‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 252 sur 271 · CHAPITRE IV. ADDISON · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. ADDISON

H compare, presque sur la même ligne, Homère, Virgile et Ovide. C'est que le bel ajustement d'un poëme en est pour lui le premier mérite. Les purs classiques goûtent mieux l'arrangement et le bon ordre que la vérité naïve et la forte invention. Ils ont toujours en main leur manuel de poésie : si vous êtes conforme au patron établi, vous avez du génie; sinon, non. Addison, pour louer Milton, établit que, selon la règle du poème épique, l'action du Paradis est une, complète et grande ; que les caractères y sont variés et d'un intérêt universel, que les sentiments y sont naturels, appropriés et élevés ; que le style y est clair, diversifié et sublime : maintenant, vous pouvez admirer Milton ; il a un certificat d'Aristote. Écoutez par exemple ces froides minuties de la dissertation classique : « Si j'avais suivi la méthode de M. Bossu dans « mon premier article sur Milton, j'aurais daté l'ac- « tion du Paradis perdu du discours de Raphaël « au cinquième livre*. « — « Quoique l'allégorie du « Péché et de la Mort puisse en quelque mesure être « excusée par sa beauté, je ne saurais admettre que « deux personnages d'une existence si chimérique « soient les acteurs convenables d'un poëme épique. » Plus loin il définit les machines poétiques, les conditions de leur structure, l'utilité de leur emploi. Il me semble vcnr un menuisier qui vérifie la construction

1. Hal î followed monsieur Bossu's method in my first paper on Milton ; I should hâve dated the aclion of Paradise lost from the tegiuning of Raphacrs speech in this hook, etc.

[Sj^ectator, w 327.)

d'un escalier. Ne croyez pas que les choses artificielles le choquent; au contraire, il les admire. 11 trouve sublimes les tirades de Dieu le père et les politesses monarchiques dont se régalent les personnages de la Trinité. Les campements des anges, leurs habitudes de chapelle et de caserne, leurs disputes d'école, leur style de puritains aigres ou de royalistes dévots n'ont pour lui rien de faux ni de désagréable. La pédanterie d*Adam et ses prédications de ménage lui semblent convenir au pur état d'innocence. En effet, les classiques des deux derniers siècles n'ont jamais conçu l'esprit humain que comme cultivé. L'enfant, l'artiste, le barbare, l'inspiré leur échappent; à plus forte raison tous les personnages qui sont au delà de l'homme : leur monde se réduit à la terre, et la terre au cabinet d'étude et au salon ; ils n'atteignent ni Dieu ni la nature, ou, s'ils y touchent, c'est pour transformer la nature en un jardin compassé et Dieu en un surveillant moral. Ils réduisent le génie à l'éloquence, la poésie au discours, le drame au dialogue. Us mettent la beauté dans la raison, sorte de faculté moyenne, impropre à l'invention, puissante pour la règle, qui équilibre l'imagination comme la conduite, et qui institue le goût arbitre des lettres en même temps que la morale arbitre des actions. Us écartent les jeux de mots, les grossièretés sensuelles, les écarts d'imagination, les invraisemblances, les atrocités et tout le mauvais bagage de Shakspeare * ; mais ils ne le sui-

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