CHAPITRE IV. ADDISON
images sublimes, les gigantesques passions, la profonde religion du Paradis perdu. Il est curieux de le voir, le compas à la main, bridé par Bossu, empêtré de raisonnements infinis et de piirases académiques, atteindre tout à coup, par la force de Témotion naturelle, les hautes régions inexplorées où Milton est soulevé par l'inspiration de la foi et du génie. Ce n'est pas lui qui dira aveo Voltaire que l'allégorie du Péché et de la Mort est bonne pour faire vomir les entrailles. Il y a en lui un fond d'imagination grandiose qui le rend insensible aux petites délicatesses de la civilisation mondaine. Il habite volontiers parmi les grandeurs et les étonnements de l'autre monde. Il est pénétré par la présence de l'invisible ; il a besoin de dépasser les intérêts et les espérances de la vie mes* ' quine où nous rampons *. Cette source de croyance jaillit en lui de tous côtés ; en vain elle est enfermée dans le conduit régulier du dogme officiel ; les textes, les arguments dont elle se couvre laissent voir sa véritable origine. Elle part de l'imagination sérieuse et féconde qui ne peut se contenter que par la vue de Vau delà.
Une telle faculté occupe tout l'homme, et si l'on redescend dans l'examen des agréments littéraires, on l'aperçoit ici-bas comme en haut Rien de plus varié, de plus riche, chez Addison, que les tours et la mise en scène. La plus sèche morale se transforme sous sa main §n peintures et en récits. Ce sont des