‹ Histoire de la littérature anglaise, Volume 3Chapitre 256 sur 271 · CHAPITRE IV. ADDISON · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. ADDISON

celui-ci était trop mouton, tellement qu'après une courte et modeste promenade sur les planches, il se laissait tomber au premier attouchement d'Hydaspe, sans lutter avec lui ou lui donner l'occasion de déployer toute la variété de ses postures italiennes. On dit, à la vérité, qu'un jour il lui fit une déchirure dans son pourpoint couleur de chair, mais c'était seulement pour se procurer de l'ouvrage et en sa quaRté particulière de tailleur.... Le lion qui joue à présent est, à ce que j'apprends, un gentleman de province qui fait celapour son amusement, mais souhaite que son nom reste caché. Il allègue très-noblement comme excuse qu'il ne joue pas pour le gain ; qu'il se livre à un plaisir innocent ; qu'il vaut mieux passer sa soirée de cette façon qu'à jouer ou à boire.... Le caractère de ce gentleman est un si heureux mélange de douceur et de férocité qu'il surpasse ses deux prédécesseurs et attire de plus grandes foules de spectateurs qu'on n'en vit de mémoire d'homme.... J'ai raconté ce combat du lion pour montrer quels sont à présent les divertissements favoris des gens bien élevés de la Grande- Bretagne. »

Il y a beaucoup d'originalité dans cette gaieté grave. En général, la singularité est dans le goût du pays; ils aiment à être frappés fortement par des contrastes. Notre littérature leur semble effacée ; en revanche, nous les trouvons souvent peu délicats. Tel numéro du Spectator qui paraissait joli aux dames de Londres eût choqué à Paris. Par exemple, Addison raconte en

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402 UVAK m. L'ÂGE CLASSIQUE.

manière de rêve la dissection du cerveau d'unélég*anl*: « La glande pinéale, que plusieurs de nos philosophes « modernes considèrent comme le siège de l'âme^

< exhalait une très-forte odeur de parfums et de c fleur d'oranger. Elle était enfermée dans une sorte

< de substance cornée taillée en une inCnitéde petites « facettes ou miroirs, lesquels étaient imperceptibles € à Tœil nu ; de telle sorte que l'âme, s'il y en avait

< une là, avait dû passer tout son temp^ à contem- « pler ses propres beautés. Nous observâmes un large . € ventricule, ou cavité, dans le sinciput, lequel était « rempli de rubans, de dentelles et de broderies. « Nous ne trouvâmes rien de remarquable dans l'œil,

« sinon que les musculi amaiorii, ou, comme on peut « traduire, les muscles qui lorgnent, étaient fort di- « minués et altérés par l'usage, tandis que l'élévac teur, c'est-à-dire le muscle qui tourne l'œil vers le c ciel, ne paraissait pas avoir du tout servi. » Ces détails anatomiques, qui nous dégoûteraient, amusent

I. The pineal gland, which many ofour modem philosophers suppose to Le the seat of the soûl, smelt very strong of essence and orange-flower, and was encompassed with a kind of horny substance, eut into a thousand Utile faces or mirrors, which were imperceptible to the naked eye; in so much tliat the soûl, if there hnd been any hère, must havc been always taken up in contemplating her own beauties. We observed a large antrum or cavity in ihe sinciput thas was filled with ribbonds, lace and embroidery.... We did not find any thing very remarkable in the eye, saving only that the mmculi amatorii, or as we may translate it into Eoglish, the ogling muscles, were very much worn, and decayed with use; whercas on the contrary the elevator or the muscle which turns the eye towards heaven, did not appear to hâve been used at ail.

i^ectator, n*> 375.)

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