mon espèce, à mon pays, à ma religion, « en produisant un tel nombre de créatures raison- « nables, de citoyens et de chrétiens. Je suis content « de me voir ainsi perpétué; et comme il n'y a point « de production comparable à celle d'une créature « humaine, je suis plus fier d'avoir été l'occasion de « dix productions aussi glorieuses, que si j'avais bâti « à mes frais cent pyramides ou publié cent volumes « du plus bel esprit et de la plus belle science *. » Si maintenant vous prenez l'homme hors de sa terre et de son ménage, seul à seul avec lui-même, dans les moments d'oisiveté ou de rêverie, vous le trouverez aussi positif. Il observe pour former sa raison et celle

1. Notliing is more gratirying to the mind of man than power o^ dominion; and this I think myself amply possessed of, as 1 am the father of a family. I am perpetually taken up in giving out ordcrs, in prescribing duties, in heariiig parties, in administering justice, and in dislributing rewards and punishments.... I look upon my family as a patriarchal sovereignty in which I am myself both king and priest.... When I see my little troop before me, I rejoice in tlïe additions I bave made to my specics, to my country, to my religion, in having produced such a number of reasonable créatures, citizens, and christians. I am pleased to see myself thus perpetuated ; and as there is no production comparable to that of a human créature, I am more proud of having been the occasion of ten such glorious productions, than if I had built a hundred pyramids at my own expense, or published as many volumes of the finest wit and learniog. {^pectator^ n« &00.)

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des autres; il s'approvisionne de morale; il veut tirer le meilleur parti de lui-même et de la vie. C'est pourquoi il songe à la mort. L'homme du Nord porte volontiers sa pensée vers la dissolution finale et l'obscur avenir. Addison choisit souvent pour lieu de promenade la sombre abbaye de Westminster, pleine de tombes. « Il se plaît à regarder les fosses qu'on creuse « et les fragments d'os et de crânes que roule chaque « pelletée de terre, » et considérant la multitude d'hommes de toute espèce qui maintenant confondus sous les pieds ne font plus qu'une poussière, il pense « au grand jour où tous les mortels, contemporains, « apparaîtront ensemble * » devant le juge, pour entrer dans l'éternité heureuse ou malheureuse qui les attend. Et tout de suite son émotion se transforme en méditations profitables. Au fond de sa morale est une balance qui pèse des quantités de bonheur. Il s'excite par des comparaisons mathématiques à préférer l'avenir au présent. Il essaye de se représenter, par des amas de chiffres, la disproportion de notre courte durée et de l'éternité infinie. Ainsi naît cette religion, œuvre du tempérament mélancolique et de la logique acquise, où l'homme, sorte de Hamlet calculateur, aspire à l'idéal en s'arrangeant une bonne

1. Upon my going into the church I entertained myself with the digging of a grave, and saw in every shovelful of it that wasthrown up the fragment of a bone or skull intermixt with a kind of mouldering earth, that some time or other, had a place in the composition of a human body.... I consider that great day when we shall ail of us be contemporaries and make our appearance together. (Speo> tator, n- 26 et 575.)

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