CHAPITRE IV. ADDISÔN
série et meilleure^ que l'autre. Car le monde choisi raffine le langage. Il ne souffre point les hasards ni les à-peu-près de Timprovisation et de Tinexpérience. Il exige la science du style comme la science des façons. Il veut des mots exacts qui expriment les fines nuances de la pensée, et des mots mesurés qui écartent les Impressions choquantes ou extrêmes. Il souhaite des phrases développées qui, lui présentant la même idée sous plusieurs faces, l'impriment aisément dans son esprit distrait. Il demande des alliances de mots qui, présentant une idée connue sous une forme piquante, renfoncent vivement dans son imagination distraite. Addison lui donne tout ce qu'il désire; ses écrits sont la pure source du style classique; jamais en. Angleterre on n'a parlé de meilleur ton. Les ornements y abondent, et jamais la rhétorique n'y a part. Partout de justes oppositions qui ne servent qu'à la clarté et ne sont point trop prolongées; d'heureuses expressions aisément trouvées qui donnent aux choses un tour ingénieux et nouveau ; des périodes harmonieuses où les sons coulent les uns dans les autres avec la diversité et la douceur d'un ruisseau calme; une veine féconde d'inventions et d'images où luit la plus aimable ironie. Pardonnez au traducteur qui essaye d'en donner un exemple dans cette moqueuse peinture du poëte et de ses libertés : « Il n'est pas contraint d'accompagner la Na- « ture dans la lente démarche qui la mène d'une sai- « son à l'autre, ou de suivre sa conduite dans la « production successive des plantes et des Heurs. Il
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peut accumuler dans sa description toutes les beautés du printemps et de l'automne, et, pour être plus agréable, mettre tous ]^s mois à contribution. Ses rosiers, ses chèvrefeuilles, ses jasmins fleuriront ensemble, et ses plates-bandes se couvriront en' même temps d'amarantes, de violettes et de lis.' Chez lui le sol n'est point réduit à certaines sortes de plantes; il convient également au chêne et au myrte, et s'accommode de lui-même aux produits de tous les climats. Ses orangers peuvent y croître sauvages; il y aura des myrtes dans chaque haie; s'il trouve bon d'avoir un bosquet d'aromates, il se procurera en un moment assez de soleil pour le voir lever. Si tout cela n'est point assez pour lui arranger un paysage agréable, il peut faire des espèces de fleurs nouvelles, aux parfums plus riches, aux couleurs plus puissantes que toutes celles qui croissent dans les jardins de la nature. Ses concerts d'oiseaux peuvent être aussi riches et aussi harmonieux, ses bois aussi épais et aussi sombres qu'il le désire. Une vaste perspective lui coûte aussi peu qu'une petite; il peut aussi aisément lancer ses cascades sur un précipice haut d'un demi-mille que sur un rocher de dix toises. Il a les vents à son a choix, et peut conduire les cours sinueux de ses « rivières par tous les détours variés qui charmeront R le mieux l'imagination du lecteur *. » Je trouve
1 . He is not obliged to attend her iu the slow advauces which she makes from one seasoo to another, or to observe her conduct in the •uccessive production of plants or flowers. Hemay draw into hi«